La raison, considérée comme faculté d'une cer
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32 LOOIQUB TRANSCENDANTALB.
taine forme It^ique delà connaissance, est !a faculté de conclure, c'est-à-dire déjuger médiatement (parla sub* sumption de la condition d'un jugement possible à la condition d'un jugement donné). Le jugement donné est la règle générale (Major). La subsumption de la condition de l'autre jugement possible sous la condition de la règle est la mineure {Minor) . Le jugement véritable qui énonce l'assertion de la règle dans le cas subsumé est la conclusion (Conclusio) . La règle exprime quelque chose d'universel sous une certaine condition. Or, la condition de la règle a eu lieu dans un cas qui se présente. Par conséquent, ce qui vaut sous cette condition générale est aussi regardé comme valable dans le cas présent (qui emporte avec lui cette condition). On voit facilement que la raison parvient à la connaissance par les opérations de l'entendement, qui forment une série de conditions. Si je n'arrive à celte proposition : tous les corps sont muables, que par cela seul que je pars d'une connaissance plus éloignée (dans laquelle le concept de corps ne se trouve pas encore, mais qui cependant en contient ta condition), et que je commence par dire : tout composé est muable; — que j'avance ensuite de celle-ci à une plus proche qui est soumise à la condition de la première : les corps sont composés ; -~ et enfin de celle-ci à une troisième qui lie maintenant la connaissance éloignée (muable) à la connaissance actuelle, et que j'aie ainsi : donc les corps sont muables , — je suis alors conduit par une série de conditions (prémisses) à une connaissance (conclusion). Or, toute série dont l'exposant {du jugement catégorique ou hypothétique) est donné, pouvant Être poursuivie, nous sommes conduits par ce même procédé de la raison à un
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raùoimemenl polysyUogùtique {ratiocimiio polysyllogistica), qui est uno série de conclusions, série qui peut être coDtiouée indéfiniment, soit du cûté des conditions iper prosyîlogismos) , soit du côté des conditionnés (pcr episyllogismos).
436. Mais on remarque bien vite que la cbatne ou série de ces prosyllogismes, c'est^-dire des connaissances poursuivies en s'élevant aux principes ou conditions d'une connaissance donnée; en d'autres termes, que la série ascendante des raisonnements doit cependant se comporter, relativement à la raison , autrement que la série descendante ou progression de la raison vers le conditionné, par épisyllogismes. Dans le premier cas, en effet, la connaissance (conclusio) ne nous étant donnée que comme conditionnée, on n'y peut parvenir au moyen de la raison qu'en supposant au moins que tous les membres de la série sont donnés du côté des conditions (lotalilé dans la série des prémisses), parce que le présent jugement a priorin'est possible que sous leur supposition. Au contraire, en allant des conditions au conditionné ou conséquences, on conçoit seulement une série qui n'est qu'a venir, et qui n'est pas totalement parcourue ou donnée, par conséquent une série qui n'est qu'une progression facultative ou virtuelle. Si donc une connaissance est considérée comme conditionnée, alors la raison est forcée d'envisager la série des conditions en ligne ascendante comme consommée et donnée dans sa tolalilé. Mais si cette même connaissance est en même temps considérée comme condition d'autres connaissances qui composent entre elles une série de successions en ligne descendante , la raison n'a pas à rechercher jusqu'où cette progression s'étend a parle
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34 LoaiDDE transcendautauc.
potterioriy ai surtout si la totalité de cette série est possible, parce qu'elle u'a pas besoin d'une pareille série pour la conclusion dont il s'agit, celle-ci étant suffisamment déterminée par ses principes a parte priori. Or, que la série des prémisses ait du côté des conditions un point de départ comme condition t>upréme, ou qu'elle n'en ait pas, et qu'elle soit par conséquent sans fin a parte priori, elle doit cependant contenir la totalité de la condition, posé même que nous ne puissions jamais parvenir h l'embrasser ; et il faut que la série totale soit absolument vraie, si le conditionné, qui est conçu comme une conséquence, doit valoir comme vrai. C'est là une exigence de la raison, qui présente sa connaissance sous un double aspect : ou comme déterminée a priori et nécessaire, c'est-à-dire en soi, et alors il n'est besoin d'aucun principe ; — ou comme dérivée, et dans ce cas, elle la présente comme un membre d'une série de principes absolument vraie.
* iicTioit m.
SjilèiM du Mies tramcandiDUlM.
437. 11 ne s'agit pas ici d'une dialectique logique, - qui fait abstraction de tout contenu de la connaissance, et révèle seulement les fausses apparences dans la forme des raisonnements ; mais bien d'une dialectique transcendantale, qui doit contenir absolument a priori l'origine de certaine connaissance tirée de la raison pure, et celle de concepts conclus, dont l'objet ne peut .absolument pas dire donné empiriquement, et qui, par conséquent , sont absolument en dehors de l'entendement pur. Nous avons déjà reconnu, par le rapport naturel
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DIALECTIQUE TRAN3CENDANTALE. 35
de l'usage Irsnscendantal que noire connaissBiice doit avoir dans les raisoDoements et les jugements avec l'usage logique, qu'il n'y a que trois sortes de raisonnements dialectiques, lesquels se rapportent aux trois manières dont la raison peut aller de prémisses à conséquences, et qu'en tout sou objet- consiste à s'élever de la synthèse conditionnée, k laquelle l'enteodeinent reste toujours attaché, à la synthèse absolue qu'il ne peut jamais atteindre.
438. Or, l'universel de tous les rapports dont nos représentations sont susc^tlbles est : 1° le rapport au sujet; 2" le rapport aux objets, soit comme phénomènes, soit comme objets de la pensée en général. Si Von rapproche cette subdivision de la précédente, tout rapport des représentations dont nous pouvons nous faire ou un concept, ou une idée, devient alors triple : 1' le rapport au sujet, 2° le rapport à la diversité de l'objet daus le phénomène, 3° le rapport à toutes les
439. Or, tous 1^ concepts purs en général s'occupent de l'unité synthétique des représentations \ mais les concepts de la raisoa pure (idées trauscendantales) ont pour but l'unité synthétique de toutes les conditions en général. Toutes les idées traoscendautales se réduisent à trou classes, dont la première coutienf Vunilé absolue (inconditionnée) du su/'el pensant : la seconde . Vunité absolue de la série des conditions du phénomène : la troisième . l'unité absolue des conditions de tous les objets de la pensée en général.
440. Le sujet pensant est l'objet de la Psychologie; l'ensemble de tous le» phénomènes (le monde) , l'objet de la Cosmologie; et ce qui contient la première condi-
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36 UWIQUB TRANSCENDANTALE.
tion de la possibilité de tout ce qui peut être peosé (l'être de tous les êtres), est l'objet de la Théologie. Par conséquent la raison pure donne l'idée d'une science transcendantale de l'âme {Psychologia rationalù). d'une science transcendantale du monde {Cosmologia rattona/i>), enfin aussi d'une connaissance transcendantale de Dieu [Theologia iranscendentalis). La simple esquisse de l'une ou de l'autre de ces sciences ne provient point de l'entendement, quand même il serait joint à l'usage logique suprême de la raison, c'est-à-dire à tous les raisonnements imaginables, de njanière à pouvoir s'avancer de l'un de ses objets (phénomènes] à tous les autres, jusqu'aux membres les plus reculés de la synthèse empirique; mais elle est simplement un produit pur et authentique, ou Un problème de la raison pure.
441 . On fera pleinement connaître dans le chapitre qui suit quels sont , sous ces trois titres de toutes les idées transcendaotales, les modes des concepts rationnels purs. Ils suivent le fil des catégories; car la raison pure ne concerne jamais directement les objets, mais seulement les concepts de l'entendement relatifs aux objets. Ce n'est même que dans la complète exécution de notre travail que l'on verra cMremenI la manière dont la raison, par l'usage synthétique de la même fonction précisément qu'elle remplit dans les raisonnements catégoriques, doit nécessairement s'élever aux concepts de l'unité absolue àxx sujet pensant ; — comment le procédé logique , dans les idées hypothétiques , doit nécessairement arriver à l'unité de l'absoluraent inconditionné dans une série de conditions données ; — comment, enfin, la simple formedu Raisonnement disjonctif . conduit au concept rationnel suprême d'un être de tous
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DUiECTIQUE TRANSCENDANT ALE. 37
les êtres eo soi. Cette pensée, au premier coup d'œil, parait cependant très paradoxale.
442. Aucune déduction objective proprement dite, semblable à celle que nous avons établie pour les catégories , n'est possible pQur ces idées transcendaotales ; car, dans le fait, elles n'ont aucun rapport à un objet qui puisse leur être adéquatement donné, par la raison précisément qu'elles ne sont que des idées. Nous pouvons en tenter une dérivation subjective de la nature de notre raison; aussi l'avons-nous fait dans le présent chapitre.
443. Onvoit facilement que la raison pure n'a d'autre but que la totalité absolue de la synthèse du côté des conditions (soit d'inhérence, ou de dépendance, ou de concurrence), et qu'elle n'a pas à s'occuper de l'intégralité absolue ^r rapport au condiliormé: car elle n'a besoin de la première que pour supposer la série totale des conditions , et pour la donner ainsi a priori, à l'entendement. Mais une condition intégrale (et absolue) une fois donnée, il n'est plus besoin d'un concept rationnel par rapport à la progession de la série, puisque l'entendement fait de lui-même chaque pas en avant de la condition au conditionné. De cette manière, les idées transcendaulales ne servent qu'à %^élever dans la série des conditions jusqu'à l'absolu, c'est-à-dire jusqu'aux principes. Mais , s'il s'agit de descendre au conditionné, la raison fait bien, des lois de l'entendement, un usage logique qui s'étend fort loin , mais elle n'en fait pas un usage transcendantal. Quand nous nous faisons une idée de la totalité absolue d'une telle synthèse [Amprogresms], par exemple, de la série entière de tous tes changements futurs, nous n'avons le qu'une fiction
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38 LOGIQUE TEtAIfSCENDANTÀLE.
(éns ratioms). qui n'est pensée qu'arbitrairement, mais qui n'est point posée nécessairement par la raison. Pour que le conditionné soit possible, la totalité de toutes ses conditions est sans doute nécessaire , mais non celle de ses conséquences. Un tel concept n'est donc pokit une idée transcendantale dont nous ayons à nous occuper ici.
444. Enfin , l'on aperçoit aussi qu'entre les idées transcendantales mêmes il se manifeste un certain encbatnement , une certaine unité, et que la raison pure réduit par ce moyen toutes ses connaissances en un système. Passer de la connaissance de soi-même, de l'ftme, à la connaissance du monde, et par le moyen de celle-ci à celle de l'Être premier, est une marche si naturelle, qu'elle semble pareille à celle de la raison lorsqu'elle va des prémisses à la conclusion (1). Or, la question de savoir s'il y a réellement ici une analogie de la nature de celte qui existe entre le procédé logique et le procédé transcendantal, ne doit non plus recevoir sa solu-
(I) La métaphjsjqne a poar objet propre de ses investigations, Dieu, la liberté et l'immorlaliM ; de telle niKniËre que le deDiiëiue concept, joint aa premier, doit condnire an troisiëma comme à nne coneéqaence nécessaire. Toot ce dont celle science s'occupe d'aillenrs lai sert simplement de moyen pour parvenir à ces idées et à lenr réalité. Elle n'a pas besoin de la physiqne; elle doit s'élever au-dessDS de la oatare. La parfaite connaissance de ces trois objets rendrait la thtologie. la morale, et par l'union de l'une et de l'anlre, la religion, par conséquent la fln la plus élevée de notre eiislence, eiclnsivement dépendante da la facQUé rationnelle de spéculer. Dans une représentation systématique de ces idées, l'ordre eiposé , comme ordre lynthétique, serait le pins convenable; mais dans le traité qui doit nécessairement la précéder, l'ordre ajialytifpie, l'inverse du précédent, sera plus approprié à notre dessein de noas élever de ce que l'expérience nom donne immédiatement, c'est-à.dire de la ptycJioîogia, A la comioiogie, et de \k jusqu'à la connaissance de Dieu.
Celte note n'était pas dans la première édiUon. — T.
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DIALECTICtUB TftÀHSCENIUirrALE. 3V
tioB que dans la suite de ces recherches. Déjà Qoas avons atteint proTisoirement notre but, puisque nous avons pu faire sortir de l'état d'ambiguïté les concepts trancendantaux de la raison, si souvent confondus d'ailleurs dans la théorie des philosophes , qui ne la distinguent même pas nettement des concepts de l'eatendemoot. Nous avons pu , en effet, en donner l'origine eu même temps que le nombre déterminé, et les présenter eu un ensemble systématique, si bien que le champ particulier de la raison pure a été jalonné et circonscrit.
uns DBUutn.
dlilKliqBM da 11 ndfoi para.
445. On peut dire que l'objet d'une idée purement transcendantale est quelque chose dont on n'a aucun concept, quoique cette idée ait été produite nécessairement dans la raison d'après sos lois origin^es. Car, en effet, il n'y a pas de concept intellectuel possible d'un objet qui doit être adéquat à l'exigence de la raison, c'est-à-dire un concept tel qu'il pui^e être montré et rendu perceptible dans une expérience possible. On s'exprimerait cependant mieux, et avec moins de danger de se tromper, si l'on disait que nous ne pouvons avoir aucune connaissance d'un objet correspondant à une idée , quoique nous puissions en avoir un concept problématique.
446. Or, la réalité transcendantale (subjective) des concepts rationnels purs tient du moins à ce que nous sommes conduits à ces idées par un raisonnement nécessaire. 11 y a donc des raisonnemeuts qui n'ont pas de
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prémisses empiriques , et par le moyen desquels nous concluons de quelque chose que nous connaissons à quelque chose dont nous n'avons aucun concept, et à quoi nous accordons néanmoins une réalité ohJectîTe par l'effet d'une apparence inévitable. Ces sortes de raisonnements doivent donc plutôt s'appeler, par rapport à leur résultat, paralogismes que raisonnements. Ils peuvent cependant prendre ce dernier nom, si on les envisage par rapport à leur occasion, car ils ne sont pas fictifs ou fortuits, mais ils résultent de la nature de la raison. Ce sont des sophistications [Sophislicationen] , non des hommes, mais de la raison pure, dont les plus sages ne peuvent s'affranchir : peut-être qu'à la vérité ils éviteront l'erreur après bien àes peines, mais ils ne pourront jamais se délivrer de l'apparence qui les joue sans cesse.
447. Il n'y a donc que trois sortes de ces raisonnements dialectiques, autant qu'il y a d'idées auxquelles les conséquences de ces raisonnements aboutissent. Dans le raisonnement de la première classe^ je conclus du concept Iranscendantal du sujet, concept qui ne renferme point de diversité, à l'unité absolue de ce sujet même, dont je n'ai de cette manière aucun concept. J'appellerai ce raisonnement dialectique le Paralogisme transcendanlal. La seconde classe de ces raisonnements sophistiques a pour base le concept transccndantal de la totalité absolue de la série des conditions d'un phénomène donué en général. De ce que j'ai toujours un concept contradictoire de l'unité synthétique inconditionnée de la série, d'un côté, je conclus de l'autre la légitimité de l'unité- contraire, dont je n'ai cependant aucun concept. J'appellerai antinomie de la raison pure l'état
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DlALECriQDE TRANSGENDANTALE. 41
de la raison dans ses raisonoements dialectiques. Enfin, d'après la troisième espèce de ces raisonnements sophis* tiques, je conclus de la totalité des conditions pour la pensée des objets en général , en tant qu'ils peuvent m'être donnés, l'unité synthétique absolue de toutes les conditions de la possibilité des choses en général. C'està-dire que je conclus de choses que je ne connais pas, quant à leur simple concept transcendantal, àun être de tous les êtres que je connais encore bien moins, d'après son concept transcendantal , et de la nécessité absolue duquel je ne puis former aucun concept. J'appellerai ce raisonnement dialectique V Idéal de la raison pure.
cuntu nuin.
D«i ptnloEûmei de U naaa, pore.
448. Le paralf^sme logique consiste dans la fausseté d'un raisonnement quant à la forme, quel qu'en soit du reste le contenu ou l'objet. Mais un paralogisme transcendantal a une raison transcendantale de conclure faussement quant à la forme. Un tel paralogisme a donc son principe dans la nature de la raison humaine, et emporte avec lui une illusion inévitable, quoiqu'elle puisse être reconnue.
449. Nous voici arrivé à un concept qui n'a pas été signalé précédemment dans la liste générale des concepts transcendantaux, et qui néanmoins doit en faire partie, sans cependant que cette table soit imparfaite et doive être modifiée. C'est le concept, ou, si l'on aime mieux, le jugement -.je pense. Mais on voit facilement que ce concept est le véhicule de tous les concepts en général, et par conséquent aussi des concepts transcendantaux,
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dans lesquels il est toujours compris, et qu'il est ainsi lui-mèoie transcendantal, mais sans qu'il puisse avoir UD titre spécial, parce qu'il ne sert qu'à présenter toute pensée comme appartenant à la conscience. Cependant , si pure qu'il soit de tout empirisme (impression des sens), il sert néanmoins à distinguer, par la nature de notre faculté représentative, deux sortes d'objets. Moi, comme pensant, je suis un objet du sens intime et m'appelle àme. Ce qui est un objet des sens extérieurs s'appelle corps. Le mot moi, signifiant l'être pensant, désigne donc l'objet de la psychologie, qu'on peut appeler science rationnelle de l'âme, lorsqu'on ne veut rien savoir de plus sur l'âme que ce qui peut Être conclu, indépendamment de toute expérience (par laquelle je suis déterminé immédiatement in concreto). de ce con> cept moi, en tant qu'il est contenu dans toute pensée.
450. La science rationneUe de l'àme est donc réellement une entreprise de cette espèce ; car, si le moindre élément empirique de ma pensée, une perception particulière quelconque de mon état interne se mêlait à la connaissance fondamentale de cette science, la psychol(^e ne serait plus une science rationelle , maïs une science empirique de l'Ame. Il s'agit donc ici d'une science qui soit édiBée sur cette seule proposition : je pense, et dont nous pouvons très bien rechercher ici, suivant la philosophie Iranscendantale, le fondement ou Ja vanité. On ne doit pas craindre que , dans celte proposition qui exprime la perception de soi-même, j'aie cependant une expérience interne, et par conséquent que la psychologie rationnelle, qui s'élève sur cette proposition, ne soit jamais absolument pure, mais au contraire qu'elle soit en partie fondée sur un principe empi-
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DIALECTIQUE TRANSCENDANTÀLE. 43
lique; car cette perception interne c'est que la simple apperception : je pense, qui rend ainsi possibles tous les concepts transcendaotauz , dans lesquels on dit : je pense la substance, la cause, etc. Car l'expérience interne en général, sa possibilité ou la perception en général, et son rapport à une autre perception, sans qu'il y ait entre elles ni distinction ni détermination empirique, ne peuvent être considérées comme une connaissance empirique, et appartiennent à la recherche de la possibilité d'une expérience, recherche qui est absolument transcendantale. Le moindre objet de la perception (ne serait-ce que le plaisir et la peine) qui s'ajouterait à la représentation générale de la conscience, changerait aussitôt- la psychologie rationnelle en une psycfaol(^e empirique.
451. Ley^^wn^ est donc le texte unique de la psycfaolc^ie rationnelle, d'où elle doit dériver toute sa doctrine. On voit facilement que cette pensée, devant être rapportée à un objet (moi-même) , n'en peut contenir autre chose que des attributs transcendantaux ; le moindre attribut empirique altérerait la pureté rationnelle de cette science, et l'indépendance où elle est de toute expérience.
452. Mais nous suivrons simplement ici le fil conducteur des catégories : seulement, comme une seule chose nous est ici donnée, le moi, en tant qu'être pensant, nous ne changerons pas, à la vérité , l'ordre précédent des catégories entre elles tel qu'il est représenté dans leur table ; mais nous commencerons cependant par la cat^rie de la substance, au moyen de laquelle est représentée une chose en soi, et nous en suivrons ainsi la série à rebours. La topique de la psychologie ration-
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44 LOGIQUE TaANSCEND&NTALE.
oelld, d'où doit dériver tout ce qu'elle peut cooteDir, est donc celte qui suit :
L'âme est
substance.
Quant à sa qualité, Quant aux différents
l'àme est temps dans lesquels elle
simple. existe, elle est naméri-
quement identique, c'està-dire toute (non multiplicité).
4* Elle est en rapport avec les objets possibles dans l'espace (1). 453. De ces éléments résultent tous les concepts de ta psychologie pure, par la seule composition, sans reconnaître jamais aucun autre principe. Cette substance, simplement comme objet du sens intime, donne le concept de l'i'mma/^na/zVé; —-comme substance simple, le concept d'incorriiplibilité; — son identité, comme substance intellectuelle, donne la. personnalité. Ces trois choses ensemble donnent la.spiritualité. Le rapport aux objets dans l'espace donne le commerce avec les corps. Elle
(I) Le tecteor qai ne déconvrirait pas facilement par ces eipressions prises dans tenracception transcendantale le sens psychologique et la raison par laqaetle le dernier attribat de l'âme appartient à la catégorie de Vexitteitce, trooTera cela snfGsamment et convenablement eipliqnè dans la suite. Du reste, ce qui me rend excusable d'avoir fait usage d'expressions latiaes, qui se sont présentées d'elles-mêmes, tant dans ce chapitre qoe dans tout le reste de l'onvroge, an lien de me servir des mots allemands correspoDdants, et cela conlnuremenl an goût du bon style, c'est qne je préfère la lucidité scolastiqne i l'élégance du langage.
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représeote donc la substance pensante comme le priecipe de la vie de la matière, c'est-à-dire comme àme {anima), et comme principe de V animalité : celle-ci, circonscrite par la spiritualité, représente l'immortalité.
454. De là donc quatre paralogismes de la psychologie transcendantale, qui est piise faussement pour une science de la raison pure touchant la nature de notre être pensant. Nous ne pouvons lui donner d'autre fondement que la représentation simple et absolument vide en soi de tout contenu, moi, et dont on ne peut pas même dire qu'elle soit un concept, mais qui est une simple conscience accompagnant tous les concepts. Par ce moi, c'est-à-dire par la chose qui pense, rien n'est donc représenté, si ce n'est un sujet transcendanlal de la pensée = x, lequel n'est connu que par les pensées qui en sont les attributs, dont nous ne pouvons avoir le moindre concept isolément, et à l'égard duquel encore nous tournons toujours dans un cercle perpétuel, puisque déjà nous sommes constamment obligés de nous servir de sa représentation pour en juger quelque chose : inconvénient inévitable, puisque la conscience en soi est moins une représentation discernant un objet particulier qu'une forme de la représentation en général, en tant qu'elle doit être appelée connaissance; car avant cette représentation particulière, je puis dire seulement que je pense quelque chose en général.
455. Mais, d'abord, il doit sembler étrange que la condition sous laquelle je pense en général , et qui est par conséquent une simple qualité de mon sujet, doive être valable en même temps pour tout ce qui pense, et que nous puissions entreprendre de fonder sur une proposition d'apparence empirique un jugement apodicti-
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que et général, savoir, que tout ce qui pense est fait de la manière dont se proclame en moi la voix de ma conscience. Mais la raison est que nous devons nécessairement attribuer a priori aux choses toutes les pn^riétés qui constituent les conditions sous lesquelles seulement nous les pensons. Or, je ne puis avoir la moindre reprégentatioD d'un être pensant par aucune expérience exté^ rieure, mais seulement par la conscience. Ces objets ne sont donc que le transport de ma conscience à d'autres choses qui ne nous sont représentées comme des êtres pensants que par ce moyen. Mais cette proposition :Je pense, n'est prise ici que problémaliquement; non en ce sens qu'elle puisse renfermer une perception d'une existence (le cogito, ergo sum, de Descartes), mais quant à sa simple possibilité, pour voir quelles propriétés doivent découler d'une proposition si simple sur son sujet (qu'il puisse en exister un tel ou non).
456. Notre connaissance rationnelle pure des êtres pensants en général aurait pour fondement autre chose encore que le cogiio, si nous recourions aux observations sur le jeu de nos pensées pour en tirer les lois naturelles du principe pensant lui-même ; il en résulterait une psychologie empirique qui serait une espèce de physiologie du sens intime, et qui pourrait peut-être servir à en expliquer les phénomènes, mais jamais à découvrir des propriétés qui ne peuvent être du domaine de l'expérience, telle que celle de la simplicité, ni à faire connaître apodictiguemmt ce qui concerne la nature de l'être pensant en général : ce ne serait donc pas une psycho- It^e rationnelle.
457. Or, comme la proposition -.je pense (prise problémaliquement) contient la forme de tout jugement
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DIALECTIQUE TRANSCENDAflT&LB. 47
rationnel en général, et accompagne^toalos les catégories comme leur véhicule, il est clair que les raisonnements qui en émanent ne peuvent contenir qu'un usage purement iranscendantal de l'entendement, usage qui rejette tout mélange de l'expérience, et du résultat duquel nous ne pouvons d'avance nous faire aucun concept favorable, suivant ce qui a été démontré précédemment. Nous suivrons donc cette proposition d'un œil critique ou moyen des attributs de la psychologie pure, sans toutefois interrompre la suite de cet examen, pour plus de brièveté (1).
438. Et d'abord, la remarque générale suivante peut fortifier notre attention sur cette manière de raisonner. Je connais un objet, non par cela seul que je pense, mais seulement parce que je détermine une iotuition donnée relativement à l'unité de la conscience dans laquelle consiste toute pensée. Je ne me connais donc pas moi-même parce que je suis conscient de moi-même comme être pensant, mais parce que j'ai la conscience de l'intuition de moi-même comme déterminée par rapport à la fonction de la pensée. Tous les modes de la conscience de soi dans la pensée, considérés en euxmêmes, ne sont donc pas encore des concepts intellectuels d'objets (des catégories) ; ce sont de simples fonctions lexiques qui ne donnent à conoattre aucun objet à celui qui pense, et. par conséquent pas non plus moimême comme objet. L'objet n'est pas ici la conscience du déterminant, c'est uniquement celle de l'intuition du Même déterminable , c'est-à-dire de mon intuition iu-
(I) Sans lontefou, etc., est Dne addition de la première édition. Cette édition contenait ensoile un dévêt oppement sopprimé depuis, mail qu'on peat Toir en appendice & la fin Aa TOlnme. — T.
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48 U)OIQUB TEtANSCENDANTALE.
terne (en taot que sa va'riété peut être liée conformémeDl à la couditioD générale de 1 unité de l'apperceptioa dont la pensée) .
459. Dans tous les jugements, je suis donc toujours le sujet déterminant du rapport qui compose le jugement. Mais c'est une proposition apodictique, et même identique que celle-ci : Le moi, qui pense, doit toujours valoir dans la pensée comme sujet et peut être considéré comme quelque chose qui n'est point inhérent h la pensée, qui n'en est pas le prédicat. Cette proposition ne signifie pas que je sois, comme objet, un être subsistant par moi-mênfie ou une substance. Ce dernier caractère s'étend très loin; il exige par conséquent aussi des données qui ne peuvent absolument pas être trouvées dans la pensée, et peul-ëlre (en tant que je considère simplement l'être pensant comme tel) ne les trouveraî-je jamais davantage ailleurs (eu lui).
460. %' Le concept de la pensée implique déjà que le moi de l'apperceplion, par conséquent le moi dans toute pensée, est quelque chose de singulier qui ne peut se résoudre en une multiplicité; il désigne par conséquent un sujet logiquement simple : la proposition Je pense, est donc une proposition analytique. Mais cela ne signifie pas que le moi pensant soit une substance simple; ce qui sérail une proposition synthétique. Le concept de substance se rapporte toujours à des intuitions qui ne peuvent être que sensibles en moi, et qui par conséquent sont tout à fait hors du champ de Tentendement et de sa pensée ; deux choses dont cepeudanl il est exclusivement question quand on dit que le moi dans la pensée est simple. Il serait étonnant d'ailleurs que j'eusse ici comme par révélation, et justement dans la plus pauvre
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DIALECTIQUE TRANSGEND&NTALE. 49
de toutes les représentations, ce qui d'ailleurs exige tant de précautions s'il s'agit de distinguer- le substantiel et ce qui ne l'est pas dans ce qui se présente en intuition, et qui en demande bien plus encore lorsqu'on veut savoir si cette substance peut 6tre simple (comme pour les parties de la matière).
461. 3* La proposition de mon identité dans toute diversité dont j'ai conscience est justement aussi une proposition renfermée dans le concept même, par conséquent une proposition analytique ; mais cette identité du sujet, identité dont je puis avoir conscience dans toutes les représentations, ne concerne pas l'intuition du sujet, celle par laquelle il est donné comme objet, et ne peut par conséquent pas non plus signifier l'identité de la personne, au moyen de laquelle la conscience de l'identité de sa propre substance . comme être pensant, est entendue dans tout changement d'état. On ne pourrait démontrer cette identité par la simple analyse de la proposition Je pense; il faudrait au contraire à cet effet différents jugements synthétiques fondés sur l'intuition donnée.
iôi. V Quand je distingue ma propre existence, comme existence d'un être pensant, des autres choses, extérieures à moi (et dont mon corps fait partie), je fais aussi une proposition analytique; car les autres choses sont celles que je conçois comme différentes de moi. Mais je ne sais point du tout par là si cette conscience de moi-même sans choses hors de moi, par lesquelles des représentations me sont offertes, est possible, et si par conséquent je puis exister simplement comme être pensant (sans être homme).