‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 11 sur 49 · PREMIÈRE OPPOSITION DES IDÉES TRANSCENDANTALES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OPPOSITION DES IDÉES TRANSCENDANTALES

THÈSE

507. Le monde a un commencement dans le temps, il est limité dans l'espace.

PREUVE

508. Car si Ton suppose, quant au temps, que le monde n'a pas de commencement, une éternité est donc écoulée à tout moment donné; et par conséquent une série infinie d'états successifs des choses dans le monde est aussi écoulée. Or, l'infinité d'une série consiste précisément en ce qu'elle ne peut jamais être achevée par une synthèse successive. Par conséquent une série cosmique passée ne peut être infinie. Donc un commencement du monde est une condition nécessaire de son existence. Ce qu'il fallait d'abord démontrer.

509. Si maintenant nous supposons que le monde n'a pas de limite, alors le monde sera un tout infini donné de choses simultanément existantes. Or nous ne pouvons concevoir la grandeur d'une quantité qui n'est donnée en intuition dans de certaines limites (2) d'aucune autre manière que par la synthèse des parties, ni la totalité d'un tel quantum, que par la synthèse complète

{{) Les antinomies se succéderont suivant Tordre des idées transcendantales rapportées plus haut.

(2) Nous pouvons percevoir un quantum indéterminé comme un tout, s'il est renfermé dans des bornes, sans qu'il soit nécessaire d'en construire la totalité en la mesurant, c'est-à-dire en construisant la synthèse successive de ses parties : car les bornes déterminent déjà ]a totalité, puisqu'elles font disparaître toute quantité ultérieure.

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ou par l'addRion répétée de Funité à elle-même (1). Pour concevoir le monde comme un tont qui remplisse l'espace entier, la synthèse successive des parties d'un monde infini devrait donc être considérée comme complète; c'est-à-dire qu'un temps infini devrait être conçu dans rénumération de toutes les choses coexistantes, comme écoulé; ce qui est impossible. Un agrégat infini de choses réelles ne peut donc être considéré comme un tout donné, par conséquent pas non plus compte donné en mime temps. Donc un monde, quant à son étendue dans l'espace, n'est pas infini, mais au contraire renfermé dans ses bornes. Ce qui était la seconde chose à démontrer.

ANTITHÈSE

510. Le monde n'a ni commencement ni limite; il est au contraire infini quant au temps et à l'espace.

preuve.

541: Car, supposez que le monde ait un commencement : puis* que le commencement est une existence précédée d'un temps dans lequel la chose n'est pas, un temps doit donc avoir précédé, dans lequel le monde n'était pas, c'est-à-dire un temps vide. Or rien ne peut commencer d'être dans un temps vide, parce qu'aucune partie d'un pareil temps ne renferme en soi, plutôt qu'un autre quelconque , une condition distinctive 'de l'existence , de préférence à la condition de la non-existence (tout en supposant du reste que cette condition existe par elle-même ou par une autre cause). Plusieurs séries de Choses peuvent donc bien commencer dans le monde, mais le monde lui-même ne peut avoir aucun commencement. Il est donc infini par rapport au temps passé.

,512. Quant au deuxième cas, celui de l'illimitation dans l'espace, supposons d'abord le contraire, à savoir que le monde est limité : il se trouve alors dans un espace vide qui n'a point de

(i) Le concept de la totalité n'est donc, en ce cas, que la représentation de la synthèse complète de ses parties, parce que ne pouvant tirer le concept de l'intuition du tout (laquelle intuition est impossible ici), nous ne pouvons saisir ce concept que par la synthèse des parties jusqu'à l'accomplissement de l'infini, au moins en idée.

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86 LOGIQUE TRANSCÊNDANTALE.

bornes. Il n'y aurait par conséquent pas seulement un rapport tles choses dans l'espace, mais aussi un rapport des choses à Vèspoct. Et comme le monde est un tout absolu hors duquel il n'y a pas d'objet d'intuition, et par conséquent pas de corrélatif du monde, avec lequel le monde soit en rapport, alors le rapport du monde à l'espace vide serait ua rapport du monde à aucun objet Mais un tel rapport, par conséquent la limitation du monde par l'espace vide, n'est rien. Le monde n'est donc point limité quanta l'espace; c'est-à-dire qu'il est infini en étendue (1).

REMARQUES SUR LA PREMIERE UJTIflOJUl.

1» Sur la thèse.

513. Dans cette argumentation contradictoire, je n'ai pas cherché d'illusions, pour faire, comme on dit, une preuve d'avocat, par laquelle on tourne à son profit l'imprudence de son adversaire en faisant volontiers valoir son appel à une loi mal interprétée, afin de pouvoir édifier ensuite dès prétentions injustes par la réfutation qu'on se propose de faire de cette interprétation; ces deux preuves sont tirées de la nature des choses , sans songer à l'avantage que nous pouvions tirer des paralogismes opposés des dogmatiques.

(4) L'espace est la simple forme de l'intuition extérieure (intuition formelle) ; ce n'est pas nn objet réel qui puisse être extérieurement perçu. L'espace, avant toutes les choses qui le déterminent « (le remplissent ou le circonscrivent), ou plutôt qui donnent une intuition empirique d'accord avec sa forme, et qu'on appelle espace absolu, n'est que la simple possibilité des phénomènes extérieurs en tant qu'ils peuvent exister en soi, ou s'ajouter encore à des phénomènes donnés. L'intuition empirique n'est donc pas composée de phénomènes et de l'espace (de la perception et de l'intuition vide). L'un n'est pas le corrélatif synthétique de l'autre, mais l'an est seulement uni à l'autre dans une seule et môme iutuition empirique, comme matière et forme de cette intuition. Veut-on placer un de ces éléments de la connaissance externe hors de l'autre (l'espace en dehors de tous les phénomènes), il en résultera toutes sortes de déterminations vaines de l'intuition externe, qui ne sont pas cependant des perceptions possibles; par exemple un mouvement ou un repos du monde dans un espace vide infini, détermination du rapport de deux choses entre elles qui ne peut jamais être perçue, et qui est par conséquent le prédicat d'un pur être de raison.

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DUtiBGTIQUE TRANSCENDANT ALE. 87

M4. J'aurais également pu prouver en apparence la thèse çn avançant à la manière des dogmatiques un concept vicieux sur l'infinité d'une quantité donnée. Une quantité infinie est celle audessus de laquelle il n'en peut exister de plus grande (c'est-à-dire qui dépasse d'une unité la multiplicité contenue dans la première). Or, aueune multiplicité n'est la plus grande possiblç, parce qu'on peut toujours y ajouter uçe ou plusieurs unités. Une quan? Uté infinie donnée, par conséquent encore un monde infini, tajrt par rapport à la série passée qu'à l'étendue, est donc impossible. Il est donc borné dans les deux sens. J'aurais pu , je le répète, argumenter de la sorte; mais le concept d'une quantité donnée ne convient point à ce que l'on entend par un tout infini ; on ne dit pas par là quelle est la grandeur du tout. Par conséquent son concept n'est pas le concept d'un maximum ; tout ce que l'on conçoit par là, c'est le rapport de ce nombre à une certaine unit4 (nombre déterminé) , qu'on peut prendre arbitrairement, et à l'égard de laquelle ce même tout est plus grand, et d'une quantité inassignable en nombres. Suivant donô que l'unité ou le nombre comparatif serait pris ou plus grand ou plus petit, l'infini réel serait lui-même plus grand ou plus petit ; mais l'infinité, ne consistant que dans le rapport à cette unité donnée, resterait toujours la même, quoique assurément la quantité absolue du tout ne fût point connue par là; ce dont il n'est effectivement pas ici question.

548. Le concept véritable (transcendantal) de l'infinité est que: la synthèse successive de l'unité dans l'énumération d'un quantum ne peut jamais être complète (1). D'où il suit très certainement qu'une éternité réelle d'états qui se succèdent jusqu'à un moment donné (le moment présent), ne peut pas s'être écoulée, et que le monde doit avoir eu un commencement.

516. Qrcant à la deuxième partie de la thèse, la difficulté d'une série infinie> et cependant écoulée, n'existe plus, il est vrai; car la diversité d'un monde infini en étendue est dqnnée simultané* ment. Hais pour concevoir la totalité de cette multitude, comme

(4) Ce quantum renferme donc une multitude (relativement à l'unité donng?) qui est plus grande que tout nombre, lequel quantum est le concept mathématique de l'infini. }

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88 LOGIQUE TRANSCENDANTALÉ.

nous ne pouvons pas nous porter aux bornes qui rendent d'ellesmêmes cette totalité percevable, nous devons rendre compté dé notre concept, lequel, dans ce cas, ne peut point aller du tout à la multitude déterminée des parties, mais doit exposer la possibilité d'un tout par la synthèse successive des parties. Or, comme cette synthèse devrait former une série toujours incomplète, on ne peut concevoir une totalité avant cette synthèse ni par elle; car le concept de la totalité est même dans ce cas la représentation d'une synthèse achevée des parties, et cet achèvement, ainsi que son concept par conséquent, est impossible.

2o Sur l'antithèse.

Ml. La preuve de l'infinité de la série cosmique donnée et de l'idée du mopde, repose sur ce que, dans le cas opposé, un temps vide et un espace vide devraient former les bornes du monde, Je sais parfaitement que Ton cherche à se soustraire à cette conséquence, en prétendant qu'il est possible que le monde ait une fin quant au temps et à l'espace, sans qu'on ait précisément besoin d'admettre un temps absolu avant le commencement du monde, ou un espace absolu, étendu, hors du monde réel; ce qui est impossible. Je suis très satisfait de la dernière partie de eetté opinion des philosophes de l'école de Leibniz. L'espace est simplement la forme de l'intuition extérieure; ce n'est pas un objet réel qui puisse être perçu extérieurement, ni rien de corrélatif aux phénomènes, mais la forme même des phénomènes. L'espace ne peut donc absolument (par lui seul) précéder comme quelque chose de déterminant dans l'existence des choses^ parctfqu'il n'est pas un objet, mais seulement la forme des objets possibles. Par conséquent les choses, comme phénomènes, déterminent bien l'espace ; c'est-à-dire que de tous ses prédicats possibles (grandeur et rapports), elles font que ceux-ci ou ceux-là appartiennent à la réalité ; mais l'espace ne peut pas réciproquement, comme quelque chose qui existe pai* soi, déterminer la réalité des objets par rapport à la grandeur ou à la figure, puisqu'en soi il n'est faen de réel. C'est pourquoi un espace, qu'il soit plein ou vide (*),

' (!) On remarque facilement que nous voulons dire par là que l'espace vide, en tant qu'il est limité par des phénomènes, par conséquen

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peut bien être borné par des phénomènes, mais des phénomènes ne peuvent pas être bornés par un espace vide en dehors d'eux. Il en est de même du temps. Il est néanmoins incontestable, malgré tout cela, que Ton doit nécessairement admettre ces deux non-êtres, à savoir, un espace hors du monde, et un temps vide avant le monde, si l'on suppose un terme au monde quant à l'espace et quant au temps.

518. Car, pour ce qui est du subterfuge par lequel on veut éviter la conséquence qui conduit à dire que si le monde a des bornes (quant au temps et à l'espace), le vide infini doit déterminer Inexistence dés choses réelles par rapport à leur quantité, ee subterfuge, dis-je, consiste, au fond, sans que l'on s'en doute, à concevoir, au lieu d'un monde sensible, je ne sais quel monde iatelligible; au lieu d'un premier commencement (une existence que précède un temps de non-être), une existence en général qui ne suppose aucune autre condition dans le monde; au lieu des bornes de l'étendue, des limites de l'univers, — et à sortir ainsi du temps et de l'espace. Mais il n'est ici question que du mundus pheenomenon et de sa grandeur, dans lequel on ne peut absolu* ment pas faire abstraction de ces conditions de la sensibilité, sans faire disparaître l'essence de ce monde. Le monde sensible, s'il est borné, est nécessairement dans le vide infini ; néglige-t-on cette circonstance, et par conséquent fait-on abstraction de l'espace en général comme condition a priori de la possibilité des phénomènes* alors tout le monde sensible disparaît. Dans notre question, ce monde est cependant seul donné. Le mundus intelligibilis n'est que le concept général d'un monde en général , concept dans lequel on fait abstraction de toute condition de l'intuition de ce monde, et par rapport auquel concept encore aucune proposition synthétique affirmative ou négative n'est par conséquent possible.

l'espace qui est en dedans du monde, ne contredit pas do moins les principes transcendants, et qu'il peut par conséquent être accordé par* rapporta ces principes, quoique sa possibilité ne soit pas affirmée pour cela par le fait*

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90 LOGIQUE TRÀNSCENDANTÀLB,

DEUXIÈME OPPOSITION DES IDÉBS TRAffSCmiUUfMJRS.

519. Toute substance composée dans le paonde lest aussi de parties simples, et partout il n'existe rien que de simple ou qui ne soit composé du simple.

PREUVE

830. Ei efffet, si Yon suppose que les substances composas ne le sont pas de parties simples, alors tonte composition disparaissant dans l'esprit, aucune partie composée, et même (puisqu'il n'y $ pas de parties simples) aucune partie simple, absQlument rien par conséquent, ne resterait. Aucune substance, par conséquent encore, ne serait donnée. Ou bien donc il est impossible que tout composé, disparaisse par la pensée; ou bien cette composition une fois anéantie par la pensée, quelque chose subsiste encore sans composition, c'esVÂ-dire quelque çbose de simple. Mais, dans le premier cas, le composé ne se formerait pas de substances (parce que la composition n'eçt, daps ces substances, qu'une relation accidentelle des substances, relation sanslaquelle elles devraient exister, comme des êtres subsistant par eux-mêmes). Or, comme ce cas contredit la supposition, reste donc le dernier, à savoir, que le composé, substantiel dans le monde se forme de parties simples.

821. D'où il suit immédiatement que toutes les choses du monde sont des êtres simples; que la composition n'est que leur état extérieur, et que, bien que nous puissions isoler ces substances élémentaires et les soustraire à cet état d'union, cependant la raison doit les concevoir comme les premiers sujets de toute composition, et, par conséquent, comme des $rçs singes avant la composition.

àwtthèsï;.

522. Aucune chose composée dans le monde ne Test de parties simples, et nulle part il n'axistç rien de simple.

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DIALECTIQUE TRANSGSNOANXAUS. H

PREUVE

523. Supposons d'abord qu'une chose composée* (comme substance) le soit de parties simples. Comme tout rapport extérieur, par conséquent aussi toute composition de substances n*est possible que dans l'espace, il s'ensuit que le nombre des parties du composé est égal au nombre des parties de l'espace qu'A occupe. Or, l'espace ne se compose pas de parties simples, mais d'espaces; par conséquent chaque partie d'un composé doit occuper un espace. Mais les parties absolument premières d'un composé sont simples, par conséquent le simple occupe un espace. Or, puisque tout réel <pii occupe un espace comprend en lui une diversité dont les éléments sont en dehors les ws des autres, il est par le fait composé; et même en tant que composé réel, il ne se compose pas d'accidents (car le» accidents »e peuvent être extérieurs entre eux sans substances), mais bien de substances. Le simple serait donc alors un composé substantiel ; ce qui est contradictoire.

524. La seconde proposition de l'antithèse : dans le monde il n'existe rien desimpie, doit s'entendre ici en ce sens seulement, que l'existence de l'absolumeht simple ne peut être prouvée par aucune expérience ou perception ni externe ni interne, m^ais que ce n'est qu'une pure idée, dont la réalité objective ne peut jamais être présentée dans une expérience possible, par conséquent dans l'exposition des phénomènes, sans application et sans objet Car, si nous voulons supposer qu'il puisse y avoir pour cette idée transcendantale un objet de l'expérience, l'intuition empirique d'un objet devrait donc alors être comme une intuition qui ne renfermerait absolument aucune diversité, et dont les parties extérieures tes unes aux autres seraient réduites à l'unité. Or, comme on ne peut pas conclure de la non-conscience d'une telle diversité à so» impossibilité absolue dans l'intuition d'un objet, et comme cette conclusion est cependant nécessaire pour pouvoir affirmer la simplicité absolue, il suit que cette simplicité ne peu* être conclue d'aucune observation, quelle qu'elle soit. Et puisque alors quelque chose ne peut jamais être donné comme un objet absolument simple dans me expérience possible, mais que le monde sensible doit être considéré comme l'ensemble de toutes

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92 LOGIQUE TRANSCENDANTÂLB.

les expériences possibles, rien de simple n'est donc 'donné en lui. 528, Cette seconde proposition de l'antithèse va beaucoup plus loin que la première; celle-ci nç bannit le simple que de l'intuition du composé, celle-là l'exclut de toute la nature. C'est pourquoi elle n'a pu être démontrée par l'idée d'un objet donné de l'intuition extérieure (du composé), mais par son, rapport à une expérience possible en.général.

1IHA1QUI8 SUR LA DIUXI&ME AHTmOMŒ.

i« Sur la thèse.

526. Quand je parle d'un tout qui se compose nécessairement de parties simples, j'entends seulement un tout substantiel, comme le composé propre, c'est-à-dire l'unité accidentelle de la diversité, laquelle diversité donnée isolément (au moins en pensée), est constituée en liaison mutuelle, et forme ainsi une chose unique. A proprement parler, on ne doit donc pas dire que l'espace est un composé, c'est un tout; ses parties ne sont possibles que dans le tout, et non le tout par les parties. En tout cas, il ne pourrait être qu'un composé idéal, mais non un composé réel. Cependant ce n'est là qu'une subtilité. Puisque l'espace n'est point un composé de substances (ni même d'accidents réels), si l'on supprime en lui toute composition, il ne doit rien rester, pas même le point; car le point n'est possible que comme limite d'un espace (par conséquent d'un composé). L'espace et le temps ne se composent donc pas de parties simples. Ce qui n'appartient qu'à l'état d'une substance, quoiqu'il ait grandeur ou quantité (par exemple, le changement), ne se compose pas du simple; c'est-àdire qu'un certain degré de changement n'a pas lieu par une addition de beaucoup de changements simples. Notre conclusion du composé simple n'est valable que pour des choses subsistant par elles-mêmes. Or, des accidents de l'état n'existent pas par eux-mêmes. On peut donc facilement compromettre l'argument en faveur.de la nécessité du simple, comme de parties constitutives de tout composé substantiel, et par là aussi l'omet de cet argument en général, si on lui donne trop de portée, et si l'on veut le faire valoir, sans distinction pour, tout composé, comme on Ta déjà tenté plusieurs fois.

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DIALECTIQUE TRANSCfiNDANTALE. 93

1527. Du reste je ne parle ici du simple qu'en tant qu'il est nécessairement donné dans le composé, puisque celui-ci peut être résolu en celui-là, comme en ses parties constituantes. La signification propre du mot monade (suivant l'usage de Leibniz), devrait n'appartenir qu'au simple qui est immédiatement donné comme substance simple (par exemple, dans la conscience de. soimême), et non comme élément du composé, élément qu'il vaudrait mieux appeler atome (1)- Et comme je ne veux prouver les substances simples que par rapport au composé dont elles sont des éléments, je pourrais appeler l'antithèse de la deuxième antinomie* Yatomistique transcendantale. Mais ce mot étant déjà employé depuis longtemps pour désigner un mode particulier d'explication des phénomènes corporels {molecuhmm), et supposant par conséquent des concepts empiriques, il vaut mieux l'appeler principe dialectique de la monadolagie.

*»Snr l'antithèse.

528. Cette proposition de la division de la matière à l'infini, dont la démonstration est purement mathématique, est attaquée par les. monadistes. Mais leurs objections sont déjà suspectes, en ce qu'ils ne veulent point des preuves mathématiques les plus claires, dans l'appréciation de la propriété de l'espace, en tant qu'il est, en fait, la condition formelle de la possibilité de toute matière. Il ne les considèrent que comme des raisonnements forinés d'idées abstraites, mais arbitraires, et qui ne peuvent être appliquées aux choses réelles; comme s'il était seulement possible d'imaginer une autre espèce d'intuition que celle qui est donnée dans l'intuition originelle de l'espace, et comme si ses déterminations a priori n'atteignaient pas en même temps tout ce qui n'est possible que parce qu'il remplit cet espace! Si l'on était de leur avis, il faudrait concevoir, outre le point mathématique, qui est simple et n'est pas une partie, mais simplement la limite d'un

(î) Atomus, masculin imaginé par Kant, an lieu du neutre ordinaire, atomon, traduit dans la philosophie scolastiqne par inseparabile, indigcernibile, simple®, etc. Kant a youIu manifestement faire une opposition à Monas, qui lui a fait rencontrer cet &iro£ Xcyépcvov. Dans Détnocrite &Topof, et atomus dans Cicéron, sont du genre féminin. — R.

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94 LO&ÏQUEÎ TRANSfiENÙAOTALÉ:

espafce, il fendrait concevoir, dis-je, des points physiques qui à la vëttté seraient simples aussi , mais qui auraient le privilège , comtfie parties de l'espace, de remplir l'espace par leur seule agrégation. Sans répéter ici "les réfutations ordinaires et claires de cette absurdité, réfutations que Ton trouve en foule, comme il est tout à fait inutile d'ailleurs de vouloir offusquer subtilement par des concepts puremetit discursifs l'évidence mathéftiathique ; j'observe seulement que si la philosophie chicane ici avec les mathématiques, c'est uniquement parce qu'elle oublie quH ne s'agit dans cette question que des phénomènes et de letfrs conditions. Maïs il ne suffit pas ici de trouver pour un toncept intellectuel pur du composé, le concept du simple; il s'agit de trouver, pour TintuitionAu composé (de la matière), l'intuition du simple; ée tpA est torit à fait impossible d'après les lois de la sensibilité, par conséquent aussi dans les objets des sens. On peut donc toujours accorder que, relativement à un tout composé de substances, qui est simplement conçu par l'entendement pur, il est nécessaire d'avoir le simple avant toute composition de ce tout. Cependant ceci n'a pas lieu dans le totum substantielle phœnomenon, qui, comme intuition empirique dans l'espace, emporte la propriété nécessaire de n'avoir aucune partie simple, parce qu'aucune partie de l'espace n'est simple. Cependant les monadistés ont été assez subtils pour vouloir éluder fcette difficulté, ne supposant pas l'espace comme une condition de la possibilité des objets de l'intuition extérieure (des corps) ; ils supposent, au contraire, cette intuition, et le rapport dynamique des substances en général, comme la condition de la possibilité de l'espace. Or, nous n'avons un concept des corps qu'autant que [nous les considérons comme phénomènes; mais, à ce titre, Us supposent nécessairement l'espace comme condition de la possibilité de tout phénomène extérieur. Le subterfuge est donc vain, et il a déjà été suffisamment prévenu antérieurement dans Festhéthique transcendantalè. Si les phénomènes étaient des choses en soi, alors la preuve des monadistés serait absolument valable.

829. La deuxième affirmation dialectique présente cela de particulier, qu'elle a contre elle une assertion dogmatique, de toutes les subtilités la seule qui tente de démontrer péremptoire-

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ment, dahs un otyet de l'expérietoce, ta réalité de ee qm mms avons compté précédemment parmi les idées transcendantales pures, à savoir, la simplieité absolue de la substance, — ou que l'objet du sens intime, le moi qui pense, est une substance absolument simple. Sans m 'engager maintenant dans rette question (puisqu'il en a été suffisamment parlé plus haut), j'obsek-ve seulement que, si quelque chose est simplement conçu comme objet, sans qu'on ajoute une détermination synthétique à son intuition (précisément comme il arrive daus la pure idée : moi), rien de divers, aucune composition ne peut assurément être perçue dans une telle représentation. De plus, comme les prédicats par lesquels je pense cet objet sont simplement des intuitions du sens intime, ils ne peuvent rien offrir qui protfve une diversité dont tes éléments soient en dehors les uns des autres, par conséquent une composition réelle. C'est pourquoi la conscience de soi-même exige, par le fait que le sujet qui pense est en même temps son objet propre, qu'il ne puisse se diviser lui-même, quoiqu'il divise les déterminations qui lui sont inhérentes; car, par rapport à luimême ou en soi, tout objet est absolument m. Néanmoins, si te sujet est considéré extérieurement comme un objet de l'intuition, il laisse cependant voir en lui composition dans le phénomène. Et il doit toujours être considéré ainsi, quand on veut savoir s'il y a ou non en lui une diversité dont les éléments soient extérieurs les uns aux autres.

ifto&iËttÉ ojfrôsriîofc btes idées tiuNSâ&toAirt'Atfô.

THÈSE

530. La causalité d après les lois de la nature n est pas là tfeule dont nous puissions dériver tous les phénomènes du monde; il est faécessaire d'adtttattté encore une causalité par liberté pour l'explication de ces phénomènes.

PREUVE

831. Si l'en suppose qu'il n'y a de causalité que suivantes lois physiques» alors tout ee qui arrive suppose un état antérieur

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96 LOGIQUE TRAN3CENDANTALÇ.

auquel il succède inévitablement suivant une règle. Mais cet état antérieur doit lui-même être quelque chose qui soit arrivé (devenu dans le temps, puisqu'il n'était pas auparavant), parce que s'il avait toujours été, sa conséquence aussi n'aurait pas un jour commencé d'être, mais aurait toujours été. Par conséquent la causalité de la cause par laquelle quelque chose arrive, suppose elle-même quelque chose d'arrivé , qui suppose à son tour, suivant la loi de la nature, un état précédent et sa causalité; mais cet ;état en suppose de même un autre antérieur, et ainsi de suite. Si donc tout arrive suivant les seules lois de la nature, il n'y a jamais qu'un commencement subalterne [relatif], mais jamais un premier commencement, et par conséquent en général aucune intégralité de la série du côté des causes provenant les une» des autres. Or cependant, c'est une loi de la nature, que, sans une cause suffisamment déterminée a priori, rien n'arrive. Par conséquent, la proposition qui énonce que toute causalité n'est possible que d'après des lois physiques se contredit d'elle-même dans sa généralité sans limite. Cette causalité ne peut donc être admise comme unique.

832. Il faut donc admettre une causalité par laquelle quelque chose arrive sans une autre cause précédente qui la détermine suivant des lois nécessaires, c'est-à-dire une spontanéité absolue des causes, capable de commencer d'elle-même une série de phénomènes qui se déroule suivant des lois physiques; par conséquent une liberté transcendantale, sans laquelle, dans le cours même de la nature, la série successive des phénomènes n'est jamais complète du côté des causes.

ANTITHÈSE

533, Il n'y a pas de liberté, mais tout dans le monde arrive suivant des lois naturelles.

PREUVE

834. Supposez qu'il y ait une liberté, dans le sens transceiidantal, comme espèce particulière de causalité suivant laquelle les événements du monde pourraient avoir lieu, c'est-à-dire une faculté de commencer absolument un état, par conséquent une

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série commencera absolument eh vertu de cette spontanéité, mais encore la détermination de cette spontanéité même à produire la série, c'est-à-dire la causalité; tellement que rien ne précède en vertu de quoi cette action qui arrive soit déterminée suivant des lois constantes. Mais tout commencement d'action suppose un état de la cause encore non agissante; et un commencement dynamiquement premier de l'action suppose un état qui n'a aucun rapport de causalité avec le passé de la même cause, c'est-à-dire qui n'en résulte d'aucune manière. La liberté transcençlantale est donc opposée à la loi de causalité, et une liaison des états successifs produits par des causes efficientes, suivant laquelle aucune unité expérimentale n'est possible, et qui par conséquent ne se trouve dans aucune expérience, n'est donc qu'un vain être de raison.

535. C'est donc uniquement dans la nature que nous devons chercher l'enchaînement et Tordre des événements du monde. La liberté (l'indépendance) à l'égard des lois de la nature, est à la vérité un affranchissement de la la contrainte; mais c'est aussi un affranchissement du fil conducteur de toutes les règles. Car on ne peut pas dire qu'au Heu des lois de la nature, des lois de la liberté pénètrent dans la causalité du cours du monde, parce que si. cette causalité était déterminée suivant des lpis, elle ne serait pas liberté; au contraire, elle ne serait autre chose que la nature. Par conséquent la nature et la liberté transcendantale se distinguent comme la légalité et la licence. La première, à la vérité, fatigue l'entendement par la difficulté de rechercher de plus en plus haut l'origine des événements dans la série des causes, parce que la causalité est toujours conditionnée en eux ; mais elle promet en retour une unité d'expérience universelle et légale. Au contraire, l'illusion de la liberté promet, il est vrai, du repos à l'entendement qui scrute dans la chaîne des causes, puisqu'elle le conduit à une causalité inconditionnée ou absolue, qui commence à agir d'elle-même; mais comme cette Gausalité est aveugle, elle rompt le fil conducteur des règles, suivant lequel seulement une expérience universellement liée dans toutes ses parties est possible.

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