‹ Critique de la raison pure (volume 4)Chapitre 23 sur 39 · On voit donc par là que, dans l'usage spécula · texte numérisé non relu

On voit donc par là que, dans l'usage spécula

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372 LOGIQDB TRANSCENDANTALE.

lif de la raison, des hypothèses n'ont par elles-mêmes aucune valeur comme opinions, mais seulement par rapport à des prétentions iranscendantes opposéas. Car l'extension des principes de l'expérience possible à la possibilité des choses en général, est aussi transcendante que l'affirmation de la réalité objective de concepts qui ne peuvent trouver leur objet qu'en dehors des bornes de toute expérieuce possible. Ce que la raison pure juge assertoriquement doit (comme tout ce qu'elle connaît) être nécessaire, à moins de n'être absolument rien. Elle ne renferme donc réellement aucune opinion. Mais ces hypothèses ne sont que des jugements problématiques qui ne peuvent pas du moins être contredits, quoique sans doute ils ne puissent être démontrés par rien. Ce ne sont par conséquent pas des opinions privées, bien qu'elles ne puissent pas être facilement exemptes de de doute (même par rapport à la tranquillité interne). Mais on doit les maintenir telles, et faire grandement attention qu'elles ne croient pas à elles-mêmes, qu'elles ne prétendent pas à une valeur absolue, et qu'elles n*élouffent pas la raison sous des fictions et des illusions.

SSCTION IV.

é» k itiwD pat pir rapport k *m pnnTCi.

926. Les preuves de propositions transcendantales et synthétiques ont cela de propre, entre toutes les preuves d'une connaissance synthétique a priori, que la ralsûo par le moyen de ses concepts n'y doit pas s'appliquer immédiatement à l'objet; la valeur objective des concepts et la possibilité de leur synthèse doivent d'aborv)

d=,GoagIe

être prouvées a priori, il oe s'^it pas là simplement d'une règle de prudence nécessaire, mais encore de la nature et de la possibilité des preuves mêmes. Si je dois dépasser a priori le concept d'un objet, je ne pourrai le faire sans un fil conducteur parliculier et étranger à ce concept. Dans les mathématiques, ce fil est l'intuition a priori qui dirige ma synthèse ; toutes les conséquences peuvent y être déduites immédiatement de l'intuition pure. Dans ia connaissance transcendantale, qui n'a d'objet que les concepts de l'entendement, celle r^le consiste dans l'expérience possible. La preuve ne fait donc pas voir que le concept donné (par exemple le concept de ce qui arrive) conduise directement à un autre concept (celui d'une cause] ; car ce passage serait un saut qu'on ne pourrait justifier : mais elle montre que l'expérience elle-même, par conséquent l'objet de l'expérience, serait possible sans cette liaison. La preuve devait donc faire voir en même temps la possibilité d'arriver synthétiquement et a priori k une certaine connaissance des choses qui n'était pas comprise dans leur concept. Sans cette attention, les arguments se précipitent comme des eaux qui débordent avec impétuosité et se répandent h travers la campagne, partout où la pente d'une association cachée les dirige fortuitement. L'apparence de la persuasion, apparence qui repose sur des causes subjectives de l'association, et qui passe pour l'apergu d'une afOnité naturelle, ne peut absolument pas contrebalancer l'ambiguïté qui ne peut manquer de se rencontrer dans une marche aussi hasardée. Toutes les tentatives pour prouver la proposition du principe suffisant ont donc été vaines, de l'avis unanime des docteurs ; et avaotque la critique transcendaotale eût paru,

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374 LOGIQUE THANSCENDAISTALE.

on s'en rapportait obstinément, puisqu'on ne pouvait pas abandonner ce principe, au sens commun de l'humanité (appel qui montre toujours que la cause de la raison est désespérée), plutôt que de consentir à chercher de nouveaux aigumenls dogmatiques.

927. Mais si la proposition qui doit être prouvée est une assertion de la raison pure, et si je veux m'élever par le moyen de simples idées au-dessus de mes concepts empiriques, cette proposition doit, à plus forte raison, contenir en elle la justification d'une pareille progression synthétique (si cette progression était d'ailleurs possible), comme une condition nécessaire de sa force démonstrative. Ainsi, quelque spécieuse que soit la prétendue preuve de la simplicité de la nature de notre substance pensante, tirée de l'unité de l'appercepUon, j'y renconlre cependant une difficulté incontestable : c'est que la simplicité absolue n'étant pas un concept susceptible d'être immédiatement rapporté à une perception, mais un concept qui doit être simplement conclu comme idée, on ne voit pas comment la simple conscience, contenue dans tmt acte de la pensée, ou du moins qui peut y être contenue, devrait, toute représentation simple qu'elle est, me conduire à la conscience et à la connaissance d'une chose dans laquelle seule la pensée peut être contenue. Car si je me représente en mouvement la force de mon corps, il sera pour moi une unité absolue, et la représentation que je m'en fais sera simple. Je puis donc exprimer cette force représentative par le mouvement d'un point, attendu que le volume ne fait rien ici, et que je puis me le représenter sans aucune diminution de la force, si petit qu'il soit supposé, dût-il se trouver réduit à un point. Je ne conclurai cependant pas de là que.

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MÉTHODOLOGIE TRAMSCBHDANTALE. 375

si rioD ne m'éfail donaé que la force motrice d'an co?ps, je pusse ooncevoir le corps comme substance simple par la raison que sa représentation est abstraite de toute quantité du contenu dans l'espace, et par conséquent est simple. Par là même donc que le simple dans l'ahstraction est tout à fait différent du stniple dans l'objet, et que le moi, qui dans le premier sens ne comprmd aucune diversité, peut, dans le second sens, lorsqu'il signifie l'âme même, être un concept très complexe, ou contenir sous im et désigner beaucoup de choses, par là même je découvre un paralogisme. Mais, pour le pi^essentir (car sans une telle conjecture préalable jamais cet argument n'aurait été suspecté) , il est absolument nécessaire d'être constamment armé d'un critérium permanent de la possibilité de ces propositions synthétiques, qui doivent toujours plus prouver que l'expérience ne peut donner. Or, ce critérium consiste en ce que la preuvene soit pas conduitedireclementàl'attribut désiré, mais par le moyen d'un principe de la possibilité d'élendre un concept a ;^ton' jusqu'à des idées, et de tes réaliser ensuite. Si l'on usait toujours de cette précaution ; si, avant de chercher une preuve, on examinait d'abord sagement en soi-même comment et avec quel motif d'espoir on peut se promettre une telle extension par la raison pure, et d'où l'on veut tirer en pareil cas ces vues qui ne peuvent être dérivées de concepts, ni être anticipées par le rapport à l'expérience possible, on s'épar^ gnerait beaucoup d'efforts pénibles et toujours infructueux , car on n'accorderait 'pas à la raison ce qui surpasse manifestement sa force ; ou plutôt on mettrait un frein à ses élans vers l'extension spéculative, qu'il est si difiîcile de modérer.

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^28. La première règle est donc de a'essayer aucune preuve tranBcendautale sans avoir auparavant réfléchi, et sans s'être d'abord rendu compte de la source où l'on puisera les principes sur lesquels on pense établir ces ai^uments, ainsi que du droit qu'on a d'attendre de ces principes de justes conséquences. Si ce sont des principes de l'entendement (par exemple de la causalité), en vain l'on s'^orcera d'arriver par leur moyen aux idées de la raison pure, car ils ne valent que pour des objets de l'expérience possible. Si ce sont des principes de la raison pure, alors toute peine est paiement perdue. Ils sont à la vérité dans la raison ; mais, comme principes objectifs, ils sont tous dialectiques, et ne peuvent en tout cas valoir que comme des principes régulateurs de l'usage empirique, coordonné systématiquement. Mais si ces prétendus ai^uments se présentent, opposez h la fausse persuation le non liquet d'un jugement par la réflexion ; et, quoique vous ne puissiez pas encore pénétrer leur prestige, vous avez néanmoins le plein droit de demander la déduction des principes employés dans ce cas ; déduction qui, si ces principes doivent être tirés de la simple raison, ne peut jamais vous être donnée. El ainsi vous n'avez pas même besoin d'entreprendre te dénoûment et la réfutation de chacune de ces apparences sans fondement; vous pouvez renvoyer toute cette dialectique, inépuisable en artifices, devant le tribunal de la raison critique, qui demande des lois.

929. Le second caractère des preuves transcendantales est que, pour chaque proposition transcendantale, on ne peut trouver qu'im seul argument. Si je ne dois pas conclure des concepts, mais de l'intuition qui correspond à un concept, que ce soit une intuition pure,

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comme dans les mathématiques ou une intuition empirique, comme dans la physique, l'iatuition posée en principe me donne alors une matière diverse de propositions synthétiques, matière que je puis unir de plus d'une mamëre; et, pouvant partir aussi de plusieurs points, je puis arriver par différentes voies à la même proposition.

930. Mais toute proposition transcendantalepart simplement d'un concept unique, et pose la condition synthétique de la possibilité de l'objet d'après ce concept. Il ne peut donc y avoir qu'un seul argument, parce que, à l'exception de ce concept, il n'y a plus rien par quoi l'objet puisse être déterminé. La preuve ne peut donc contenir que la détermination d'un objet en général suivant ce concept, qui est aussi seul et unique. Par exemple, dans l'Analytique transcendantale, nous avons tiré la proposition : tout ce qui arrive a une cause, de la seule condition de la possibilité objective d'un concept de ce qui arrive en général : si bien que la détermination d'un événement dans le temps, par conséquent cet événement lui-même comme appartenant à l'expérience, serait impossible, s'il n'était soumis à celle règle dynamique. Tel est donc aussi le seul allument possible; car, par cela seul qu'un objet est destiné au concept par le moyen de ta loi de la causalité, l'événement représenté vaut objectivement, c'est-à-dire est vrai. A la vérité, on a encore cherché d'autres preuves de cette proposition, en essayant de les tirer, par exemple, delà contingence; mais en considérant cette proposition de plus près, on ne peut trouver aucun autre signe de la contingence que le fait ^'arriver, c'est-à-dire l'existence précédée du nonêtre de l'objet, et l'on revient par conséquent toujours

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au même argument. S'il s'agit de prouver la proposition: tout ce qui pense est simple, on ne s'arrête pas à la diversité de la pensée, mais ou tient fermement au concept du moi, concept simple et auquel se rapporte toute pensée. 11 en est de même de la preuve transceudantalc de.l'existence de Dieu, qui repose simplement sur la réciprocité des concepts d'un être très réel et nécessaire, et qui ne peut être tentée autrement.

931. Cette observation préventive réduit singulièrement la critique des assertions de la raison. Dès que la raison traite de simples concepts, il n'y a qu'une seule preuvepossible, si toutefois il y en a une. Par conséquent, si l'on voit le dogmatiste se présenter avec dix preuves, on peut être sûr alors qu'il n'en a aucune. Car s'il en avait une, qui (comme cela doit être en matière de ruson pure), prouvât apodictiquement, qu'aurait-il besoin des autres? Son but n'est donc pas différent de celui de cet avocat au parlement qui avait des arguments divers pour tous les juges, et qui faisait tourner à son proBt la faiblesse de chacun d'eux. Car, sans se donner la peine d'approfondir une affaire, et pour se débarrasser bien vite de la besogne, ils saisissaient la première raison qui leur semblait la meilleure, et décidaient en conséquence.

932. La troisième r^le propre à la raison pure, quand par rapport aux preuves transcendantales elle est soumise à une discipline, c'est que ses preuves ne doivent jamais être apagogiques, mais toujours ostensives. La preuve directe ou ostensive est, dans toute espèce de connaissance, celle qui unit en même temps la persuasion de la vérité et la connaissance de ses sources, f^ preuve apagogique, au contraire, peut à la vérité pro-

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MÉTHODOLOGIE TRAN8CENDANTALE. 370

duire la certitude, mais pas l'iDlelligeocâ de la Yérilé, par rapport à l'enchalneinKit des raisons de sa possibilité. Par cODséquent les preuves ap^ogiques sont pluUM des procédés utilesen certains cas, qu'une méthode qui satisfasse à toutes les vues de la raison. Elles ont cependant l'aTanlage de l'évidence sur les preuves directes, en ce que la contradiction emporte toujours avec elle plus de clarté dans la représentation que la meilleure synthèse, et approche de plus près de l'intuitif d'une démonstration.

933. Ce qui fait sans doute que l'on emploie les preuves apagogiques dans les différentes sciences, c'est que, quand les principes d'où une cerlaiDe connaissance doit être dérivéesout trop variés et trop profonds, alors on cherche si l'on peut l'atteindre par ses conséquences. Mais le tnodus ponens (1), qui consiste h conclure la vérité d'une connaissance de la vérité de ses conséquences, n'est permis qu'autant que (ouïes ses conséquences possibles sont vraies; car alors elles ne peuvent avoir qu'un seul principe possible, qui par conséquent est aussi le vrai. Mais cette méthode est impraticable, parce qu'elle surpasse notre force, puisque nous ne pouvons apercevoir toutes les conséquences possibles d'une proposition donnée. On emploie néanmoins cette mauière de raisonner, quoique sans doute avec une certaine indulgence, lorsqu'il s'agit de prouver quelque chose simplement comme hypothèse, permettant ce raisonnement par analogie, que, si toutes les conséquences que l'on a cherchées s'accordent parfaitement avec un principe recounu, toutes les autres doi-

(I) V. Logique âo Kaut, trad. fr., secoodo édit., p. 190 et 191.— T. ~

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vent aussi se trouver d'accord avec lui. Une hypothèse ne peut donc jamais être par là convertie en vérité démontrée. Le modus tollens des raisonnements qui concluent des conséquences aux principes, prouve non seulement très strictement, mais aussi très facilement. Car si même une seule conséquence fausse peut être tirée d'une proposition, cette proposition elle-même est fausse. Au lieu donc de parcourir toute la série des principes dans une preuve ostensive. série qui peut conduire h ta vérité d'une connaissance par le moyen de la vue complète de sa possibilité, il suffit seulement de trouver une seule conséquence fausse parmi toutes celles qui découlent du principe contraire; alors ce contraire est également faux ; par conséquent la connaissance à démontrer est vraie.

934. Mais l'argumentation apag(^ique ne peut être permise que dans les sciences où il est impossible de substituer\ç) subjectif de notre représentation à l'objectif, c'est-à-dire à la connaissance de ce qui est dans l'objet. Mais si l'élément objectif prédomine, il doit arriver fréquemment ou que le contraire d'une certaine proposition répugne aux lois purement subjectives de la pensée, mais non à l'objet, ou que deux propositions Faussement regardées comme objectives ne soient réputées contradictoires entre elles que sous la condition subjective ; et alors, comme la condition est fausse, toutes deux doivent être fausses, sans que de la fausseté de l'une on puisse conclure la vérité de l'autre.

935. Dans les mathématiques, cette subreption est impossible. Les mathématiques sont donc le domaine propre de ces sortes de preuves. En physique, où tout se fonde sur l'intuition empirique, cette subreption peut

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le plus souveot être prévenue par un graod Dombre d'observatioDS comparées; cependant cette espèce de preuve y est en général de nulle valeur. Mais les recberches Iranscendantales de la raison pure partent toutes du foyer (Médium) propre de l'apparence dialectique, c'est-à-dire du subjectif, qui se présente ou s'impose à la raison dans ses prémisses comme objectif. Dans les propositions synthétiques de cette nature, il ne peut donc être permis de justifier ses assertions par la seule réfutation du contraire. Car, ou cette réfutation n'est autre chose que la simple représentation du rejet de l'opinion contraire ainsi que des conditions subjectives de la compréhensibiUté par notre raison, ce qui n'est assurément pas un motif pour nier la chose même (c'est ainsi par exemple que la nécessité absolue dans l'existence d'un être ne peut tout simplement pas être comprise par nous, et que par conséquent cette impossibilité s'oppose avec droit à toute preuve subjective d'un être suprême nécessaire, sans s'opposer avec raison à la possibilité d'un tel être primitif en lui-même) ; — ou les deux parties, tant celle qui affirme que celle qui nie, trompées par l'apparence trausceodantale, mettent en principe un concept impossible d'un objet : et alors il y a. lieu à la règle non entis mUla sunt prœdicata, c'est-à-dire que ceux qu'on afârme et ceux qu'on nie d'un objet sont également faux, et l'on ne peut apagogiquement parvenir à la connaissance de la vérité par la réfutation de l'opposé. Soit, par exemple, la supposition que le monde sensible en lui-même est donné quant à sa totalité: alors il est faux, ou qu'il soit infini quant à l'espace, ou qu'il doive être 6ni et borné, parce que les deux cas sont faux. Car des phénomènes (comme simples représentations),

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qui cependuit seraient donnés en eux-méme$ (comme objets), sont quelque chose d'impossible, et l'infinité de ce tout imaginé serait à la vérité inconditionnée, mais contredirait (parce que tout dans les phénomènes est conditionné) la détermination quantitative absolue, qui est cependant supposée dans le concept.

936. La preuve apag(^ique est aussi l'illusion propre qui a toujours attiré les admirateurs de la solidité de nos raisonneurs dogmatiques : elle est en quelque sorte le champion qui veut démontrer l'honneur et le droit incontestable du parti dont il s'est chargé, par cela seul qu'il s'engage à se battre avec quiconque en voudrait douter, quoique cette fanfaronnade ne décide absolument rien de ce qu'il affirme; ellene sert qu'à faire voirla force respective des adversaires, et encore seulement du c6té de l'agresseur. Les spectateurs, en voyant que chacun dans son rang a tantôt le dessus, tantôt le dessous. prennent trop souvent de là l'occasion de douter scepliquemeot de l'objet même qui est l'occasion du combat. Hais c'est à tort; et il suffit de leur rappeler le non defemoribus istù tempus eget. Chacun doit directement établir sa cause par le moyen d'une preuve lé^timement obtenue par déduction transcendantale des arguments, c'est-à-dire directement, afin que l'on voie ce que chacun peut alléguer en faveur de ses prétentions rationnelles. Car si un adversaire s'appuie sur des principes subjectifs, il est assurément facile de le réfuter, mais sans avantage pour le dogmatique, qui d'ordinaire s'attache aussi à des causes subjectives du jugement, et qui peut être également poussé à bout par son adversaire. Mais si les deux parties agissent d'une manière toute directe, ou elles sentiront la difficulté, l'impossibilité

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même de trouver le titre de leurs assertions, et pourront enfin ne s'en rapporter qu'à la prescription ; ou bien ta critique découvrira facilement l'apparence dogmatique, et forcftfa la raison pure à l'abandon de ses préleotions exagérées dans l'usage spécnlalif, et à rentrer dans les bornes de son territoire propre, savoir les principes pratiques.

CHAPRaE u.

CtnoD d« la niaon pare.

937. Il est humiliant pour la raison humaine qu'elle oe produise rien dans son usage pur, et qu'elle ait de plus besoin d'une discipline aBn de réprimer ses extravagances et d'éviter les prestiges qui en résultent pour elle. Mais, d'un autre côté, cela l'élève et lui douue une telle confiance, qu'elle peut et doit exercer cette discipline sans permettre une autre censure sur elle-même. Les bornes qu'elle est forcée de mettre à son usage spéculatif limitent Clément les prétentions argutieuses de tout adversaire; par conséquent tout ce qui lui reste ODCore de ses exig^ices excessives d'autrefois peut être ainn garanti contre toute attaque. La plus grande et peut-être l'unique utilité de la philoeophie de la raison pure peut donc bien être négative, puisqu'elle sert, non d'oi^ane à l'extMision, mais de discipline pour la déter- DHoatitHi des bornes de la connaissance, et qu'au lieu de découvrir la vérité, elle a le mérite modeste de préserver de l'erreur.

938. U faut bien cependant qu'il y ait une source de ces connaissances positives qui font partie du domaine

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de la raison pure, et qui peut-être ne soot une occasion d'erreur que par malentendu seulement, quand en réalité elles assignent un terme h l'ardeur de la raison. Car autrement, à quelle cause faudrait-il rapporter ce désir, qu'il ne faut pas étouffer, de poser quelque part un pied fei-me hors des bornes de l'expérience? Elle pressent des choses qui ont pour elle un grand intérêt. Elle entre dans le chemin de la pure spéculation pour approcher plus près de c^ objets ; mais ils fuient devant elle. Sans doute qu'elle aura lieu d'espérer plus de succès sur la seule route qu'il lui reste à tenir, celle de l'usage pratique.

939. J'entends par Canon, l'ensemble des principes a priori de l'usée légitime de certaines facultés de connaître en général. Ainsi la logique générale, dans sa partie analytique, est un canon pour l'intelligence et la raison en général, mais seulement quant à la forme, car elle fait abstraction de tout contenu. Ainsi l'Analytique transcendantale est le canon de l'entendement pur. Car il n'est capable que de véritables connaissances synthétiques a priori. Hais il n'y a pas de canon où nul usage légitime d'une faculté de connaître n'est possible. Or toute connaissance synthétique de la raison pure dans son usage spéculatif est tout à fait impossible, par toutes les raisons rapportées jusqu'ici. 11 n'y a donc aucun canon de son usage spéculatif (car cet usage est tout à fait dialectique) ; mais toute logique transcendantale n'est à cet égard que discipline. Si donc il y a un usage parfaitement légitime de la raison pure, cas auquel il doit y avoir aussi son canon, ce canon ne concerne pas l'usage spéculatif de la raison, mais son usage pratique, qu'il s'agit maintenant de rechercher.

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MÉTHODOLOGIE TBAJfSCENDANTÀLG. 385

sEcnoH 1.

De U Sa luprtse d« Vvatgfi pat d« utre ninu.

940. La raison est portée par un pencbant de sa nature à. sortir de l'usage empirique et à s'élever dans un usage pur, à l'aide de simples idées, jusqu'aux confins les plus reculés de toute connaissance. Elle ne peut trouver de repos qu'après avoir parcouru toute sa sphère dans un tout systématique subsistant par lui-mêmo. Cette tendance est-elle donc purement fondée sur son intérêt spéculatif, ou plutôt uniquement sur son intérêt pratique?

94 t. Je ne m'occuperai pas ici du succès que peut avoir la raison- pure au point de vue spéculatif, mais seulement des questions dont la solution constitue sa dernière tin, qu'elle puisse ou non l'atteindre, et par rapport à laquelle toutes les autres ne valent que comme moyens. Ces (ins dernières, quant è la nature de la raison, doivent avoir à leur tour une unité, pour présenter en un tout à l'humanité un intérêt qui ne soit subordonné à aucun autre plus élevé.

942. La fin dernière à laquelle se rapporte maintenant la spéculation de la raison dans l'usage transcendanlal a trois objets : le libre arbitre, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu. L'intérêt purement spéculatif de la raison est très faible par rapport à tous les trois, et il serait bien difficile qu'un intérêt si faible fit affroater les fatigues d'une investigation transcendantale et lutter contre des obstacles sans cesse renaissants. On ne peut en effet tirer aucun profil pratique de toutes les découvertes qui pourraient être faites dans ce champ,

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do manière à pouvoir en établir l'ulilité in concreto, ou dans l'étude de la nature. La voloQlé peut aussi être libre, mais uniquemeut en ce gui concerne la cause intelligible de notre volonté ; car pour ce qui est des phénomènes, des expressions de cette volonté, c'est-à-dire des actions, nous ne pouvons pas les expliquer autrement que comme le reste des phénomènes de la nature, c'està-dire d'après leurs lois immuables, suivant une inviolable maxime fondamentale, sans laquelle il est impossible de faire aucun usage de noire raison dans l'ordre empirique. Accordons en second lieu que la nature spirituelle de l'âme (et avec elle son immortalité) puisse être aperçue, on n'en peut cependant rien conclure ni par rapport aux phénomènes de cette vie, ni par rapport à la nature particulière d'un état futur, parce que notre concept d'un être incorporel est simplement négatif : il n'augmente donc en rien du tout notre connaissance, et ne fournit aucune matière propre à des conséquences: ces conséquences ne pourraient donc valoir que comme des Hctioas, sans pouvoir être avouées par la philosophie. Si, en troisième lieu, l'existence d'un être suprême était démontrée, nous pourrions comprendre par là, même la convenance dans la constitution du monde et l'ordre dans l'univers, mais nous ne serions nullement autorisés à en dériver un arrangement et un ordre particulier, ni à l'y conclure sans crainte partout où nous ne l'observerions pas, puisqu'une Ici nécessaire de l'usage spéculatif de la raison c'est de ne pas dépasser les causes physiques et de ne pas négliger ce que nous pouvons apprendre par l'expérience, pour dériver quelque chose que nous connaissons de ce qui surpasse entièrement notre connaissance. En un mot, ces trois propositions

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restent toujours traosceodantes pour la raison spéculative, et n'ont aucun usage immanent ou d'accord avec l'expérience, c'est-à-dire un usage qui nous soit utile de quelque manière; elles sont, au contraire, considérées en ellds-mâmes, toute fait oiseuses, et comme de pénibles efforts de notre raison.

943. Si donc ces trois propositions cardinales ne nous sont pas nécessaires pour la science, et si néanmoins elles nous sont instamment recommandées par noire raison, leur importance ne peut proprement appartenir alors qu'à la pratique.

944. Est pratique tout ce qui est possible par liberté. Si les conditions de l'exercice de notre libre arbitre sont empiriques, la raison ne peut avoir en cela qu'un usage r^ulateur, et servir seulement à produire l'unité des lois empiriques : c'est ainsi, par exemple, que, dans la théorie de la prudence, la réunion de toutes les fins qui nous sont données par nos inclinations en une seule fin, le bonheur et l'accord des moyens pour y arriver, constituent toute l'œuvre de la raison, laquelle ne peut à cet eflet donner que des \oi% pragmatiques de l'action libre pour atteindre les fins que nous recommandent les sens, par conséquent aucunes lois pures parfaitement détei^ minées a priori. Au contraire, des lois pratiques pures dont la fin est donnée a priori par la raison, et qui ne commandent pas d'une manière empiriquement conditionnée, mais absolument, sont des produits delà raison pure. Telles sont les lois morales; seules, elles appartiennent donc à l'usagepratique de la raison pure, et sont seules susceptibles d'un canon.

945. Tout l'appareil de la raison dans le traité qu'on peut appeler philosophie pure, n'a donc pour but en

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388 LOGIQUE TBANSCENDAHTALE.

réalité que les trois problèmes précédents ; mais ils ont à leur tour leur tiu plus éloignée, savoir ce qu'il faut faire si la volonté est libre, s'il y a un Dieu et s'il existe une vie à venir. Et comme il s'^it ici de notre conduite par rapport à la fin suprême, la dernière fin d'une nature qui s'occupe sagement de nous n'appartient proprement, dans la constilution de notre raison, qu'à la morale.

946. Mais il faut beaucoup de précautions lorsque nous étudions ud objet qui est étrangère la philosophie transcendantale (1), pour ne pas se jeter dans les épisodes et ne pas violer l'unité systématique, comme aussi, d'un autre côté, pour ne rien ôter à la clarté et k la persuasion en disant trop peu sur cette nouvelle matière. J'espère m'acquitter de ces deux tâches, en me lenaot aussi près que possible de la raison transcendantale, et en évitant complètement ce qu'il pourraity avoir de psychologique ou d'empirique.

947. Et d'abord, il Faut remarquer que je ne me servirai quant à présent du conceptde liberté que dans le sens pratique, et que le sens transcendantal de ce concept, qui ne peut être supposé empiriquement comme l'expUcalion des phénomènes, mais qui est lui-même un problème pour la raison, ne m'occupera pas ici, attendu qu'il en a été parlé précédemment. Un arbitre est

(IJ Taxa les concepts pratiques sa rapporteal à des objets dn bienêtre ou du mal-etre, c'est-à-dire do plaisir on de la peine, par conséquent, au moins indirectement, à des objets de notre sentiment. Hais, comme le sentiment n'est pas une faculté représentative des choses, el qn'il-esl en dehors de tonle facnlté cogniti»e, les éléments de nos jngements, en tant qu'ils se rapportent au plaisir ou k la donleur, appartiennent donc à la philosophie pralique, et ne font pas partie de l'ensemble de la philosophie transcendantale, qui ne s'oocope que des connaîssaoces pures a pri-jri.

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simplement animal (arbitrium brutum). lorsqu'il ne peut être déterminé que par des res-sorts sensibles, c'est-àdire pathoîogiquement. Mais l'arbitre qui peut être déterminé indépendamment de mobiles sensibles, par conséquent par des causes motrices qui ne peuvent être représentées que par la raison, s'appelle arbitre libre {arbUrium liberum), et tout ce qui s'y rattache comme principe ou conséquence s'appelle pratique. La liberté pratique peut être prouvée par l'expérience: car ce qui attire, c'est-à-dire ce qui affecte immédiatement les sens, ne détermine par seul l'arbitre humain; mais nous avons de plus le pouvoir de surmonter les impressions faites sur notre faculté appétitive sensible, en nous représentant ce qui nous est utile ou nuisible, même d'une manière éloignée. Or ces réflexions sur ce qui est désirable par rapport à tout notre état^ c'est-à-dire sur ce qui est bon et utile, reposent sur la raison. Elle prescrit donc aussi des lois qui sont impératives, c'est-à-dire les lois objectives de la liberté, qui proclament ce qui doit être fait, quoique peut-être il ne le soit jamais, et se distinguent ainsi des lois de la nature ou lois physiques, qui traitent seulement de ce qui arrive; ce qui fait qu'elles sont appelées lois pratiques.

948. Nous pouvons nous dispenser de rechercher si la raison, même dans ces actions au moyen desquelles elle prescrit des lois, n'est pas à son tour déterminée par d'autres influences éloignées, et si ce .qui s'appelle liberté par rapport aux impulsions sensibles ne devrait pas aussi être appelé nature par rapport à des causes efficientes plus élevées et plus éloignées. Cela ne touche effectivement en rien le point de vue pratique, puisque nous n'y demandons immédiatement à la raison que la

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règle de la conduite : c'est donc là une question purement spéculative que nous pouvons n^liger tant que nous considérons ce qu'il nous faut faire ou omettre. Nous connaissons donc la liberté pratique par l'eipérience, savoir, comme une des causes physiques, c'està-dire comme une causalité de la raison dans la détermination de la volonté, tandis que la liberté transcendantale requiert l'indépendance de cette même raison (par rapport à sa causalité, pour commencer une série de phénomènes) à l'égard de toutes les causes déterminantes appartenant au monde sensible, et en tant qu'elle semble être contraire aux lois de la nature, par conséquent à toute expérience possible. En ce sens, elle est donc un problème. Mais, en ce qui concerne la raison dans l'usage pratique, ce problème ne la regarde pas. Il ne s'agit donc que de deux questions dans un canon de la raison pure, questions qui se rattachent à l'intérêt pratique de la raison pure, et par rapport auxquelles un canon de son usage doit être possible, savoir : y a>t-il un Dieu ? y a-t-il une vie à venir? La question de la liberté transcendantale ne se rattache qu'à la simple science spéculative, et nous pouvons la négliger comme complètement indifférente, lorsqu'il est question de la pratique. Nous en avons d'ailleurs suffisamment parlé dans les antinomies de la raison pure.

Ht ridtil du KHnertia Uco, comme principe de déterminition da U Su tnprtniB de II niioi pore.

949. La raison nous a conduit dans son usage spéculatif à travers le champ de l'expérience, et, n'y ayant

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MÉTHODOLoaiB TRAMSCENDAnXALE. 391

pu trouver un contentemeDl parfait, elle nous a dirigés de là vers des idées spéculatives, qui nous ont à la fin ramené h l'expérience, et qui ont par conséquent rempli leur but d'une manière utile, il est vrai, mais pas tout à fait d'accord avec notre attente. Il nous reste encore à savoir si une raison pure se rencontre aussi dans l'usage pratique ; si dans cet usage elle conduit aux idées qui atteignent les tins suprêmes de la raison pure, uns que nous avons indiquées plus haut ; et si par conséquent la raison ne pourrait nous donuer, du point de vue de son intérêt pratique, ce qu'elle nous refuse au point de vue spéculatif.

950. Tout intérêt de ma raison (tant le spéculatif que le pratique) est compris dans les trois questions suivantes :

1* Que puis-je savoir 7

2° Que dois-je faire ?

3' Que m est-il permis d'espérer ?

951 . La première question est purement spéculative. Nous avons (comme je m'en ilatte) épuisé toutes les réponses qu'on peut y faire, et trouvé enOu celle dont la rmson peut se contenter; et si elle ne considère pas la pratique, elle a en effet de quoi être satisfaite. Mais nous sommes resté tout aussi éloigné des deux grandes fins

«auxquelles tendent proprement tous les efforts de la raison pure, que si dans le principe nous avions évité ce travail par paresse. Si donc il s'agit du savoir par rapport à ces deux questions, il est du moins certaio et décidé qu'il ne sera jamais notre partage.

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