‹ Critique de la raison pure (volume 4)Chapitre 22 sur 39 · Nous sommes réellement en possession de con · texte numérisé non relu

Nous sommes réellement en possession de con

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naissances synthétiques a priori, comme le prouvent les principes de l'entendemeat gui anticipent {antidpireti) l'expérience. Si cependant quelqu'un n'en comprenait pas la possibilité, il pourrait à la vérité douter d'abord si elles sont réellement en nous a /iriort, mais il ne pourrait pas en conclure l'impossibilité par les simples facultés de l'entendement, ni déclarer inutiles tous les pas de la raison suivant la règle qui résulte de ces connaissances. Seulement il pourrait dire : si nous en apercevions l'origine et la vérité, nous pourrions déterminer la circonscription et les bornes de notre raison, mais auparavant toutes tes assertions de la raison sont téméraires. De cette manière un doute universel dans toute philosophie dogmatique, laquelle va son chemin sans la critiquede la raison, serait tout à fait fondé; mais on ne pourrait cependant pas absolument contester à la raison un semblable progrès s'il était préparé et assuré par une meilleure constitution. Car enfin, tous les concepts, el même toutes les questions que nous propose la raison pure, ne sont pas simple hasard de l'expérience; ils ne sont même que daus la raison, qui doit pouvoir comprendre la valeur ou la nullité des uns el résoudre les autres. Nous ne sommes pas non plus autorisés à rejeter ces questions en prétextant notre faiblesse, comme si leur solution tenait réellement à la nature des choses, et à nous refuser à leur investigation ultérieure; la raison seule ayant engendré ces idées dans son sein, elle doit se rendre compte de leur valeur ou de leur apparence dialectique.

905. Toute polémique sceptique n'est proprement dirigée contre le dogmatiste qui, sans se défier de ses premiers principes objectifs, c'est-à-dire sans critique.

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poursuit gravement son chemiD, que pour déranger ses plans et le ramener k la connaissance de lui-même. Elle ne décide absolument rien par rapport à ce .que nous pouvons savoir ou ne pas savoir. Toutes les vaines tentatives dogmatiques de la raison sont des faits qu'il est toujoursulile de soumettre à la censure. Mais ceci ne peut rien décider sur l'attente de la raison relativement à un meilleur succès de ses efforts futurs, et à ses prétentions à cet égard. La simple censure ne peut donc pas terminer la querelle sur les droits de la raison humaine.

906. Hume étant peut-être de tous les sceptiques le plus ingénieux, mais étant sans contredit le plus remarquable par l'inûuence que la méthode sceptique peut avoir pour provoquer un examen fondamental de la raison, il vaut la peine d'exposer, autant qu'il entre dans mon plan de le faire, la marche de ses raisonnements, et les erreurs d'un homme si habile et si estimable, erreurs qui ont cependant pris naissance sur le sentier de la vérité.

907. Hume pensait peut-être, quoiqu'il ne s'en soit jamais expliqué clairement, que nous sortons, dans certains de nos jugements, hors de notre concept de l'objet. J'ai appelé cette espèce de jugements, jugements synthétiques. Un fait qui ne souffre pas la moindre difficulté, c'est que je puis, par le moyen de l'expérience, sortir du concept que j'ai déjà des objets. L'expérience est même une semblable synthèse des perceptions, qui augmente le concept résultant d'une perception par d'autres perceptions qui s'y ajoutent. Mais nous croyons aussi pouvoir a /inori sortir de notre concept, et étendre ainsi notre connaissance. Nous tentons de le faire, ou par l'entendement pur, dans ce qui peut être au moins

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nn objet de l'expérieme, ou par la raison pure à l'^;ard des qualités sensibles des choses, ou uiême de l'eaâstence d'objets qui ne peuvent jamais, se présenter dans l'expérience. Notre sceptique ne distingua pas ces deux sortes de jugements comme il aurait cependant dû le faire ; et il regarda comme impossible, sans expérience antérieure, cette augmentation des concepts par des concepts, et, si je puis ainsi dire, l'enfantement spontané de notre entendement même (et de la raison). D'où il conclut que tous ces prétendus principes a priori nétaient que des rêves. Il crut trouver qu'ils n'étaient que l'habitude résultant de l'expérience et de ses lois, par conséquent que ce n'étaient, que des règles purement empiriques, c'est-à-dire contingentes par elles-mêmes, auxquelles nous accordons faussement la nécessité et l'universalité. A l'appui de cette étrange assertion, il en appelle au principe universellement reconnu du rapport de la cause et de l'effet. Comme aucune faculté intellectuelle ne peut nous conduire du concept d'une chose à l'existence de quelque autre chose qui soit par là donnée universellement et nécessairement, il crut pouvoir en conclure qu'il n'y a rien en nous qui soit capable sans expérience d'augmenter notre concept, et qui nous autorise à porter un jugement qui ait une valeur matérielle a priori. Que la lumière solaire fopde la cire qu'elle éclaire, en même temps qu'elle durcit l'ai^le, c'est ce qu'aucune intelligence n'aurait pu deviner, loin de le conclure régulièrement en partant des concepts que nous avions déjà de ces choses ; l'expérience seule pouvait nous apprendre cette loi. Nous avons vu, au contraire, dans la Logique traoscendantale, que, tout en ne pouvant jamais sortir immédiatement de la matière

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du concept qui nous est donné, nous pouvons cependant connaître parfaitement a priori la loi de liaison avec d'autres choses, mais par rapport h une troisième chose, savoir, à une eTpéneace possibie. En conséquence si la cire qui auparavant était solide se fond, je puis connaître a priori que quelque chose a dû précéder (par exemple, la chaleiir solaire), ensuite de quoi la fusion s'est opérée suivant une loi contante, quoique, sans expérience, je ne puisse connaître a priori d'une manière déterminée, et sans l'enseignement de l'expérience, ni la cause par l'effet, ni l'effet par la cause. Hume conclut donc faussement de la contingence de notre détermination suivant la loi, à la contingence de la loi même, et il confondit le fait de passer du concept d'une chose à l'expérience possible (ce qui arrive a priori ei constitue la réalité objective de ce concept), avec la synthèse des objeis de l'expérience réelle, qui est toujours empirique. 11 fît donc d'un principe de l'aflinité, qui a son siège dans l'entendement et énonce une liaison nécessaire, une règle de l'association qui n'a lieu que dans l'imagination imitatire, et ne peut exposer que des liaisons fortuites et non objectives.

908. Mais les erreurs sceptiques de cet homme, d'ailleurs très pénétrant, résultèrent principalement d'un défaut qu'il eut cependant de commun avec tous les df^matiques, savoir, de ce qu'il ne considérait pas systématiquement a priori toutes les espèces de synthèses de l'entend^Dent. Car U aurait trouvé, par exemple, pour jie pas parler ici du reste, que le principe de la permanence, tout aussi bien que celui de la causalité, précède l'expérience. De cette manière il aurait pu prescrire h l'entendement s' étendant a priori, et & la raison

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pure, certaines limites. Hais lorsqu'il se contente de circonscrire notre entendemeot sans en poser les bornes, et qu'en établissant une défiance générale, il ne donne aucune connaissance déterminée de l'ignorance qui nous est iovincible; lorsqu'il censure quelques principes de l'entendement, sans le soumettre lui-même à l'épreuve de la critique dans toute soft étendue, et qu'il accuse cette faculté de refuser ce qu'elle ne peut réellement accorder, alors il va trop loin, puisque sans l'avoir soumise tout entière à l'exameu, il lui conteste tout pouvoir de s'étendre a priori. Il lui arrive donc ce qui mine toujours le scepticisme ; c'est que le scepticisme lui-même ne manque jamais d'être mis en doute, parce que ses objections ne reposent que sur des faits accidentels, au lieu de porter sur des principes capables de faire renoncer nécessairement au droit d'affirmer dogmatiquement.

909. Comme il ne connaît non plus aucune différence entre les droits fondés de l'enteudement et les prétentions dialectiques de la raison, contre lesquelles cependant sont surtout dirigées ses attaques, la raison, dont l'élan propre n'est pas le moins du monde ici troublé, mais entravé seulement, ne s'aperçoit pas que le champ de ses excursions est entièrement fermé, et ne peut jamais être complètement détourné de ses efforts ; et, quoiqu'elle soit attaquée çà et là dans ses tentatives, elle n'est jamais parfaitement repoussée ; car elle s'anne pour résister aux attaques, et s'opiniâtre d'autant plus à établir ses prétentions. Mais une revue rigoureuse de tous nos moyens, et la persuasion qui en résulte de la jouissance assurée d'une petite possession, fait disparaître tout litige, malgré la vanité de prétentions plus élevées,

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et porte à se contenter d'une propriété restreinte, mais incontestabje.

910. Le dogmatiste sans critique, qui n'a point mesuré la sphère de son entendement, qui, par conséquent, n'a pas déterminé suivant des principes les bornes de la connaissance possible, et qui ne sait pas d'avance ce qu'il peut, mais qui pense s'en assurer t

doit courir plus que le danger d'être en bu

ques sceptiques ; il doit en essuyer un vr

Car s'il affirme une seule chose dont il ne

raison, mais sans pouvoir en expliquer l'a

des principes, alors son soupçon tombe g

assertions, quelque persuasives qu'elles puissent être

d'ailleurs.

911. C'est ainsi que le sceptique corrige le disputeur dogmatique, et le conduit à une saine critique de l'entendement et de la raison même. Dès qu'il y est parvenu, il n'a plus rien à craindre; car il distingue alors sa possession de tout ce qui n'est pas elle ; il ne s'arroge aucun droit sur ce qui ne lui appartient pas, et évite ainsi les contestations. A la vérité, la méthode sceptique ne satisfait pas par elle-même aux questions de la raison, mais cependant elle /»r^j5are la raison en l'eiei'çanl, excite sa vigilance, et la conduit aux moyens fondamentaux qui peuvent lui garantir sa possession Intime.

DUdplûie de la nÎMo pore par report aai hjpoUiites.

912. Puisqu'enlin nous savons parla critique de notre raison qu'en fait, dans son usage pur et spéculatif, nous ne pouvons rien savoir, ne devrait-elle pas ouvrir un

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champ d'autant plus vaste aux hypothèses, puisqu'il nous est du moins permis d'inventer et d'opiner, sinon d'affirmer?

913. Si l'imagination ne doit cas délirer, mais /artdre, sous la censure sévère de la raison, quelque chose de parfaitement certain, de non fictif et qui ne soit pmut de simple opinion, doit toujours précéder ; et ce quelque chose est \b. possibilùé de l'objet même. Alors il est bien permis, par rapport à sa réalité, de recourir à l'opinion. Mais, pour que cette opinion ne soit pas vaine, elle doit être employée comme principe d'explication, conjointement avec ce qui est vraiment donné, et qui est par conséquent certain; et alors l'opinion s'appelle hypothèse.

914. Mais conune nous ne pouvons nous faire la moindre notion de la possibilité de l'union dynamique a priori, et que la catégorie de l'entendement pur ne sert point à la penser, mais seulement à la comprendre partout où elle se ti'ouve dans l'expérience , nous ne pouvons pas imaginer originellement suivant ces catégorïesun seul objet d'après une qualité nouvelle et qui ne puisse être donné empiriquement, ni le donner pour fondement à aucune hypothèse Intime ; ce serait simplement soumettre à la raison de vaines chimères, au lieu de concepts de choses. Aiusi, il n'est pas permis d'imaginer de nouvelles facultés primitives, par exemple un entendement capable de percevoir son objet sans le secours des sens, — ou une force attractive sans contact, — ou une nouvelle espèce de substance qui, par exemple, soit présente dans l'espace sans impénétrabilité, — ni par conséquent aucun commerce des substances différent du commerce universel que présente l'expérience, — au-

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cune durée si ce n'est dans le temps. Ed ud mot , notre raison peut seulement faire servir les conditions de l'expérience possible, comme conditions de la possibilité des choses, mais pas du tout se créer à elle-même des choses indépendamment de ses conditions, parce que des concepts de cette nature, quoique sans contradiction, seraient toujours sans objet.

915. Les concepts rationnels sont, comme nous l'avons dit, de simples idées, et n'ont aucun objet dans une expérience quelconque. Mais ce n'est pas à dire pour cela qu'ils indiquent des objets Octifs et qui soient par là même regardés comme possibles. Ils sont simplement pensés problématiquement pour fonder dans le champ de l'expérience à leur égard (comme fictions heuristiques) des principes régulateurs de l'usage systématique de l'entendement. Sort-on de l'expérience, ce ne sont plus que de simples êtres de raison, dont la possibilité ne peut être établie, et qui par conséquent ne peuvent être hypothétiquement posés pour fondement à l'explication des phénomènes réels. 11 est bien permis de concevoir l'ftme comme simple, afin, suivant cette idée, de donner pour principe de notre jugement sur les phénomènes internes une parfaite et nécessaire unité à toutes les facultés de l'âme, quoiqu'on ne puisse les apercevoir en même temps m concrelo. Mais admettre l'ftme comme substance simple (ce qui est un concept transcendant) serait une proposition qui, non seulement ne pourrait être prouvée (ce qui est le cas de plusieurs hypothèses physiques), mais qui serait de plus tout arbitraireetaveugle, parce que le simple ne peut se présenter dans aucune expérience, et que, si l'on comprend ici sous le mot substance l'objet permanent de l'intuition

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sensible, la possibilité d'un pAénomène simple ne peut absolument pas être aperçue. La raison a le droit de regarder comme une opinion la notion d'èlres purement intelligibles ou les qualités simplement intelligibles des choses du inonde sensible, quoique (parce qu'on n'a aucun concept de leur possibilité ni de leur impossibilité) ces choses ne puissent non plus être niées dogmatiquement, par suite d'une vue de l'esprit prétendue meilleure.

916. Pour expliquer des phénomènes donnés on ne peut employer d'autres choses, comme principes d'explication, que celles qui ont été unies avec les choses données, suivant des lois déjà reconnues des phénomènes. Une hypothèse trancendantale dans laquelle une simple idée de la raison serait employée à l'explication de la nature des choses, serait par le fait une explication nulle, puisque ca qui ne serait pas suffisamment compris par des principes empiriques reconnus serait expliqué par quelque chose qu'on ne comprend absolument pas. Le principe d'une telle hypothèse ne serrirail proprement qu'à tranquilliser la raison, mais pas du tout à l'avancement de l'usage de l'entendement par rapport aux objets. L'ordre et la finalité dans la nature ne doivent à leur tour s'expliquer que par des causes physiques et suivant des lois physiques ; et les hypothèses les plus audacieuses, si toutefois elles ne sont que physiques, y sont plus tolérables encore que l'hypothèse métaphysique, c'est-à-dire que l'appel à un auteur divin que l'on suppose à cet efifet. Ce principe serait en effet celui de la raison paresseuse (ignava ratio), qui permettrait d'admettre d'un seul coup toutes les causes dont on peut encore connaître, par une expérience progressive, la

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réalité objective, du moias quant h la possibilité, pour se reposer dans une simple idée qui est très commodeà la raison. Mais pour ce tjni est de la totalité absolue da principe d'explication dans la série des causes, ce ne peut être un obstacle par rapport aux objets cosmiques, parce que ces objets n'étant que des phénomènes , jamais rien d'achevé ne peut y être espéré dans la synthèse de la série des conditions.

917. On ne peut recourir à des hypothèses transcendantales de l'usage spéculatif de la raison, ni à la liberté de se servir de principes métaphysiques pour suppléer -au défaut de principes physiques d'explication , soit parce que ta raison n'avancerait point par là, mais plutôt verrait tout le progrès de son usf^e interrompu, soit parce que cette licence la priverait de tout le fruit de la culture de son terrain propre, savoir l'expérience. Car si l'explication de la nature nous devient ici ou là difficile, alors nous avons tout de suite sous la main un principe d'^lication transcendant qui nous dispense de toute recherche, et notre investigation se termine, non par une connaissance, mais par l'entière incompréhensibilité d'un principe déjà tellement préconçu qu'il devait contenir le concept de l'absolument Premier.

9)8. La deuxième condition requise pour qu'une hypothèse puisse être admise, c'est qu'elle suffise pour déterminer a priori les conséquences qui sont données. ' S'il faut, à cet effet, recourir à des hypothèses subsidiaires, elles font soupçonner qu'elles us sont qu'une simple fiction ; chacune d'elles, ayant besoin de la même justification que requérait déjà la pensée fondamentale ou première, ne peut, par conséquent, donner un témoi-

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gnage idoiae. Si, dans la supposition d'une cause infi- □imoit parfaite, on ne manque pas de principe d'explication de toute la régularité, de tout l'ordre et de toute la grandeur qui se remarque dans le monde, cette supposition a cependant besoiu , dans les aberrations et les maux qui se présentent, du moins suivant nos concepts, de nouvelles hypothèses pour être h l'abri des doutes qui pourraient naître de la vue de ces maux.Si tasubstantialité simple de l'âme humaine, qui est posée comme fondement de ses phénomènes, est attaquée par les difficultés qui naissent de la ressemblance de ses phénomènes avec les changements qu'éprouve la matière (raccroissement et te décroissement), de nouvelles hypothèses doivent être invoquées; hypothèses à la vérité, qui ne sont pas sans apparence [Schein], maïs qui, cependant, manquent de toute confiance, excepté de celle que leur accorde l'opiuion, prise pour principe fondamental, à laquelle elles doivent cependant servir d'appui.

919. Si les affirmations de la raison, données ici pour exemples (l'unité incorporelle de l'ftme et l'^stence d'un être suprême), ne doivent pas valoir comme hypothèses, mais comme dogmes prouvés a priori, alors il n'est plus question d'hypothèses. Hais aussi la preuve doit avoir la certitude apodictique d'une démonstration. Car si l'on veut rendre simplement vraisemblable la réalité de ces idées, c'est une entreprise aussi absurde que si l'on pensait démontrer seulement comme probable une proposition géométrique. La raison séparée de toute expérience ne peut rien connaître qu'a priori et nécessairement, à moins de ne rien connattre du tout. Par conséquent son jugement n'est jamais opinion; c'est ou une abstention de tout jugement, ou une certitude

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apodictique. Des opinions et des jugements vraisemblables sur ce qui convient aux choses , ne sont possibles qu'à titre de principes d'explicaliou de ce qui est réellement donné, ou comme conséquences, suivant des lois empiriques, de ce qui est fondameulal et réel, par conséquent dans la série des objets de l'expérience seulement. Opiner hors de ce champ, c'est jouer avec des pensées, à moins que l'on ne croie simplement pouvoir trouver par hasard la vérité sur une voie incertaine du jugement.

920. Mais quoique dans les questions simplement spéculatives de la raison pure, il n'y ait pas lieu de faire des hypothèses pour fonder des propositions, elles y sont cependant très admissibles pour se défendre seulement, c'est-à-dire non dans l'usage dogmatique, mais dans l'usî^e polémique. J'entends, par le mot défense, non la multiplication des arguments en faveur d'une proposition, mais simplement l'anéantissement des vues apparentes d'un adversaire, destinées par lui à ruiner notre assertion. Or, toutes les propositions synthétiques par raison pure ont cela de propre, que, si celui qui affirme la réalité de certaines idées, n'en sait jamais assez pour rendre sa proposition certaine, d'un autre côté son adversaire en sait tout aussi peu pouraffirmer le contraire. Cette égahté du sort de la raison humaine ne favorise, à la vérité, aucun des deux partis dans les connaissances spéculatives; mais elle devient par là même le théâtre naturel de combats sans fin. Cependant on verra clairement par la suite que, par rapport à l'usage pratique, la raison a le droit de supposer quelque chose qu'elle ne peut légitimement admettre dans le champ de la simple spéculation sans des preuves sufôsantes, parce

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que, d'un côté, toutes ces suppositions nuisent à laper' fc^tioD de la spéculation, et que, de l'autre, l'intérêt pratique n'a point à s'occuper de spéculation. En morale, ta raison est donc en possession, sans avoir besoin de démontrer la I^iliniité du fait : ce que d'ailleurs elle ne pourrait faire. C'est donc à l'adversaire à prouver. Mais, comme celui-ci sait aussi peu, touchant l'objet en question, pouraffirmer qu'il n'est pas, que le premier qui en affirme l'existence, il y a évidemment ici un avant^e de la part de celui qui affirme quelque chose comme supposition pratiquement nécessaire (melior est cmditio possidentis) . Je dis donc qu'il lui est libre, pressé qu'il est en quelque sorte par la nécessité, de se servir, pour défendre sa cause, des mêmes moyens que l'adversaire emploie contre elle, c'est-à-dire d'hypothèses. Mais ces hypothèses ne doivent pas servir à fortifier la preuve de la proposition attaquée ; elles ne sont destinées qu'à faire voir que l'adversaire connaît trop peu l'objet de la difficulté pour que, par rapport à nous, il puisse se flatter de l'avantage d'une vue spéculative.

921. Les hypothèses ne sont donc permises dans le champ de la raison pure que comme des armes, c'està-dire non pour fonder un droit, mais uniquement pour le défendre. Mais ici nous devons toujours chercher l'adversaire en nous-mêmes, car la raison spéculative est essentiellement dialectique dans son usage transcendantal, et les objections qui pourraient être à craindre sont au-dedans de -nous-mêmes. Nous devons les exhumer comme des prétentions anciennes, mais imprescriptibles, afin de fonder une paix éternelle sur leur abolition. Un repos extérieur n'est qu'apparent; il faut extirper le germe des hostilités qui se trouve dans la

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MÉTHODOLOGIE TRANSCËNDANTALE. 360

nature de la r^oo humaioe. Mais comment en pourrons-nous venir h bout si nous ne lui donnons pas la liberté de se développer, do se nourrir pour qu'il se montre, a6n de le détruire ensuite radicalement? Imaginez donc Tous-mèmes des objections qui ne sont encore venues à la pensée de personne, donnez des armes à votre adversaire, ou mettez-ie sur le terrain le plus favorable. Rien à craindre, mais tout à espérer en cela; vous prendrez ainsi une posseBsion qui ne pourra plus vous être enlevée par la suite.

922. Une parfaite armure a donc aussi besoin des hypothèses de la raison pure, hypothèse qui, bien qu'elles ne soient que des armes de plomb (parce qu'elles ne sont acérées par aucune loi de l'expérience], seront cependant toujours aussi bonnes que celles dont un adversaire peut se servir contre vous. Si donc vous êtes pressés par une objection (sous un autre rapport non spéculatil) contre la nature de l'âme supposée immatérielle et à l'abri de tout changement corporel, sous prétexte que l'expérience semble prouver soit Taccroissement, soit le décroissement des facultés de l'&me, comme si elles n'étaient que différentes modifications de nos oignes , vous pouvez infirmer la force de cet argument en supposant que notre corps n'est que le phénomène fondamental auquel , comme condition , se rapporte, dans l'état actuel (la vie), toute la capacité de sentir, et avec elle toute la pensée ; en supposant que la séparation du corps est la fm de cet uss^e sensible de notre faculté de connaître, et le corameucement de son usage intellectuel. Le corps ne serait donc pas la cause de la pensée, il en serait simplement la condition restrictive, et par conséquent devrait être considéré com-

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370 LOOIQOB TftJLNSCENDAin'ALB.

me auxiliaire de la vie seasible et animale, et k plue forte rdson eacore, comme ud obstacle à la vie pure et ^iritueile. En sorte que la dépeudaDce où est la vie sensible de la constitution corporelle, ne prouverait rien pour la dépendance où serait toute la vie de l'état de no6 organes. Vous pouvez même aller plus loin et élever des doutes nouveaux, ou qui n'ont point encore surgi, (w qui n'ont pas été poussés assez loin.

923. La contingence des générations qui, dans les hommes comme dans les brutes, dépend de roccaàoD, et trouve en outre des aliments, de la conduite, i^ caprices et des fantaisies, trop souvent même du vice, forme une grande difficulté contre l'opinion de l'éternité à venir d'une créature, dont la vie conunence d'abord dans des circonstances si peu importantes, et si entièrement abandonnées à notre disposition. Pour œ qui est de la perpétuité de toute l'espèce (sur la terre) , ia difficulté a peu de poids, parce que l'accident individuel n'est soumise aucune loi dans l'espèce. Mais par rapport à tout individu, il est sans doute difficile d'att^dre un si grand effet de si petites causes. Vous pouvez de plus former cette hypothèse transcendantale, que toute la vie n'est proprement qu'intelligible, exempte des révolutions du temps, qu'elle n'a point commencé par la naissance et qu'elle ne doit point finir par la mort; que cette vie n'est qu'un simple phénomène, c'est-ànlire une représentation sensible de la vie ^irituelle pure, et que le monde sensible tout entier n'est qu'une pure image qui se présrate à notre manière de connaître actuelle, et qui, comme un songe, n'a aucune réalité objective en soi ; que si nous deviwi> nous apercevoir aous-mèmes comme bous sommes, et les choses comme ellet nmt.

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nous nous verrions dans uo monde de natures spirituelles, avec lequel notre unique et vrai œmmerce n'a pas commencé à la naissance, et ne doit point finir à la mort, qui n'est qu'un phénomène, etc.

924. Quoique nous ne sachions pas la moindre chose de tout ce que nous avons ici prétexté hypothétiquement contre l'attaque, et que nous ne l'affirmious pas sérieusement; quoique tout cela ne soit pas même des idées de raison, mais simplement des conceptioDg imaginées pouT la défense; cependant nous nous conduisons ici d'une manière raisonnable, parce que nous faisons seulement voir à notre adversaire, qui pense avoir épuisé toute possibilité en présentant mal à propos le défaut de conditions empiriques de celte possibilité pour une preuve de l'impossibilité universelle de tout ce que nous croyons, qu'il ne peut pas plus enïbrasser par les simples lois de l'expérience tout le champ des choses possibles en soi, que nous ne pouvons acquérir fondamentalement par la raison la connussance de quoi que ce soit-au delà des bornes de l'expérience. Celui qui emploie ces moyens hypothétiques contre les prétentions audacieusement négatives d'un adversaire, ne doit pas être pour cela considéré comme voulant en faire ses propres et vraies opinions ; il les abandonne aussitôt qu'il a repoussé la suffisance dogmatique de son antagoniste; car s'il y a modération et modestie à ne point admettre les assertions hasardées des autres, il n'y a cependant pas moins de prétention orgueilleuse à. vouloir faire passer ses propres n^ations et objections comme des preuves du contraire, que si l'on avait pris le parii affirmatif et le rôle de l'assertion.

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