‹ Critique de la raison pure (volume 4)Chapitre 21 sur 39 · II y a dans la nature humaine je ne sais quoi de · texte numérisé non relu

II y a dans la nature humaine je ne sais quoi de

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simulé qui doit en définitive, comme tout ce qui vient de la nature, aboutir à de bonnes fins ; je veux dire une iDi-lloatioD à cacher ses véritables sentimeuts, et à faire parade de quelques autres qui sont supposés et que l'on tient pour bons et hoaorables. Il est certain que, grâce à cette inclination des hommes à se cacher et à prendre une apparence avantageuse, ils oe se sont pas simplement civilisés, mais encore moralises petit à petit, parce que pereonne ne pouvant pénétrer à travers le fard de la décence, de l'hoanélelé et de la pudeur, on trouva par conséquent dans les prétendus bons exemples dont on se voyait environné, une école d'amélioration pour soimême. Mais cette disposition h se montrer meilleur que l'on n'est, et à manifester des sentiments que l'on n'a pas, ne sert guère qu'à dépouiller en quelque sorte provisoirement l'homme de sa rudesse, et à lui faire prendre d'abord l'apparence d'un bien qu'il connaît; car, une fois que les bons principes sont dégagés et qu'ils ont passé dans l'esprit, toute fausseté doit être insensiblement combattue avec vigueur, parce qu'autrement elle corromprait le coeur, et la bonté des sentiments serait étouffée sous t'euveloppe empruntée d'une belle apparence.

889. Je remarque avec douleur cette simulation et cette hypocrisie jusque dans les expressions m&mes de la pensée spéculative, où cependant les hommes trouvent bien moins d'obstacles à la franche manifestation de leur sentiment, et sont moins intéressés à le cacher. Que peut-il y avoir en effet de plus préjudiciable aux connaissances que de se communiquer réciproquement des pensées dénaturées, falsifiées pour ainsi dire, de cacher les doutes que nous sentons être contraires à nos asser-

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(ioos, OU de donner la couleur de l'éTidence à des ai^umeots qui ne nous satisfont pas nous-mêmes? Tant que la simple vanité personnelle suscite ces artifices secrets (ce qu'on rencontre souvent dans les jugements spéculatifs qui n'ont aucun intérêt particulier, et qui sont difficilement susceptibles d'une certitude apodictique), alors la vanité des autres s'y oppose, aidée qu'elle est en cela de Y approbation publique, et les choses en viennent en définitive, quoique beaucoup plus lard, au point où elles auraient été amenées d'abord par le sentiment le plus siacère et l'iDlenlion la plus droite. Mais lorsque le public 86 persuade que des sophistes ne tendent qu'à ébranler les fondements du bien public, il semble non seulement prudent, mais encore permis et même honorable, de venir au secours de la bonne cause, ne fût-ce qu'avec des raisons spécieuses, plutôt que de laisser à ses prétendus adversaires l'avantage de rabaisser nos paroles au ton d'une persuasion purement pratique, et de nous contraindre d'avouer le manque de certitude spéculative et apodictique. Je penserais cependant que rien an monde n'est plus nuisible au defsein de défendre une bonne cause, que de joindre à de solides raisons les artiBces de la spéculation, les pièges et la fraude. Le moins qui puisse être exigé en pareil cas, c'est qu'on s'applique franchement et sincèrement à peser les raisons fondamentales d'une simple spéculation. Mais si l'on pouvait compter avec certitude sur ce peu de chose, le combat de la raison spéculative sur les graves questions de Dieu, de l'Immortalité de l'âme et de la Liberté, serait depuis longtemps décidé ou ne tarderait pas à l'être. Mais il arrive souvent que la pureté des sentiments est en raison inverse de la bonté de la cause , et que

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œlle-ci a peut-être un plus graud nombre d'adversaires loyaux et sincères que de patrons.

890. Je suppose donc des lecteu rs qui ne veuillent pas que l'on défende une cause juste par de mauvaises raisons : il est décidé pour eux que, suivant nos principes de la critique, si l'on ne regarde pas ce qui arrive, mais ce qui devrait arriver, il ne doit y avoir , à proprement parler, aucune polémique de la raison pure. Car comment pourrait-il se faire que deux personnes engageassent un combat sur une chose dont aucune d'elles ne pourrait exposer la réalité dans une expérience réelle ou seulement possible, et dont l'idée n'est couvée par l'une d'elles que pour en tirer quelque chose de plus que l'idée, savoir la réalité de l'objet même? Par quel moyen sortiront-elles de la controverse, puisqu'aucune d'elles ne peut rendre sa cauM compréhensible et certaine, et n'est seulement capable que d'attaquer et ruiner la cause de son adversaire? Car telle est l'issue de toutes les assertions de la raison pure : sortant de toutes les conditions de l'expérience possible, hors desquelles ne peut se trouver aucun document de vérité, étant néanmoins obligées de recourir aux lois de l'entendement destinées au simple usage empirique, sans lesquelles aucun pas dans la pensée synthétique n'est possible, elles se montrent toujours à découvert à leur adversaire, dont à leur tour elles peuvent attaquer le côté fail>le.

891 . La critique de la raison pure peut être considérée comme le vrai tribunal de toutes les controverses purement rationnelles; car sa juridiction ne s'étend pas aux disputes qui roulent immédiatement sur les objets ; elle est établie suivant les principes de son institution primitive-pou r définir et juger les droits de la raison.

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892. Sans elle la raison est encore en quelque sorte dans son état de nature, et ne peut accorder ni garantir aucune valeur h ses arfirmations et à ses droits que par \di guerre. La critique, au contraire, tirant toutes ses décisions des règles fondamentales de sa propre institution, dont personne ne peut révoquer en doute l'autorité, nous donne la tranquillité d'un état civil dans lequel nous ne devons traiter nos différends que par voie de procédure. Ce qui met fin aux désaccords dans le premier état, c'est une yic/o(>e dontsegloriûentles deux partis, et qui est ordinairement suivie d'une paix incertaine, établie par une autorité qui s'interpose. Mats dans l'autre état, c'est la sentence ; et cette sentence doit procurer une paix perpétuelle, puisqu'elle tarit la source même du . procès. Les disputes éternelles d'une raison purement dogmatique nous forceraient également à chercher le repos dans une critique de cette raison même, et enfin dans une législation qui se fonde sur elle ; comme le dit Hobbes, l'état de nature est un état d'injustice et de violence, et l'on doit nécessairement l'abandonner pour se soumettre à la contrainte légale, qui ne met de bornes à notre liberté que pour la faire subsister avec la liberté de chacun, et parla même avec le plus grand bien de tous.

893. Cet état de liberté comporte donc aussi le droit de soumettre au jugement public, sans être pour cela réputé citoyen turbulent et dangereux, les pensées et les doutes que l'on ne peut s'éclsircir soi-même; ce qui est déjà dans le droit primitif de la raison humaine, qui ne connaît d'autre juge que la raison générale même, dans laquelle chacun à son suffrage. Et comme tout perfectionnement dont notre nature est sus-

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ceptible doit venir de là, un tel droit est sacré, et ne peut être aboli. H serait peu sage d'appeler dangereuses certaines asseitions téméraires, ou certaines attaques inconsidérées conire des choses qui ont pour elles l'a»sentiment de la majeure et meilleure partie du public; car ce serait leur accorder une importance qu'elles ne doivent pas avoir. Quand j'entends dire que la liberté de la volonté humaine , l'espérance d'une vie future et l'existence de Dieu ont été ruinées par les raisonnements d'un esprit peu commun, je suis alors tenté de lire le livre, car j'attends de son talent qu'il étende mes conuaissances. Je sais déjà très certainement d'avance qu'il n'aura rien fait de tout cela : non pas que je me croie en possession de preuves invincibles de ces importantes propositions, mais je suis pleinement convaincu parla critique transceodantale, qui m'a découvert toute la portée de notre raison pure, qu'elle est impuissante à établir des assertions affirmatives dans ce cbamp, et plus incapable encore d'affirmer quoi que ce soit de négatif à cet égard. Car, où ce prétendu esprit fort aurait-il pris sa connaissance qu'il n'y a aucun être suprême? Cette proposition est hors du cbamp de l'expérience possible, et par conséquent hors des bornes de toute connaissance humaine. A la vérité, je ne lierais pas le défenseur d<^' matîque de la bonne cause contre cet ennemi, parce que je sais d'avance qu'il ne combattra les raisons spécieuses de son adversaire que pour frayer un chemin aux siennes propres ; de plus, un fait journalier n'est pas aussi fécond en nouvelles remarques qu'un fait extraordinîùre et ingénieusement imaginé. Ce serait plutôt cet adversaire de la religion dogmatique à sa façon , qui fournirait à ma critique une occupation désirable en me

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donnant l'occasion d'en perfectionner les principes, sans que j'eusse à craindre pour elle la moindre chose.

894. Mais la jeunesse qui est confiée à l'enseignement académique ne doit-elle pas du moins être prémunie contre ces sortes d'écrits, et la connaissance prématurée de propositions si dangereuses lui être dérobée, jusqu'à* ce que son jugement soit formé, ou plutût jusqu'à ce que la doctrine dont on veut la pénétrerait poussé d'assez fortes racines pour résister victorieusement à toute opinion contraire, quelle qu'en puisse être la source?

895. S'il était inévitable de s'en tenir à dogmatiser sur des matières de la raison pure, et si la réfutation des adversaires était proprement polémique, c'est-à-dire de telle nature que le combat dût infailliblement s'engager à coups d'argument pour des assertions contraires ; assurément il n'y aurait rien de mieux à faire puur le moment, mais en même temps rien ne serait plus vain et plus inutile pour l'avenir, que de mettre en tutelle pour on temps la raison de la jeunesse, et de la garantir de la séduction, au moins pendant ce temps. Mais si, dans la suite, ou la curiosité ou l'esprit du siècle lui met en main de semblables écrits, cette éducation du jeune âge la retiendra-t-elle alors? Celui qui ne.se présente qu'avec des armes dogmatiques pour repousser les attaques d'une autre opinion et ne sait pas découvrir la dialectique occulte, qui n'est pas moins cachée dans son propre sein que dans celui de son adversaire, voyant des arguments spécieux, qui ont l'avantage de la nouveauté, ébranler des arguments non moins spécieux, mais qui n'ont plus cet attrait du nouveau, et qui excitent au contraire le soupçon d'une crédulité déçue dans la Jeunesse : celuilà dis-je, ne croit pas mieux pouvoir montrer qu'il a

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passé l'âge de la discipline de l'éducation de sa nourrice, qu'en méprisant ses sages avertissements ; et, accoutumé au dogmatisme, il avïtleà longs traits le poison qui corrompt dogmatiquement ses principes.

896. C'est précisément le contraire de ce que l'on conseille ici qui doit avoir lieu dans l'instruction académique , mais, à la vérité, dans l'hypothèse seulement d'une instruction solide en matière critique de la raison pure. Car, pour en appliquer les principes d'aussi boune heure que possible, et pour en montrer la valeur suffisante dans la plus grande apparence dialectique, il est absolument nécessaire que des attaques si redoutables auï d(^matiques soient dirigées contre sa raison, quoique faible encore, mais éclairée par la critique, et qu'on lui fasse essayer l'examen des vaines assertions de son adversaire par les principes de celte critique. Il pourra facilement les réduire en poudre, et acquerra une prompte confiance dans ses propres forces pour se garantir pleinement de ces prestiges nuisibles, qui devront enfin perdre pour lui toute leur apparence. Et quoique ces mêmes coups qui ruinent l'édifice de l'enuemi dussent être tout aussi dangereux à sa construction spéculative propre, s'il lui prenait jamais fantaisie d'en élever une, il est cependant fort tranquille h cet égard, puisqu'il n'a pas besoin d'habiter un pareil édifice; il a devant lui, dans le champ pratique, une échappée où il peut espérer avec raison un terrain plus solide pour y élever son système rationnel et salutaire.

897. il n'y a donc aucune polémique pi-oprement dite dans le champ de la raison pure. De part et d'autre les coups portent à faux, et les combattants n'ont affaire qu'à leur ombre, car ils sortent de la nature et passent

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dans une régîoD où leur dogmatisme n'a pas la moindre prise, où il n'y a rien qui se laisse s^sir et retenir. Quand ils croient lutter avec avantage, les ombres qu'ils pourfendent se reproduisent eu un clin d'œil comme les héros du Walhalla, en sorte qu'Us peuvent toujours se donner le plaisir de porter des coups non sanglants.

898. Toutefois l'usage sceptique de la raison pure, que l'on pourrait appeler le principe de la neutralité dans toutes ses controvei-ses, n'est nullement admissible. Exciter la raison contre elle-même, lui donner des armes des deux côtés et regarder ensuite paisiblement et par forme de jeu son ardent combat, n'est pas une chose récréative au point de vue dogmatique; c'est plutôt le spectable d'un esprit jaloux qui se réjouit des maux d'autrui. Hais si cependant l'on considère l'aveuglement et l'orgueil invincible des sophistes, orgueil qui ne se laisse tempérer pas aucune critique, il ne reste pourtant pas d'autre remède que de lui opposer la jactance de l'antagoniste qui se fonde sur les mêmes droits, pour que la raison soit au moins embarrassée par la résistance d'un ennemi, afin de lui faire douter de ses prétentions et prêter l'oreille h la critique. Mais s'en tenir à ces doutes, et dire à l'appui que la persuasion et l'aveu de notre ignorance nous sont recommandés, non simplemeut comme un remède contre la suffisance dogmatique, mais aussi comme la manière de terminer le combat de la raison avec elle-même; c'est un dessein parfaitement inutile, et qui n'est point propre à procurer du repos à la raison, mais qui est au contraire un excellent moyen de la tirer de son doux rêve dogmatique pour lui faire examiner attentivement son état. Comme cependant

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cette manière sceptique de se tirer d'un fâcheux procès de la raison, semble être en quelque sorte le plus court chemin pour arriver à un repos philosophique constant ; comme elle est du mohts la grande route que prennent volontiers ceux qui pensent se donner un air philosophique par un mépris moqueur de toute recherche de cette nature : je crois qu'il est nécessaire de faire voir cette manière de penser sous un autre jour.

De rimpotubilité oh est li raiioD psre en diuceord tnt BUe-mhM de M MDleDUr itt SccpUciuu.

899. La conscience de mon ignorance (si cette ignorance n'est en même temps reconnue nécessaire), au lieu de mettre Bn à mes questions, est bien plutôt la cause propre qui les fait soulever. Toute ignorance porte ou sur les choses, ou sur la détermination et les bornes de ma connaissance. Si l'ignorance est fortuite, elle doit me porter, dans le premier cas, à étudier dogmatiqitement les choses, et dans le second cas, à tracer critiquement les bornes de ma connaissance possible. Mais de savoir si mon ignorance est absolument nécessaire, et si je puis par conséquent me dispenser de toute recherche ultérieure, c'est ce qui ne peut s'établir empiriquement par l'observation, mais seulement critiquement et en approfondissant les premières sources de notre connaissance. La détermination des bornes de notre raison ne peut donc se faire qu'a priori suivant des principes; mats sa circonscription, quoiqu'elle ne soit que la connaissance indéterminée d'une ignorance qui ne peut jamais être dissipée, peut aussi être connue a posteriori par ce qui nous reste toujours à connattre dans tout savoir. La dé-

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terminatioD des bornes de la raison par la critique de la raison même, seule connaissance possible de son ^orance, est donc science; la circûnscription de la raison n'est qu'une perception dont l'étendue des conséquence est indéterminable. Lorsque je me représente la surface de la terre (suivant l'apparence sensible) comme un disque, je ne puis savoir jusqu'où elle s'étend. Mais l'expérience m'apprend que partout où je porte mes pas, je me trouve toujours environné d'un espace d'où je pourrais m'avancer plus loin. Je connais donc les bornes de chacune de mes connaissances géographiques réelles, et non les bornes de toute géographie possible. Mais si je me suis avancé assez loin pour savoir que la terre est un globe et que sa surface est sphérique, alors je puis connaître déterminément, et suivant des principes a priori, d'après une petite partie de cette surface, par exemple de la quantité d'un degré, le diamètre, et, par celui-ci, la complète circonscription de la terre, c'est-à-^re sa surface; et quoique je sois dans l'ignorance par rapport aux objets que renferme cette superficie, cependant je ne le suis pas à l'égard de la circonscription qui les contient, de son étendue et de ses limites.

900. L'ensemble de tous les objets possibles de notre connaissance nous fait l'effet d'une surface plane qui a son horizon apparent, savoir, ce qui en embrasse toute le circonscription, et que nous appelons concept rationnel de l'universalité conditionnée. II est impossible d'atteindre empiriquement ce concept, et l'on a tenté vainement jusqu'ici de le déterminer a priori suivant un certain principe. Cependant toutes les questions de notre raison pure se rapportent à ce qui est hors de cet hori-

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zon, OU tout au plus h ce qui peut être sur la ligne qui le détermine.

901 . Le célèbre David Hume a été un de ces géographes de la raison humaine; il crut avoir suffisamment répondu à toutes ces questions, en les reléguant au delà de cet horizon de la raison qu'il ne put cependant tracer. 11 s'arréla surtout au principe de causalité, et remarqua très justement que la vérité (pas même la valeur objective du coucepi d'une cause efficiente en général) n'en est appuyée sur aucun aperçu clair, c'est-à-dire sur aucune connaissance a priori; que par conséquent ausà toute son autorité résulte, non pas de la nécessité de cette loi , mais de son utilité générale dans le cours de l'expérience, d'où naît une nécessité subjective que l'on appelle habitude et qui fait toute son autorité. De l'impuissance de notre raison de faire usage de ce principe au delà de toute expérience, il conclut la nullité de toute prétention de la raison en général à sortir de l'empirisme.

902. Une semblable méthode de soumettre les faits de la raison à l'examen, et s'il le faut au bl&me, peut s'appeler la censure de la nûson. 11 est certain que cette censure conduit inévitablement à douter de tout usage transcendant des principes. Mais ce n'est là seulement que le second pas, qui est encore bien loin d'achever l'œuvre. Le premier pas dans les choses de la raison pure, qui en montre l'enfance, est dogmatique. Le second pas, déjà mentionné, est sceptique, et montre la cii^ conspection du jugement redressé par l'expérience. Mais il en faut encore un troisième qui ne peut être fait que par un jugement mûr et viril, appuyé sur des relies fermes et d'une universalité certaine, afin de soumettre

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à l'appréciation, non les -faits de la raison, mais la raiBon elle-même suivant toute sa faculté et son aptitude pour les connaissances pures a priori. Il ne s'agit pas là de la censure, mais de la critique de la raison; critique par laquelle des bornes {Schrankeri) , même des limites (Grenzen) déterminées de la raison, son ignorance non seulement dans telle ou telle partie, mais par rapport à toutes les questions possibles d'une certaine espèce, ne sont pas conjecturées mais établies par principes. Ainsi, le scepticisme est un lieu de repos pour la raison humaine; lA, elle peut se rappeler le chemin dogmatique qu'elle a fait, et décrire le pays où elle est, afin de pouvoir choisir sa route plus sûrement, Mais ce n'est pas une habitation où elle doive rester toujours; une pareille demeure ne peut se trouver que dans une certitude parfaite, soit de la connaissance des objets mêmes, soit des limites qui circonscrif ent toute notre connaissance des objets.

903. Notre raison n'est pas comme une plaine d'une étendue indéfinie, dont on ne connaisse les bornes que d'une manière générale; elle est plutôt comparable à une sphère dont le diamètre peut être trouvé par la courbe de l'arc à sa surface (par la nature des propositions synthétiques a priori) ; ce qui permet aussi d'en déduire avec certitude le contenu et la délimitation. Hors de cette sphère (champ de l'expérience), il n'y a plus d'objets pour notre raison; les questions mêmes qui coucement les prétendus objets de cette nature ne se rapportent qu'à des principes subjectifs, d'une détermination universelle des rapports possibles parmi les concepts de l'entendement dans les limites de cette sphère.

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