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l'atteindre par aucuns concepts de l'entendement), afin d'apercevoir la raison entière des choses du monde sensible comme si elles avaient leur fondement dans cet être de raison, mais dans le dessein seulement de fonder là-dessus l'unité systématique indispensable à la raison, unité requise de toutes manières pour la connaissance empirique de l'entendement, sans toutefois qu'elle puisse jamais lui être un obstacle.
824. On connaîtrait mal le sens de cette idée, si on la prenait pour l'affirmation ou seulement pour la supposition d'une chose réelle à laquelle on penserait attribuer le principe de la constitution systématique du monde. Il faut au contraire laisser complètement indéterminée la propriété du principe de cette idée, principe qui se soustrait à nos concepts, et se poser une idée pour point de vue, d'où seulement cette unité si nécessaire à la raison et si salutaire à l'entendement puisse s'étendre. En un mot, cette chose transcendantale est simplement le schème de ce principe régulateur par lequel la raison, autant qu'il est en elle, étend l'unité systématique à toute expérience.
825. Le premier objet d'une telle idée, c'est moimême, considéré simplement comme nature pensante (âmé). Si je recherche les propriétés dont un être pensant est doué en lui-même, je dois interroger l'expérience, et je ne puis appliquer à cet objet aucune des catégories, qu'autant que leur schème est donné dans l'intuition sensible. Mais je ne parviens jamais de cette manière à une unité systématique de tous les phénomènes du sens intime. Au lieu donc du concept expérimental (de ce qu'est réellement l'âme), concept qui ne peut pas nous mener loin, la raison prend le concept de
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Funité empirique de toute pensée, et par le fait qu'elle pense cette unité inconditionnée et primitive, elle tire de là un concept rationnel (une idée) d'une substance simple immuable en elle-même (personnellement identique) et qui est en commerce avec les autres choses réelles qui lui sont extérieures, en un mot l'idée d'une intelligence simple subsistant par elle-même. Mais, en cela, elle n'a en vue que des principes de l'unité systématique dans l'explication des phénomènes de l'âme ; savoir, de considérer toutes les déterminations comme appartenant à un sujet unique, toutes les facultés comme dérivées autant que possible d'une seule et unique faculté fondamentale, tout changement comme déterminant un seul et même être constant, et de se représenter tous les phénomènes dans l'espace comme complètement distincts des actes de la pensée. Cette simplicité de la substance, etc., ne devrait être que le schème de ce principe régulateur, loin d'être supposée la cause réelle des propriétés de l'âme. Car ces propriétés peuvent aussi reposer .sur des principes tout différents, mais que nous ne connaissons pas, de la même manière précisément que nous ne pourrions pas proprement connaître l'âme en elle-même par ces prédicats supposés, tout en voulant les faire valoir par rapport à elle, puisqu'ils constituent une simple idée qui ne peut absolument pas être représentée in concreto. Cette idée psychologique ne peut donc être qu'avantageuse, si l'on a l'attention de ne la faire valoir que relativement à l'usage systématique de la raison par rapport aux phénomènes de notre âme. Car lorsqu'aucune des lois empiriques des phénomènes corporels, lois qui sont d'une tout autre espèce, ne se mêlent aux explications des phénomènes du sens intime,
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alors aucune vaine hypothèse sur la génération, la mort, la palingénésie des âmes, etc., n'est permise. Et dès lors cet objet du sens intime est envisagé dans toute sa pureté, sans mélange de propriétés hétérogènes; de plus, l'investigation de la raison tend à ramener autant que possible à un principe unique les raisons d'explication dans ce sujet; résultats qui s'obtiennent très bien, qui ne s'obtiennent même que par un tel schème, considéré domine un être réel. L'idée psychologique ne peut non plus signifier autre chose que le schème d'un concept régulateur. Car si je voulais demander seulement si l'âme n'est pas en elle-même d' une , nature spirituelle, cette question n'aurait alors aucun sens. Par ce concept j'enlève en effet non seulement la nature corporelle, mais encore toute nature, c'est-à-dire tous les prédicats d'une expérience possible, par conséquent toutes les conditions nécessaires pour concevoir un objet à un tel concept; seule chose cependant qui fait que l'on dit que ce concept a un sens.
826. La seconde idée régulatrice de la raison purement spéculative est le concept du. monde en général. Car la nature n'est à proprement parler qu'un seul objet donné, par rapport auquel la raison a besoin de principes régulateurs. Cette nature est de deux espèces, ou pensante ou corporelle. Pour concevoir la nature corporelle, quant à sa possibilité intime, c'est-à-dire pour déterminer l'application des catégories à cette nature, nous n'avons besoin d'aucune idée, c'est-à-dire d'aucune représentation qui dépasse l'expérience. 11 n'en est même aucune de possible par rapport à cette nature, parce qu'ici nous sommés uniquement conduits par l'intuition sensible, et non comme dans le concept psycho-
logique fondamental (moi) , qui comprend a priori une certaine forme de la pensée, savoir, son unité. Il ne nous reste donc, pour la raison pure, que la nature en général, et en elle la plénitude des conditions suivant un certain principe. La totalité absolue des séries de ces conditions, dans la dérivation de ses membres, est une idée qui à la vérité ne peut jamais être réalisée parfaitement dans l'usage même empirique de la raison, mais qui sert cependant de règle pour la manière de procéder dans l'expérience, c'est-à-dire dans l'explication de phénomènes donnés (en rétrogradant ou en avançant). Nous devons faire alors comme si la série en soi était infinie (c'est-à-dire in indefinitum) ; mais dans le cas où la raison même est considérée comme cause déterminante (dans la liberté) , par conséquent dans les principes pratiques, nous devons agir comme si nous avions sous les yeux non un objet des sens, mais un objet de l'entendement pur, où les conditions ne peuvent plus être placées dans la série des phénomènes, mais hors d'elle, et où la série des états peut être considérée comme si elle commençait absolument (par une cause intelligible). Toutes choses qui prouvent que les idées cosmologiques ne sont que des principes régulateurs, et sont très éloignées de donner d'une manière en quelque sorte constitutive une totalité réelle de ces séries. On peut voir le reste en son lieu dans l'antinomie de la raison pure.
827. La troisième idée de la raison pure, qui contient une supposition purement relative d'un être, comme cause suffisante de toutes les séries cosmologiques, est le concept rationnel de Dieu. Nous n'avons pas la moindre raison de poser absolument (de supposer en soi) l'objet de cette idée; car qu'est-ce qui peut nous permettre,
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ou simplement nous excuser soit de croire, soit d'affirmer, d'après le simple concept que nous nous faisons de ce qu'il est en lui-même, un être d'une perfection absolue et comme absolument nécessaire par sa nature, si ce n'est le monde, par rapport auquel seulement la supposition peut être nécessaire? Ce qui fait voir que l'idée de cet être, ainsi que toutes les idées spéculatives, ne signifie autre chose sinon que la raison prescrit de considérer la liaison universelle du monde suivant des principes d'une unité systématique, par conséquent comme m tout procédait d'un seul être embrassant tout, comme cause suprême et suffisante de tout. D'où il est clair que la raison ne peut avoir encore d'autre vue que sa propre règle formelle dans l'extension de son usage empirique, mais jamais une extension au delà de toutes les bornes de l'usage empirique. Cette idée ne cache donc aucun principe constitutif de son usage approprié à une expérience possible.
828. L'unité formelle suprême la plus haute, qui se fonde seulement sur des concepts rationnels, est l'unité finale des choses; l'intérêt spéculatif de la raison nous force à regarder toute disposition régulière dans le monde comme l'effet délibéré d'une raison suprême. Un tel principe ouvre donc à notre raison, appliquée au champ de l'expérience, des aspects tout à fait nouveaux pour lier les choses dans le monde suivant des lois téléologiques, et pour parvenir de cette manière à leur plus grande unité systématique. La supposition d'une intelligence suprême comme cause unique de l'univers, mais tout simplement en idée, peut donc toujours être utile à la raison, sans cependant lui nuire jamais en cela. Car si nous présupposons par rapport à la figura
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de la terre (ronde, cependant quelque peu aplatie) (1), aux montagnes, aux mers, etc„ des vues parfaitement sages d'un créateur, nous pourrons faire de cette manière une foule de découvertes. Si donc nous restons dans cette supposition comme dans un principe purement régulateur, alors Terreur même ne peut nous nuire. Car il ne peut en tous cas s'ensuivre autre chose, si ce n'est de trouver, là où nous attendions un enchaînement téléologique (nexus finalis), un enchaînement purement mécanique ou physique [nexus affectivité) ; et alors nous manquons seulement d'une unité de plus, mais nous n'altérons en rien l'unité rationnelle dans son usage empirique. Ce contretemps ne peut donc atteindre la loi même dans son but général et téléologique. Car quoiqu'un anatomiste puisse être convaincu d'erreur pour affecter quelque organe d'un corps animal à une fin qu'on peut montrer clairement n'en pas résulter, cependant il est absolument impossible de faire voir dans quelques cas donnés qu'une disposition de la nature, quelle qu'elle soit, manque tout à fait de fin. C'est pourquoi la physiologie (des médecins) étend aussi sa connaissance empirique très limitée des fins de la structure d'un corps organique, par un principe que donne la seule raison pure, au point de supposer très hardiment,
(1) L'avantage que procure la Ûgure arrondie de la terre est assez connu, mais peu savent que son aplatissement en forme de sphéroïde empêche à lui seul que les élévations du continent, ou même des plus petites montagnes produites comme par un tremblement de terre, ne dérange sans cesse Taxe de la terre, et même d'une manière considérable en peu de temps, la terre formant sous la ligne une si grande montagne que la secousse de toute autre montagne ne peut jamais la déplacer par rapport à Taxe. Et cependant on n'hésite pas à expliquer cette sage disposition par l'équilibre de la masse terrestre, autrefois fluide.
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et en même temps du consentement de tous les hommes sages, que tout dans l'animal a «on utilité et sa fin convenable; supposition qui, si elle devait être constitutive, irait beaucoup plus loin que ne peuvent le permettre les observations faites jusqu'ici. D'où Ton voit qu'elle n'est qu'un principe régulateur de la raison, pour arriver à l'unité systématique suprême par le moyen de l'idée de la causalité finale dune cause première et suprême du inonde, comme si cette cause, en tant que suprême intelligence, avait tout fait d'après un but souverainement sage.
829. Si nous sortons de cette restriction de l'idée à l'usage purement empirique, la raison se trompe de plusieurs manières, puisqu'alors elle quitte le terrain de l'expérience, qui doit cependant contenir les jalons de son chemin, et s'abandonne au delà de ce terrain à l'incompréhensible et à l'ininvestigable, sur la hauteur duquel elle est nécessairement saisie de vertige, parce qu'elle se voit de là entièrement privée de tout usage d'accord avec l'expérience.
830. Le premier inconvénient qui résulte de l'emploi de l'idée d'un être suprême, non d'une manière simplement régulatrice, mais (ce qui est contraire à la nature d'une idée) constitutivement, est la raison paresseuse {ignava ratio) (1). On peut donc appeler ainsi tout principe qui fait que l'on considère une investiga-
(1) C'est ainsi que les anciens dialecticiens appelaient le paralogisme suivant : Si le destin le veut, tu dois guérir de cette maladie, que tu aies un médecin ou que tu n'en aies pas. Cicéron dit que cette manière de raisonner a été. ainsi appelée, parce que, si on la suit, il n'y a aucun usage à faire de la raison dans la vie; ce qui est la cause pour laquelle j'ai caractérisé de ce nom l'argument sophistique de la raison pure.
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tion de la nature, en quoi que ce soit, comme absolument accomplie, et qui porte par conséquent la raison à demander du repos comme si elle avait achevé son œuvre. C'est pourquoi l'idée psychologique même, quand elle est employée comme un principe constitutif pour l'explication des phénomènes de notre âme, et en conséquence pour étendre notre connaissance sur ce sujet au delà de toute expérience (l'étal de Pâme après la mort), accommode fort la raison sans doute, mais aussi corrompt et ruine de fond en comble tout son usage naturel suivant la direction de l'expérience. C'est ainsi que le spiritualiste dogmatique explique l'unité personnelle constamment subsistante à travers tous les changements, par l'unité de la substance pensante qu'il croit percevoir immédiatement dans le moi ; l'intérêt que nous prenons aux choses qui ne doivent arriver qu'après la mort, par la conscience de la nature immatérielle de notre sujet pensant, etc. Il se débarrasse ainsi de toute recherche naturelle des causes de nos phénomènes internes par des principes d'explication physique, puisqu'une sorte de décision supérieure d'une raison transcendante le porte à négliger au profit de sa commodité, mais au préjudice de ses lumières, les sources immanentes de la connaissance expérimentale. Cette conséquence fâcheuse est encore plus sensible dans le dogmatisme de notre idée d'une intelligence suprême et du système théologique de la nature (théologie physique) auquel le dogmatisme sert faussement de base. Car alors toutes les fins qui se montrent dans la nature, et nous en imaginons souvent dans ce but, servent à nous faciliter beaucoup l'investigation des causes, en ce sens qu'au lieu de les rechercher dans les lois générales du
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mécanisme delà matière, nous en appelons aux desseins impénétrables de la suprême sagesse, et regardons le travail de la raison comme achevé quand nous nous dispensons de l'usage de cette faculté, usage cependant qui ne trouve de fil conducteur qu'où Tordre de la nature et la série des changements opérés suivant des lois internes et plus générales nous le met en mains. Cette erreur peut être évitée, si, — non contents de considérer du point de vue des fins quelques parties seulement de la nature, comme par exemple la division du continent, sa structure, l'espèce et la situation des montagnes, ou bien seulement l'organisation dans le règne végétal et animal, — nous rendons encore tout à fait générale cette unité systématique de la nature, par rapport à l'idée d'une intelligence suprême. Car alors nous établissons en principe une finalité suivant des lois générales de la nature, auxquelles pas un seul arrangement particulier n'échappe, quoiqu'il nous soit plus ou moins facile de le connaître, et nous avons un principe régulateur de l'unité systématique d'une liaison téléologiqtie, mais que nous ne devons pas prédéterminer. Nous devons nous borner en l'attendant, à rechercher la liaison physico-mécanique, suivant des lois générales. Car alors seulement le principe de l'unité finale peut toujours étendre l'usage de la raison par rapport à l'expérience, sans y préjudicier en aucun cas.
831. Le second vice qui résulte de la fausse interprétation du principe de l'unité systématique est celui de la raison renversée (perversa ratio, 8<mpov irp*Ttpov rationis). L'idée de l'unité systématique ne devrait servir que comme principe régulateur pour la chercher suivant des lois naturelles générales dans la liaison des choses,
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et à proportion du chemin que Ton aurait fait dans la découverte sur la voie empirique, pour croire que Ton s'est d'autant plus rapproché de la plénitude de son usage, quoiqu'on ne puisse sans doute; jamais l'atteindre. On fait précisément le contraire en tombant dans le vice dont nous parlons ; on commence par poser la réalité comme fondement hypostatique d'un principe de l'unité finale, et l'on détermine anthropomorphiquement le concept de cette intelligence suprême, parce qu'il est en lui-même inaccessible à l'investigation ; et alors les fins de la nature sont acceptées par force et dictatorialement, quand il est juste cependant de les chercher dans la voie de l'investigation physique. De telle sorte que non seulement la téléologie, qui devrait uniquement servir à suppléer l'unité de la nature, suivant des lois générales, ne sert qu'à la faire disparaître. Mais la raison manque encore par là même son propre but, qui est de prouver par la nature l'existence d'une telle cause intelligente suprême d'après cette fin. Car si l'on ne peut supposer a priori la finalité suprême dans la nature, c'est-àdire comme appartenant à son essence, comment donc serait-on tenu de la rechercher et de s'approcher par son moyen et comme par degrés de la perfection souveraine d'un créateur, comme d'une perfection absolument nécessaire et par conséquent connaissable a priori? Le principe régulateur veut que l'on suppose absolument, et par conséquent comme dérivant de l'essence des choses, l'unité systématique, comme unité naturelle, qui n'est pas connue d'une manière purement empirique , mais qui est supposée a priori, quoique encore indéterminément. Mais si je mets tout d'abord en principe un ordonnateur suprême, c'en est fait de l'unité
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naturelle; car elle est tout à fait étrangère et fortuite dans la nature des choses, et ne peut plus être connue par des lois générales de la nature. Delà un cercle vicieux dans la preuve, puisqu'on suppose ce qui proprement devrait être démontré.
832. Prendre le principe régulateur de l'unité systématique de la nature pour un principe constitutif, et supposer comme cause hypostatique ce qui n'est seulement qu'en idée pour servir de principe à l'usage uniforme de la raison, ce n'est évidemment là que troubler la raison elle-même. L'investigation de la nature va son chemin en suivant tout simplement la chaîne des causes naturelles* d'après les lois générales de la nature, suivant l'idée d'un créateur, il est vrai, non pour faire dériver de ce créateur la finalité qu'elle poursuit partout, mais pour en connaître l'existence par cette finalité qui est cherchée dans l'essence des choses naturelles, et autant que possible même dans l'essence de toutes les choses en général, par conséquent pour la reconnaître comme existence absolument nécessaire. Mais qu'on y réussisse ou non, l'idée reste toujours juste, ainsi que son usage, pourvu qu'il ait été restreint aux conditions d'un principe purement régulateur.
833. La parfaite unité finale est la perfection (considérée absolument). Si nous ne trouvons pas cette perfection dans la nature des choses qui composent tout l'objet de l'expérience, c'est-à-dire de toute notre connaissance objectivement valable, par conséquent dans les lois générales et nécessaires de la nature, comment voudrions-nous en conclure l'idée d'une perfection suprême et absolument nécessaire d'un être primitif qui soit le principe de toute causalité? La plus grande unité systé-
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matique, par conséquent aussi l'unité finale, est l'école et même le fondement de la possibilité du plus grand usage de la raison humaine. Son idée est donc intimement liée à l'essence de notre raison. Cette même idée est donc législatrice pour nous, et il est aussi très naturel de lui supposer une raison législatrice {Intellectus archetypus) de laquelle toute unité systématique de la nature soit dérivée, comme de l'objet de notre raison.
834. Nous avons dit, à l'occasion de l'antinomie de la raison pure, que toutes les questions que cette raison éleva doivent absolument être répondues, et que le prétexte des bornes de notre connaissance, prétexte qui, dans beaucoup de questions physiques, Bst aussi inévitable que juste, ne peut être admis ici, où les questions ne roulent pas sur la nature des choses, mais seulement sur la nature de la raison, sur sa constitution interne. Nous pouvons maintenant confirmer au premier abord cette audacieuse assertion par rapport aux deux questions auxquelles la raison attache le plus grand intérêt, et compléter ainsi notre examen de la Dialectique.
835. Si donc oi* demande (à l'égard d'une théologie trariscendantale) (1), premièrement : s'il y a quelque chose de distinct du monde qui renferme le principe de l'ordre du monde et de sa composition suivant des règles générales , nous répondrons : oui , sans doute* Carie monde est une somme de phénomènes; il faut
(4) Ce que j'ai déjà dit précédemment de l'idée psychologique et de sa destination propre, comme principe pour l'usage simplement régulateur de la raison, me dispense d'être long dans l'exposition de l'illusion transcendantale suivant laquelle cette unité systématique de toute diversité du sens intime est représentée hypostatiquement. La méthode est ici tout à fait semblable à celle que la critique a suivie par rapport à l'idéal théologique.
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donc bien qu'ils aient un principe transcendantal, c'està-dire concevable au seul entendement pur. La seconde question est celle de savoir si cet être est une substance de la plus grande réalité, nécessaire, etc.; je réponds que cette question ri a pas de sens. En effet, toutes les catégories par lesquelles- je cherche à me faire un concept d'un pareil objet n'ont qu'un usage empirique et n'ont absolument pas de sens si elles ne sont pas appliquées à des objets de l'expérience possible, c'est-à-dire au monde sensible. Hors de ce champ, elles ne sont que des titres pour des concepts, titres qu'on peut accorder, mais par lesquels aussi on ne peut rien entendre. La troisième question enfin est ainsi conçue : si nous ne pouvons pas au moins concevoir cet être différent dji monde, suivant une analogie avec les objets de l'expérience? La réponse est : oui, assurément; mais comme objet en idée seulement, et non en réalité; c'est-à-dire, en tant uniquement qu'il est pour nous un substratum inconnu de l'unité systématique, de l'ordre et de la finalité de la constitution du monde, unité dont la raison doit se faire un principe régulateur de son investigation physique. De plus, nous pouvons accorder hardiment dans cette idée, et sans crainte d'être blâmé, certains anthropomorphismes qui sont indispensables à ce principe régulateur. Car ce n'est jamais qu'une Idée, qui ne se rapporte point directement à un être différent du monde, mais au principe régulateur de l'unité systématique du monde, et seulement par le moyen de son schème, ou d'une suprême intelligence qui soit l'auteur du monde suivant ,des fins pleines de sagesse. On n'a pas dû penser par là ce qu'est en soi ce principe primitif de l'unité du monde, mais comment nous devons
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remployer, ou plutôt son idée, relativement à l'usage systématique de la raison à l'égard des choses du monde.
836. Mais, continuera-t-on , pourrons'-nous cependant de cette manière admettre un créateur du monde, unique, sage et tout-puissant? Sans aucun doute; non seulement nous pouvons l'admettre, mais il faut mèrtie le supposer. — *- Mais alors n'étendons-nous pas notre connaissance au delà du champ de l'expérience possible? — Aucunement. Car nous avons seulement supposé un quelque chose dont nous n'avons aucun concept de ce qu'il est en lui-même (un objet purement transcendantai) ; mais par rapport à Tordre systématique «et final de la constitution du monde, ordre que nous devons supposer quand nous étudions la nature, nous n'avons pensé un être à nous inconnu que par analogie avec une intelligence (dont le concept est empirique) ; c'est-à-dire que pous l'avons doté, par rapport aux fins et à la perfection qui se fondent sur un tel être> d'attributs qui, suivant les conditions de notre raison^ peuvent contenir le principe d'une semblable unité systématique. Cette idée est donc entièrement fondée sur Yusage cosmique de &otre raison. Mais si nous voulions lui accorder une valeur absolument objective, nous oublierions alors que c'est simplement un être en idée que nous pensons; et comme nous partirions en ce cas d'un principe indéterminable par la contemplation du monde, nous ne pourrrions pas appliquer convenablement ce principe à l'usage empirique de la raison.
837. Mais, demandera-l-on encore, ne puîs-je pas cependant de cette manière faire usage du concept et de la supposition d'un être suprême dans la contempla* tien rationnelle du monde? — Oui, et c'est 'proprement
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pour cela que cette idée a été fondée par lq, raison. — Mais puis-je donc Considérer comme des fins, des dispositions qui y ressemblent, en les dérivant de la volonté divine, au moyen de dispositions particulières établies à cet effet dans le monde? — Oui, vous le pouvez également; mais de telle sorte qu'il vous soit indifférent que quelqu'un dise que la sagesse divine a tout coordonné à ses fins suprêmes, ou que l'idée de la suprême sagesse est un principe régulateur dans la recherche de la qature, et un principe de son ,unité systématique et finale suivant les lois physiques générales, dans le cas même où nous ne l'observons pas. C'est-à-dire qu'il doit vous être tout à fait indifférent de dire quand vous la percevez: Dieu l'a ainsi, voulu dans sa sagesse, ou bien : la nature l'a ainsi ordonné sagement- Car la plus grande unité systématique, l'unité finale, que votre raison désirait donner pour base à toutes recherches physiques, comme principe régulateur, était précisément ce qui vous autorisait à mettre en principe l'idée. d'une intelligence suprême, comme un schème du principe régulateur; et autant vous trouvez maintenant d'après cela de régularité dans le monde, autant vous trouvez innée la légitimité de votre idée. Mais comme ce principe n'avait d'autre but que de cherbher l'unité naturelle nécessaire, et la plus, grande possible, nous l'attribueronss à la vérité, tant que nous pourrons 1 atteindre, à Fidée d'un être suprême; mais nous ne pourrons, sans nous mettre en contradiction avec nous-mêmes, dépasser les lois générales <le la nature, par rapport auxquelles seules l'idée était établie, pour regarder cette régulaxité,de la nature comme contingente et surnaturelle par rapport à son origine, parce que nous ne sommes pas
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autorisés à admettre au-dessus de la nature un être revêtu de ces propriétés, mais seulement à mettre ridée de cet être en principe, pour les considérer comme unies entre elles systématiquement suivant l'analogie d'une détermination causale des phénomènes.
838. Nous sommes donc aussi autorisés non seulement à concevoir la cause du monde en idée, suivant un anthropomorphisme subtil (sans lequel on n'en pourrait rien penser), à savoir comme un être qui a entendement, plaisir et peine, et en conséquence désir et volonté, mais à lui attribuer une perfection infinie, qui par conséquent surpasse de beaucoup celle à laquelle nous pouvons être conduits par la connaissance empirique de Tordre du monde. Car la loi régulatrice de l'unité systématique veut que nous étudiions la nature, de manière qu'on trouve partout à l'infini unité systématique et finale, malgré la plus grande diversité possible. Car, quoique nous ne découvrions que peu de cette perfection cosmique, il est cependant de la législation de notre raison de la chercher et de la soupçonner partout, et il doit toujours nous être avantageux, et jamais préjudiciable, de réglei suivant ce principe la contemplation de la nature. Mais il est clair aussi, par cette représentation de Tidée fondamentale d'un créateur suprême, que je ne mets pas en principe l'existence et la connaissance d'un tel être, mais seulement son idée; et par conséquent que je ne dérive proprement rien de cet être, mais simplement de son idée, c'est-à-dire de la nature des choses du mondç, suivant une telle idée. Aussi une certaine coascience, quoique inexpliquée ou enveloppée, du légitime usage de notre concept rationnel, semble avoir fait tenir aux philosophes de tous les temps un il 20
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langage modeste et raisonnable, lorsqu'ils présentent la sagesse et la providence de la nature et de la sagesse divine, comme des locutions synonymes, et qu'ils préfère»! même la première locution quand il s'agit seulement de la raison spéculative, parce qu'elle empêche la prétention d'affirmer plus que nous ne devons, et réduit en même temps la raison à son propre champ T la nature.
839. Ainsi la raison pure, qui ne semblait nous pit>mettre d'abord rien de moins que l'extension des connaissances au delà de toutes les bornes de l'expérience, si nous la comprenons bien, ne contient que des principes régulateurs; principes ijui, à la vérité, prescrivent une unité plus grande que celle que l'usage empirique de l'entendement peut atteindre, mais qui, par cela même qu'ils placent si loin la borne de l'approximation de cet usage, élèvent son accord avec lui-même, par l'unité systématique, au plus haut degré ; tandis que si on les entend mal, et si on les prend pour des principes constitutifs de connaissances transcendantes, par une apparence a la vérité brillante mais illusoire, une opinion et une prétendue science produisent alors des contradictions et des disputes éternelles.
840. Ainsi toute connaissance bumame commence avec des intuitions, d'où elle s'élève à des concepts et aboutit à des idées. Quoiqu'elle ait, par rapport à ces trois éléments, des sources de connaissance a priori, qui, au premier aspect, semblent dédaigner les bornes de toute expérience, une critique complète persuade ce*-
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pendant que toute raison dans l'usage spéculatif ne peut jamais, avec ses éléments, dépasser le champ dp l'expérience possible, et que la destination propre de cette faculté suprême de connaître est de ne se servir de toutes les méthodes et des princijtes de ces méthodes, que pour, poursuive la nature jusque dans ce qu'elle a de plus intime suivant tous les principes possibles de l' unité y doiit le principal est celui des fins; mais jamais pour sortir des limites de la nature, hors desquelles nous ne trouvons que l'espace vide. A la vérité, l'examen critique de toutes les propositions qui peuvent étendre notre connaissance au delà de l'expérience réelle nous persuade suffisamment, dans l'Analytique transcendantale, qu'elles ne peuvent jamais conduire qu'à une expérience* possible; et si l'on ne se défiait pas des théorèmes abstraits et généraux les plus clairs, quand des perspectives attrayantes et trompeuses ne nous portent pas à rejeter la force de ces théorèmes, assurément nous aurions pu être dispensés d'interroger péniblement tous les témoins dialectiques qu'une raison transcendantale appelle au secours de ses prétentions; car nous savions déjà, et d'une science certaine, que tous ses prétextes, peut-être sincères, devaient être tout à fait inutiles, puisqu'il s'agissait d'une connaissance qui ne saurait être le partage de personne. Mais cependant, comme il n'y a pas de fin aux paroles si Ton ne fait voir la véritable cause de l'apparence par laquelle la raison, même la plus subtile, peut être surprise, et comme la résolution de toute notre connaissance transcendante en tous ses éléments (comme étude de notre nature intérieure) n'est pas de peu de prix en elle-même; c'est un devoir pour le philosophe, et non simplement une nécessité, d'exa-
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miner avec détail toute cette œuvre, si vaine quelle soit, de la raison spéculative, jusque dans ses premières sources. Mais comme^ l'apparence dialectique est illusoire et attrayante, non seulement quant au jugement, mais encore quant à l'intérêt que l'on prend ici au jugement, et qu'elle est et sera sans doute toujours naturelle, il était prudent de rédiger pour ainsi dire les actes de ce procès, et de les déposer dans les archives de la raison humaine, afin d'éviter de semblables erreurs à l'avenir.
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841 . Si je considère l'ensemble de toute connaissance de la raison pure et spéculative comme un édifice çbnt nous ayons au moins l'idée, je puis dire que notas ai avons énuméré et déterminé, dans la science élémentaire transcerïdantale, les matériaux, quel que puisse être cet édifice, et quelles qu'en soient la hauteur et la solidité. Sans doute il est arrivé, quoique nous eussions dans l'esprit une tour qui devait s'élever jusqu'au ciel, qu'il ne s'est trouvé de matériaux que pour construire une habitation justement assez spacieuse et assez élevée pour y vaquer à nos travaux sur la plaine de l'expérience. Cette entreprise hardie a donc dû échouer faute de matériaux, sans même avoir égard à la confusion qui devait inévitablement diviser les travailleurs sur le plan à suivre, et les disperser par tout le monde, pour qu'ils bâtissent chacun en particulier suivant son dessein. Maintenant, il s'agit bien moins des matériaux que du plan; et quoique nous soyons avertis de ne pas le hasarder sur un dessin arbitraire et aveugle, qui pourrait
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peut-être dépasser toutes nos ressources, nous ne poutons cependant pas renoncer à nous élever une demeure solide, sauf à en faire le devis en conséquence des matériaux qui nous sont donnés, et de nos besoins en même temps.
842. J'entends donc par méthodologie transcendantale la détermination des conditions formelles d'un système complet de la raison pure. Ea sorte que nous avons à nous occuper d'une discipline, d'un canon, d'une architectonique, enfin d'une histoire de la raison pure ; et nous ferons, au point de vue transcendantal, ce que l'on tente dans les écoles sous le nom de logique pratique, par rapport à l'usage de l'entendement en général, mais qu'on exécute mal. En effet la logique générale n'étant restreinte à aucune espèce particulière de Connaissance intellectuelle (v. g., à la connaissance intellectuelle pure) , n'étant pas non plus restreinte à certains objets, elle ne peut faire, à moins qu'elle n'emprunte dés connaissances d'autres sciences, que de proposer des titres aux méthodes possibles, et des expressions techniques dont nous nous servons par rapport à ce qu'il y a de systématique dans les différentes sciences, expressions qui apprennent d'avance à l'élève des noms dont il ne doit que plus tard connaître la signification et l'usage.