SECTION
Dm irgnmeaU de U lùtoù ipéculitiTB en fneu d« l'auitiiet d'au Un topitDW.
700. Malgré ce besoin pressant de la raison, de supposer quelque chose qui puisse servir de fondement parfait à la détenninalion universelle de ses concepts, elle s'aperçoit néanmoins trop facilement de ce qu'il y a d'idéal et de purement fictif dans une telle supposition, pour qu'elle dût être persuadée par cela seul d'admettre incontinent comme un être réel une simple création de sa pensée, si elle n'était pas autrement forcée de chercher quelque part son repos dans la régression du conditionné qui est donné, à l'incondilionné qui, à la vérité, n'est pas encore donné comme réel en lui-même et quant à son simple concept, mais qui peut-seul parfaire la série des conditions sorties de leur principe. Tel est donc le chemin naturel que prend toute raison humaine, même la plus vulgaire, quoique toutes n'y puissent tenir jusqu'au bout. Elle ne commence pas par des concepts.
(I) Noas verrons bientôt qua cet idËal d'un Stre qui renferme toale réalité [entis rfalissimi], quoique n'étant qu'une simple représentation, est d'aliord réalisé, c'est-à-dire conïcrti en on objet; ensuit« hypostasié; enOn, par nue marche naturelle de la raison k l 'a cco ai plisse ment de l'anité, penonnifiÀ. Et tout cela repose, non sur les phénomènes marnes (snr la sensibilité seule], mais snr la liaison de lenr dirersilé par l'entenianent (en une apperception). Par consâqueot l'unité delà «opreme réalité et la détermioabililé universelle (possibilité) de toutes les chose.* dans le sens le plus strict, semble être dans nn entendement snpréme, parconséqneat dans une intelliçmce.
D,q,i,i.:db,.GoogIe
208 LOGIQUE TRANSCSNDANTALB.
mais par l'expérieDce commune, et pose par conséquent ea principe quelque chose d'existant. Mais ce fond s'6croule quand il ne porte pas sur le roc immobile de l'absolument nécessaire. Et ce roc même reste suspendu sans appui, si un espace vide l'entoure de tous côtés cl s'il ne remplit pas tout lui-même et ne laisse plus ainsi lieu KQ pourquoi, c'est-à-dire s'il n'est infini quant à la réalité.
701. Si quelque cliose, quel qu'il soit, existe, il faut ' accorder aussi que quelque chose existe nécessairement. Car le contingent n'existe que sous la condition d'autre chose, comme de sa cause, et le raisonnement qui se fonde sur cette cause n'est valable qu'autant qu'il remonte Ji une cause qui n'est pas contingente, et qui, précisément pour cette raison, existe nécessairement sans condition. Tel est l'ai^ument sur lequel la raison fonde sa progression vers un être primitif.
702. Or, la raison se cherche d'abord le concept d'un être qui se prèle à une prérogative d'existence telle que la nécessité inconditionnée ou absolue, non pas tant pour conclure a priori du concept de cet être à son existence (car si elle s'en flattait elle n'aurait qu'à chercher dans les seuls concepts, sans qu'il fût nécessaire de poser en principe une existence donnée), que pour trouver seulement un concept parmi tous ceux des choses possibles, qui n'ait rien en lui de contraire à la nécessité absolue. Car que quelque chose doive cependant exister simplement et absolument, c'est ce qu'elle tient pour déjà établi dans le premier raisonnement. Si elle peut faire disparaître tout ce qui s'oppose à cette nécessité, une seule chose exceptée, celle chose sera l'être absolument nécessaire, que l'on puisse ou non comprendre la
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALECTIQDB THANSCENDAIfFALE. 200
nécessité, c'est-à-dire la dériver ou ne pas la dériver de son concept seul.
703. Or, il semble que ce dont le concept contient en soi la raison de tout pourquoi, et une raison qui n'est en défaut dans aucun cas et sous aucun rapport, qui suffît partout comme condition, est par le fait l'être qui comprend la nécessité absolue, parce que, possédant toutes les conditions de tout ce qui est possible, cet être n'a lui-même besoin d'aucune condition, et n'en paraît pas même susceptible. Par conséquent, d'un côté au moins, il satisfait au concept d'une nécessité absolue. Il ne peut en cela être égalé par aucun autre concept ; tous étant défectueux et manquant de complément, ne renferment aucun caractère de l'indépendance de toutes conditions ultérieures. Il est vrai que l'on ne peut pas encore en conclure certainement que ce qui ne renferme pas en soi la condition suprême et parfaite sous tous les rapports, doive être pour cela même conditionné quant à son existence; mais il n'a cependant pas en lui ce caractère unique de l'existence inconditionnée, au moyen duquel la raison, par un concept a priori, peut reconnaître un être comme inconditionné.
704. Le concept d'un être contenant la suprême réalité, serait donc de tous les concepts de choses possibles celui qui conviendrait le mieux au concept d'un être absolument nécessaire; et, quoiqu'il n'y satisfasse pas plànement, nous n'avons cependant pas de choix ; nous nous voyons au contraire forcés de nous en contenter, parce que nous ne pouvons nous défaire de l'existence d'un être nécessaire; mais, en l'accordant, nous ne pouvons cependant rien trouver dans tout le champ de la
d=,GoogIe
ifO LOGIQUE TRANSCENDANT ALE.
possibilité qui puisse justemeot prétendre à une telle prérogative daus l'existeuce.
705- Telle est donc la marche naturelle de la raison humaine : elle commence par se persuader l'existence de quelque être nécessaire ; elle reconnaît en lui une existence inconditionnée; elle cherche ensuite le concept de quelque chose indépendant de toute condition et le trouve dans ce qui est lui-même la condition sulBsante de tout le reste, c'est-à-dire dans ce qui contient toute réahté. Mais le tout sans bornes est unité absolue, et entraîne avec lui le concept d'un être unique, de l'être suprême. La raison conclut ainsi que l'être suprême, comme principe primitif de toutes choses, existe d'une manière absolument nécessaire.
706. On ne saurait contester à ce concept une certaine foadamentalité s'il s'agit de se décider, c'est-à-dire si, après avoir accordé l'existence de quelque être nécessaire, on s'accorde sur la nécessité d'en embrasser la cause, quelle qu'il puisse être; car alors on ne peut pas choisir plus convenablement, ou plutôt il n'y a pas de choix à faire ; on est forcé de donner sa voix à l'unité absolue de la réalité parfaite, comme à la source primitive de la possibilité. Mais si rien ne nous force à nous décider, et que nous abandonnions plutôt toute cette affaire jusqu'à ce que nous soyons contraints par des arguments plus puissants à donner notre assentiment, c'est-à-dire s'il s'agit simplement de juger ce que nous savons de cette question, et ce que nous nous flattons seulement de savoir; alors le raisonnement précédent ne parait pas sous un jour à beaucoup près aussi avantageux, et a besoin d'une faveur qui supplée au défaut de la légitimité de ses prétentions.
bvGoogle
DULICTIOUB TRANSCENDAMT&LE. 211
707. Car si dous admettons tout ce qui se présente à uous, premièrement, que la conclusion qui va d'une existence donnée (ne fût-ce que de la mienne propre) à l'existence d'un ëlre inconditionné nécessaire, est légitime; secondement, que je dois considérer un être qui contient toute réalité, par conséquent aussi toute condition, conune absolument inconditionné, par conséquent que le concept de la chose qui convient à la nécessité absolue est trouvé par le fait : — on ne peut cependant pas conclure de là que !e concept d'un être borné, qui ne renferme pas la suprême réalité, contredise la nécessité absolue. Car quoique dans le concept de cet être je ne trouve pas l'absolu, qui emporte déjà avec lui-même la totalité des conditions, il ne peut cependant pas s'en suivre que son existeuce doive, par cette raison-là précisément, être conditionnée, de même que je ne puis pas dire daus un raisonnement hypothétique que là oil n'est pas une certaine condition (savoir ici celle de la perfection quant aux concepts), là aussi n'est pas le conditionné. Il nous serait plutét permis de présenter tous les êtres limités comme nécessairement inconditionnés, quoique nous ne puissions conclure leur nécessité du concept général que uous en avons. Mais, de cette manière, cet ai*gument ne nous donnerait pas le moindre concept des attributs d'un être nécessaire, et n'aboutirait absolument à rien.
708. Néanmoins, il reste à cet argument une certaine importance et une certaine autorité qui ne peuvent pas Micore lui être enlevées d'un seul coup, malgré son insuffisance objective. Car supposé qu'il y ait des obligations qui lussent daift l'idée de la raison, tout à fait justes, mais sans aucune réalité d'application à nous-mêmes,
i:,GoogIe
c'est-à-dire sang mobiles si l'on oe supposait pas un être suprême qui pût donner aux lois pratiques effet et force ; — nous serions alors clément obligés de suivre les concepts, gui,. bien qu'ils ne pussent pas ôtre objectivement suffisants, sont uéanmoins, quant à la mesure de notre raison, d'un poids détenninant, et en comparaison desquels nous ne connaissons cependant rien de meilleur ni de plus coaTaincant. Le deyoir de choisir tirerait ici de l'indifférence l'irrésolution de la spéculation par une addition pratique. Bien plus, la raison ne trouverait en elle-même, comme juge très impartial, aucune justification, si, sous l'influence de mobiles pressants, et malgré l'imperfection de sa connaissance, elle n'obéissait pas aux principes de son jugement, qui sont au moins les meilleurs que nous connaissions.
709. Cet argument, quoique transcendantal, dans le fait, puisqu'il repose sur l'insuffisance interne du contingent, est cependant si simple et si naturel, qu'il est conforme au sens commun le plus vulgaire, dès qu'une fois celui-ci y est conduit. On voit des choses changer, naître et mourir ; elles doivent donc, ou du moins leur état doit avoir une cause. Mais on peut toujours demander la même chose de chaque cause, qui ne peut jamais être donnée dans le phénomène. D'oJ!i dériveroDs-nous donc plus justement la c&usalité la plus élevée, si ce n'est de là même oîi elle est en effet la plus haute, c'est-à-dire de l'être qui contient en lui-même originairement la raison de l'effet possible, et dont' le concept se produit très facilement parle seul trait d'une perfection absolue 1 Nous tenons donc cette cause suprême pour absolument nécessaire, par la raison juste-
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALECTIQCB THANSCErïDANTALE. 213
méat que nous trouvons absolument nécessaire de s'élever jusqu'à elle, et qu'il n'y a aucune raison de la dépasser. C'est pourquoi nous voyons cependant briller chez tous les peuples, à travers leur aveugle polythéisme, quelques étincelles de monothéisme. Ils y avaient été conduits, non par la réQexion, ni par une spéculation profonde, mais seulement par une voie toute oaturellQ du sens commun devenue insensiblement plus claire.
Il y 9 donc trois espèces d'ar^^oments possibles tirés de la raison spéculative, en faveur de l'existence de Dieu.
710. Toutes les voies qu'on a tentées dans ce dessein partent, ou de l'expérience déterminée et de ses qualités particulières par là reconnues de notre monde sensible, et s'élèvent ainsi du monde suivant des lois de la causalité jusqu'à la cause suprême hors du monde; — ou bien elles ne posent empiriquement en principe qu'une expérience indéterminée, c'est-à-dire une existence quelconque ; — ou bien enfin elles font abstraction de toute expérience, et concluent tout à fait d priori de simples concepts à l'existence d'une cause suprême. La première preuve est la preuve physico-théologigite : la seconde, la cosmologique ; la troisième, V ontologique. 11 n'y en a pas, et il ne peut pas y en avoir davantage.
711. Je démontrerai que la raison n'avance pas plus dans l'une de ces voies (l'empirique] que dans l'autre {la transcendantale), et qu'elle déploie vainement ses ules pour s'élever, par la seule force de la spéculation, au-dessus du monde sensible. Quant à ce qui concerne l'ordre dans lequel ces arguments doivent être examinés, il sera précisément l'inverse de celui que prend la raison
D,q,i,i.:db,.GoogIe
2t4 LOGIQUE TRANSCENDAItTALE.
en s'étendant insensiblemeiit, et dans lequel nous les avons d'abord placés. Car on fera voir que, bien que l'expérience en fournisse la première occasion, cepeodans le simple concept transcendantal conduit la rtùson dans cet effort, et pose à toutes ses recherches la borne qu'elle s'est proposée. Je commeDcerai donc parTexaioen de l'ai^ument transcendantal, et je verrai ensuite ce que l'empirique peut ajouter à sa force démonstrative.
EECTHHf [V.
De l'impoiiibiliU d'une preiie onlologiqiit it l'eiiiteiiu de Dim.
712. On voit facilement, d'après ce qui a été dit jusqu'ici, que le concept d'un être absolument nécessaire est un concept pur de la ruson, c'est-à-dire une simple idée dont la réalité objective est loin d'être prouvée par le fait seul que la raison en a besoin ; idée qui ne porte que sur une certaine perfection, d'ailleurs inaccessible, et sert plutût proprement à borner l'entendement qu'à l'étendre à de nouveaux objets. Il y a donc ici cela d' étrange et de contradictoire, que si la conclusion qui va d'une existence donnée en général à une existence absolument nécessaire, semble être impérieuse et juste, nous avons néanmoins contre nous toutes les conditions intellectuellles nécessaires pour nous faire un concept d'une telle nécessité.
713. On a parlé de tout temps de l'être absolument nécessaire, et l'on s'est beaucoup plus soucié d'en démontrer l'existence que de comprendre si et comment l'on peut seulement concevoir une chose de cette espèce. Or, une définition nominale de ce concept est à la vérité très facile : c'est quelque chose dont la non-exislence est impossible. Mais nous n'en savons pas pour cela da-
D,q,i,i.:db,.GoogIe
nntage par rapport aux conditions qui font qu'il est impoEsihle de tenir le non-ètre d'une chose pour absolument inconceTable. Et cependant ces conditions sont proprement ce que l'on veut connaître, c'est-à=-dire si nous pensons ou non quelque chose en général par ce conçut. En rejetant, par le mot absolu, toutes les conditions dont reoteodement a toujours besoin pour considérer quelque chose comme nécessaire, on est effectivement loin de me faire comprendre si alors je conçois encore quelque chose par un concept d'un quelque chose absolument ou incondilionnellement nécessaire, ou si peut-être je ne pense absolument rien par là.
714. 11 y a plus, on a cru expliquer par une foule d'exemples ce concept hasardé à tout événement, et devenu enfin tout à fait vulgaire, de manière à rendre parfaitement inutile toute recherche ultérieure à l'effet de le comprendre. Toute proposition de géométrie, par exemple, qu'un triangle a trois angles, est absolument nécessaire ; et l'on en a dit autant d'un objet qui est totalement hors de la sphère de notre entendement, comme si l'on comprenait parfaitement ce que l'on veut dire par ce concept.
715. Tous ces prétendus exemples sont pris sans exception de jugements, mais non de choses et de leur existence. Mais la nécessité absolue des jugements n'est pas une nécessité absolue des choses. Car la nécessité absolue du jugement n'est qu'une nécessité conditionnée de la chose ou du prédicat dans le jugement. La proposition précédente ne dit pas que trois angles soient absolument nécessaires, mais que, posé la condition qu'un triangle existe (soit donné), il existe aussi néces-
D,q,i,i.:db,.GoogIe
216 LOGIQUE TRANSCEMDÂNTALE.
sairement trois angles (en lui). Néanmoins cette nécessité lexique a un si grand pouvoir d'illusion que lorsqu'on s'est fait d'une chose un concept a priori. — et de telle sorte que, suivant l'opinion qu'on s'en fait, il embrasse dans sa compréhension l'existence, — on croit pouvoir en conclure sûrement, parce que l'existence convient nécessairement à l'objet de ce concept, c'est-àdire, sous la condition que je suppose cette chosecomme donnée (comme estante), que son existence est aussi posée nécessairement (suivant la r^le de l'identité), et que cet être, par conséquent, est lui-même absolument nécessaire, parce que son existence est conçue dans un concept admis arbitrairement, et sous la condition que j'en pose l'objet.
716. Si, dans un jugement identique, je fais disparaître le prédicat et que je retienne le sujet, il en résulte une contradiction. Je -dis alors que le prédicat convient nécessairement au sujet. Mais si je fais disparaître le sujet on même temps que te prédicat, alors il n'y a pas de contradiction, car il n'y a plus rien avec quoi il puisse y avoir contradiction. Il est contradictoire de supposer un triangle si l'on en supprime par la pensée les trois angles; mais il n'y a pas de contradiction à faire disparaître le triangle en même temps que ses trois angles. Il en est exactement de même du concept d'un être absolument nécessaire. Si vous en supprimez l'existence, vous supprimez aussi la chose même avec tous ses attributs : oîi serait alors la contradiction? Il n'y a plus rien extérieurement avec quoi la contradiction soit possible, car la chose ne doit pas être nécessaire extérieurement; rien non plus intérieurement, car la chose elle-même étant supprimée, toute intériorité est en mè-
D,q,i,i.:db,.GoogIe
même temps supprimée. Dieu est tout-puissant; c'est là □n jugranent nécessaire. La toute-puissance ne peut être enlevée si vous vous posez une divinité, c'est-àdire un être infini au concept duquel elle est identique. Hais si vous dites : Dieu n'est pas, alors il n'y a ni toutepuissance, ni aucun autre attribut, car ils sont tous ensemble enlevés au sujet, et il n'y a pas ombre de contradiction dans cette pensée.
717. Vous avez donc vu que , si je supprime le prédicat d'un jugement avec le sujet , jamais contradiction intérieure ne peut avoir lieu, quel que puisse être l'attribut. Or, il ne vous reste aucun subterfuge, à moins que vous ne disiez qu'il y a des sujets qui ne peuvent pas être supprimés, qui, par conséquent, doivent rester. Mais il vaudrait autant dire qu'il y a des sujets absolument nécessaires; ce qui est la proposition dont j'ai précisément révoqué en doute la légitimité, et dont vous avez entrepris de me montrer la possibilité, car je ne puis pas du tout me faire un concept d'une chose telle qu'il y eût contradiction qu'elle ne fût pas, avec tous ses attributs; et cependant sans la contradiction, je o'ai aucun critérium de l'impossibilité par simples concepts purs a priori.
718. Contre tous ces raisonnements généraux (que personne ne peut contester), vous prétendez, par un cas particulier que vous m'objectez comme une preuve de fait, qu'il y a cependant un concept, mais un seul, à la vérité, où le non-être, où la suppression de l'objet de ce concept est contradictoire en soi : tel est le cas du concept de l'être parfait. Cet être, dites-vous, peut être toute réalité, et vous avez le droit d'admettre un tel être comme possible (ce que j'accorde à présent, quoiqu'il
db,GoogIe
218 LOGIOOB TRANSCENDANT At^.
s'en faille beaucoup que le concept non contradictoire en soi prouve la possibilité de l'objet) {!). Or, dans la toute réalité est aussi compiise l'existence. L'existence est donc dans le concept de quelque chose de possible. Si donc cette chose est supprimée, la possibilité interne de la chose l'est aussi, ce qui est contradictoire.
719. Je réponds : vous êtes déjà tombé dans une contradiction lorsque, dans le concept d'une chose que tous roulez simplement concevoir quant k sa possibilité, sous quelque nom qu'elle se déguise, tous faites entrer le concept de son existence. Si on tous l'accorde, tous avez alors en apparence vaincu, mais en réalité touk n'avez rien dit, car vous n'avez fait qu'une simple tautologie. Je vous le demande, la proposition : celte choseci, ou celle-là (que je vous accorde comme possible, que ce soit ce qu'on voudra) existe, est-elle une proposition analytique ou synthétique? Si elle est analytique, vous n'ajoutez rien par l'existence de la chose à votre pensée de la chose; mais dans ce cas, ou la pensée qui est en vous devrait être la chose elle-même, ou vous avez supposé une existence comme faisant partie de la possibilité, el alors l'existence est conclue de l'hypothèse de la possibilité interne ; ce qui n'est qu'une tautologie pitoyable. Le mot réalité, qui, dans le concept de la chose.
(1) Le coQcapt est tonjoar!) possible lorsqu'il ne se contredit point C'est le caractère logiqoe de la possibilité, et son objet se distingne par là du nihil negativam, Haia ce concept peut néanmoins être an con< ceptvain, si laréalitâ objectirede la synthèse, par laqnelle le concept est produit, n'est pas démontrée en parlicalier; ce qui repose taajonrs, comme nous l'aTons montré plus haut, sur des principes de l'expérience possible et non sar le principe 'de l'analyse (le principe de contradiction). C'est là nn avertissement de ne pas conclure incontinent de la possibiliUi des concepts (de la possibilité logique) i la possibilité des choses (possibilité réelle].
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIAUeCTlQUE TRAnSCENDANTALE. 219
a un autre sens que le mot existence dans le prédicat, De lacoDStilae pas; car si vous appelez réalité toute position (peuimporte ce que vous supposiez), alors vous avez déjà posé et admis comme réelle la chose avec tous ses prédicats dans le concept du sujet, et vous ne faites que TOUS répéter dans ce prédicat. Avouez-vous au contrai re, comme doit le faire volontiers tout homme raisonnable, que toute proposition existentielle est synthétique : mais alors comment prétendez-vous afrirmer que le prédicat del'existencenepeul être enlevé sans contradiction, puisque ce privilège n'appartient proprement qu'aux propositions analytiques, dont le caractère particulier consiste précisément en cela même?
720. — Je pourrais espérer avoir anéanti d'une manière toute directe et toute simple cette vaine ai^utie par une détermination précise du concept de l'existence, si je ne savais pas que l'illusion, dans la confusion d'un prédicat If^que avec un prédicat réel (c'est-à-dire avec la détermination d'une chose), se refuse presque à tout éclaircissement. On peut faire servir tout ce qu'on veut pour prédicat logique, tellement que le sujet peut être le prédicat de lui-même; car la logique fait abstraction de toute matière. Mais la détermination est un prédicat qui s'ajoute au concept du sujet et l'augmente. Elle ne doit donc pas y être déjà contenue.
721. Etre n'est évidemment pas un prédicat réel, c'est-à-dire un concept'de quelque chose qui puisse ajouter au concept de cette chose. C'est simplement la position d'une chose, ou de certaines déterminations prises en elles-mêmes. Dans l'usage logique, c'est seulement la copule d'un jugement. La proposition : Dieu est iout'piiissant. embrasse deux concepts qui ont leur
D,q,i,i.:db,.GoogIe
220 LOGIQUE TAANSCEHDANTAIf.
objet : Dieu et toutâ-puissance; le petit mot esi n'est en rien un prédicat, c'est seulement ce qui met l'attribut en rapport avec le sujet. Si donc je prends le sujet (Dieu) a,vec tous ses attributs (du nombre desquels est la toutepuissance), et que je dise ; Dieu esi, ou il est un Dieu, je n'ajoute aucun nouvel attribut au coDcept de Dieu; je pose seulement le sujet en lui-même avec tous se« prédicats; et, bien entendu aussi l'objet en rapport avec mon concept. Tous deux doivent exactement renfermer la même cbose. Par conséquent de ce que je conçois l'objet du concept comme absolument donné (par l'expression il est) , rien de plus ne peut pour cela ^partenir au concept qui exprime simplement la possibilité. Ainsi le réel ne contient rien de plus que le simplement possible. Cent écus réels ne contiennent absolument rien de plus que cent écus possibles. Car comme ceuxci signifient le concept, et ceux-là l'objet et sa position en elle-même, s'il y avait quelque chose de plus dans l'objet que dans le concept, mon concept n'exprimerait pas l'objet tout entier, et n'y serait par conséquent pas non plus conforme. Mais il y a plus dans ma fortune si je possède réellement cent écus que si je ne les ai qu'en idée (c'est-à-dire dans leur possibilité), car l'objet en réalité n'est pas simplement contenu analytiquement dans mon concept ; il ajoute synthétiquement à mon concept (qui est une détermination de mon état), sans que par sa présence bors de mon concept, ces cent écus pensés soient le moins du monde augmentés.
722. Si donc je pense une chose par quelques prédicats que ce soit et quel qu'en soit le nombre (même avec une détermination universelle), de ce que je dis de plus : cette chose est ; — rien, absolument rien n'est
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALBCTIQOE TRANSCENDANT ALE. 221
ajouté par ce fait à la chose, car autrement ce ne serait pas précisément la même chose qui existerait, puisqu'il y aurait plus que je n'avais pensé dans le concept ; je ne pourrais donc pas dire que c'est en tout point l'objet de mon concept qui existe. Si donc je pense dans une chose toutes les réalités, une seule eiceptée, alors de ce que je dis une telle chose défectueuse existe, ta réalité manquante ne lui survient pas pour autant, mais cette chose existe précisément défectueuse comme je l'ai conçue; autrement elle existerait un peu différente de ce que je pensais. Donc si je pense un être comme la suprême réalité (sans défaut), reste toujours encore ta question de savoir s'il existe ou non. Car, quoique dans mon concept rieo ne manque au contenu réel possible d'une chose en général , cependant il manque encore quelque chose au rapport à tout mon état de pensée, savoir que la connaissance de cet objet soit possible aussi a posteriori. Et ici revient encore la cause de la difficulté qui règne en cette matière. S'il était question d'un objet des sens, je ne pourrais pas confondre l'existeoce de la chose avec son seul concept; car, par le concept l'objet n'est pensé qu'en accord avec les conditions universelles d'une connaissance empirique possible en général, et par l'existence il est pensé comme contenu dans l'ensemble de l'expérience totale; alors donc le concept de l'objet n'est point augmenté par l'union avec la matière de l'expérience totale, mais notre pensée reçoit de plus par elle une perception possible. Voulonsnous au contraire peoserl'existence par la catégorie pure seulement : il n'est pas étonnant alors que nous ne puissions donner aucun caractère pour la distinguer de la simple possibilité.
D,q,l,i.:db,.G00gIe
iiî LOGIQUB TRANSCENDANTALE.
723. Nous sommes donc obligés de sortir de notre concept d'un objet-, qu'elles qu'en soient la qualité et la quantité, pour accorder l'existence à cet objet. Dans les objets des sens, le fait a lieu par l'encbalnement avec quelqu'une de mes perceptions, suivant des luis empiriques; mais l'existence des objets de la pensée pure ne peut être connue par aucun moyen absolument parce qu'elle devrait l'être entièrement a priori, quand cependant notre conscience de toute existence (que ce soit par perception immédiate ou par des raisonnements qui rattachent quelque chose à la perception) appartient tout à fait à l'unité de l'expérience. Une existence en dehors de ce champ ne pût-elle ètt-e affirmée impossible absolument, n'en reste pas moins une supposition que rien ne peut justifier.
724. Le concept d'un être suprême est une idée trèsutile h beaucoup d'égards; mais précisément parce qu'elle n'est qu'une simple idée, elle est tout à fait impropre à étendre par elle seule notre connaissance relativement à ce qui existe. Elle est même impuissante à nous instruire de la possibilité de plusieurs choses. Le caractère analytique de la possibilité, caractère qui consiste en ce que de simples positions (réalités) n'engendrent aucune contradiction, ne peut pas à la vérité lui être contesté; mais comme la réunion de toutes les propriétés réelles dans une chose est une synthèse dont nous ne pouvons pas juger a priori la possibilité, les réalités ne nous étant pas spécifiquement données; et comme dans le cas même ofi elles nous seraient données aucun jugement ne serait encore possible ici, parce que le caractère de la possibilité des connaissances synthétiques ne peut jamais être cherché que dans l'expérience, dont
DIALECTIQUE TRAKSCBNDANTALE. H'i
l'objel d'une idée ne peut pas Mre partie; il s'en faut beaucoup que le célèbre Leibniz ait fait ce dont il se flattait, ou qu'il soit parvenu à connaître a priori la possibilité d'un être idéal si élevé.
725. Dans cette fameuse preuve outolc^que (cartésienne) de l'exisleDce d'un être suprême, toute peine, tout labeur a été perdu, et l'oo n'augmentera pas plus ses connaissances par de simples idées qu'un négociant n'augmenterait sa fortune en ajoutant des zéros à l'état de sa caisse,
SSCTION T.
I>« l'impoMilHliU d'au pnort cwmologîqne de l'ciùteiue d« Dtea
736. C'était quelque chose d'entièremeul opposé à la nature, et une simple innovatioa de l'esprit scolastique, que de vouloir tirer d'une idée esquissée tout à fait arbitrairement l'eiistence d'un objet correspondant. En effet, aurait-on jamais tenté de le faire, si notre raison n'avait senti le besoin d'admettre, pour s'expliquer l'existence en général, quelque chose de nécessaire (fi quoi l'on pût s'arrêter dans la régression), et si cette raison n'avait pas été forcée, la nécessité devant être inconditionnée et certaine a priori, de chercher un concept qui satisfit autant que possible à cette exigence, et qui fît parfaitement connaître a priori une existence? On crut donc le trouver dans l'idée d'un être souverainement réel, et en conséquence cette idée ne fut employée qu'à la connaissance plus déterminée de ce qu'on s'était déjà persuadé précédemment devoir exister, savoir, de l'être nécessaire. Cependant on déguisa cette marche naturelle de la raison, et au lieu de s'en tenir à ce concept, on y
D,q,i,i.:db,.GoogIe
224 LOQIQDE TBAN6CENDANTALE.
chercha un point de départ pour en dériver la nécessité de l'existence, nécessité que ce concept n'était cependant destiné qu'à suppléer. De là résulta la preuve ontolc^que, qui échoua, parce qu'elle ne renferme rien qui satisfasse l'enteodemeDt naturel et sain, ni l'examen scientifique de l'école.
727. La preuve cosmologique, que nous allons examiner maintenant, établit l'union de la nécessité absolue avec la réalité suprême; mais au lieu de conclure, comme la précédente, de.la réalité suprême è la nécessité dans l'existence, elle conclut plutôt de la nécessité absolue donnée par avance, à un certain être, à sa réalité sans borne. Tout est du moins conduit de cette manière, suivant la ligne d'un raisonnement vrai ou faux, mais au moins naturel, qui emporte avec lui la plus grande persuasion, non seulement pour le sens commun, mais aussi pour l'entendement spéculatif. Mais si sensible que soit la manière dont on pose ainsi les premiers fondements de toutes les preuves de la théologie naturelle, on les a toujours scrutés, et on les scrutera toujours en dépit des ornements, feuillages et volutes dont on ne cesse de les parer et sous lesquels on veut les cacher; cette preuve, que Leibniz appelait aussi a contingentia mundi, nous allons l'exposer et l'examiner.
728. Elle est ainsi conçue: si quelque chose e^ste, un être absolument nécessîdre doit aussi exister. Or, il existe quelque chose, ne serait-ce que moi-même; donc il existe un être absolument nécessaire. La mineure contient une expérience, la majeure conclut d'une expérience en général à r^istence du nécessaire (1). L'ar-
(I) Celte ai^Dment est trop coana ponr qa'il soit nécessaire do te présenter ici plus an long. Il repose sar ta prétendue loi pb;-
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALECTIQUE TRANSCEITDANTALE. 225
gument part donc de l'expérience : il n'est donc pas entièrement a priori ou ontologique. Et, comme l'objet de toute expérience est le monde, on appelle par cette raison cet argument cosmologique. Mais cette preuve faisant aussi abstraction de toute propriété particulière As& objets de l'expérience par lesquels ce monde diffère ■ de tout autre possible, elle se distingue déjà, dans sa dénomination, de la preuve physico-ihéologigue , qui emploie pour Eléments des observations de la nature particulière de notre monde sensible.
729. Mais l'ai^ument va plus loin, et conclut que l'être nécessaire ne peut être déterminé que d'une seule inanière, c'est-à-dire, par rapport à tous les attributs opposés possibles, que par l'un des deux; par conséquent qu'il doit être universellement déterminé par son concept. Or, il ne peut y avoir qu'un seul concept d'une chose qui la détermine uDiîorsellement a priori, savoir, le concept de Xentis realissimi; donc le concept de l'être parfait ebt le seul par lequel un être nécessaire puisse être pensé; c'est-à-dire qu'il existe nécessairement un être suprême.
730. H y a dans cet argument cosmologique tant de propositions sophistiques , que la raison spéculative semblé avoir ici déployé tout son art dialectique pour produire la plus grande apparence transcendantale possible. Nous ne l'examinerons cependant pas en détail pour le moment ; nous nous boroerous à faire ressortir
siqoB transcendantale de lacaDsaiitè.qne tonte contingence a sa c&iue, qui, si elle est à son tonr contingeote, doit aToir elle-même une canse, jusqu'à ce qae la série des causes anbordoonéss entre elles doive abontir à une canse absolnment nécessaire, sans laquelle elle n'aarait ancnns intignlité.
D,q,i,i.:db,.GoogIe
iâfi tfOGIOUB TRANSCENDAMTALE.
un artifice par lequel elle donne comme Douveau un' vieil argument, après en avoir changé la fonue, et s'en rapporte à l'accord de deux témoins, savoir : au témoignage de la raison pure, et à un autre de la croyvice empirique, quand cependant ce n'est que le premier qui change seulement de costume et de voix, afîn de passer pour un second. Pour se donner un fondement solide, orà argument s'appuie sur l'expérience, et semble ainsi dilTérer de la preuve ontologique, qui met toute sa confiance dans des concepts purement a priori. Mais cette rapérience ne sert à la preuve cosmologique que pour faire un seul pas. si^voir, pour s'élever à l'eiistence d'un être nécessaire en général. L'ai^raent empirique ne peut faire connaître les atti'ibuts de cet être; aussi la raison l'abandonne complètement, et cherche dans de simples concepts quels doivent êti-e les attributs d'un être absolument nécessaire en général, c'est-à-dire ce qui, entre toutes les choses possibles, doit contenir toutes les conditions requises (reguisita) pour une nécessité absolue. Or, elle ne croit trouver ces conditions que dans la seule idée d'un être souverainement réel, d'où elle conclut que cet être est l'être absolument oéce»saire. Mais il est clair que l'on suppose ici que le con- G^ d'un être de la plus parfaite réalité satisfait pleinement au concept de la nécessité absolue dans l'eustence, c'est-à-dire que l'on peut conclure de ce concept à cette nécessité; proposition qu'affirmait l'argument ontologique. Cet argument revient donc dans l'argument cosmologique auquel U sert de fondement; ce qu'on avait cependant voulu éviter. Car la nécessité absolue est une existence par simples concepts. SI donc je dis que le concept de Ventis realissimi est un concept de cette na-
D,q,i,i.:db,GoogIe
DIALBCTIQUE TRANSGEHDANTALE. 227
ture, et même le seul qui conTienne à l'etxiBteDoe nécessaire et lui soit adéquat, je dois accorder également que cette existence nécessaire peut aussi s'en conclure. Ce n'est donc proprement que la preuve outol(^ique par purs concepts qui fait toute la force de la prétoidue preuve cosmolc^ique, et l'expérience en question ne sert qu'à nous conduire au concept de la nécessité absoloe, mais non à montrer cette nécessité dans une chose déterminée. Notre, but étant d'atteindre une telle idée, nous devons en effet abandonner toute expérience, et chercher dans les concepts purs lequel d'entre eux contient bien les conditions de la possibilité d'un être absolument nécessaire. Maïs apercevoir de cette maaière la seule po8»bilité d'un tel être, c'est aussi en démontrer l'existence; car c'est la même chose que de dire : dans tout le possible, il y en a un qui emporte en soi la nécessité absolue ; c'est-à-dire qne cet être existe d'une manière absolument nécessaire.
731 . Toutes les illusions d'un raisonnement se découvrent très facilement quand on les fait ressortir en mettant l'argument en forme. C'^t ce que nous allons faire
732. Si cette proposition : tout être absolument nécessaire est en même temps l'être souverainement réel (ce qui est le nervus probandt de la preuve cosmologiqae), est juste, elle doit pouvoir se convertir au moins ^jtfr acddens. comme tous les jugements affîrmatifs, en sorte qu'on aurait : quelque» êtres souverainement réel» sont en même temps des êtres absolument nécessaires. Or, un ens realmimxtm ne diffère d'un autre en aucun point, et ce qui vaut de quelques-uns contenus sous ce concept, vaut aussi de tous. Je pourrai donc aussi (dans ce
D,q,l,i.:dbvG00gIe
cas) convertir simplement, de cette maniéré : un être souverainement réel est un être nécessaire. Et comme cette proposition est simplement déterminée a priori par ses concepts, le simple concept de l'être réel par excellence doit donc emporter avec lui la nécessité absolue. C'est là précisément ce qu'affirmait la preuve ontologique, et quand même la preuve cosmologique ne voudrait pas le reconnaître, cela se trouve néanmoins dans sa conclusion, quoique d'une manière cachée.
733. C'est pourquoi le second moyen que prend la raison spéculative pour prouver l'existence de l'être suprême, non seulement est aussi faux que le premier, mais il a encore ce vice qui lui est propre, qu'il commet une ignoratio elenchi. puisqu'il nous promet de nous conduire par un nouveau chemin, quand il nous ramène par un léger détour à l'ancien, que nous avions quitté il n'y a qu'un moment, croyant en prendre un autre.
734. J'ai dit un peu plus haut que dans cet argument cosmologique se cachait une infinité (1) de prétentions dialectiques que la critique transcendantale peut facilement découvrir et faire tomber. Je ne ferai maintenant que les indiquer, et je laisserai au lecteur, déjà exercé, à examiner les propositions illusoires plus au long et à les réfuter.
735. On y trouve donc, par exemple : 1' le principe transcendantal, de Conclure du contingent à une cause, principe qui n'a de sens que dans le mondé sensible, mais hors duquel il ne signifie rien du tout. Car le concept purement intellectuel du contingent ne peut pro-
(1) Littéralement : toate nae nichée. — T.
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALBCTIQOE TBANSCENDANTALE. 229
duire aucune proposition synthétique, telle que le principe de la causalité, principe qui n'a absolument ni sens ni s^e de son usage, si ce n'est dans le monde sensible. Ici, au contraire, il ne devait précisément servir qu'à s'élever au-dessus du monde sensible. 2* Le raisonneraeut qui conclut de l'impossibilité d'une série infinie de causes successivoroent données h une première cause ; à quoi les principes de l'usage de la raison ne nous autorisent même point dans l'expérience : bien moins encore pouvons-nous étendre ce principe au delà de l'expérience (où cette chaîne ne peut être prolongée). 3* Le faux contentement où la raison est d'elle-même par rapport à l'intégralité de cette série, pour avoir fait enfin disparaître toute condition, quoique cependant aucun concept d'une nécessité ne puisse avoir lieu sans condition. Comme on ne peut plus rien saisir au delà, on prend cette impuissancepourl'achêvement de son propre concept. 4* La confusion de la possibilité logique d'un concept de toutes les réalités réunies (sans contradiction interne) avec la possibilité transcendantale, à laquelle il faut un principe qui l'autorise à faire une telle synthèse, principe qui, à son tour, ne peut porter que sur le champ de l'expérience possible, et ainsi de suite.
736. L'artifice de l'ai^ument cosmologique n'a d'autre but que d'éviter la preuve de l'existence d'un être nécessure a priori par purs concepts, preuve qui devrait être faite ontologiquement, maïs dont nous nous sentons entièrement incapables. Dans ce dessein, nous concluons, tant bien que mal, d'une existence réelle, donnée pour fondement (d'un expérience en général), à sa condition simplement nécessaire. Alors nous n'avons pas à expliquer la possibilité de cette condition, car, s'il
D,q,l,i.:dbvG00gIe
3B0 LOQIQUB TRANSCENDANT ALB.
est démontré qu'elle est, la queetioa de sa possibilité est superflue. Si donc nous vouIods déterminer plus nettement cet être nécessaire par ses attributs, nous ne cliei^ chons pas ce qu'il faut pour comprendre par son concept la nécessité de l'existence; car, si nous le pouvions, nous n'aurions alors besoin d'aucune supposition empirique. Non; mais nous cherchons seulement la condition native (condilio sine qua non), sans laquelle un être ne serait pas absolument nécessaire. Ce qui pourrait assurément très bien se faire dans toute autre espèce de raisonnement, en remontant d'une conséquence donnée à son principe. Malheureusement il arrive ici que la condition voulue pour la nécessité absolue ne peut se rencontrer que dans un seul être qui par conséquent devrait contenir dans son concept tout ce qui est requis pour la nécessité absolue, et qui permet en conséquence de conclure a priori & cette nécessité. C'est-à-dire que je devrais pouvoir aussi conclure réciproquemet, en disant que la chose à laquelle ce concept (de la suprême réalité) convient, est absolument nécessaire, et que si je ne puis pas conclnre ainsi (ce qu'il faudra bien reconnaître, si je veux éviter l'ai^ument ontolc^que), j'aurai encore échoué dans ce nouveau moyen, et me retrouverai toujours au point d'où j'étais parti. Le concept de l'être suprême satisfait bien a priori à toutes les questions qui pourraient être proposées sur les déterminations internes d'une chose, et, par cette raison, est aussi un idéal unique en son g«ire, parce que le concept général le signale en même temps comme un individu parmi toutes les choses possibles. Mais il ne satisfit pas du tout à la question de sa propre existence, ce qui était cependant l'aiaiM principale; d l'on ne pouvait ré-
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALECTIQUE TRANSCENDARTALE. 231
pondre à la question de celui qui admettait l'ezisfeuce d'un être nécessaire, el qui voulait seulement sbToir quelle est, entre toutes les choses, celle qu'il devait regarder comme telle, en lui disant : celle-ci e^ l'être lié^ ceSsaire.
737. Il peut bien être permis à'admettf'eVexistéhcé d'un être infinimeot suffisant, comme cause de tous les effets possibles, pour faciliter à la raison l'unité des principes explicatifs qu'elle cherche. Mais se permettre de dire : un tel être existe nécessairement, ce n'est plus le modeste laugage d'une hypothèse licite; c'est la prétention orgueilleuse d'une certitude apoâictiqoe; carlb connaissance de ce que l'on donne à connaître «omrne absolument nécessaire doit emporter aussi avec soi une nécessité absolue.
738. Toute la question de l'idéal transeendaatfti revient à ceci : trouver à l'absolue nécessité un concept, ou au concept d'une chose sa tificesdité absolue. Si l'on peut l'un, on doit aussi pouvoir l'autre ; car la raisoîi tie reconnaît pour aKsolument nécessaire que ce qui est nécessaire par son concept. Mais l'un et l'autre surpassent entièrement tous n6s efforts possibles pour satisfairenoire intelligence sur ce point. Nous sommes même incapables de notis consoler de noire impuissance et eet , égard.
739. Le nécessité absolue, dont nous avons si indispensablement besoin, comAie d'un dernier support de toutes choses, est le véritable abîme de la raison hAmdine. L'éternité même, quelqne horriblement sublime que la dépeigne Haller, ne frappe pas à beaucoirp près l'esprit de tant de vertige ; car elle mesure setilement la durée des choses, mais elle fie le« soUtiéttt ptfs. On ne
D,q,i,i.:db,.GoogIe
232 LOGIQUE TRASSCENDÂNT&LE.
peut ni se défendre de la pensée suivante ni la supporter, qu'un être, que nous nous représentons comme le plus élevé de tous les êtres possibles, se dit en quelque sorte à lui-même : je suis d'une éternité à l'autre, iten n'existe hors de moi que par ma volonté ; mais doù suisje donc? — Ici tout s'écroule au-dessous de nous, et la suprême perfection, comme la moindre de toutes, flotte suspendue sans soutien, devant la raison spéculative, à laquelle il ne coûte rien de faire disparaître l'une et l'autre, sans le moindre empêchement.
740. Beaucoup de forces de la nature, qui manifestent leur existence par certains effets, restent impénétrables pour nous, car nous ne pouvons pas les poursuivre assez loin par l'observation. L'objet transcendantal qui sert de fondement aux phénomènes, et avec lui la raison pourlaquelle notre sensibilité est soumiseà ces conditions suprêmes plutôt qu'à d'autres, sont et demeurent pour nous ioscrutables, quoique la chose elle-même du reste soit donnée, mais seulement sans être aperçue. Mais un idéal de la raison pure ne peut passeï pour impénétrable, par cela seul qu'il ne présente aucune autre garantie de sa réalité que le besoin de la raison d'accomplir toute l'unité synthétique par son moyen. N'étant pas même donné comme objet qui puisse être conçu, il n'est par conséquent pas même donné non plus comme un objet inscrutable. Cet objet doit plutôt, comme simple idée, trouver sa place et sa solution dans la nature de la raison, et par conséquent y être recherché; car la raison consiste précisément à pouvoir rendre compte de tous nos concepts, opinions et assertions, que ce soit par des raison subjectives, ou si elles ne sont qu'une simple apparence, par des raison objectives.
D,q,i,i.:db,.GoogIe
DIALECTIQUE TRANSCENDANTALG. 233