CHAPITRE IV
Histoire delà raison pure.
1019. Ce titre n'est destiné qu'à signaler une lacune dans te système, et qu'il faudra remplir désormais. Je me contente de jeter d'un point décrue purement transcendantal, du pointée vue de la nature de la raison pure, un coup d'œil rapide sur l'ensemble de son œuvne jusqu'ici; œuvre qui représente sans doute à mes yeux trn édifice, mais un édifice en ruines.
1020. 11 est assez remarquable, quoique la chose ne puisse naturellement pas arriver d'une autre manière, qiie les hommes, plans l'enfance de la philosophie, ont commencé par où nous finirions volontiers maintenant, savoir, par étudier la connaissance de Dieu et l'espérance ou même la nature d'une autre vie. Malgré l'imperfection des concepts religieux introduits par les antiques usages que les peuples avaient encore conservés de leur état de grossièreté, la partie la plus éclairée de la nation se livra cependant à des recherches indépendantes sur ce sujet, et l'on s'aperçut facilement qu'il ne pouvait y avoir aucune manière plus fondamentale et plus certaine de plaire à la puissance itivisihle qui gouverne le monde, pour être heureux au moins dans une autre vie, que de se bien conduire dans celle-ci. La théologie et la morale furent donc les- deux mobiles, ou plutôt les points aboutissants de toutes les recherches rationnelles et abstraites auxquelles on ne cessa de se livrer par la suite. La première fut proprement ce qui attira peu à peu la raison purement spéculative à l'œuvre,
Digiti
zedby G00gle
et ce qui plus tard, sous le nom de Métaphysique, devint célèbre.
1021 . Je ne distinguerai point ici les temps où s'opéra telle ou telle révolution dans la Métaphysique; seulement j'exposerai en très peu de mots la différence de l'idée qui occasionna les principales révolutions. J'y trouve une triple fin" en faveur de laquelle ces révolutions se sont opérées sur ce champ de bataille. ...
1022. 1° Quant à l'objet de toutes nos connaissances rationnelles, les uns furent purement philosophes sensua* listes, d'autres purement philosophes rationnalistes. Epicure peut être regardé comme le principal philosophe du sensualisme, Platon comme celui du ratioiinalisme. Mais celte différence des écoles, si peu sensible quelle soit, avait déjà commencé dans les siècles les. plus reculés, et s'est maintenue sans interruption. Ceux de la première école affirmaient qu'il n'y a de réalité que dans les objets des sens, que tout le reste est imagination ; ceux de la seconde disaient au contraire qu'il n'y a qu'apparence dans les sens, que l'entendement seul connaît le vrai. Malgré cela, les premiers ne niaient point une réalité correspondant aux concepts de l'entendement; mais celte réalité n'était pour eux que logique, tandis que pour les autres elle était mystiçue. Ceux-là accordaient des concepts intellectuels, mais ils ne connaissaient que des objets sensibles. Ceux-ci voulaient que les véritables objets fussent simplement intelligibles, et affirmaient une intuition de rendement pur, sans le secours d'aucun sens, mais seulement confuse suivant eux.
1023. T Quant à l'origine des connaissances rationnelles pures, si elles sont dérivées de l'expérience, ou si elles ont leur source dans la raison indépendamment de
Digiti
zedby G00gle
MÉTHODOLOGIE TRANSCENDÂNYALE. 433
l'expérience, les uns furent empiristes, les autres noologistes. Arùtoteyeut être considéré comme le chef des eiûpiristes; Platon comme celui des noologistes. Locke qui,- chez les modernes, a suivi le premier, et Leibniz le second (quoique à une assez grande distance de son système mystique), n'ont ceperidant pu mettre fin à Cette coatroverse. Certainement Epicure fut dans sonî sens beaucoup plus conséquent dans son système sensualiste (car il ne raisonna jamais en dehors des bornes de l'expérience) qn Aristote et Locke, que ce dernier surtout, qui, après avoir dérivé de l'expérience tous les concepts st tous les principes, va si loin dans leur usage, qu'il affirme la possibilité de démontrer aussi évidemment l'existence dç Dieu et l'immortalité de F âme (quoique ces deux, objets soient tout à fait en dehors des bornes de l'expérience possible), qu'un théorème de mathématiques: -
1 024. 3° Quant à ta méthode, si Ton doit appeler quel* que chose méthode, ce doit être un procédé par prïnci- ■ pes. Or, on peut diviser celles qui tiennent à présent ïe, premier rang dans cette branche de l'investigation de la nature, en méthode naturelle [naturalistische], et en méthode scientifique. Lenaturalùtede la raison pure adopte ce principe, que par la raison commune, sans science (la science n'étant pour lui que le bon sens), il avancera plus par rapport aux grandes questions qui constituent les problèmes de la Métaphysique, que par la spéculation* U ^affirme donc que Ton peut déterminer plus sûrement la grandeur et Téloignement de la lune par le simple coup d'œil que par le détour des mathématiques. Ce n'est là qu'une. pure misologie mise en principe; et, ce qu'il y a. de très absurde, le mépris de tous les moyens
434t . LpGIÇUJE Ta^NSCENDANTALE.
artificiels, recommandé comme une méthode propre pour étendre ses connaissances. Car, pour ce qui est des naturalistes par défaut dé plus grandes connaissances, on ne peut rien leur imputer justement ; ils suivent la raisoà commune s^ns proclamer leur ignorance comme une méthode qui devrait contenir le secret de tirer la vérité àe$ profondeurs du puits de Démocrite.
, . " Quôd sapio satis est mihi : non ego euro
Ésse quod Àrcesilas, aerumnosiqueSoïones (Pers.) ,
eiit^eur devise. Avec cela ils peuvent vivre contents et dignes d'approbation, sans se soucier d# la science ni en confondre les œuvres.
1025. Pour ce qui regarde les partisans d'une méthode scientifique, ils ont ici le choiy de procéder ou dogmatiquement, ou sceptiquement; mais il? doivent eu tous cas procéder systématiquement. En mentionnant ici par rapport aux premiers, le célèbre? Woif, par rapport $qx seconds David Hume, je puis me dispenser, pour mon objet actuel, d'en nommer d'autres. La méthode critique est la seule encore, avec les deux autres, qui soit ouverte. Si le lecteur. $ eu la complaisance et la patience de la suivre avec moi, il peut voir maintenant si dans le cas où il voudrait bien contribuer à convertir ce sentier en route royale, ce qu'un grand nombre de siècles n'ont pu mener à bonne fin jusqu'ici, ne pourrait pas être accompli avant même que celui où nous vivons soit écoulé, à savojr, de satisfaire complètement la raison humaine, en une matière dont elle, s'est eons^ tamment occupée ayee ardeur jusqu'ici, maïs aussLtotjc jours inutilement.
Digiti
zedby G00gle
ET
Digiti
zedby G00gle
Digiti