OBSERVATION FINALE
sur la solution des idées mathématiquement transcendantales,
Et AVERTISSEMENT sur la solution des Idées transcendantales dynamiques.
634. En représentant dans une table l'antinomie de la raison pure par toutes les idées trancendantales, en même temps que nous avons fait connaître la cause de ce conflit et l'uniqite moyen de le faire cesser, moyen qui consiste en ce que deux affirmations opposées soient
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expliquées comme fausse*, nous ayons ainsi représenté partout les conditions comme appartenant à leur conditionné suivant des rapports d'espace et de temps ; ce qui est la supposition ordinaire du sens commun, et sur laquelle précisément se fondait aussi tout ce conflit. A cet égard toutes les représentations dialectiques de la totalité dans la série des conditions d'un conditionné donné se sont aussi trouvées partout de même espèce. C'était toujours une série dans laquelle la condition avec le conditionné, comme membres de cette série, étaient réunis et par là de même espèce, puisque alors la régression ne devait jamais être accomplie; si le contraire arrivait , c'est qu'un membre conditionné en soi devait être pris faussement pour le premier r et par conséquent comme inconditionné. L'objet, c'est-à-dire le conditionné, n'était donc pas à la vérité considéré partout simplement quant à la quantité, mais il n'y avait cependant pas d'exception pour la série de ses conditions. De là la difficulté qui ne pouvait être résolue par aucun accommodement, mais seulement par la résection complète du nœud, difficulté qui consistait en ce que la raison montrait à l'entendement l'objet ou trop grand ou trop petit, de telle sorte que l'entendement ne pouvait jamais égaler l'idée de la raison,
635. Mais, à ce sujet, nous n'avons pas parlé d'une distinction essentielle qui domine dans les objets, c'està-dire dans les concepts intellectuels que la raison s'efforce d'ériger en idées, distinction tirée de la division de notre table précédente des catégories, dont deux d'entre elles indiquent une synthèse mathématique des phénomènes, et les deux autres une synthèse dynamique. Jusqu'ici cette omission pouvait très bien avoir lieu ,
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puisque de la même manière que, dans la représentation générale de toutes les idées transcendantales, nous nous en sommes toujours tenu aux seules conditions dans le phénomène; de même aussi dans les deux idées mathématiques transcendantales, nous n'avons eu d'autre objet que celui qui nous était donné dans le phénomène. Mais, maintenant que nous marchons aux concepts dynamiques de l'entendement, en tant qu'ils doivent cadrer avec les, idées de la raison, cette distinction est importante et nous ouvre un aspect entièrement nouveau par rapport au procès dans lequel la raison est engagée, procès qui a été renvoyé précédemment , comme intenté et soutenu par les deux parties sous de fausses suppositions, mais qui peut avoir une issue maintenant, puisqu'il y a peut-être lieu, dans l'antinomie dynamique, à une supposition compatible de ce point de vue avec les prétentions delà raison, et que le juge pourra suppléer au défaut des moyens de droit qu'on avait mal compris de part et d'autre, de façon à pouvoir concilier les deux parties; ce qui était impossible dans le combat que présente l'antinomie mathématique.
636. Les séries des conditions sont assurément toutes de même espèce, en ce sens que l'on voit facilement, en les remontant, si elles sont conformes à l'idée , ou si elles sont trop grandes ou trop petites pour elle. Mais le concept intellectuel qui sert de fondement à ces idées contient, ou simplement une synthèse de l'homogène (qui est supposé dans toute quantité, tant dans la composition que dans la division) , ou bien encore une synthèse de Y hétérogène, qui peut au moins être admis dans la synthèse dynamique, tant celle de l'union causale que celle de l'union du nécessaire avec le contingent.
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637. D'où il arme qu'il n'y a lieu, dans la liaison mathématique des séries phénoménales, qu'à la condition sensible, e'est-è-dire à une condition qui est ellemême une partie de la série; tandis qu'au contraire la série dynamique des conditions sensibles permet encore une condition hétérogène qui n est pas une partie de la série, mais qui, comme purement intelligible, est en dehors de la série, condition au moyen de laquelle pré* cisément la raison est satisfaite, et l'inconditionné préposé aux phénomènes, sans cependant troubler la série de ces derniers comme toujours conditionnée, et sans contredire pour cela les principes de l'entendement.
638. Or, de ce que les idées dynamiques permettent une condition des phénomènes hors de leur série, c'est* à-dire une condition qui n'est pas phénomène, quelque chose arrive qui est totalement distinct de la conséquence de l'antinomie. Celle-ci faisait que deux affirmations dialectiques opposées devaient être regardées comme fausses. Au contraire, l'universellement condi^ tionné des séries dynamiques, qui en est inséparable comme de phénomènes, joint à la condition, à la vérité empiriquement inconditionnée, mais aussi non sensible, satisfait d'une part à X entendement et de l'autre à la raison (J); et, tandis que lès arguments dialectiques, qui cherchaient d'une manière ou de l'autre la totalité in-
(1) Car l'entendement ne permet, parmi des phénomènes, aucune condition qui serait elle-même empiriquement inconditionnée. Mais si la condition intelligible, qui par conséquent n'appartiendrait pas comme membre à la série des phénomènes, peut être conçue comme correspondant à quelque chose de conditionné (dans le phénomène), sans cependant rompre par là le moins du monde la série des condi* lions empiriques, alors ano telle condition pourrait être admise comme empiriquement inconditionnée, de manière que la régression empirique continue n'éprouvât nulle part de solution de continuité.
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conditionnée dans de simples phénomènes, tombent, les propositions rationnelles, prises dans un sens ainsi rectifié, peuvent, au contraire, être toutes deux vraies, ce qui ne peut jamais avoir lieu dans les idées cosmologiques qui concernent Y imité mathématiquement inconditionnée; parce qu'aucune autre condition de la série des phénomènes n'a lieu, dans ces idées, si ce n'est celle qui est elle-même phénomène, et qui, comme telle, Constitue un membre de la série.
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Solution des Idées cosmologiques relatives à la totalité de la dérivation des événements cosmiques de leurs causes.
639. On ne peut concevoir que deux sortes de causalités par rapport à ce qui arrive : ou suivant la, nature, ou par liberté. La première est la liaison d'un état à un état précédent dans le monde sensible, dont l'un suit l'autre d'après une règle? Or, comme la causalité des phénomènes repose sur des conditions de temps, et que l'état précédent, s'il eût toujours été, n'aurait pas produit un effet qui eût un jour paru dans le temps pour la première fois, la causalité de la cause de ce qui arrive ou apparaît a aussi commencé détre, et réclame à son tour une cause suivant le principe intellectuel même.
640. Au contraire, j'entends par liberté, dans l'acception cosmologique, la faculté de commencer par soimême un état, dont par conséquent la causalité n'est pas à son tour soumise, suivant la loi de la nature, à une autre cause qui la détermine q îant au temps. La liberté est, dans ce sens, une idée traascendanlale pure,
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qui d'abord ne renferme rien d'emprunté de l'expérience, et ensuite dont l'objet ne peut non plus être donné déterminément dans aucune expérience, parce que c'est une loi générale, même de la possibilité de l'expérience, que tout ce qui arrive doit avoir une cause; par conséquent aussi, la causalité de la cause, qui elle-même est arrivée, doit avoir à son tour la tienne. Par-là donc tout le champ de l'expérience, aussi loin qu'il puisse s'étendre, est converti en un ensemble de la simple nature. Mais comme, de cette manière, aucune totalité absolue des conditions n'a sa raison dans le rapport de causalité, la raison se fait l'idée d'une spontanéité, qui pourrait d'elle-même commencer à agir, sans qu'une autre cause dût précéder pour la déterminer à agir à son tour suivant la liaison de la loi causale»
641. Il faut surtout remarquer que, sur cette idée transcendantale de la liberté se fonde le concept prati-* que de cette liberté, et qu'elle y devient [dans la liberté] le moment propre des difficultés qui ont jusqu'ici entouré la question de sa possibilité. La liberté pratique est l'indépendance où est l'arbitre de toute coaction par des mobiles (stimulos) de la sensibilité. Car un arbitre est sensible eu tant qu'il est affecté patkùlogiquement (par des causes motrices de la sensibilité) ; il s'appelle animal {arbitrium brutum) quand il peut être nécessité patkotth* giquement. L'arbitre humain est, à la vérité, un arbitrium sensitivum, mais non un arbitrium brutum; c'est un arbitrium liber um, parce que la sensibilité ne rend pas son action nécessaire, mais qu'il y a dans l'homme une faculté de se déterminer par soi-même, indépendamment de la coaction, par des motifs sensibles. ft42. On voit facilement que, si toute causalité était
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simplement naturelle dams le monde sensible, tout été* nement serait déterminé par un autre dans le temps, suivant des lois nécessaires; et, par conséquent, puisque les phénomènes, en tant qu'ils détermineraient l'arbitre, devraient rendre nécessaire toute action comme leur conséquence, la suppression de la liberté transcendantale ferait en même temps disparaître toute liberté pratique. Car celle-ci suppose que quelque chose qui n'est pas arrivé aurait cependant dû arriver, et sa cause, dans le phénomène, n'était par conséquent pas tellement déterminante qu'il n'y eût pas dans notre arbitre une causalité capable de produire, indépendamment de ces eauses physiques et même malgré leur présence et leur influence, quelque chose qui est déterminé chronologiquement selon des lois empiriques, par conséquent une causalité capable de commencer d'une manière entièrement spontanée une série d'événements.
643. Il arrive donc ici ce qui se rencontre en général dans 1© conflit de la raison lorsqu'elle sort des bornes de l'expérience possible, que la question n'est pas proprement physiologique, mais transcendantale. Par conséquent la question de la possibilité de la liberté attaque même la psychologie; mais comme elle repose sur des arguments dialectiques de la seule raison pure, la solution ne concerne que la philosophie transcendantale. Et pour que celle-^ci, qui ne peut refuser à ce sujet une réponse satisfaisante,"soit capable de la donner, je dois d'abord chercher à déterminer plus nettement par une observation la méthode à suivre dans cette question*
644. Si les phénomènes étaient des choses en soi, par conséquent l'espace et le temps des formes de l'existence de ces choses, alors les conditions et le condi-
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tionné feraient toujours partie d'une seule et même série; et de là résulterait aussi, dans ce cas, l'antinomie qui est commune à toutes les idées transcendantales, savoir, que cette série devrait nécessairement se trouver ou trop grande ou trop petite pour l'entendement. Mais les concepts dynamiques rationnels, dont nous nous occupons dans la présente section et dans la suivante, ont cela de particulier, que, ne traitant pas d'un objet conn sidéré comme grandeur ou quantité, mais seulement de son existence, on peut aussi faire abstraction de la quantité de la série des conditions, et envisager en elles le seul rapport dynamique de la condition au conditionné ; de manière que nous rencontrons déjà, dans la question sur la nature et la liberté, la difficulté de savoir si la liberté est seulement possible partout, et si, dans le cas où elle le serait, elle peut subsister avec l'universalité de la loi physique de la causalité; par conséquent si c'est une proposition légitimement disjonctive que celleci : tout effet dans le monde doit résulter ou de la nature ou de la liberté, ou bien si les deux choses n'aur-, raient pas plutôt lieu en même temps, suivant une proportion différente dans un seul et même événement. La vérité de ce principe, concernant l'enchaînement universel de tous les événements du monde sensible suivant des lois naturelles immuables, est déjà fermement établie comme un principe de l'analytique transcendantale, et ne souffre aucune exception. 11 n'est par conséquent plus question que de savoir si, malgré cela, par rapport au même effet qui est déterminé suivant la na*> ture, la liberté peut aussi avoir lieu, ou si celle-ci n'est pas entièrement exclue par cette loi inviolable. Et ici, la supposition, la vérité générale, mais trompeuse, de la
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réalité absolue des phénomènes, montre aussitôt son influence préjudiciable pour confondre la raison. Car si les phénomènes sont des choses eu soi, c'en est fait alors de la liberté; la nature est la cause entière, et en soi suffisamment déterminante/ de tous les événements, et leur condition n'est jamais que dans la série des phénomènes, qui avec leurs effets sont nécessairement soumis à la loi de la nature. Si, au contraire, les phénomènes ne valent que pour ce qu'ils sont en effet, c'est-à-dire non comme des choses en soi, mais comme de simples représentations, qui s'enchaînent suivant des lois empiriques, alors ils doivent eux-mêmes avoir des causes qui ne soient pas des phénomènes. Mais une telle cause intelligible n'est pas déterminée à l'égard de sa causalité par des phénomènes, quoique ses effets apparaissent et puissent ainsi être déterminés par d'autres phénomènes. Elle est donc, avec sa causalité, en dehors de la série. Ses effets, au contraire, se trouvent dans la série des conditions empiriques. L'effet peut donc être considéré comme libre par rapport à sa cause intelligible, tout en étant néanmoins regardé en même temps, par rapport aux phénomènes, comme leur conséquence suivant la nécessité de la nature. Cette distinction, ainsi présentée dune manière générale et purement abstraite, doit sembler très subtile et obscure, mais elle s'éclaircira dans l'application. Nous avons seulement voulu faire remarquer ici que, l'enchaînement universel de tous les phénomènes en un seul contexte de la nature étant une loi nécessaire, toute liberté s'écroulerait infailliblement par l'effet de cette loi, si l'on voulait obstinément s'attacher à la réalité des phénomènes. Par conséquent ceux qui suivent ici l'opinion commune ne
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peuvent jamais parvenir à concilier la nature avec la liberté.