Du côté donc du, dogmatisme, dans la détermi
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i 10 LOGigCm TRAK&GBNIMWrALJS.
sation dos idées rationnelles cosmologiques, ou du côté de la thèse* se remarque :
558. T Un certain intérêt pratique dans lequel tout homme sensé, s'il comprend son véritable avantage, prend parti de bon cœur. Que le monde ait un commencement, que le moi pensant soit de nature simple, et par conséquent incorruptible, qu'il soit en même temps libre dans ses actions arbitraires et à l'abri de la contrainte de la nature, et qu'enfin Tordre total des choses qui composent le monde dépende 4' un être premier de qui tout emprunte son unité et sa liaison conformé à son but ; ce sont là autant de pierres -angulaires fondamentales de la morale et de la religion. L'antithèse nous dépouille de tous ces appuis, ou semble du moins nous en dépouiller.
559. 2° Un intérêt spéculatif de la raison se montre aussi de ce côté ; car si Ton adopte et que Ton emploie de cette manière les idées transeendantales, on peut aussi embrasser parfaitement a priori la chaîne entière des conditions, et comprendre la dérivation du conditionné, puisque Ton commence par l'absolu, que ne donne point l'antithèse, laquelle se recommande bien mal, par cela même qu'elle ne peut donner, sur les conditions de sa synthèse, une réponse qui ne laisse pas toujours à questionner sans fin. Suivant elle, on doit s'avancer d'un commencement donné à un autre de plus en plus élevé; chaque partie conduit encore à une partie moindre, chaque événement a toujours un autre événement au-dessus de lui comme cause, et les conditions de l'existence en général portent toujours dé nouveau sur d'autres, sans jamais pouvoir rencontrer une base absolue dans une chose subsistant par elle-même comme être primitif .
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580; y Ce côté a aussi l'avantage de la popularité* qui n'est certainement pas le moindre titre à sa recommandation. Le sens commun ne trouve pas, dans les idées d'un commencement absolu de toute synthèse, la moindre difficulté, parce qu'il est plus accoutumé, en semblables cas, de marcher en descendant par les conséquences qum remontant par les principes, et qu'il a> dans leé concepts de Fabsolument Premier (de la possibilité duquel il ne s'inquiète guère), mie commodité et en même temps un point ferme auquel il peut attacher le fil de ses pas ; tandis qu'au contraire, dans l'ascension perpétuelle du conditionné à la condition, étant toujours avec un pied en l'air, il ne peut trouver aucune jouissance.
561 . 1° Du côté de Y empirisme, dans la détermination des idées cosmologiques, ou du côté de Y antithèse, on observe d'abord qu'il ne se trouve aucun intérêt pratique résultant des principes de la raison pure, tels que la morale et la religion en renferment. Bien plus, le pur empirisme semble priver ces deux choses de toute force et influence. S'il n'y a aucun être premier distinct du monde, si le monde est sans commencement, et par conséquent aussi sans créateur, si nôtre volonté n'est pas libre, si l'âme est divisible et sujette à corruption coïrime la matière; toute la valeur des idées et des principes moraux, et avec elle toutes les idées transcendantales, qui constituent leur appui théorique, s'évanouissent.
562. 2° Mais, en compensation, l'empirisme offre dès avantages à l'intérêt spéculatif de là raison, avantages qui sont très attrayants, et qui surpassent de beaucoup ceux que peut promettre le docteur dogmatique des idées rationnelles. Suivant l'empirisme, l'entendement est
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lit Loeiws tT*è3timmwàj&
toujours sur son propre terrain, savoir sur le champ de la pure expérience possible dont il peut rechercher les lois, et* par leur moyen, , étendre sans fin ses sûrçs et faciles connaissances. Ici, U pçut et doit exposer en in~ tuition l'objet, tant en lui-même que dans ses rapports ; il peut le représenter, tout au moins dans des concepts dont limage est susceptible d'être montrée clairement et distinctement dans des intuitions analogues dominées. Non seulement l'entendement n'a pas besoin de quitter cette chaîne de Tordre de la nature, pour s'attacher -à des idées auxquelles il ne connaît pas d'objets correspondants, parce que de semblables objets ne peuvent jamais êtrç donnés comme matti£re d^ la pensée,; mais il ne lui est pas même permis de quitter son œuvre, et, sons prétexte quelle est achevée, de passer dans le domianede la, raison idéalisante, aux concepts transcendantauxy où il ne serait plus obligé d'observer et de rechercher conformément aux lois de la nature, mais où^il pourrait penser et inwnter, sûr qu'il serait de ne pouvoir être réfuté par les faits de la nature,, parce qu'il ne dépendrait point de leur témoignage, pouvant au contraire le méconnaître, ou ipême le soumettre à une autorité supérieure, celle.de la raison pure.
563 . L'empiriste ne permettra donc jamais de prendre une époque quelconque de la nature pour absolument première, ou de considérer une limite de son point de vue dans la circonscription de la nature comme la plus excentrique, ou de passer, — des objets de la nature, qu'il peut déchiffrer par l'observation et les mathématiques, et déterminer synthétiquement dans l'intuition (dans l'étendue), -r- à des^choses qui ne, pouvait jamais être exposées in conereto, ni par lesseas^ ni par l'imà^iia-
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tion (au simple). Il ne permettra pas même que Ion pose en principe, dans la nature, une faculté indépendante des lois physiques (une liberté), et qu'on diminue par là l'objet de l'entendement, qui est de rechercher, suivant le fil de lois nécessaires, l'origine des phénomènes. Il ne permettra pas, enfin, que Ton cherche hors de la nature la cause de quoi que ce soit (un être premier), puisque, excepté cette nature, nous ne connaissons rien, attendu qu'elle seule nous fournit des objets, et peut nous instruire de ses lois.
564. A la vérité, si le philosophe empiriste, avec son antithèse, n'a d'autre but que de rabattre la témérité et la présomption de la raison, qui méconnaît sa vraie destination, s'enorgueillissant de sa pénétration et de son savoir, là même où il n'y a plus ni pénétration ni science possible; de la raison qui veut faire passer pour un avantage de l'intérêt spéculatif ce qui ne peut valoir que par rapport à l'intérêt pratique, pour, dès qu'il lui convient, rompre le fil des recherches physiques, et, sous le prétexte d'étendre la connaissance, rattacher ce ï\\ aux idées transcendants les, dont on ne connaît proprement qu'une chose, que l'on rien sait rien: si, dis-je, ] empiriste s'en tenait là, son principe serait une maxime de modération dans les prétentions, de modestie dans les assertions, et en même temps de l'extension la plus grande possible de notre entendement sous la direction de notre unique maître, l'expérience. Car, dans ce cas, les suppositions intellectuelles et la croyance en faveur de l'intérêt pratique ne nous seraient pas ravies ; seulement, on ne pourrait pas les présenter sous le titre pompeux de science et de vue rationnelle, parce que le savoir spéculatif proprement dit ne peut avoir d'autre objet que
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114 LOGIQUE TRANSŒHDANTALE.
l'expérience, et que si Ton en dépasse les bornes, la synthèse, lorsqu'elle cherche des connaissances nouvelles qui en soient indépendantes , n'a aucun substratum de l'intuition auquel elle puisse être appliquée.
565. Mais si l'empirisme devient dogmatique par rapport aux idées (comme il arrive le plus souvent), et s'il nie avec assurance ce qui est au-dessus de ses connaissances intuitives, il tombe alors lui-même dans une intempérance d'esprit qui est d'autant plus blâmable que l'intérêt pratique de la raison en souffre un préjudice irréparable.
566. Telle est l'opposition entre Yépicurisme (1) et le platonisme.
567. L'un et l'autre disent plus qu'ils ne savent; de telle sorte cependant que le premier encourage et aide le savoir, quoiqu'au préjudice de la pratique, et que le second, tout en donnant à la pratique des principes excellents, permet par cela même à la raison, en matière de savoir spéculatif pur, de s'attacher à des explications
(1) Toutefois c'est encore une question de savoir si Epicure a jamais exposé ses principes comme affirmations objectives. Si par hasard ces principes n'étaient autre chose que des maximes de l'usage spéculatif de la raison, il fit en cela preuve d'un esprit plus éminemment philosophique qu'aucun des sages de l'antiquité. Il est très vrai maintenant encore, quoique Ton se conforme peu à ces principes, que, pour étendre la philosophie spéculative et pour découvrir les principes de la morale sans recourir à rien d'étranger, bien que celui qui, en matière spéculative, veut ignorer ces principes dogmatiques, ne puisse pas pour cela être accusé de les nier; il est très vrai, dis-je, que pour arriver à ce but scientifique on doit procéder, dans l'explication de ces phénomènes, comme si le champ de la recherche n'avait ni bornes ni commencement dans le monde; que l'on doit prendre l'étoffe du monde comme il est nécessaire qu'elle le soit, si nous voulons la connaître par l'expérience; qu'il n'y a d'autres causes des événements que les lois invariables de la nature ; et, enfin, qu'il ne faut recourir à aucune cause différente du monde.
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DIAUECTIQUE TRÀNSCENBÀNTÀLE. 115
idéales des phénomènes de la nature, et de négliger à ce sujet l'investigation physique.
568. 3° Enfin pour ce qui est du choix provisoire entre ces deux partis opposés, il est surtout remarquable que l'empirisme est contraire à toute popularité, quoique 1 on pût croire que le sens commun devrait saisir avidement un dessein qui promet de le satisfaire par des connaissances purement expérimentales, et dont la composition est conforme à la raison ; au lieu que le dogmatisme transcendant le force à s'élever à des concepts qui surpassent la pénétration et la faculté rationnelle des esprits les plus exercés dans la pensée. Mais c'est cela même qui le détermine à penser autrement ; car il se trouve alors dans un état où le plus savant lui-même ne peut rien prétendre à rien de plus que lui. S'il comprend peu ou rien à cela, personne cependant ne pourra se flatter d'y comprendre beaucoup plus; et quoiqu'il n'en puisse parler aussi savamment que d'autres, il peut néanmoins en raisonner infiniment plus, puisqu'il erre dans la région des idées pures, au sujet desquelles il n'est si disert que par cela même qu'on ri m sait rien; au lieu qu'il serait obligé de se taire net, et d'avouer son ignorance en fait de recherches physiques. Déjà la commodité et la variété de ces principes les recommanderaient donc beaucoup. De plus, quoiqu'il soit très pénible pour un philosophe d'admettre quelque chose comme principe, sans pouvoir s'en rendre raison, et d'établir ainsi dés concepts dont il ne puisse apercevoir la réalité objective, rien cependant n'est plus habituel au sens commun. Il cherche quelque chose d'où il puisse .partir avec séeurité; il ne s'inquiète point de la difficulté de comprendre la possibilité d'une telle supposi-
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116 LOGIQUE TRÀNSCENDANTÀLE.
tion, parce que cette difficulté ne lui vient jamais en pensée (à lui qui ignore ce que c'est que comprendre) et qu'il croit connaître ce qui est pour lui d'un usage habituel. Mais enfin tout intérêt spéculatif s'évanouit pour lui en présence de l'intérêt pratique, et il se persuade apercevoir et connaître ce que la crainte ou l'espérance le pousse à admettre ou à croire. De là vient que l'empirisme de la raison transcendantale n'a aucune popularité, et que, si défavorable qu'il puisse être au premier principe pratique, il n'y a pas à craindre cependant qu'il sorte jamais de l'enceinte des écoles, qu'il obtienne dans le monde quelque autorité, et se concilie la faveur de la multitude.
569. La raison humaine est archi tectonique de sa nature, c'est-à-dire qu'elle considère toutes les connaissances comme appartenant à quelque système possible, et ne permet, par conséquent, que des principes qui du moins ne mettent pas une connaissance actuelle dans l'impossibilité de former un système avec d'autres. Mais les propositions de l'antithèse sont d'espèce telle,, qu'elles rendent absolument impossible un système de connaissances; car, suivant elles, au-delà d'un état quelconque du monde, il y en a toujours un plus éloigné ; dans chaque partie sont toujours d'autres parties divisibles de nouveau; avant un événement quelconque en est un autre qui, à son tour, a été engendré de même d'ailleurs, et, dans l'existence, toutes les choses sont partout conditionnées sans qu'on reconnaisse un inconditionné quelconque et une première existence. Puis donc que l'antithèse n'accorde ni quelque chose de premier ni un commencement qui puisse absolument servir de fondement à l'édifice, un édifice complet de sa connaissance
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est donc absolument impossible dans une telle supposition. Par conséquent l'intérêt architectonique de la raison (qui exige, non l'unité empirique mais l'unité rationnelle pure a priori) renferme une recommandation naturelle en faveur des affirmations de la thèse.
570. Mais si un homme pouvait s'affranchir de tout intérêt, et prendre indifféremment en considération les affirmations de la raison, d'après la seule valeur de leurs principes, quelles qu'en pussent être les conséquences, celui-là serait dans un état de doute perpétuel , supposé qu'il n'y eût pas d'autre moyen de sortir d'embarras que d'avouer l'une ou l'autre des doctrines opposées. Aujourd'hui il paraîtrait persuadé de la libre volonté de l'homme; demain, s'il considérait l'enchaînement indissoluble de la nature, il prendrait la liberté pour une de ses illusions, et penserait que tout est purement naturel. Mais s'il venait à agir, le jeu de la raison spéculative pure disparaîtrait comme un songe, et il choisirait ses principes d'après l'intérêt pratique. Et, comme il convient qu'un être pensant et investigateur donne quelques moments à l'examen de sa propre raison, mais en déposant alors toute partialité, et qu'il communique ses observations aux autres pour obtenir un jugement public, personne donc ne pourrait être blâmé, et moins encore empêché par aucune menace, de produire les thèses et les antithèses opposées, puisqu'elles peuvent se soutenir en présence de jurés de son état propre, savoir, l'état de faiblesse de l'homme.
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118 LOGIQUE TRAMSCENDANTALE.
SECTION IV
Des questions transcendantales de la raison pare, en tant qu'elles doivent absolument pouvoir être résolues.
571 • Vouloir résoudre tous les problèmes et répondre à toutes les questions, serait d'une suffisance sans pu* deur et d'une présomption si extravagante qu'elle ferait sur-le-champ perdre toute confiance. Il y a néanmoins des sciences dont la nature emporte avec elle que toute question qui s'y rencontre doive être répondue absolument en vertu de cela même que Ton sait, parce que la réponse doit être tirée des mêmes sources que la ques^tion. Dans ces sciences, il n'est nullement permis de prétexter une ignorance invincible; au contraire, la solution peut être exigée. Qu'est-ce qui est juste ou injuste dans les différents cas possibles : c'est ce qu'on doit pouvoir déterminer, suivant la règle, parce qu'il s'agit ici de notre obligation, et que nous n'avons aucune obligation concernant ce que nous ne pouvons savoir. Dans l'explication des phénomènes de la natureTil faut cependant que plusieurs questions restent sans solution, ce que nous savons de la nature étant loin de suffire dans tous les cas pour tout ce que nous devons expliquer. On demande donc si, dans la philosophie transcendantale, une question qui concerne un objet proposé à la raison ne peut pas être répondue par cette même raison pure, et si Ton pourrait légitimement se refuser à une réponse décisive, par la raison que l'on compterait cette question, comme absolument incertaine (d'après tout ce que nous pouvons en connaître) , parmi les choses dont nous avons, à la vérité, assez de concepts pour proposer une ques-
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DIALECTIQUE TBÀNSCENDàNTÀLE. 119
tion, mais à l'égard desquelles nous manquons tout à fait de moyens et de facultés pour y répondre jamais.
572. Or, je dis que la philosophie transcendantalè a cela de propre, entre toutes les connaissances spéculatives, qu'aucune question qui concerne un objet donné de la raison pure n'est insoluble pour cette même raison humaine, et qu'aucun prétexte d'une ignorance invincible et d'une profondeur impénétrable du problème ne peut affranchir de l'obligation d'y répondre fondamentalement et pleinement, parce que le même concept qui nous met en état de questionner doit aussi, par cela même, nous rendre tout à fait capables de répondre à cette question, puisque l'objet n'est nullement trouvé en dehors du concept (comme dans le juste et l'injuste).
573. Il n'y a, dans la philosophie transcendantalè, que les questions cosmologiques par rapport auxquelles on puisse justement exiger une réponse suffisante concernant la nature de l'objet, sans qu'il soit permis au philosophe de s'y refuser en prétextant une obscurité impénétrable, et ces questions ne peuvent se rapporter qu'à des idées cosmologiques; car l'objet doit être donné empiriquement, et la question porte seulement sur sa conformité avec une idée. Si l'objet est transcendantal, et par conséquent inconnu par le fait, par exemple, si ce dont le phénomène (en -nous) est la pensée (âme) est en soi un être simple, s'il y a une cause absolument nécessaire de toutes les choses.. . . , alors nous devons chercher à notre idée un objet tel que nous puissions avouer qu'il nous est inconnu, sans pour cela qu'il soit impossible (1).
(1) On peut, à la vérité, ne faire ancnne réponse à la question : quelle est la nature d'un objet transcendantal, c'est-à-dire quelle chose
120 LOGIQUE TRÀNSCEflDÀNTÀLE.
Les idées cosmologiques seules ont la propriété de pouvoir supposer leur objet comme donné, ainsi que la synthèse empirique nécessaire pour le concept de cet objet; et alors la question qui résulte de ces idées ne cqncerne que le progressifs de cette synthèse, en tant qu'il doit contenir une totalité absolue qui n'est plus rien d'empirique, puisqu'elle ne peut être donnée dans aucune expérience. Or, puisqu'il ne s'agit ici que d'une chose comme objet d'une expérience possible, et non comme chose en soi, la réponse à la question cosmologique transcendante ne peut être nulle part ailleurs en dehors de l'idée, car elle ne concerne aucun objet en lui-même; et, par rapport à l'expérience possible, il n'est pas question de ce qui peut être donné in concreto, dans une expérience quelconque, mais de ce qui est dans l'idée, dont la synthèse empirique doit simplement approcher. Elle doit donc pouvoir être résolue d'après l'idée seulement , car cette idée est une pure création de la raison, laquelle ne peut par conséquent pas se justifier en rejetant la faute sur un objet inconnu.
574. Il n'est donc pas si extraordinaire qu'il le semble au premier abord, qu'une science, par rapport à toutes
est cet objet. Mais Ton peut bien dire que la question elle-même n'est rien, parce qu'elle n'a pas d'objet donné. C'est pourquoi toutes les questions de psychologie transcendantale sont aussi susceptibles de réponse, et sont effectivement répondues; car elles ont pour objet le sujet transcendantal de tous les phénomènes existants, lequel sujet n'est pas lui-même phénomène, et par conséquent pas un objet donné auquel puisse ôtre appliquée aucune des catégories (sur. lesquelles cependant porte proprement la question). C'est par conséquent ici le cas, comme on dit généralement, qu'aucune réponse soit aussi une réponse; c'esÊ dire en effet qu'une question sur la nature de quelque chose qui ne peut être pensé par aucun attribut déterminé, puisqu'il est Entièrement placé hors de la sphère des objets qui peuvent nous être donnés, est entièrement nulle et vaine.
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les questions qui constituent son ensemble (quœstiones domesttcœ), puisse demander et attendre des solutions parfaitement certaines, quoique peut-être il n'en existe pas encore. Outre la philosophie transcendantale, il y a encore deux sciences rationnelles pures , lune dont l'objet est simplement spéculatif, et l'autre dont l'objet est pratique ; les mathématiques pures et la morale pure. À-t-on jamais entendu dire que, comme par une ignorance nécessaire des conditions, on ait donné pour incertain le rapport parfaitement exact du diamètre à la circonférence, en nombres soit rationnels soit irrationnels? Ce rapport ne pouvant être convenablement donné par la première espèce de nombres, et n'étant pas encore trouvé par la seconde, on juge donc au moins que l'impossibilité d'une telle solution peut être connue avec certitude, et Lambert en donne la preuve. Dans les prin*cipes généraux delà morale, rien ne peut être incertain, puisque les propositions sont ou vaines, ou vides de sens, ou doivent simplement découler de nos concepts rationnels. Au contraire, il y a en physique une infinité de conjectures par rapport auxquelles on ne peut jamais attendre de certitude, parce que les phénomènes de la nature sont des objets qui nous sont donnés indépendamment de nos concepts, dont la clé, par conséquent , n'est pas en nous ni dans notre pensée pure, mais en dehors de nous, et ne peut, précisément par cette raison, être trouvée daijs un grand nombre de cas : aucune explication certaine n'en peut donc être attendue. Je ne parle pas ici des questions de l'analytique transcendantale, qui concernent la déduction de notre connaissance pure, parce que nous ne traitons, pour le moment, que de la certitude des jugements par rapport aux objets (
et non par rapport à l'origine de nos concepts mêmes. 575. Nous ne pourrons donc pas décliner l'obligation d'une solution, au moins critique, des questions rationnelles proposées, sous l'affligeant prétexte qu'elles dépassent les bornes étroites de notre raison, et en confessant, avec l'apparence d'une humble connaissance de nous-mêmes, qu'il est au-dessus de cette raison de décider si le monde est éternel ou s'il a un commencement; si l'univers remplit l'infini d'êtres, ou s'il est enfermé dans de certaines limites; s'il y a dans le monde quelque chose de simple, ou si tout peut être divisé à l'infini; s'il y a une création ou production par liberté, ou si tout tient à la chaîne de Tordre de la nature; enfin s'il y a un être entièrement inconditionné et nécessaire en lui-même, ou si tout est conditionné quant à son existence, et par conséquent extérieurement dépendant et contingent en soi. Toutes ces questions concernent en effet un objet qui ne peut être donné autrement que dans notre pensée, savoir, la totalité absolument inconditionnée de la synthèse des phénomènes. Si nous ne pouvons rien dire ni décider de certain à ce sujet par nos propres concepts, nous ne devons pas en rejeter la faute sur la chose qui se cache à nous ; car une chose de cette nature (puisqu'elle ne se trouve nulle part hors de notre idée) ne nous est pas donnée du tout ; nous devons donc en rechercher la cause dans notre idée même , laquelle est Un problème qui ne suppose aucune solution, et auquel nous avons néanmoins entrepris opiniâtrement de répondre, comme si un objet réel lui correspondait. Une claire explication de la dialectique renfermée dans notre concept même nous conduirait bientôt à une parfaite certitude sur ce que nous devons penser d'une telle question.
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576. On peut opposer à votre prétexte d'ignorance, par rapport à ce problème, d'abord cette question à laquelle tous devez au moins répondre clairement : d'où vous viennent les idées dont la solution vous embarrasse tant ici? seraient-ce des phénomènes dont l'explication vous manque, et dont vous n'ayez à1 chercher, en conséquence de ces idées, que les principes, ou la règle de leur exposition? Supposez que la nature vous soit tout à fait connue, que rien ne soit caché à vos sens, et rien à la conscience de tout ce qui est soumis à votre intuition: cependant vous ne pourrez connaître in concreto par aucune expérience l'objet de vos idées (car il faudrait, indépendamment de cette parfaite intuition , une parfaite synthèse, et la conscience de sa totalité absolue; ce qui n'est possible par aucune connaissance empirique). Ce que vous demandez ne peut donc en aucune manière être nécessaire à l'explication d'un phénomène qui se présenterait nécessairement , et en quelque sorte par conséquent comme au moyen de l'objet même. L'objet ne peut jamais se présenter à vous, parce qu'il ne peut être donné par aucune expérience possible. Vous resterez toujours, avec toutes les perceptions possibles, soumis aux conditions soit de l'espace, soit du temps ; et vous n'atteindrez jamais rien d'absolu avec quoi vous puissiez décider si cet absolu doit être placé au commencement absolu de la synthèse, ou dans une totalité absolue de la série sans aucun commencement. Le tout dans le sens empirique n'est jamais que comparatif. Le tout absolu de la quantité (l'univers), de la division, de la dérivation, de la condition de l'existence en général, avec toutes les questions de savoir s'il peut être réalisé par une synthèse finie ou par une synthèse qui le conti-
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nuerait à l'infini, ne concerne aucune expérience possible. Vous ne pourriez expliquer, par exemple, les phénomènes d'un corps, ni mieux ni même seulement d'une autre manière, si vous supposiez qu'il se compose de parties simples, ou de parties toujours composées ; car vous ne rencontrerez jamais de phénomène simple, non plus qu'une composition infinie. Les phénomènes ne veulent être expliqués qu'autant que leurs conditions d'explication sont données dans la perception, et tout ce qui peut jamais être donné en eux, compris dans un tout absolu, est même une perception. Mais l'explication de ce tout est proprement l'objet des problèmes rationnels transcendantaux.
577. Donc puisque la solution de ces questions ne peut jamais se présenter dans l'expérience, vous ne pouvez pas dire qu'on ne sait pas ce qui doit être attribué à l'objet ; car votre objet est simplement dans votre cerveau et ne peut être donné hors de lui. Vous n'avez donc qu'à faire attention d'être d'accord avec vousmêmes, et d'éviter l'amphibolie qui convertit votre idée en une prétendue représentation d'une chose empiriquement donnée, et par conséquent aussi en la représentation d'un objet à connaître suivant les lois de l'expérience. La solution dogmatique n'est donc pas incertaine assurément, elle est impossible. Mais la solution critique, qui peut être parfaitement certaine, ne considère pas du tout la question objectivement, elle ne l'envisage que par rapport au fondement de la connaissance sur lequel elle repose.
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SECTION V
Représentation sceptique des question» cosmologiques par les quatre idées transcendances.
578. Nous nous désisterions volontiers de la demande que nos questions soient répondues dogmatiquement , si nous pouvions comprendre à l'avance que , quelle que dût être la réponse, elle ne ferait qu'augmenter encore notre ignorance et nous précipiter d'une incompréhensibilité dans une autre^ d'une obscurité dans une plus grande , et peut-être même dans des contradictions. Si donc notre question tend à demander une affirmation ou une négation pure et simple, c'est agir prudemment que d'abandonner, pour le moment , les raisons apparentes qu'on pourrait alléguer, et de considérer d'abord ce que l'on gagnerait, si la réponse était dans tel ou tel sens opposé. Or, s'il arrive que, dans les deux cas, il se présente un pur non-sens, nous aurons alors une raison fondée d'examiner critiquement notre question même, de voir si elle ne repose pas sur une supposition sans fondement , et si elle ne joue pas avec une idée qui trahit mieux sa fausseté dans l'application et dans ses conséquences, que lorsqu'on la contemple abstraitement. Telle est la grande utilité qui résulte de la manière de traiter sceptiquement les questions que la raison pure s'adresse à elle-même, qu'elle peut dispenser, à peu de frais, de s'enfoncer dans le dédale des raisonnements dogmatiques, et permet d'y substituer une critique modeste qui, comme un vrai cathar tique de la raison, fera disparaître facilement la présomption en même temps que sa compagne, la polymathie.