‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 15 sur 49 · Si donc je pouvais apercevoir à l'avance , au · texte numérisé non relu

Si donc je pouvais apercevoir à l'avance , au

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sujet d'une idée cosmologique, quel que soit le côté de l'absolu dans la synthèse régressive des phénomènes vers lequel elle penche, qu'elle serait pour chaque concept intellectuel ou trop grande ou trop petite , je pourrais alors comprendre que, ne concernant toutefois qu'un objet de l'expérience, expérience qui doit être conforme à un concept intellectuel possible, elle doit être tout à fait vaine et dépourvue de sens, parce que l'objet ne cadre point avec elle, de quelque manière que j'essaie de l'y approprier. Il arrive effectivement que la raison, en s'attaçhant aux concepts cosmiques, s'y trouve engagée par le fait même dans une antinomie inévitable; car supposez:

580. 1° Que le monde riait aucun commencement, il est alors trop grand pour votre concept; car ce concept, consistant dans une régression successive , ne peut jamais atteindre toute une éternité écoulée. Supposez au contraire que le monde ait un commencement dans la région empirique nécessaire, il est alors trop petit pour votre concept intellectuel; car le commencement supposant toujours un temps qui précède, il n'est pas encore inconditionné, et la loi de l'usage empirique de l'entendement vous ordonne de chercher une condition de temps plus élevée, et le monde est par conséquent visiblement trop petit pour cette loi.

581. Il en est de même de la double réponse à la question de la grandeur du monde par rapport à l'espace : car s'il est infini et non borné, alors il est trop grand pour tout concept empirique possible. Est-il au contraire fini et borné : alors on demande encore avec raison qu'est-ce qui détermine ces bornes. L'espace vide n'est pas par lui-même un corrélatif des choses

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existantes, et ne peut être une condition à laquelle vous puissiez vous attacher, bien moins encore une condition empirique qui constitue une partie d'une expérience possible (car qui peut avoir l'expérience du vide absolu?). Mais/ pour la totalité absolue de la synthèse empirique, il faut toujours que l'inconditionné soit un concept expérimental. Un monde borné est donc trop petit pour votre concept.

582. 2° Si tout phénomène dans l'espace (la matière) se compose d'une infinités départies, alors la régression de la division sera toujours trop grande pour votre concept; et si la division de l'espace doit cesser dans un membre quelconque de la division (le simple), alors il est trop petit pour l'idée de l'absolu ; car ce membre permet toujours une nouvelle régression dans les parties qu'elle renferme.

583. 3° Si vous supposez que, dans tout ce qui arrive au monde, il n'y ait rien qui ne soit une conséquence des lois de la nature, alors la causalité de la cause est toujours à son tour quelque chose qui arrive, et qui rend sans cesse nécessaire votre régression à une cause supérieure, et, par conséquent, le prolongement de la série des conditions a parte priori. La simple nature efficiente est donc trop grande pour tout votre concept dans la synthèse des événements cosmiques.

584. Supposez-vous maintenant que tous les événemens se soient réalisés deux-mêmes, par conséquent qu'ils aient été produits librement : poursuivez alors le pourquoi des choses suivant une loi inévitable de la nature ; essayez, sur ce point, de sortir delà loi de causalité de l'expérience, et vous trouverez que cette totalité de l'union est trop petite pour votre concept empirique nécessaire.

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585. V Enfin, si vous supposez un être absolument nécessaire (que ce soit le monde lui-même, ou quelque chose dans le monde, ou la cause du monde), vous le placez dans un temps infiniment éloigné de tout autre temps donné, puisqu'autrement il serait dépendant d'une autre existence plus ancienne. Mais alors cette existence est inaccessible à votre concept empirique, et par conséquent trop grande pour que vous puissiez jamais l'atteindre par une régression continuée.

586. Mais si votre opinion est au contraire que tout ce qui appartient au monde, soit comme conditionné, soit comme condition, est fortuit (contingent), alors toute existence à vous donnée est trop petite pour votre concept; car elle vous force à chercher toujours une autre existence dont elle dépende.

587. Nous avons dit que, dans tous ces cas, Y idée cosmique de la régression empirique, par conséquent de tout concept intellectuel possible, est ou trop grande ou trop petite pour cette régression, et pour ce concept même. Pourquoi ne nous sommes-nous pas exprimé à l'inverse, et n'avons-nous pas dit, au lieu d'accuser l'idée cosmologique de s'écarter trop ou trop peu de son but, à savoir, de l'expérience possible, que, dans le premier cas, le concept empirique est toujours trop petit pour l'idée, et, dans le second cas, trop grand; et que, par conséquent, c'est pour ainsi dire la faute de la régression empirique ? La raison en est que l'expérience possible est la seule chose qui puisse donner de la réalité à nos concepts ; sans elle tout concept est seulement idée, sans vérité et sans rapport à un objet. Le concept empirique possible était donc la règle suivant laquelle l'idée devait être jugée pour savoir si elle était une pure

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Idée, un être de raison, ou si elle trouvait son objet dans le monde. Car ce n'est que relativement à ce qui sert de terme de comparaison que Ton dit d'une chose, qu'elle est trop grande ou trop petite. La question suivante faisait aussi partie des tournois des anciennes écoles dialectiques : si un globe né peut passer par un trou donné, dira-t-on que le globe est trop gros ou le trou trop petit? Dans ce cas, il est indifférent de répondre d'une manière ou d'une autre; car vous ne savez pas le* quel des deux est là pour l'autre. Au contraire, vous ne firer pas qu'un homme est trop grand pour son habit, mais bien que l'habit est trpp court pour cet homme. ,

588. Nous sommes donc au moins aodenés à soupçonner avec fondement que les idées cosmologiques, et avec elles, pajr conséquent, toutes leurs affirmations dialectiques contradictoires entre elles, ont peut-être pour raison un concept vain et purement imaginaire $ur là manière dont l'objet de ces idées nous est donné; et ce soupçon peut 4éjà nous mettre sur la droite voie pour découvrir l'illusion qui nous a induits en erreur si longtemps.

SECTION VI

De l'idéalisme transcendantal comme clef de la solution de la dialectique cosmologique.

589. Mtfus avons suffisamment démontre dans l'esthétique transcéndantale que tout ce qui est perçu dans l'espace ou le temps, par conséquent tous les objets d'une expérience à nous possible, ne sont que des phénomènes, c'est-à-dire de simples représentations, qui, en tant qu'elles s'offrent à l'esprit comme substances étendues ou comme sérios de changements, n'ont aucune

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existence fondée en soi hors de. notre pensée, J'appelle ee concept théorique idéalisme transcendafital (1), Le réaliste, dans le sens transcendantal, fait de cçs modifications de notre sensibilité des choses existantes par elles-mêmes, et convertit par conséquent de simples représentations en choses en soi.

590, On nous ferait tort si Ton naus attribuait l'idéalisme empirique, décrié depuis si longtemps, et qui, tout en admettant la réalité propre de l'espace, y nie l'existence des êtres étendus, au moins la trouve douteuse, et n'admet aucune différence suffisamment probable ici entre le rêve et la vérité. Quant à ce qui concerne les phénomènes du sens intime dans le temps, phénomènes qu'il considère comme des choses réelles, il n'y trouve aucune difficulté : il affirme même que cette expérience interne démontre à elle seule, et de Tunique manière satisfaisante, l'existence réelle de son objet (en lui-même) avec toute cette détermination de temps.

591. Notre idéalisme franscendantal accorde, au contraire, que les objets de l'intuition extérieure existent réellement comme ils sont perçus dans l'espace, et tous les changements dans le temps comme le représente le sens intime. Car l'espace étant une formé de cette intuition que nous nommons intuitioji extérieure, et puisque, sans objets dans l'espace, il n'y aurait aucune représentation empirique ; nous pouvons et nous de-

(4) Je l'ai quelquefois appelé idéalisme formel, pour le distinguer de l'idéalisme matériel, c'est-à-dire de l'idéalisme ordinaire, qui doute de Fexistenee des choses extérieures mêmes ou la nie^ Dans plusieurs cas, il parait convenable de se servir* plutôt de ces dernières expressions que des premières, pour éviter toute équivoque. : Cette note n'étaU pas dans la première édition. —T.

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vtms y admettre des êtres étendus comme réels. Il en est de même du temps. Mais cet espace même , ainsi que le temps , et tous les phénomènes avec eux , ne sont pas cependant des choses en soi; ce sont au contraire de pures représentations qui ne peuvent absolu^ ment pas exister hors de notre esprit. L'intuition interne et sensible de notre esprit (comme objet de la conscience), dont la détermination est représentée par la succession de différents états dans le temps, n'est paa non plus le même propre, tel qu'il existe en soi, ou le sujet transcendantal , mais seulement un phénomène donné à la sensibilité de cet être inconnu de nous. L'existence de ce phénomène interne, comme d'une chose existante en soi, ne peut être accordée, parce que sa condition est le temps, qui ne peut être la détermination d'aucune chose en soi. Mais dans l'espacé et le temps, la vérité empirique des phénomènes est pleinement garantie, et se distingue suffisamment de l'affinité avec le songe, si ces deux choses s'enchaînent convenablement et universellement dans une expérience, suivant deè lois empirique.

592. Les objets de l'expérience ne sont donc jamais donnés en eux-mêmes, mais seulement dans l'expérience, et n'existent pas hors d'elle. Qu'il puisse y avoir des habitants dans la lune, quoique aucun homme ne les ait jamais perçus, c'est ce qui doit certainement être accordé; mais cela signifie seulement que nous pourrons peut-être, dans le progrès possible de l'expérience, les reconnaître un jour. Car est réel tout ce qui est lié à une perception, suivant les lois du progrès empirique. Les phénomènes sont donc réels, lorsqu'ils sont liés empiriquement h ma conscience réelle, quoiqu'ils ne

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soient pas pour cela réels en eux-mêmes, c ëst-à-dire en dehors de cette progression de l'expérience.

593. Rien de réel ne nous est donné que la perception, et la progression empirique de cette perception à d'autres perceptions possibles. Car, en eux-mêmes, les phénomènes, comme simples représentations, ne sont réels que dans la perception, qui n'est, en fait, que la réalité d'une représentation empirique, c'est-à-dire un phénomène. Avant la perception, appeler un phénomène une chose réelle, c'est dire simplement que nous pouvons rencontrer une telle perception dans le cours de l'expérience, ou cela ne signifie rien- Qu'il existe en lui-même, sans rapport à nos sens et à l'expérience possible, c'est ce qu'on pourrait dire sans doute s'il était question d'une chose en soi. Mais il s'agit simplement ici d'un phénomène dans l'espace et le temps, qui sont non pas des déterminations des choses en ellesmêmes, mais seulement de notre sensibilité. Donc ce qui est en eux (les phénomènes) n'est pas quelque chose en soi ; ce sont de simples représentations, qui, lorsqu'elles ne sont pas données en nous (dans la perception), n'existent nulle part.

594. La faculté intuitive sensible n'est proprement qu'une capacité (réceptivité) d'être affecté d'une certaine manière par des représentations dont le rapport entre elles est une pure intuition de l'espace et , du temps (pures formes de notre sensibilité), et qui„en tant qu'elles sont unies et déterminables dans ce rapport (l'espace et le temps) suivant des lois de l'unité mentale, s'appellent objets. La cause insensible de ces représentations nous est totalement inconnue, et nous ne pouvons, par conséquent, la percevoir comme objet; car un objet de

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cette nature ne pourrait être représenté ni dans l'espace ni dans le temps (comme simples conditions de la représentation sensible), conditions sans lesquelles nous ne pourrions concevoir aucune intuition. Nous pouvons cependant appeler la cause purement intelligible des phénomènes en général, objet transcendantal ; mais uniquement pour avoir quelque chose qui corresponde à la sensibilité comme à une réceptivité. Nous pouvons rapporter à cet objet transcendantal toute circonscription et tout enchaînement de nos perceptions possibles, et dire qu'il est donné en soi avant toute expérience. Mais les phénomènes sont donnés conformément à cet objet, non en eux-mêmes, mais seulement dans cette expérience, parce qu'ils sont de simples représentations qui ne signifient un objet réel que comme perception, à savoir, lorsque cette perception se compose avec toutes les autres, suivant les règles de l'unité expérimentale. On peut donc dire que les choses réelles du temps passé sont données dans l'objet transcendantal de l'expérience; mais elles ne sont pour moi des objets et des réalités dans le temps passé qu'autant que je me représente une série régressive de perceptions possibles (que ce soit suivant le fil de l'histoire ou suivant la liaison des causes et des effets) selon des lois empiriques. En un mot, le cours du monde conduit à une série de temps écoulée comme à une condition du temps présent, lequel n'est cependant représenté alors comme réel que dans l'ensemble d'une expérience possible, et non en lui-même. De telle sorte que tous les événements passés depuis le temps infini qui a précédé mon existence, ne signifient cependant autre chose que la possibilité de prolonger la chaîne de l'expérience, depuis la perception actuelle

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jusque, en remontant, aux conditions qui la déterminent quant au temps.

595. Quand donc je me représente tous les objets existants des sens, dans tous les temps et tous les espaces pris ensemble, je ne les place pas avant l'expérience dans l'un et dans l'autre ; mais cette représentation n'est autre chose, au contraire, que la pensée d'une expérience possible dans sa totalité absolue. En elle seule sont donnés ces objets (qui ne sont que de simples représentations). Mais quand on dit qu'ils existent ayant foute mon expérience, cela signifie seulement qu'ils doivent se rencontrer dans la partie de l'expérience vers laquelle il faut m'avancer, en partant d'abord de la perception du moment. La cause des conditions empiriques de cette progression, par conséquent la question de savoir à quels membres ou jusqu'où je puis aller dans la régression, est transcendantale, et par conséquent à moi nécessairement inconnue. Aussi, ne s'agit-il pas ici de cette cause, mais seulement de la règle de la progression de l'expérience dans laquelle les objets, comme phénomènes, me sont donnés. C'est absolument la même chose quant au résultat, si je dis que, par une progression empirique dans l'espace, je puis atteindre les étoiles qui sont mille fois plus éloignées de moi que les plus distantes que je vois; ou si je dis qu'il peut y en avoir à trouver dans l'espace universel , quoique homme du monde ne les ait jamais perçues ou ne les percevra jamais : car, quand même elles seraient données comme choses en soi, sans rapport à l'expérience possible, ce^pendant elles ne sont encore rien pour moi, par conséquent pas des objets, tant qu'elles ne sont pas contenues . dans la série de la régression empirique. Si, considérés

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à un autre point de vue, ces mêmes phénomènes doivent servir à former l'idée cosmologique d'un tout absolu, et s'il s'agit par conséquent d'une question qui dépasse les bornes de l'expérience possible, alors seulement la distinction de la manière dont on admet la réalité de ces objets des sens est importante pour prévenir l'opinion trompeuse qui doit inévitablement résulter de la fausse interprétation de nos propres concepts empiriques.

SECTION TH

Décision critique du conflit cosmologique de la raison avec elle-même.

59fr. Toute l'antinomie de la raison pure porte su* cet argument dialectique : si le conditionné est donné, la série entière de tontes ses conditions est aussi donnée. Or, des objets des sens nous sont donnés comme conditionnés. Donc... Par ce raisonnement, dont la majeure semble si naturelle et si claire, sont introduites, suivant la diversité des conditions (dans la synthèse des phénomènes), en tant qu'elles constituent une série, autant d'idées cosmologîques qui requièrent la totalité absolue de cette série, et par là même mettent la raison dans une contradiction inévitable avec elle-même. Mais avant de chercher à découvrir la fausseté de cet argument dialectique, nous devons nous y préparer par la rectification et la détermination de certains concepts qui s'y rencontrent.

597. I9 La proposition suivante est claire et sans atocun doute r si le conditionné est donné, par là même une régression dans la série de toutes les conditions du conditionné est aussi donnée; car le concept de condi-

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tionné emporte déjà celui de quelque chose qui est rapporté à une condition. Si cette condition est à son tour conditionnée T elle se rapporte à une condition plus éloignée, et ainsi pour tous les degrés de la série. Cette proposition est donc analytique, et n'a rien à redouter d'une critique transcendantale; elle est un postulat logique de la raison, qui a pour objet de suivre par l'entendement aussi loin que possible, l'union d'un concept avec ses conditions , union qui tient déjà au concept même.

598. 2° Si le conditionné et sa condition sont des choses en soi, alors quand le premier est donné, non seulement il n'y a plus de régression à la condition, mais celle-ci est déjà réellement donnée par là. Et comme on peut en dire autant de tous les membres de la série, la série parfaite des conditions, et, avec elle aussi l'inconditionné, sont donc donnés ou plutôt supposés par le fait même que le conditionné, qui n'était possible que par cette série, est lui-même donné. Ici la synthèse du conditionné avec sa condition est une synthèse du seul entendement, qui représente les choses comme elles sont, sans faire attention si et comment nous pouvons arriver à leur connaissance. S'agit-il au contraire de phénomènes qui ne sont pas donnés comme simples représentations : si je ne parviens pas à leur connaissance (c'est-à-dire à eux-mêmes, car ils ne sont autre chose que des connaissances empiriques), alors je ne puis pas dire dans le même sens que, si le conditionné est donné, toutes ses conditions (comme phénomènes) sogt également données, et je ne puis conséquemment conclure, en aucune façon, la totalité de leur série; car les phénomènes y dans l'appréhension, ne sont

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autre chose qu'une synthèse empirique (dans l'espace el le temps), et ne sont par conséquent pas donnés. Or, il ne suit pas du tout que si le conditionné est donné (clans le phénomène), la synthèse qui forme sa condition empirique soit en même temps donnée et supposée ; cette synthèse n'a lieu que dans la régression et jamais sans elle. Mais on peut bien dire en ce cas qu'un retour aux conditions, c'est-à-dire une synthèse empirique est ordonnée ou réalisée de ce côté, et qu'il est nécessaire qu'il y ait des conditions données par cette régression.

599, D où il est clair que la majeure du raisonnement cosmologique prend le conditionné dans le sens transcendantal d'une catégorie pure, mais que la mineure prend ce conditionné daùs le sens empirique d'un concept intellectuel appliqué à de simples phénomènes. Il y a donc là une de ces illusions dialectiques appelées sophismafigurœ dictionis. Mais cette méprise n'a rien de volontaire; c'est une illusion tout à fait naturelle de la raison commune, en vertu de laquelle nous supposons (dans la majeure) des conditions et leur série comme inaperçues, quand quelque chose est donné comme conditionné ; ce qui n'est que la nécessité logique de prendre des prémisses parfaites pour une conclusion donnée. Et, comme on ne peut trouver aucun ordre de temps dans l'union du conditionné avec sa condition, l'un et l'autre sont supposés en soi comme donnés en même temps. De plus, il n'est pas moins naturel (dans la mineure) de considérer des phénomènes comme des chose? en soi, et par conséquent comme des objets donnés à l'en* tendement pur, ainsi qu'on l'a pratiqué dans la majeure, faisant abstraction de toutes les conditions de l'intuition sous lesquelles seules des objets peuvent être donnés. Mais

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nous avons oublié en* cela une distinction importante entre les concepts. La synthèse du conditionné avec sa condition et la série totale des conditions (dans la ma-< jeure) n'entraînait avec elle aucune circonscription pat le temps, et aucun concept de succession. Au contraire* la synthèse empirique est nécessairement successive, et la série des conditions dans le phénomène (qui est subsumé dans la mineure) n'est donnée dans le temps que consécutivement. Je ne pouvais donc pas supposer ici, comme j'avais pu le faire dans la majeure, la totalité absolue de la synthèse et celle de la série qu'elle représente, parce que là [dans la majeure] tous les membres de la série sont donnés en eux-mêmes (sans condition de temps), et qu'ils ne sont possibles ici [dans la mineure;} que par la régression successive, laquelle n'est donnée qu'autant qu'on l'exécute réellement.

600. Une fois convaincues que Tqrgument donné en faveur des assertions cosmologiques est vicieux, les deux parties contendantes peuvent être avec droit renvoyées comme ne fondant leurs prétentions sur aucun titre valable. Mais leur procès n'est pas encore terminé par lé seul fait qu'elles se seraient persuadées toutes les deux, où l'une d'elles, qu'elles ont tort dans la chose même qu'elles affirment (dans la conclusion), à savoir qu'elles ne peuvent se fonder sur aucune preuve solide. Rien cependant ne semble plus clair que, ^i de deux propo-* sitions, l'une affirme que le monde a un commencement, l'autre que le monde n'a pas de commencement, mais qu'il existe de toute éternité, lune ou l'autre devrait être vraie. Mais s'il en est ainsi, parce que la clarté est égale des deux côtés, il est cependant impossible de jamais trouver mille part de quel côté est la

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raison, ^t le combat durera après comme avant, quoique les parties aient été renvoyées pour leur repos devant le tribunal de la raison. Il ne reste donc aucun antre moyen 1 déjuger le procès définitivement et à la satisfaction des deux parties, puisqu'elles peuvent si bien se réfuter mutuellement, que de se persuader enfin qu'elles se disputent pour rien, et qu'une certaine apparence transeendentale leur a figuré une réalité où il n'y en a aucune. Tel est le moyen d'accommodement que nous allons essayer dans un différend qui ne peut pas être jugé.

601. Zenon d'Élée, subtil dialecticien, est déjà repris vivement par Platon comme un méchant sophiste, de ce que, pour faire preuve d'habileté, il cherchait à démontrer une même proposition par des arguments spécieux, et aussitôt après à la ruiner par d'autres arguments d'égale force. 11 affirmait que Dieu (qui n'était probablement pom* lui que le monde) n'est ni fini ni infini, qu'il n'est ni en mouvement ni en repos, ni semblable ni dissemblable à aucune autre chose. Ceux qui le jugeaient en conséquence pouvaient croire qu'il voulût nier deux propositions contradictoires entre elles; ce qui est absurde. Mais je ne trouve pas qu'on puisse raisonnablement l'en accuser; j'envisagerai bientôt de plus près la première de ces propositions. Pour ce qui regarde les autres, si par le mot Dieu il entendait l'univers, il devait sans doute dire que cet univers n'est ni toujours présent en son lieu (en repos) , et qu'il n'en change pas (qu'il ne se meut pas) , puisque tout lieu n'est que dans l'univers; que, par conséquent, V univers lui-même n est dans aucun lieu. Si l'univers comprend

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tout ce qui existe, il n'est non plus, à ce titre, ni semblable ni dissemblable à rien autre , parce qu'il n'y a aucune autre chose hors de lui à laquelle il puisse être comparé. Si deux jugements opposés entre eux supposent une condition impossible, ils tombent alors tous deux. malgré leur opposition (qui n'est cependant pas, à proprement parler, une contradiction), parce que la condition sous laquelle seule chacune de ces propositions devait valoir tombe elle-même.

602. Si quelqu'un disait que tout corps sent ou bon ou mauvais, il y aurait lieu à un troisième terme, à savoir, qu'il ne sent rien (qu'il s'est éventé); et ainsi deux propositions contraires peuvent être fausses. Mais quand je dis que tout corps sent bon ou qu'il ne sent pas bon (vel suaveolens vel non suaveolens), ce sont là deux jugetnents opposés contradictoirement, et le premier seulement est faux; son opposé contradictoire, à savoir : quelques corps ne sentent pas bon , comprend aussi les corps qui ne sentent rien. Dans la précédente opposition (per disparata) , la condition accidentelle du concept de corps (l'odeur) restait encore malgré le jugement opposé, et par conséquent ce dernier jugement n'était pas l'opposé contradictoire du premier.

603» Quand donc je dis : le monde est, quant à l'espace, ou infini ou pas infini {non est infinitus), alors si la première proposition est fausse, son opposée contradictoire, le monde n'est pas infini, est vraie. Par là je supprimerais seulement un monde infini, sans en poser un autre, un monde fini* Mais si je gisais ; le monde est ou infini ou fini (non infini); les deux propositions pourraient être fausses. Car je considère alors le monde en lui-même, comme déterminé quant à sa grandeur,

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puisque j'enlève dans l'opposition, non seulement l'infinité et avec elle peut-être son existence particulière, mais que de plus j'ajoute une détermination au monde comme à une chose existante par elle-même; ce qui qui peut être également faux si le monde ne devait point être donné comme une chose en soi, par conséquent pas non plus suivant sa. grandeur, ni comme infini, ni comme • fini. Qu'il me soit permis d'appeler cette opposition une opposition dialectique, et celle de contradiction une Opposition analytique. Par conséquent, deux jugements dialectiqueraent contraires peuvent être faux , par la raison que l'un ne contredit pas l'autre, mais qu'il dit quelque chose de plus que ce qui est nécessaire pour établir la contradiction.

604. Si l'on considère les deux propositions : le monde est infini en grandeur, le monde est fini en grandeur, comme opposées contradictoirement, on suppose que le monde (la série entière des phénomènes) est une chose eu soi. Car il demeure, quoique je supprime la régression infinie ou finie dans la série de ses phénomènes. Mais si je fais disparaître cette supposition ou cette apparence transceùdantale, et que je nie que le monde soit une chose en soi, alors l'opposition contradictoire de deux affirmations se change en une opposition purement dialectique. Et comme le monde n'existe point du tout en soi (indépendamment de la série régressive de mes représentations) , alors il n'existe ni comme un tout infini en soi, ni comme un tout fini en soi; il ne se trouve que dans la régression empirique de la série des phénomè-* nés et n'est point donné en soi. C'est pourquoi, si cette série est toujours conditionnée* elle n'est jamais entier renient donnée, et le monde n'est par conséquent pas un

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tout inconditionné ; il n'existe donc pas non plus comme tel avec grandeur soit infinie, soit finie.

605. Ce qui a été dit ici de la première idée cosmo* logique, ou de la totalité absolue de la quantité dans le phénomène, s'applique aussi à toutes les autres. La série des conditions ne se rencontre que dans la synthèse régressive même, mais pas en soi dans le phénomène, comme dans une chose propre donnée avant toute régression. Je devrais donc dire aussi que la multitude des parties dans un phénomène donné n'est en soi ni finie ni infinie, parce que ce phénomène n'est rien désistant par lui-même, et que les parties ne sont données que par la régression de la synthèse décomposante, et dans cette même régression , laquelle n'est jamais absolument donnée entièrement ni comme finie ni comme infinie. Il en est de même de la série des causes subordonnées çntre elles, ou de l'existence conditionnée jusqu'à l'existence absolument nécessaire. Cette série ne peut jamais être considérée en elle-même, quant à sa totalité, ni comme finie, ni comme infinie, parce qu'elle ne consiste, comme série de représentations subordonnées, que dans la régression dynamique, et qu'avant cette régression, et comme série des choses subsistantes par soi, etter ne peut point exister en elle-même.

606. L'antinomie de la raison pure, dans les idées cosmologiques, est donc levée par le fait qu'il est démontré qu'elle est simplement dialectique, et qu'elle est un combat d'une apparence qui résulte de ce que l'idée de la totalité absolue, qui ne vaut que comme une condition des choses ^en elles-mêmes, a été appliquée à des phénomènes qui n'existent absolument que dans la représentation, et lorsqu'ils constituent une série dans

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DIALECTIQUE ÎRÀNSCENDÀNTÀLE. 143

la* régression successive, maïs pas du tout autrement. On peut aussi réciproquement tirer de cette antinomie un véritable profit y pas dogmatique à la vérité, mais cependant critique et doctrinal, celui de démontrer indirectement Tidée transcendantale des phénomènes, si par hasard on n'avait pas été content de la preuve directe dans l'esthétique transcendantale. La nouvelle preuve consisterait dans ce dilemme : si le monde est un tout existant en soi ^ il est ou fini ou infini. Or, le premier cas comme le second est faux (d'après les preuves pré* cédentes de l'antithèse d'un côté, et de la thèse de l'autre) . Par conséquent il est faux aussi que le monde (l'ensemble de tous les phénomènes) soit un tout existant en soi. Car il suit de là que des phénomènes en général ne sont rien en dehors de nos représentations ; ce que nous voulions dire par leur idéalité transcendantale.

607. Cette i^marque est importante. On voit par \h qu# les preuves précédentes de ces antinomies ne sont pas, des subtilités , mais qu'elles étaient fondamentales dans la supposition que les phénomènes, ou un monde sensible qui les comprendrait tous, seraient des choses eu soi. Mais le conflit des propositions qui en résultent fait voir qu'il y a une fausseté dans la supposition, et nous conduit ainsi à une découverte de la véritable propriété des choses, comme objets des sens. La dialecti-* que transcendantale ue favorise donc pas du tout le scepticisme, maïs bien la méthode sceptique, qui peut montrer dans cette dialectique un exemple de sa grande utilité, lorsqu'on rapproche les uns des autres, d'une manière impartiale, les arguments de là raison, arguments qui , tout eh ne nous donnant pas ce que

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non» cherchions, nous donnent cependant toujours quelque chose d'utile et de propre à corriger nos jugements.

SECTION VHI.

Principe régulateur de la raison pore par rapport au idées cosmelogiqœs.

608. Puisque le principe de la totalité cosmologique ne donne aucun maximun de la série des conditions dans un monde sensible comme chose en soi, et que ce maximum ne peut être donné que dans la régression de cette série, ce principe de la raison pure conserve donc, dans sa signification ainsi rectifiée, sa valeur propre, non à titre iïaxiome pour concevoir la totalité dans l'objet comme réelle, mais à titre de problème pour l'entendement, par conséquent pour le sujet; problème qui sert à établir et à, continuer > suivant l'intégralité idéale, la régression dans la série d'un conditionné donné. Car, dans la sensibilité, c'est-à-dire dans l'espace et le temps, toute condition à laquelle nous pouvons arriver dans 1 exposition des phénomènes donnés est à son tour conditionnée, parce que ces phénomènes ne sont pas des objets on soi où puisse en tous cas se trouver absolument r inconditionné, mais des représentations purement empiriques, qui doivent toujours trouver dans l'intuition la condition qui les détermine quant à l'es-» paceet au temps. Le principe de la raison n'est donc proprement qu'une règle qui, dans la série des conditions des phénomènes donnés, présente une régression à laquelle il n'est jamais permis de s'arrêter dans un inconditionné absolu. Il n'est donc pas un principe de la possibilité de l'expérience et de la connaissance

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empirique des objets des sens, par conséquent pas un principe de l'entendement ; car toute expérience est renfermée dans ses limites (en conséquence de l'intuition donnée), non plus qu'un principe constitutif de la raison pour étendre le concept du monde sensible au-delà de toute expérience possible, mais un principe de la progression «t de l'extension la plus grande possible de l'expérience, suivant lequel aucune borne empirique ne peut valoir comme borne absolue ; par conséquent un principe de la raison, lequel, comme règle, postule ce qui doit arriver dans la régression, et n'anticipe pas ce qui est donné en soi dans l'objet avant toute régression. Je l'appelle donc un principe régulateur de la raison, quand au contraire le principe de la totalité absolue de la série des conditions, comme donnée en soi dans un objet (les phénomènes), serait un principe cosmologique constitutif, dont j'ai montré la vanité par cette distinction, en même temps que j'ai voulu empêcher par là qu'on n'attribue, comme il arrive toujours (par subreption transcendantale) si l'on fait différemment, une réalité objective à une idée qui sert supplément de règle, 609. Maintenant, pour déterminer pertinemment le sens de cette règle delà raison pure, il faut remarquer d'abord qu'elle ne peut pas dire ce qu'est l'objet, mais comment il faut établir la régression empirique pour arriver au concept complet de l'objet. Car, si le premier cas avait lieu, elle serait un principe constitutif tel qu'il n'est jamais possible par la raison pure. On ne peut donc pas du tout vouloir dire par là que la série des condi- . tions, pour un conditionné donné, est en soi finie ou infinie. Autrement, une simple idée de la totalité absolue,

qui n'a de fondement qu'en elle-même, penserait un n. . ' 10

146 LOGIQUE TRAKSCENDàNTàLE»

objet qui ne peut être donné dans aucune expérience, puisque tme réalité objective indépendante de la synthèse empirique serait accordée à une série de phénomènes. L'idée rationnelle prescrira donc seulement à la synthèse qui rétrograde dans la série des conditions, une règle suivant laquelle elle s'avance du conditionné^ par le moyen de toutes les conditions subordonnées entre elle$, à l'inconditionné, quoique celui-ci ne doive jamais être atteint. L'absolument inconditionné ne se trouve point dans l'expérience.

610. Il faut donc, à cette fin, commencer par déterminer avec précision la synthèse d'une série, en tant qu'elle n'est jamais complète* On se sert ordinairement, à cet effet, de deux locutions qui doivent distinguer au fond quelque chose, sans qu'on sache cependant bien faire voir la raison de cette distinction. Les mathématiciens parlent seulement d'un progressif in infinitum. Les scrutateurs des concepts (les philosophes) n'emploient, au lieu de cette expression, que celle d'un progressif in indefinitum. Sans m'arrêter à l'examen du scrupule qui a porté ceux-ci à faire cette distinction, ni à l'usage utile ou inutile qui en est fait, je chercherai seulement à déterminer clairement ces concepts par rapport à mon objet.

611. On peut dire avec raison d'une ligne droite qu'il est possible de la prolonger à l'infini ; et ici la distinction de l'infini et d'un prolongement à l'indéfini (progressif ih indefinitum) serait une vainô subtilité. Car, lorsqu'on prolonge une ligne* bien qu'il soit, sans doute plus convenable d'ajouter indéfiniment (in indefinitum) que infiniment (in infinitum), parce que la première .locution signifie seulement que la ligne est continuée aussi loin qu'on veut* tandis que la seconde signifie qu'on ne doit

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DIALBCT1QUB TRÀNSCENBANTALE. 147

jàmai* discontinuer -de la tirer (oé dont il ne s'agit point ici) ; cependant* «'il n'est question que du pouvoir, la première expression est tout à fait juste ; car vous pouvefc toujours à l'infini la rendre plus grande. Il en est de même dans tous les cas où Ton ne parle que du proçteisus, c'est-à-dire du passage de la condition au conditionné; celte continuation possible s'étend, dans la série des phénomènes, à l'infini* Vous pouvez en ligtie descendante d'une génération, avancer sans fin d'un Couple d'aïeux donné, et former ainsi par la pensée une chaîne généalogique qui détende dans le monde ; car ici la raison n'a jamais besoin de la totalité absolue de la série* parce qu'elle la suppose, non comme condition ni Comme donnée {datum), mais seulement comme quelque chose d'inconditionné qui n'est que possible (dabile), et s'accrott sans fin.

612. Il en est tout autrement avec la question: jusqu'où va la régression qui, dans une série, s'élève du conditionné donné vers la condition, et si l'on peut dire qu'elle est une régression a l'infini, ou seulement une rétrogradation qui s'étend indéterminément loin {in indefinitum) ; si, par conséquent en parlant des hommes actuellement vivants, je puis, dans la série de leurs ancêtres, remonter infiniment, ou si l'on peut dire seulement que, si loin que je remonte, je n'aurai jamais de raison empirique pour regarder en quelque point la série comme finie* tellement que je sois autorisé et en même temps obligé de chercher à chaque ancêtre Un âhcêtre antérieur, quoique je ne le soi* pas précisément de le supposer*

613. Je dis doné que, si le font est donné dans l'intuition empirique, la régression, dans la série de tes

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conditions internes, s'étend alors à l'infini ; mais que, si une partie seulement de la série est donnée comme point de départ de la régression vers la totalité absolue, alors il n'y a lieu qu'à une régression indéfinie (m indêfinitum) . II en faut dire autant de la division d'une matière donnée dans ses bornes (d'un corps) : elle s'étend à l'infini. Car cette matière est donnée dans la perception empirique tout entière par conséquent avec toutes ses parties possibles. Puis donc que la condition de ce tout est sa partie, que la condition de celte partie est la partie de la partie, et ainsi de suite, et qu'on ne trouve jamais, dans cette régression de la décomposition, un membre inconditionné (indivisible) de cette série de cpndition&, non seulement la raison empirique de s'arrêter dans la division ne se trouve nulle partf mais encore les menv bres ultérieurs de la division à continuer, sont euxmêmes donnés empiriquement avant cette division progressive; c'est-à-dire que la division s'étend à l'infini. Au contraire, la série des ancêtres d'un homme déterminé n'est donnée dans aucune expérience possible avec sa totalité absolue; mais la régression va cependant de chaque individu de cette génération à un individu pins élevé, tellement qu'on ne peut trouver aucune borné empirique qui présente un individu comme absolument inconditionné. Néanmoins, comme les individus qui pourraient servir ici de condition ne sont pas déjà dans l'intuition empirique du tout avant la régression, alors cette régression ne va pas à l'infini comme dans la division de la chose donnée, mais à l'indéfini dans la recherche de plusieurs individus comme condition des individus donnés; et ceux-là ne sont toujours donnés, à leur tour, que comme conditionnés.

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DIALECTIQUE TRANSCENI1ANTÀLE . 149

614. Dans aucun des deux cas, tant dans celui du regressus in infinitum, que dans celui du regre$sus in indéfini twn, la série des conditions n'est considérée comme infinie dans l'objet donné. Ce ne sont pas des choses qui subsistent par elles-mêmes, mais seulement des phénomènes qui, comme condition les uns des autres, ne sont donnés que dans la régression même. Il ne s'agit donc plus de savoir quelle est en soi la grandeur de la série des conditions, c'est-à-dire si elle est finie ou infinie, car elle n'est rien en elle-même, mais comment nous devons établir la régression empirique, et jusqu'où nous devons la prolonger. Et alors, il faut faire une distinction importante par rapport à la règle de ce prolongement : Si le tout est donné empiriquement, il est possible alors de remonter à l'infini dans la série de ses conditions internes ; mais si ce tout n'est pas donné, et qu'il ne doive l'être que par une régression empirique/on peut seulement dire qu'il est possible à l'infini d'avancer vers les conditions encore plus élevées de la série. Je pouvais dire dans le premier cas : 11 y toujours là plus de membres donnés empiriquement que je n'en atteins parla régression (de la décomposition); dans le deuxième cas : je puis toujours aller plus avant dans la régression, parce qu'aucun anneau n'est donné empiriquement comme absolument inconditionné; et, par le fait, chacun d'eux en admet toujours un autre plus élevé comme possible, et par conséquent la recherche de cet anneau est comme nécessaire. Dans le premier cas, il était nécessaire de trouver toujours un plus grand nombre d'anneaux de la série, mais, dans le second, il est toujours nécessaire que la question s'élève de plus en plus, parce qu'aucune expérience ne la limite absolu-

ISO LOGIQUE TRANSCEND4NTALI.

ment. Car, ou vous n'avei aucune perception qui bopne absolument votre régression empirique, et alors vous ne devez pas tenir votre régression pour complète; ou bien vous ave* Une perception qui limite vQtre série, et «dors cette perception ne peut pas être unç partie de votre série achevée (parce que ce qui hrn$ doit être différent de ce fui m ett borné), et vous devez, par conséquent, pousser aussi plus lois votre régression vers cette condition, et ainsi de suite,

615, La section suivante mettra ces observations sous leur véritable jour en les appliquant,

SECTION IX

De l'usage eu^iriqua du principe régulateur dç la raison par rapport à toutes les Idées cosmologiques.

§16, Puisque, comme nous l'avons montré plu~ sieurs fois, il n'y a aucun usage transceudantal, soit des concepts intellectuels, soit des concepts rationnels, -w la totalité absolue de la série des conditions dans le monde sensible s'appuyant facilement sur un usage trans^ cendantal de la raison, qui exige cette totalité absolue dans ce qu'elle suppose comme chose en soi ; — puis-rque d'un autre côté le monde sensible ne contient rien de tel : il ne peut plus être question désormais de la quantité absolue dès séries en lui, ni par conséquent de savoir si elles peuvent être en elles-mêmes bornées ou illimitées, mais seulement de savoir jusqu'où nous pou** vous remonter dans la régression empirique, dans h régression de l'expérience à ses conditions, pour pç s'en tenir, suivant la règle de la raison, à aucune autre ré-

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DIAI^ÇTIQUE TBUSlNSCÇNDANTALE. iSl

pons0 faite aux questions posées par la raison eH^mêpja, qu'à celle qui est conforme à l'objet.

617. 11 ne nous reste donc que la validité du principe rationnel comme règle de la progression [continuation] et de la quantilé d'une expérience possible, puisque nous en avons suffisammen t prouvé la non-validité comme principe constitutif des phénomènes en eux-mêmes. Aussi, si nous pouvons établir clairement cette validité certaine, le conflit de la raison avec elle-même est com-^ pléteraeQt terminé, puisque, grâce à la solution critique, non seulement l'illusion qui avait engendré la discorde s'évanouit, mais, au lieu de cette discorde, le sens dans lequel la raison s'accorde avec elle-même et dont l'équi^ voque seule occasionait la dispute, est éclairci, et un principe, qui autrement était dialectique, se trouve conw verti en un principe doctrinal. En effet, si ce principe peut être confirmé, quant à son sens subjectif d'apprpprier aux objets sensibles l'usage intellectuel le plu$grao4 possible dans Texpéiience, c'est précisément comme si ce principe déterminait axiomatiquement (ce qui est im* possible par la raison pure) a priori les objets en eu^r mêmes; car sa plu& grande influence, par rapport aux objets de l'expérience, $ur l'extensiop et la rectification de notre connaissance, serait de se montrer actif dans l'usage empirique Je plus étendu de notre entendement.

Solution 4* ndée cosmologique de la totalité 4e la composition des phénomènes d'un univers.

618. Ici, et dans les autres questions cosmologiques, le fondement du principe régulateur de la raison e?t cette proposition : il ne peut y avoir, dans une régression

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empirique, aucune expérience dune limite absolue, par conséquent d'aucune condition qui, comme telle, soit absolument inconditionnée empiriquement. La raison en est qu'une semblable expérience devrait contenir en elle une limitation des phénomènes par rien, ou par le vide, auquel pourrait aboutir la régression continuée au moyen dune perception ; ce qui est impossible.

619. Or, cette proposition qui signifie que, dans la régression empirique, je n'arrive jamais qu'à une condition qui doit elle-même être considérée à son tour comme empiriquement conditionnée , contient cette règle in terminis : quelque loin que je puisse être parvenu de cette manière dans la série ascendante, je dois toujours chercher à connaître un anneau plus élevé de la série, que cet anneau puisse ou ne puisse pas m 'être connu maintenant par l'expérience.

620. Or, pour la solution du premier problème cosmologique, il suffit de décider si, dans la régression à la grandeur inconditionnée de l'univers (suivant le temps et l'espace), cette ascension toujours sans limite peut s'appeler une régression à l'infini ou seulement une ré' gression continuée à l'infini {in indefinitum).

621. La simple représentation générale de la série de tous les états cosmiques passés, de même que celle des choses qui sont en même temps dans l'espace cosmique, n'est qu'une simple régression empirique possible que je conçois, quoique encore indéterminément, et qui peut seule faire naître le concept d'une telle série de conditions de la perception donnée (1). Or, je n'ai

(1) Cette série cosmique ne peut donc être ni plus grande ni plus petite que la régression empirique possible sur laquelle seule repose

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jamais l'univers qu'en concept, et nullement (comme tout) en intuition. Je ne puis donc pas conclure de sa grandeur à la grandeur de la régression, ni déterminer celle-ci d'après celle-là. Je ne puis au contraire me former un concept de la grandeur du monde que par la grandeur de la régression empirique. Mais je ne sais jamais rien de cette régression, si ce n'est que je dois toujours avancer empiriquement de chaque membre donné de la série des conditions à un membre supérieur (plus éloigné). En sorte que la grandeur du tout des phénomènes n'est absolument pas déterminée par là. On ne peut donc pas dire non plus que cette régression aille à l'infini, parce qu'on anticiperait ainsi sur les membres de la série auxquels la régression n'est pas encore parvenue , et qu'on les concevrait en si grand nombre qu'aucune synthèse empirique ne pourrait les comprendre, et qu'ainsi l'on déterminerait la grandeur du monde avant la régression (quoique seulement d'une manière négative) ; ce qui est impossible. Car le monde ne m'est donné par aucune intuition (quant à sa totalité) ; la quantité ne m'en est donc point donnée non plus avant la régression. C'est pourquoi nous ne pouvons absolument rien dire de la grandeur du moùde en elle-même, pas même qu'il y a lieu en elle à une régression à l'infini; nous devons rechercher seulement, suivant la règle qui détermine en lui la régression cosmique, le concept de sa grandeur. Mais cette règle dit

le concept de cette série. Et puisque cette régression ne peut donner aucun infini déterminé, et tout aussi peu un Uni déterminé (absolument borné), il est clair alors que nous ne pouvons supposer la grandeur cosmique ni finie ni infinie, parce que la régression (par laquelle elle est représentée) ne permet ni l'un ni l'autre.

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184 WCUOUP TBAN3CEN»AWTALg.

uniquement que, si loin que nm$ puisses av*ae$r dans la série des conditions empiriques, nous pe devons nulle part admettre des limites absolues; que nous de-* vous subordonner tout phénomène, comme conditionnée à un autre comme à sa condition, et par conséquent arriver encore à celui-ci : ce qui est la régression h Vinr défini, régression qui, ne déterminant dans l'objet au*eune grandeur, est évidemment différente de la régression à rinfirii.

622. Je ne puis donc pas dire : le monde est infini quant au temps passé ou k l'espace. Car un tel concept de grandeur, comme d'une infinité donnée, est empirique, par conséquent absolument impossible aussi par rapport au monde comme objet des sens. Je ne dirai pas*non plus : la régression, en partant d'une perception donnée, pour aller h tout ce qui la limite dans une série, soit dans l'espace, soit dans le temps passé, s'étend à Yinfini; car eeci suppose la grandeur du monde infinie. Je ne dirai pas d'avantage qu'elle est finie, car la limite absolue est également impossible empiriquement. Je ne pourrai donc rien dire de tout l'objet de l'expérience (du monde sensible), mais je pourrai seulement parler de la règle suivant laquelle l'expérience doit être établie et continuée conformément à son objet.

623. Par conséquent, sur la question cosmologique concernant la grandeur du monde, la réponse première et négative est celle-ci : le monde n'a pas de premier commencement dans le temps, ni aucune borne la plus extérieure possible dans l'espace.

624. Autrement, le monde serait borné par le temps vide d'une part, et d'une autre par un espace vide. Or, puisque, comme phénomène, il ne peut pas être ainsi

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DUM6TKWJB THÀNSCEWÀNTÀP:. i$5

«n soi, m d nne manière ni d unç autre, 1# ph&io* mène n'étant rien en soi, il devrait y avoir une péremption possible de la circonscription par un temps absolument vide ou par i'espaçe vide; perception par laquelle les limites du monde seraient données dans une ôxpérieaee possible. Mais une semblable expérience, comme matière absolument vide, est impossible. Une limite absolue du monde est donc empiriquement, et, par conséquent aussi, absolument impossible (t).

625, De là suit précisément aussi la réponse affirmative : la régression dans la série des phénomènes du monde, comme une détermination de la grandeur du monde, est indéfinie, Ce qui veut dire que le monde sensible n'a aucune grandeur absolue, mais que la régression empirique (par laquelle seule il peut être donné du côté de ses conditions) a sa règle à elle propre pour avancer toujours d'un membre de la série, comme de quelque chose de conditionné , à un membre plus éloigné (soit par une expérience personnelle, ou par le fil conducteur de l'histoire, ou par la chaîne des effets et de leurs causes), et pour ne jamais se dispenser d'entendre l'usage empirique possible de son entendement. Ce qui est précisément aussi la propre et unique affaire de la raison avec ses principes.

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