‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 12 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

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1» Sur la thèse.

836. L'idée transcendantaïe de la liberté ne forme pas à beaucoup près,- il est vrai> le contenu total du concept psychologique de ce nom, concept qui est en grande partie empirique ; elle ne forme que celui de la spontanéité absolue de l'action , comme raison propre de l'imputabilité de cette action. Néanmoins ce concept est la pierre .d'achoppement de la philosophie, qui troiivè des difficultés insurmontables à reconnaître cette espèce de causalité absolue. Ce qui , par conséquent, dans la question sur la liberté de la volonté, a mis jusqu'ici la raison spéculative dans un si grand embarras, n'est que transcendantal, et a seulement pour objet de savoir si une faculté de commencer spontanément une série de choses ou d'états successifs doit être admise. Il n'est pas nécessaire de dire comment une faculté de cette nature est possible, puisque nous sommes également obligés de nous borner, en fait de causalité suivant des lois naturelles, à reconnaître a priori qu'une telle causalité doit être supposée, quoique nous ne comprenions pas du tout comment il est possible qu'en vertu d'une certaine existence, l'existence d'une autre chose soit posée, et que nous soyons ainsi forcés de nous en tenir simplement à l'expérience. Nous n'avons donc proprement prouvé cette nécessité d'un premier commencement d'une série de phénomènes par la liberté, il est vrai, qu'autant qu'il est indispensable pour concevoir une origine au monde, tandis que l'on peut prendre tous les états successifs pour une dérivation d'après des lois purement physiques. Mais parce que la faculté de commencer tout à fait spontanément une série dans le temps vient cependant d'être enfin démontrée par là (quoique non aperçue), il nous est aussi permis maintenant de faire commencer spontanément différentes séries au milieu du cours du monde, et d'attribuer à leurs substances une faculté d'agir librement. Il ne faut pas toutefois se laisser embarrasser ici par un malentendu, à savoir que, puisqu'une série successive ne peut avoir dans le monde un premier commencement que comparativement, un état de choses dansle monde

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m. précédant toujours un autre, aucun premier commencement absolu des séries n'est sans doute absolument possible pendant le cours du monde. Car nous ne parions pas ici d'un commencement absolument premier quant au temps, mais quant à la causalité. Si présentement, par exemple, je suis parfaitemeut libre de me lever de mon siège, et que, sans l'influence de causes physiques nécessairement déterminantes, je me lève en effet, dans cet événement commence alors une série absolument nouvelle avec toutes ses conséquences naturelles à l'infini, quoique, à l'égard du temps, cet événement ne soit que îa continuation d'une série précédente; car cette résolution et ce fait ne sont pas une simple dérivation de l'action de la nature; ils n'en sont pas une simple continuation, mais leurs causes naturelles déterminantes remontent indéfiniment haut; en sorte que ce double événement, qui, à la vérité, les suit, mais sans en dériver, ne doit par conséquent pas être appelé un commencement absolument premier d'une série de phénomènes quant au temps, il est vrai, mais bien par rapport à la causalité.

537. La confirmation de la nécessité où se trouve la raison de s'en rapporter, dans la série des causes naturelles, à un premier commencement par liberté, se fait remarquer d'une manière très frappante dans ce fait, que tous les philosophes anciens, excepté ceux de l'école empirique1, se sont vus forcés d'admettre, pour expliquer les mouvements du monie, un premier moteur, c'està-dire une cause librement agissante qui ait commencé d'abord et d'elle-même cette série d'états ; car ils n'ont pas tenté l'explication d'un premier commencement par simple nature.

a» Sur l'antithèse.

538. Les défenseurs de la toute-puissance de la nature (physiocratie transcendantale), en opposition à la doctrine de la liberté, pourraient argumenter delà manière suivante contre les paralogismes en faveur de cette dernière : Si vous ne supposez rien dans le monde de mathématiquement premier par rapport au temps9 vous n'avez pas besoin non plus de chercher quelque chose de dynamiquement premier quant à la causalité. Qui vous a chargés d'imaginer un état absolument premier du monde, et par consé-

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100 LOGIQUE TRÀNSCENDANTÀLE.

quent un commencement absolu de la série des phénomènes successifs? Et pouvez-vous par là donner un point d'appui à votre imagination pour mettre des bornes à la nature illimitée? Puisque les substances ont toujours été dans le monde, l'unité de l'expérience rend au moins cette supposition nécessaire, il n'y a aucune difficulté à supposer aussi que le changement de leurs états, c'està-dire une série de leurs changements, a toujours été, et, par conséquent, qu'aucun commencement premier, soit mathématique, soit dynamique, ne doit être cherché. La possibilité d'une telle dérivation infinie, sans un premier membre par rapport auquel tout le reste soit seulement successif, est incompréhensible, il est vrai ; mais si vous voulez pour cela rejeter ces énigmes physiques, vous vous verrez forcés de rejeter plusieurs propriétés fondamentales synthétiques (forces primitives) que vous comprenez aussi peu : et même la possibilité d'un changement en général doit vous paraître choquante; car si vous ne trouviez pas par l'expérience qu'il est réel, jamais vous ne pourriez imaginer a priori comment une telle succession perpétuelle d'existence et de non-existence est possible.

839. Quand même, en tous cas, on reconnaîtrait une faculté transcendantale de liberté pour commencer les évolutions du monde, au moins cette faculté ne devrait être qu'en dehors du monde (quoiqu'il y ait toujours une prétention bien téméraire à admettre un objet hors de l'ensemble de toutes les intuitions possibles, objet qui ne peut être donné datas aucune perception possible). Mais dans le monde même, il n'est absolument permis à personne d'attribuer une telle faculté aux substances, parce que c'en serait fait alors de l'enchaînement des phénomènes qui se déterminent les uns les autres nécessairement suivant des lois universelles, enchaînement que nous appelons nature; et avec lui disparaîtrait en très grande partie la marque de la vérité empirique, qui distingue la veille du sommeil. Car avec cette faculté de liberté qui n'est soumise à aucune loi, la nature est à peine concevable; ses lois, en effet, éprouveraient sans cesse des changements par l'influence du libre arbitrent le jeu des phénomènes, qui serait uniforme et régulier d'après la nature seule, se trouverait par là troublé et sans enchaînement.

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DIALECTIQUE TRANSGENMNTALE. 1Û1

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