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blables concepts. Mais, si cette unité finale est nécessaire, et fondée sur la nature de l'arbitre môme, cet arbitre, qui contient la condition de l'application de cette unité in concreto, doit être également nécessaire. En sorte que cet accroissement transcendantal de notre connaissance rationnelle ne serait pas la cause, mais simplement l'effet de la finalité pratique que nous enseigne la raison pure.
971. Aussi trouvons-nous dans l'histoire de la raison humaine, qu'avant que les concepts moraux eussent été suffisamment épurés et déterminés, avant que l'unité systématique des fins eût été considérée d'après ces mêmes concepts, et mêmç au point de vue de principes nécessaires, la connaissance de la nature n'avait pu produire que des concepts grossiers et vagues de la Divinité ; la raison cultivée à un haut degré, dans plusieurs autres sciences, était même restée dans une indifférence étonnante par rapport à cette question. La loi morale infiniment pure de notre religion, en nous obligeant à faire un grand travail sur les idées morales, a donné plus de prise h la raison sur cet objet, par l'intérêt qu'elle forçait d'y prendre, et sans que des connaissances physiques étendues, ni des vues transGei^dantales vraies et certaines y aient contribué. De pareilles vnes ont manqué dans tous les temps. Ces idées morales produisirent donc presque à elles seules un concept de la nature divine, que nous croyoûs juste maintenant, non parce que la raison spéculative nous le persuade, mais parce qu'il est parfaitement d'accord avec les principes moraux de la raison. C'est ainsi enfin qu'à la seule raison pure, mais seulement dans l'usage pralique, revient cependant l'honneur de rattacher à notre intérêt suprême une con-
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naissance que la seule spéculation peut imaginer, mais non faire valoir, et de la convertir par là, sinon en dogme démontré, du moins en une hypothèse absolument nécessaire pour ses fins les plus essentielles.
972, Mais quand la raison pratique est parvenue à ce point élevé, savoir, au concept d'un être primitif unique, comme souverain bien, elle n'a pas le droit, comme si elle était au-dessus de toutes les conditions empiriques de son application et qu'elle fût parvenue à la connaissance immédiate de nouveaux objets, elle n'a pas le droit, dis-je, de partir de ce concept et d'en dériver les lois morales mêmes. Car elles sont précisément ce dont la nécessité pratique interne nous conduit à la supposition d'une cause subsistant par elle-même, ou d'un sage régulateur du monde pour rendre ses lois efficaces ; nous ne pouvons donc pas les regarder par rapport à cet être comme fortuites et dérivées de sa simple volonté, surtout d'une volonté dont nous n'aurions aucun concept si nous ne nous l'étions fait conformément à ces lois. Si loin que la raison pratique ait droit de nous conduire, nous ne tiendrons jamais des actions pour obligatoires par cela seul qu'elles sont des ordres de Dieu; elles nous paraissent au contraire des ordres de Dieu parce que nous y sommes tenus intérieurement. Nous étudierons la liberté sous la condition de l'unité finale, suivant des principes rationnels, et nous ne la croirons d'accord avec la volonté divine qu'autant que nous tiendrons pour sainte la loi morale que la raison même nous enseigne par la nature des actions, et nous ne croirons nous conformera cette volonté qu'en nous rendant; nous et les autres, les meilleurs possibles. La théologie morale p'est donc que d'uii; usagé immanent, à savoir,
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pour accomplir notre destinée en ce monde, en nous mettant d'accord avec le système de toutes les fins, et non pour abandonner mystiquement et témérairement le fil conducteur dune raison morale législative dans un bon mouvement de la vie, afin de le rattacher immédiatement à l'idée de l'être suprême; ce qui donnerait un usage transcendantal de la raison, usage qui, comme celui de la raison spéculative, doit en pervertir et rendre vaines les dernières fins.
SECTION III
De l'opinion, de la science et de la foi.
973. La croyance Fùrwahrhalten) est un fait, un événement intellectuel qui peut reposer sur des raisons objectives, mais qui requiert aussi des causes subjectives dans l'esprit de celui qui juge. Si la croyance est valable pour tout le monde, en tant qu'elle n'est pour chacun que la raison, son principe est alors objectivement suffisant^ et la croyance s'appelle conviction. Si la croyance n'a sa raison que dans la qualité particulière du sujet, on l'appelle alors persuasion.
974. La persuasion est une simple apparence, puisque la cause du jugement, quoique purement subjective, est réputée objective.. Un semblable jugement n'a donc aussi qu'une valeur individuelle, et la croyance n'est pas cotamunicable. Mais là vérité repose sur la convenance avec l'objet par rapport auquel les jugements de chaque esprit doivent en conséquence se trouver d'accord entre eux {consentientia uni tertio consentiunt inter se). La pierre de touche extérieure de la croyance, pour
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savoir «i c'est une conviction ou simplement une persuasion, est donc la possibilité d'être communiquée et d'être trouvée valable par la raison de tout homme ; car il est au moins présumable alors que la cause de tous les jugements, malgré la diversité des sujets entre eux, doit reposer sur une base commune, à savoir l'objet avec lequel par conséquent tous s'accordent et prouvent par là même la vérité du jugement.
975. La persuasion ne peut donc à la vérité se distinguer subjectivement de la conviction, tant que le sujet n'a devant les yeux la croyance que comme phénomène de son propre esprit. Mais l'expérience que l'on fait sur l'intelligence d'autrui avec les motifs de cette croyance qui sont valables pour nous, afin de savoir si ces motifs produisent sur cette raison étrangère le même effet que sur la nôtre, est cependant un moyen, quoique purement gubjectif, non pas d'opérer la conviction, mais de découvrir la valeur purement personnelle du jugement, c'està-dire de révéler ce qui n'est en lui que simple persuasion.
976. Si, de plus, on peut expliquer les causes subjectives du jugement, que nous prenons pour des raisons objectives, et par conséquent la croyance trompeuse, comme un certain événement dans notre esprit, sans avoir pour cela besoin de la qualité de l'objet, alors on met à nu l'apparence, et l'on n'est plus trompé par elle, quoique nous soyons toujours portés jusqu'à un certain point à l'erreur, si la cause subjective de l'apparence tient à notre nature.
977. Je ne puis rien affirmer, c'est-à-dire rien énoncer comme jugement nécessairement valable pour chacun, que ce qui produit en moi la conviction. Je puis garder
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ma persuasion si je m'y trouve bien, mais je ne puis ni ne dois la faire valoir hors de moi.
978. La croyance ou la valeur subjective du jugement, par rapport à la conviction (qui vaut en même temps objectivement), présente les trois degrés suivants : Y opinion, la foi et \& science. U opinion est une. croyance estimée avec conscience insuffisante, tant subjectivement qu'objectivement. Si la croyance n'est suffisante que subjectivement , et qu'elle soit en même temps regardée comme objectivement insuffisante, alors elle s'appelle foi. Enfin, si la croyance vaut subjectivement et objectivement, elle s'appelle science. La suffisance subjective s'appelle conviction (pour moi-même) ; la suffisance objective, ùertittéde (pour tout le monde). Je ne m'arrêterai pas à expliquer des concepts si faciles à saisir (1).
97 9;. Je n'ai jamais le droit d'opiner, sans savoir au moins quelque chose par le moyen de quoi le jugement purement problématique en soi reçoive une liaison avec la vérité; liaison qui, quoique imparfaite, est cependant plus qu'une fiction arbitraire. De plus, la loi d'une telle liaison doit être certaine. Car si je n'ai, par rapport à cette loi, qu'une opinion encore, iout n'est plus qu'un jeu de l'imagination sans le moindre rapport à la vérité. Il n'est pas permis d'opiner dans les jugements par raison pure. Car ces jugements n'étant point appuyés sur des raisons empiriques, tout au contraire devant être connu a priori où tout est nécessaire, le principe de la liaison exige universalité et nécessité, par /conséquent certitude parfaite; autrement il n'y aurait pas de voie
(i) V. Logique de Kant, introduction. — T.
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ouverte à la vérité. Il est donc absurde d'opiner en ma*thématiques pures; il faut savoir, ou s'abstenir de tout jugement. Il en est de même avec les principes de la morale, puisque Ton fte doit point, sur Ja simple opinion que quelque chose est permis, tenter une action; il faut savoir s'il l?est réellement.
980. Dans Tu sage transcendantal de la raison, opiner est au contraire trop peu ; mais aussi savoir est beaucoup trop. Nous ne pouvons donc pas juger en pareil cas sous le simple rapport spéculatif, parce que des motifs subjectifs de la croyance, comme motifs capables d'opérer la foi, ne méritent aucun assentiment dans les questions spéculatives, puisqu'ils ne peuvent être dispensés de tout secours empirique, ni être communiqués aux autres à mesure égale.
981. Mais en général la croyance théoriquement in-> suffisante ne peut être appelée foi que sous le rapport pratique: Or le but pratique est celui de Y habileté ou de la moralité; le premier pour des fins arbitraires et fortuites, le second pour des fins absolument nécessaires.
982. Quand une fois un but est proposé, les conditions pour l'atteindre sont hypothétiquement nécessai res. La nécessité est subjective, mais néanmoins comparativement suffisante, si je ne sais absolument pas d'autres conditions sous lesquelles le but pourrait être atteint; mais elle est suffisante absolument et pour chacun, si je suis sûr que personne ne peut connaître d'autres conditions qui conduisent au but proposé. Dans le premier cas, ma supposition et la croyance à certaines conditions est une foi purement contingente; dans le second cas, c'est une foi nécessaire. Si le médecin doit faire, quelque chose pour un malade qui est en
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dangerr mais qu'il ne connaisse pas la maladie, il examine les phénomènes, et juge, parce qu'il ne sait rien de mieux, que c'est une phthisie. Sa foi, suivant son propre jugement même, est purement fortuite; un autre aurait peut-être mieux rencontré. J'appelle foi pragmatique, une foi fortuite, mais qui sert de fondement à l'usage réel des moyens pour certaines actions.
983. La pierre de touche ordinaire pour savoir si ce qu'affirme quelqu'un est simplement une persuasion^ ou du moins une conviction subjective, c'est-à-dire une foi ferme, c'est Impart. Souvent il arrive que quelqu'un affirme ce qu'il dit, d'un ton si confiant et si imperturbable qu'il semble avoir déposé toute crainte d'erreur. Un pari cependant l'embarrasse. Quelquefois, à la vérité, il montre assez de persuasion pour qu'on puisse l'estimer un ducat, mais non pas dix. Car il en mettra bien un en jeu, mais s'il s'agit d'en mettre dix, il remarquera à la fin ce qu'il n'avait pas remarqué d'abord, savoir, qu'il est cependant possible qu'il ait tort. Si l'on s'imaginait qu'il s'agit de parier le bonheur de toute la vie, alors noire suffisance diminuerait très sensiblement; alors on serait rempli de crainte, et l'on trouverait enfin que notre foi ne va pas si loin-. La foi pragmatique n'a donc qu'un degré, qui, suivant la différence de l'intérêt qui est enjeu, peut être grand ou petit.
984. Bien que nous ne puissions rien entreprendre par rapport à un objet, et que par conséquent la croyance soit simplement théorique, cependant, comme nous pouvons dans beaucoup de cas imaginer une entreprise pour laquelle nous présumons avoir des raisons suffisantes s'il y avait un moyen de donner de la certitude à l'affaire, alors il y a dans des -jugements purement
théoriques quelque chose d'analogue aux jugements pratiques, à la croyance desquels convient le mot foi et que nous pouvons appeler foi dogmatique [doetrinaleri]. S'il était possible de décider la chose par quelque expérience, je pourrais bien parier toute ma fortune qu'au moins quelqu'une des planètes que nous apercevons est habitée. C'est pourquoi je dis que ce n'est pas simplement une opinion, mais une foi ferme (sur la vérité de laquelle je hasarderais nombre (l'avantages de la viej qu'il y a aussi d'autres mondes habités.
985. Or, nous devons avouer que la doctrine de l'exis* tence de Dieu appartient h la foi dogmatique. Car, quoique par rapport à la connaissance théorique du monde je n'aie rien à établir qui présuppose nécessairement cette pensée comme condition de mon explication des phénomènes cosmiques, et que je sois plutôt obligé de me servir de ma raison comme si tout était simplement physique; cependant l'unité finale est une si grande condition de l'application de la raison à la nature, que je ne puis pas la méconnaître quand l'expérience m'en donne de sifi^j&reux exemples. Mais je ne connais aucune condition #e. cette unité qu'elle me donne pour fil conducteur dans mon investigation de la nature, à moins de supposer qu'une intelligence suprême a tout coordonné suivant des fins très sages. C'est donc une condition d'un dessein à la vérité accessoire, mais cependant pas sans importance (celui d'avoir un fil conducteur dans la recherche de la nature), que de supposer un sage créateur du monde. Le résultat de mes recherches confirme si souvent aussi l'utilité de cette supposition dont rien ne démontre clairement la fausseté, que je dis. beaucoup trop peu quand j'appelle ma croyance une simple opi-
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nion; je puis même aller jusqu'à dire, sous ce rapport théorique, que je crois fermement à un Dieu. Cependant cette foi n'est pas pratique dans le sens strict; elle doit être appelée une foi dogmatique, foi que la théologie de la nature (la théologie physique) doit nécessairement opérer partout. Pour ce qui est de la sagesse divine, si nous réfléchissons aux qualités brillantes dont la nature humaine est dotée, et à là brièveté de la vie, brièveté si peu conforme à cette riche nature, nous aurons aussi une raison suffisante d'une foi dogmatique à la vie future de l'âme humaine*
986. Le mot foi est en pareil cas une expression de modestie sous le rapport objectif; mais il indique en même temps une ferme confiance sous le rapport subjectif. Si je ne voulais appeler ici que du nom d'hypothèse admissible la croyance purement théorique, je donnerais déjà à entendre par là que j'ai un concept plus parfait de la nature d'une cause du monde, et du monde à venir, qiie je ne puis réellement le justifier; car ce que je n'admets même qu'hypothétiquement doit être suffisamment connu de moi, du moins quant à ses propriétés, pour que je ri aie pas besoin d'en examiner le concept, mais seulement Y existence . Le mot foi concerne seulement la direction que me donne une idée, et l'influence subjective qu'elle exerce sur le progrès des actes de ma raison, influence par laquelle je suis retenu dans cette direction, quoique je ne sois pas en état d'en rendre compte sous le rapport spéculatifs x
987. Mais la simple foi dogmatique renferme quelque chose de chancelant; ce qui fait que souvent on s'en sépare par suite de difficultés qui se présentent dans la
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spéculation, quoique toujours à la vérité on y revienne nécessairement.
988. Il en est tout autrement de là foi morale; car il est absolument nécessaire ici que quelque chose soit fait, savoir, que j'obéisse de tous points à la loi morale. Ici, la fin est indispensablement fixée, et toutes mes lumières ne me laissent apercevoir qu'une seule condition possible sous laquelle cette fin soit d'accord avec toutes les autres, et possède ainsi une valeur pratique, savoir qu'il y ait un Dieu et une vie future. Je suis aussi très sûr qu'il n'y a personne qui connaisse d'autres conditions aboutissant à la même unité des fins sous la loi morale. Mais puisque le précepte moral est par conséquent aussi ma maxime (la raison voulant qu'il doive l'être), je croirai inévitablement à l'existence de Dieu et à la vie à venir, et je suis sûr que personne ne peut ébranler cette foi, ^parcè qu'autrement mes principes moraux mêmes, auxquels je ne puis renoncer sans être détestable à mes propres yeux, s'écrouleraient.
989. De cette manière, il nous reste encore assez, même après avoir abandonné toutes les prétentions ambitieuses d'une raison vaguant au delà des bornes de toute expérience, pour avoir lieu d'être contents sous le rapport pratique. A la vérité, personne assurément ne pourra se flatter de savoir qu'il y a un Dieu et une vie à venir; car, s'il le savait, il serait précisément l'homme que je cherche depuis si longtemps. Tout savoir (s'il concerne un objet de la raison pure) peut être communiqué aux autres, et par conséquent je pourrais espérer de voir ma science s'étendre merveilleusement par l'instruction que je recevrais d'un tel homme. Mais non, la convictiomn'est pas ici une certitude logique, c'est une
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certitude morale; et comme elle repose sur des principes subjectifs (le sens moral), je ne puis pas même dire : il est moralement certain qu'il y ait un Dieu, etc.; mais seulement : je suis moralement certain, etc. C'est-à-dire que la foi en un Dieu et en une autre vie est tellement liée à mon sens moral, que je ne cours pas plus risque de la perdre, parce que je ne crains pas plus qu'elle me soit ravie jamais, que je n'appréhende de perdre le sentiment moral lui-même.
990. La seule difficulté qu*il y ait en cela, c'est que cette foi rationnelle se fonde sur la supposition des sentiments moraux. Si nous renoncions à cette Supposition et que nous admissions une foi qui fût indifférente par rapport aux lois morales, la question que propose la raison serait simplement spéculative, et pourrait encore alors* être appuyée de solides raisons , prises de l'analogie, mais non de raisons telles qu'un doute très obstiné dût s'y rendre (1). Dans ces question nul homme n'est affranchi de tout intérêt ; car, à supposer qu'il fût privé de l'intérêt moral par défaut de bons sentiments, il lui en resterait encore* assez pour lui faire craindre l'existence de Dieu et une vie à venir. Il suffit pour cela qu'au moins il ne puisse pas acquérir la certitude qu'il n'y a aucun ètve de cette nature, ni aucune vie à venir; certitude qu'il ne peut acquérir, en effet, à
(i) L'esprit humain prend (comme je crois qu'il arrive nécessairement dans tout être raisonnable) un intérêt naturel à la moralité, quoique cet intérêt ne soit ni indivisible ni pratiquement prépondérant. Affermissez et augmentez cet intérêt, et vous trouverez la raison tout à fait docile et assez sage pour unir à l'intérêt pratique l'intérêt spéculatif. Mais si au contraire votre premier, ojj du moins, votre second soin n'est pas de rendre les hommes bons, vous ne les rendrez jamais sincèrement croyants.
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moins de prouver l'impossibilité de ces deux choses ; ce qui devrait être prouvé par la raison seule, et par conséquent apodictiquement. Or, cette preuve, aucun homme raisonnable ne peut assurément l'entreprendre. Ce serait donc là une foi négative, qui n'engendrerait pasr il est vrai, moralité et bons sentiments, mais cependant quelque chose d'analogue, en ce sens qu'elle pourrait contenir les méehants.
991. Mais, dira-t-on, est-ce là toute l'œuvre de la raison, quand elle s'étend au delà dçs bornes de l'expérience? N'a-t-elle donc que ces deux articles de foi? Le sens commun en aurait pu faire autant, sans avoir besoin de consulter là-dessus les philosophes !
9£2. Je ne rapporterai pas ici les services que la phirlosophie a rendus à la raison humaine, par la recherche pénible de sa critique, quoique ces services dussent se trouver par Je fait purement négatifs; ce dont il sera encore question dans le chapitre suivant. Mais exigez-vous donc qu'une connaissance qui, aux yeux de tous les hommes, surpasse le sens commun, doive vous être découverte par les .philosophes seuls ? Ce reproche est la meilleure preuve de la vérité de ce que nous avons dit jusqu'ici, puisqu'il fait voir ce que l'on n'aurait pas pu prévoir dans le principe, savoir, que la nature, dans ce qui intéresse tous les hommes, sans distinction, n'est coupable d'aucune distribution partiale de ses donsv et que la philosophie la plus élevée par rapport aux tins essentielles de la nature humaine, ne peut, pas conduire plus loin que la direction par elle départie à l'intelligence même la plus vulgaire. . .
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