La seconde question est purement pratiqué
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Comme telle, elle peut très bien appartenir à la raison pure ; toutefois elle n'est pas alors transeendantale, mais morale ; elle ne peut par conséquent pas d'elle-même être la matière de notre critique.
953. Enfin la troisième question, savoir : en faisant ce que je dois, que puis-je espérer î est tout à la fois théorique et pratique; de telle sorte que la pratique conduit, comme un fil directeur seulement, à la réponse de la question théorique, et quand celle-ci s'élève, la pratique mène à la solution de la question spéculative. Car toute espérance tend au bonheur, et la loi morale est la même chose que le savoir et la loi physique par rapport h ia connaissance théorique des choses. L'espérance revient en dernière analyse à la conclusion qu'il y a quelque chose (qui détermine le dernier but possible), parce que quelque chose doit arriver ; le savoir revient à conclure qu'il y a quelque chose (qui agit comme cause suprême), parce que quelque chose arrive.
954. Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant exiènsivement, quant à leur variété, qu'intensivement, suivant le degré, comme aussi protensivement, quant à la durée). J'appelle pragmatique (règle de prudence), la loi pratique qui a son mobile dans le bonheur; mais j'appelle morale (loi des mœurs), celle < qui n'a pour principe moteur que le mérite dêtre heureux. La première dit ce qu'il faut faire si nous voulons participer au bonheur, la seconde commande ce que nous devons faire pour mériter d'être heureux. La première se fonde sur des principes empiriques ; car je ne puis savoir que par le moyen de l'expérience qu'elles sont les inclinations qui doivent être satisfaites, et quels sont les moyens physiques qui peuvent opérer celte
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satisfaction. La seconde fait abstraction des inclinations ainsi que des moyens naturels de les satisfaire, et considère seulement la liberté d'un être raisonnable en général, et les conditions nécessaires sous lesquelles elle peut être mise en harmonie, suivant des principes, avec la distribution de la félicité ; elle peut par conséquent reposer au moins sur de simples idées de la raison pun\ et être connue a priori.
955. Je mets en fait qu'il n'y a réellement que des lois morales pures qui déterminent parfaitement (sans égard à des mobiles empiriques, c'est-à-dire à la félicité) le faire et l'omettre, c'est-à-dire l'usage de la liberté d'un être raisonnable en général, et que ces lois ordonnent absolument (non d'une manière purement hypothétique, sous la supposition d autres fins empiriques), et par conséquent sont nécessaires sous tous les rapports. Je puis préposer avec droit cette proposition, non seulement en m'appuyant sur les preuves des moralistes les plus célèbres, mais encore sur le jugement moral de tout homme qui veut concevoir clairement une telle loi. '
956. La raison pure contient doncr non pas à la vérité dans son usage spéculatif, mais bien dans un certain usage pratique, savoir, l'usage moral des principes de la possibilité de l'expérience, c'est-à-dire des principes des actions qui pourraient, dans l'histoire de l'humanité, se trouver d'accord avec les préceptes moraux; car, puisqu'ils portent que ces actions doivent se faire, il faut aussi qu'elles soient possibles. Par conséquent une espèce particulière d'unité systématique, l'unité morale, doit être possible, tandis que l'unité systématique de la nature ne peut être démontrée par des principes spécu*-
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latîfs de ta raison. La cause de cette différence, c'est que la raison a causaKté par rapport à la liberté en général, mais non par rapport à toute la nature, et que lesprineipes moraux de la raison peuvent produire des actions libres, mais non des lois physiques. Les principes de la raison pure qnt donc un réalité objective dans leur usage pratique, principalement dans l'usage moral.
957. J'appelle le monde, en tant qu'il serait couforrae à toutes les lois morales (ce qu'il peut êfre quant à la liberté des être raisonnables, et ce qu!il doit être quant aux lois nécessaires de la moralité), \jlu monde moral. Ce monde est conçu simplement comme monde intelligible, parce qu'on y fait abstraction de toutes les conditions (fins) de la moralité et même de tous les obstacles qu'elle peut y rencontrer (la faiblesse ou la corruption de la nature humaine). :Ce monde n'est donc qu'une simple idée, mais cependant une idée pratique, qui peut et doit avoir une influence réelle sur le monde sensible, pour rendre autant que possible celui-ci conforme à cette idée. L'idée d'un monde moral a donc une réalité objective, non comme s'il se rapportait à un objet d'une intuition intelligible (que nous ne pouvons concevoir), mais au monde sensible, eomme objet de la raison pure dans son usage pratique, et au corpus mystkum des êtres* raisonnables^qui l'habitent, en tant que leur libre arbitre a en soi une unité systématique universelle 'et subordonnée à des lois morales, tant avec lui-même qu'avec la liberté de chacun.
958* La réponse à la première des deux questions de la raison pure concernant l'intérêt pratique a été celleci : fais ce qui te rendra digne d'être keureup. Maintenant la seconde question est ainsi conçue : comment,- si je
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me comporte de telle sorte que je ne sois pas indigne dn bonheur, m'est-il permis d espérer de pouvoir y participer? Il s'agit de savoir, pour répondre à cette question, si les principes de la raison pure, qui prescrivent la loi a priori, y rattachent aussi nécessairement celte espérance.
959. Je dis donc que, de môme que les principes moraux sont nécessaires suivant la raison dans son usage pratique, il est pareillement nécessaire d'admettre suivant, la raison, dans son usage théorique, que tout homme a lieu d'espérer le bonheur dans la même proportion qu'il s'en est rendu digne par sa conduite, et quç par conséquent le système de la moralité est étroitement lié, mais seulement dans l'idée de la raison pure, avec le système du bonheur.
960. Or, dans un monde intelligible, c'est-à-dire dans le monde moral, dans le concept duquel nous faisons abstraction de tous les obstacles à la moralité (des inclinations), un tel système de félicité, proportionnellement lié avec la moralité, peut être conçu, même comime nécessaire, parce que la liberté, en partie excitée, en partie retenue par les lois morales, serait elle-même la cause de la félicité générale. Par conséquent les êtres raisonnables eux-mêmes, sous la direction de ces principes, seraient auteurs de leur bien-être constant, et en même temps de celui des autres. Mais ce système d'une vertu qui est à elle-même sa propre récompense n'est qu'une idée dont l'exécution repose sur la condition que chàcun fasse ce qu'il doit, c'est-à-dire que toutes les actions des êtres raisonnables s'opèrent comme si elles résultaient d'une volonté suprême qui renfermât en elle tous les arbitres privés. Mais l'obligation de la loi morale
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étant valable pour tout usage particulier de la liberté, quoique d autres ne se conduisent pas conformément à cette loi, alors ni la nature des choses du monde, ni la causalité des actions mêmes et de leur rapport à la moralité, ne déterminent la manière dont leurs conséquences se rapportent au bonheur, et l'union nécessaire dont il a été question, celle de l'espérance d'être heureux avec la tendance infatigable à se rendre digne du bonheur, ne peut être connue par la raison, si Ton met en principe la nature seule : on ne peut au, contraire J'espérer qu'en admettant une raison suprême, qui ordonne suivant les lois morales en même temps qu'on la reconnaît comqie cause do la nature.
961 . J'appelle idéal du souverain bien l'idée d'une pareille intelligence dans laquelle une volonté morale parfaite est unie à la souveraine béatitude, et qui est la cause de toute félicité dans le moncfce, en tant que cette félicité est en rapport étroit avec la moralité (comme mérite d'être heureux)* Ce n'est donc que dans l'idéal du bien suprême originel que la raison peut trouver le fondement de l'union pratiquement nécessaire des deux éléments du souverain bien dérivé, savoir, d'un monde intelligible ou moral. Mais, puisque nous devons nécessairement nous concevoir nous-mêmes par la raison comme appartenant à un tel monde, bien que les sens ne nous présentent que comme un monde de phénomènes, nous devrons donc admettre ce premier monde comme un monde futur pour nous, dans lequel nous recueillerons le fruit de nos œuvres dans celui-ci, où nous ne voyons point cette liaison. Par conséquent Dieu et ijine vie à venir sont, suivant des principes de la raison, deux suppositions inséparables de l'obligation que nous mpose cette même raison.
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962. La moralité en elle-nàême constitue un système; mais il û'en est pas de même du bonheur, à moins qu'il ne soit distribué proportionnellement à la vertu. Cette distinction n'est possible que dans un monde intelligible sous un créateur et un régulateur sage. Nous sommes forcés par la raison d'admettre ce créateur, ainsi que la vie dans un monde que nous devons considérer comme à venir, à moins de regarder les lois morales comme de vaines chimères, parce que leur conséquence nécessaire, que la raison elle-même y rattache, s'évaûouirait forcément sans cette supposition. C'est ce qui fait aussi que chacun regarde les lois morales comme des préceptes ; ce qu'elles ne pourraient être cependant, si elles n'avaient a priori des conséquences d'accord avec leurs règles, et si elles ne renfermaient par conséquent pas des promesses et des menaces. Mais, d'un autre ôôté, cela ne pourrait être, si ces lois n'étaient pas dans un être nécessaire comme souverain bien, lequel peut seul rendre possible une telle unité proportionnelle.
963. Leibniz a appelé le monde, en tant qu'on n'y fait attention qu'aux êtres raisonnables et à leur accord suivant des lois morales sous le règne du souverain bien, le royaume de la grâce, et l'a distingué du royaume de la nature, où ces êtres sont à la vérité soumis aux lois morales, mais n'atteûdent aucune autre conséquence de leur conduite que celles qui résultent du cours de la nature de notre monde sensible. C'est donc une idée pratiquement nécessaire, de se considérer dans le royaume de la grâce, où tout bonheur nous attend, à moins que nous ne restreignions nous-mêmes notre part de félicité, en nous rendant indignes d'être heureux*