‹ Critique de la raison pure (volume 3)Chapitre 8 sur 57 · QUATRIÈME CONFLIT DES IDÉES TRANSCENDENTALES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CONFLIT DES IDÉES TRANSCENDENTALES

T'hèse A^ntlttièse

Il y a dans le monde II n'existe nulle part aucun

quelque chose qui , soit être absolument nécessaire,

€omme sa partie , soit ni dans le monde, ni hors

comme sa cause, est un du monde, comme en étant

^tre absolument nécessaire, la cause.

DIALECTIQUE TRANSCENDENIALE

PREUVE

PREUVE

Le monde sensible, comme ensemble de tous les phénomènes, contient en même temps une série de changements. En effet, sans cette série, la représentation même de la succession du temps, comme condition de la possibilité du monde sensible, ne nous serait pas donnée"".

Mais tout changement est soumis à une condition qui le précède dans le temps etdont il est l'effet nécessaire. Or tout conditionnel, qui est donné, suppose, relativement à son existence, une série complète de conditions jusqu'à Tinconditionnel absolu, qui seul est absolument nécessaire. Il faut donc qu'il existe quelque chose d'absolument nécessaire, pour qu'un changement existe comme sa conséquence. Mais ce nécessaire appartient lui-même au monde sensible. En effet supposez qu'il soit en dehors du monde, la série des changements du monde en

* Le temps, comme condition formelle de la possibilité des changements, leur est, à la vérité, objectivement antérieur ; mais subjectivement et dans la réalité de la conscience la représentation n'en esl donnée, ainsi que toute autre, qu'à l'occasion des perceptions.

Supposez que le mond même soit un être néces ou qu'il y ait en lui un et cessaire, ou bien il y dans la série de ses cl:

ments un commencemer serait absolument néce c'est-à-dire sans cause, ( est contraire à la loi dyna de la détermination de phénomène dans le temj bien la série elle-même sans aucun commenceme: bien que contingente et tionnelle dans toutes ses p elle serait absolument saire et inconditionnelle le tout, ce qui est coniradi En effet l'existence d'un^ tiplicité ne peut pas êti cessaire, quand aucune parties ne possède une exi nécessaire en soi.

Supposez au contrain y ait en dehors du monc cause du monde absoJ nécessaire, cette cause, le premier membre di série des causes des c.

ments du monde, commei d'abord l'existence de cei gements et de leur séri(

* Le mot commencer se en deux sens. Le premier ei

QUATRIEME ANTINOMIE

dériverait, sans que cette cause nécessaire appartînt elle-même au monde sensible. Or cela est impossible. En effet, puisque le commencement d'une succession de temps ne peut être déterminé que par ce qui précède dans le temps,>la condition suprême du commencement d'une série de changements devait exister dans •le monde alors que cette série n'existait pas encore (car qui dit commencement, dit une existence qu'a précédée un temps où la chose qui commence n'existait pas encore). La causalité de la cause nécessaire des changements, partant aussi la cause même, appartient donc au temps, et par conséquent AU phénomène (dans lequel seulement le temps est possible comme sa forme); on ne peut donc la concevoir séparée du monde sensible, c'est-à-dire de l'ensemble de tous les phénomènes. Il y a donc dans le monde même quelque chose d'absolument nécessaire (que ce soit la série entière du monde, ^1 une partie de cette série).

il faudrait alors qu'elle commençât aussi à agir, et sa causalité rentrerait dans le temps, par conséquent dans l'ensemble des phénomènes, c'est-à-dire dans le monde, d'où il suit qu'elle-même, la cause, ne serait pas hors du monde, ce qui est contraire à la supposition.

Il n'y a donc ni dans le monde, ni hors du monde (comme en étant la cause), un être absolument nécessaire.

et signifie que la cause commence {infit) une série d'états qui sont ses effets : le second est passif, et signifie que la causalité commence (fit) dans la cause même. Je conclus ici du premier au second.

Remarques sur la quatrième antinomie

t" Sur la ttit^fie

Pour prouver l'existence d'un être nécessaire, je ne dois me servir ici que de l'argument cosmologique^ qui s'élève du conditionnel dans le phénomène à l'inconditionnel dans le concept, en regardant cet inconditionnel comme la condition nécessaire de la totalité absolue de la série.

Il appartient à un autre principe de la raison de chercher une preuve dans la seule idée d'un être suprême entre tous les êtres en général, et cette preuve devra être présentée à part.

Or l'argument cosmologique pur ne peut prouver l'existence d'un être nécessaire qu'en laissant indécise la question de savoir si cet être est le monde lui-même, ou s'il en est différent. En effet, pour répondre à cette question, il faut des principes qui ne sont plus cosmologiques et qui ne se trouvent pas dans la série des phénomènes; il faut des concepts d'êtres contingents en général (envisagés simplement comme objets de l'entendement), et un principe qui rattache ces êtres

1^" Sur* rantithèse

Si, en remontant la série des phénomènes, on pense rencontrer des difficultés contre l'existence d'un être suprême absolument nécessaire, elles ne doivent pas non plus se fonder sur de simples concepts de l'existence nécessaire d'une chose en général, et, par conséquent, elles ne doivent pas être ontologiques ; mais il faut qu'elles résultent de la liaison causale qui nous force à remonter dans la série des phénomènes jusqu'à une condition qui soit elle-même absolue, et par conséquent qu'elles soient cosmologiques et déduites suivant des lois empiriques. Il s'agit en effet de montrer qu'en remontant la série des causes (dans le monde sensible), on ne peut jamais s'aiTêter à une condition empiriquement inconditionnelle, et que l'argumeut cosmologique que l'on tire de la contingence des états du monde, à cause de ses changements, est contraire à la supposition d'une cause première et commençant absolument la^ série.

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à un être nécessaire an moyen de simples concepts. Or tout cela rentre dans la philosophie transcendante, qui n'a pas encore ici sa place.

Dès que Ton a une fois commencé à suivre la preuve cosmologique, en prenant pour fondement la série des phénomènes et leur régression, au point de vue des lois empiriques de la causalité, on ne peut plus ensuite la quitter brusquement pour passer à quelque chose qui ne ferait plus partie de la série comme membre. En effet, une chose, pour servir de condition, devrait être prise justement dans le même sens où serait prise la relation du conditionnel à sa condition dans la série, qui conduirait à cette suprême condition par une progression continue. Or, si cette relation est sensible et appartient à Tusage empirique possible de Tentendement, la condition ou la cause suprême ne peut clore la régression que suivant les lois de la sensibilité, c'est-à-dire comme faisant partie de la série du temps, et l'être nécessaire doit être considéré comme le membre le plus élevé de la série du monde.

On s'est permis pourtant de faire un saut de ce genre

(jU«Taj3«<rAç àç aXXo y€yo?). On

Mais il y a dans cette antinomie un étonnant contraste :

le même argument qui servait à conclure dans la thèse l'existence d'un être premier, sert à conclure sa non-existence dans l'antithèse, et cela avec la même rigueur. On disait d'abord : il y a un être nécessaire, parce que tout le temps passé renferme la série de toutes les conditions, et par conséquent aussi l'inconditionnel (le nécessaire). On dit maintenant : il n'y a pas d'être nécessaire, précisément parce que tout le temps passé renferme la série de toutes les conditions (qui par conséquent sont toutes à leur tour conditionnelles). Voici la raison do ce contraste. Le premier argument ne regarde que la totalité absolue de la série des conditions, dont l'une détermine l'autre dans le temps»

et il acquiert ainsi quelque chose d'inconditionnel et de nécessaire. Le second envisage au contraire la contingence do tout ce qui est déterminé dans^ la série du temps (puisqu'antérieurement à chaque détermination, il y a un temps oii la condition doit être à son tour déterminée elle-même comme conditionnelle); ce qui fait entièrement disparaître tout inconditionnel et toute néces-

conclut en effet des changements qui arrivent dans le monde à sa contingence empirique, c'est-à-dire à sa dépendance à regard de causes empiriquement déterminantes, et Ton obtint une série ascendante de conditions empiriques, qui était d'ailleurs tout à fait juste.

Mais, comme on n'y pouvait trouver de premier commencement ni de membre suprême, on abandonna tout à coup le concept empirique de la contingence, et Ton prit la catégorie pure : celle-ci fournit une série purement intelligible, dont l'intégrité reposait sur T existence d'une cause absolument nécessaire, qui, n'étant désormais liée à aucune condition sensible, était affranchie aussi de la condition chronologique de commencer elle-même sa causalité. Mais cette manière de procéder est tout à fait illégitime, comme on peut le conclure de ce qui suit.

Le contingent, dans le sens pur de la catégorie, est ce dont Topposé contradictoire est possible. Or on ne saurait nullement conclure de la contingence empirique à cette contingence intelligible. Le contraire de ce qui change (de son état) est réel en un autre temps, et, par conséquent aussi, possible; il

site absolue. Cependant la conclusion dans les deux cas est tout à fait conforme à la raison commune : aussi arrive-til souvent à celle-ci de se mettre en désaccord avec elle-même, lorsqu'elle envisage son objet de deux points de vue différents. Une difficulté analogue sur le choix du point de vue ayant donné lieu à une dispute entre deux célèbres astronomes, M. de Mairan regarda cette dispute comme un phénomène assez remarquable pour en faire l'objet d'un traité particulier. L'un raisonnait ainsi :

la lune tourne autour de son axe, parce qu'elle montre toujours le même côté à la terre; l'autre disait : la lune ne tourne pas autour de son axe, précisément parce qu'elle montre toujours le même côté à la terre. Les deux conclusions étaient justes, suivant que l'on choisissait tel ou tel point de vue pour observer le mouvement de la lune.

QUATRIEME ANTINOMIE

-a'esl donc pas l'opposé contra- -dictoire de Tétat précédent : il iandrait pour cela que, dans le même temps où était Tétat précédent, le contraire de cet état eût pu être à sa place, ce qui ne peut ■^tre conclu du changement. Un corps, qui était en mouvement = A, passe au repos = non A.

."Or, de ce qu'un état opposé à Tétat A le suit, on ne saurait nullement conclure que Topposé contradictoire de A fût possible *tpar conséquent contingent; car il faudrait pour cela que, dans le temps même où le mouve- Jûent avait lieu, le repos eût pu exister à sa place. Or tout ce que nous savons, c'est que le repos était réel dans un autre temps et par conséquent *U8si possible. Mais le mouveiDent dans an temps et le repos dans un autre ne sont pas con- ^ictoirement opposés l'un à l'autre. La succession de dé- ^rminations opposées, c'est-àfee le changement, ne prouve ^ODc nullement la contingence îuivantles concepts de l'entendement pur, et, par conséquent, il ne saurait conduire, suivant ^ concepts, à l'existence d'un ^e nécessaire. Le changement i^e prouve que la contingence ^pirique, c'est-à-dire que , suivant la loi de la causalité, le nouvel état ne peut avoir

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lieu par loi-méme sans une cause qui appartienne au temps précédent. Mais, de cette manière, la cause, la regardàt-on comme absolument nécessaire, doit se trouver dans le temps et faire partie de la série des phénomènes.

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