De là troi* sortes d'idées transeendaotales
La première contient l'unité absolue du sujet pensant;
La seconde contient l'unité absolue de la série des conditions des phénomènes;
La troisième contient l'unité absolue de tous les objets de la pensée en général.
440. i° Le sujet pensant (l'âme) est l'objet de la psychologie; 2° l'ensemble de tous les phénomènes (le monde) est l'omet de la cosmologie; 3* la condition suprême de tout ce qui peut être pensé (l'essence de toutes les essences) est l'objet de la théologie. Ce sont là autant de problèmes de la raison pure* et les idées de trois sciences traoscendantales*
441. On fera voir plus clairement par la suite ce que sont ces modes de concepts rationnels purs, contenus sous ces trois titres de toutes les idées transcendances, et comment la raison n'arrive nécessairement à ces idées que par l'usage synthétique de ses fonctions.
442. fl n'y a proprement aucune déduction objective possible de ces idées transcendantales, parce qu'elles n'ont pas de rapport à up objet correspondant. Elles ne peuvent donc être dérivées de la nature de notre raison.
443. La raison n'a en vue que la totalité absolue du cOté des cçn* ditions (de l'inhérence, de la dépendance et de la concurrence); la plénitude, du côté du conditionné, est un être de raison, et par conséquent pas une idée transcendantale.
444. On voit enfin que la raison pure, au moyen des idées, réduit en système toutes ses connaissances.
445. Il n'y a pas de concept intellectuel possible d'un objet d'une idée transcendantale; nous ne pouvons avoir aucune connaissance d'un objet correspondant & une idée, quoique nous en ayons un concept problématique.
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446. La réalité transcendantale (subjective) des concepts rationnels pars tient donc èce que nous y somme» conduits par on raisonnerationnel nécessaire. Il y aura donc des raisonnements dialectiques oit des sophistications de la raison pure, par lesquelles nous concluons, au moyen d'une apparence inévitable, de quelque objet que nous connaissons, à quelque autre objet dont nous n'avons cependant pas la moindre notion.
447. Le nombre de ces raisonnements rationnels dialectiques est égal à celui des idées; c'est-à-dire qu'il y en trois.
a) Le raisonnement qui conclut du concept transcendantal du sujet, concept qui ne contient rien de divers, à l'unité absolue de ce sujet. 11 doit s'appeler paralogisme transcendantal.
b) Le raisonnement qui conclut de la contradiction de l'unité synthétique inconditionnée, à la justesse de son unité synthétique conditionnée, qui cependant donne aussi un concept. Il doit s'appeler Y antinomie de la raison pure.
c) Le raisonnement qui conclut des choses que je ne connais pas qnant à leur concept transcendantal (des objets en général) à un être 4e tons les êtres, que je connais encore moins par un concept transcendant. 11 doit s'appeler l'Idéal de la raison pure.
448. Le paralogisme logique consiste dans la fausseté d'un raisonnement rationnel quant à la forme. Le paralogisme transcendantal est tin paralogisme logique en vertu d'un principe transcendantal, et emporte aussi avec lui une illusion inévitable, mais qui peut être découverte.
449. Le jugement je pense est le véhicule de tous les concepts en général, et n'a aucun titre particulier, parce qu'il sert à prendre conscience de toute pensée. Mais il sert aussi à distinguer l'objet du sens intime (l'âme) de l'objet du sens extérieur (du corps).
450. La psychologie rationnelle a pour objet le : je pense, indépendamment de toute ^expérience, car autrement elle serait empirique. Mais le je pense n'est pas d'expérience, c'est seulement ce qui rend l'expérience possible.
451. Je pense est donc le texte unique de la psychologie rationnelle, et ne peut, s'il est rapporté à un objet, avoir que des prédicats transcendantaux, parce qu'autrement la science serait empirique.
452. La topique de la psychologie rationnelle eu suivant d'une manière rétrograde le fil des catégories, et en partant de celle de subtance par laquelle une chose en soi est représentée, puisqu'ici le je est donné comme substance pensante, est donc la suivante : l'âme est :
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iù Quant à la relation, substance; 2° Quant à la qualité, simple; 3* Quant à la quantité, unité (une seule chose). 4° Quant à la modalité, existante, par rapport aux objets possibles dans l'espace (1).
453. De ces éléments résultent tous les concepts de la psychologie pure.
i) La substance, simplement comme objet du sens interne, donne l'immatérialité.
2) La simplicité donne l'incorruptibilité.
3) Vunité comme intelligence, donne la personnalité. Ces trois choses réunies doonent la spiritualité.
4) L'existence par rapport aux corps dans l'espace donne le corn* merdum avec des corpt et fait de cette substance une âme, comme le principe de V animalité, qui, circonscrite par la spiritualité, donne l'immortalité.
454. A cela se rapportent donc aussi quatre paralogismes dune psychologie transcendantale, qui a pour fondement unique la simple représentation, entièrement dépourvue de matière, moi, (il, ce, la chose qui pense) représente uniquement nn sujet transcendàntal de la pensée = X.
455. Tout ce qui pense doit donc être tel que le dit l'expression de la conscience en moi, parce que nous sommes forcés d'attribuer aux choses toutes les propriétés a priori qui forment les conditions sous
(4) Beck expose cette partie d'une manière explicite.
1° Ce qui, dans toute pensée, est toujours conçu comme sujet, jamais comme prédicat, existe aussi comme sujet, et par conséquent est subttan<\e.
Or, moi, comme principe pensant, je suis toujours, dans toute pensée, le sujet pensant.
Donc j'existe comme substance.
2° Une chose dont l'action ne peut jamais être regardée comme l'effet de planeurs choses, agissant concurremment, est «impie (pas composée).
Or le moi est une chose de cette espèce.
Donc le moi existe comme substance simple.
3« Ce qui ne peut être conçu que comme numériquement identique, n'existe non plus que comme une seule et même chose.
Or, je me conçois moi-même comme un seul et même être dans les différents temps de mon existence.
Donc je suis numériquement identique ; donc je suis une personne.
40 Ce qui pense existe.
Or je pense.
Donc j'existe.
(S. Beck, Grundriss, etc., p. 1*9) . — T.
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lesquelles seules nous les concevons, La proposition î ju pense, n'est jf ise ici que jiroblèmaHquemcnt, non empiriquement*
456. Si, pour connaître Pêtre priant, nous recourions aussi aux lois de la nature, que nous tirons de l'observation du jeu de nos pensées, la psychologie serait empirique (1).
457. Nous ferons donc passer à L'épreuve critique tous les prédicaments de la pstjdtofogk pare la proposition : je pense (prise probl.ématiquement).
458. Observation générale. Je ne connais pas un objet par la simple pensée sans intuition. Je ne me connais pas non plus moi-même par la conscience que j'ai de moi-même comme être pensant; il faut pour cela une intuition déterminée par la pensée (336-33S, 342, 358).
459. a) Dans tons les jugements, je suis donc toujours le sujet déterminant du rapport qui constitue le jugement (156), on le sujet jugeant. Mais ce qui fait partie de la qualité de la pensée ne peut autoriser encore à dire que le moi, comme objet, soit substance; l'intuition est nécessaire pour cette affirmation.
460 b) Dans toute pensée, le moi est quelque chose de singulier : il appartient à la qualité de la pensée, mais cela ne veut point dire que le moi soit une substance simple, car il faudrait une intuition ponr pouvoir l'affirmer.
461. c) Dans toute pensée le moi est une seule et même chose, il est identique; cela fait partie de la qualité de la pensée, mais ce n'est pas à dire que le moi soit identique comme personne, car il faudrait pour cela une intuition.
462. d) Dans toute pensée je distingue le moi qui pense de ce qui est pensé, par conséquent aussi de mon corps; mais cela fait partie dé la qualité de la pensée, et ne signifie point que moi, comme être pensant, je puisse exister sans être homme; car, pour l'affirmer, il faudrait une intuition.
463. Ce sont donc là quatre conditions de la pensée, qui sont
(1) Mellin omet ici an alinéa qui n'est intelligible qu'à la condition de se rappeler la théorie de Kant sur le rôle de Yapperception et de son unité dans tout jugeaient. Puisque l'unité synthétique de lapperception représentée par le moi ou le je pense, est la conditioo suprême de tout usage de l'entendement et qu'il est comme le véhicule des catégories mêmes, il est évident que s'en fier aux catégories sur la nature du moi, lorsqu'elles l'affirment substance, un, identique, etc., c'est faire un cercle vicieux, puisque les catégories n'ont de valeur que par l'unité d'apperception, qui fait te, moi logique. ,Voila, si nous ne nous trompons, le raisonnement de Kant. — T.
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éclaircies logiquement, mais ce ne sont pas des déterminations métaphysiques de l'objet pensant.
464. Si l'on pouvait faire voir que ce sont des déterminations métaphysiques de toute substance pensante, la critique serait renversée, et nous aurions fait un pas au-delà du monde sensible dans le champ des noumènes.
465. Paralogisme de la psychologie rationnelle. Ce qui ne peut être conçu (représenté par la pensée comme objet dans la conscience) que comme sujet (substance) n'existe que comme sujet (substance)*
Or, un être pensant, comme tel (dans l'acte de la pensée, non comme objet, mais comme sujet de la pensée) (438), ne peut être conçn (représenté dans le penser comme la conscience même) que comme sujet (comme pensant, non comme pensée).
Donc il n'existe que comme sujet, c'est-à-dire comme substance. C'est là un sophisme figurœ dictionis, parce que sujet dans la majeure indique autre chose (une catégorie) que^dans la mineure (savoir une détermination logique), et la pensée a par conséquent aussi un sens tout différent dans les prémisses.
466. 11 nous manque une intuition empirique pour appliquer le concept de substance, c'est-à- dire le concept d'un sujet subsistant par lui-même à la substance pensante.
467. Mendelssohn a dit dans le Phédon (dans le premier dialogue) qu'un être simple ne peut absolument pas cesser d'être, parce que, comme simple, il ne peut être conçu disparaissant insensiblement, et qu'il devrait cesser d'être tout à coup; ce qui est impossible, parce qu'autrement il n'y aurait aucun instant entre le moment où il serait encore et le moment où il ne serait plus. — Mais ce qui existe doit cependant, s'il n'a aucune quantité extensive, avoir une quantité intensive, et par conséquent un degré (car la conscience a aussi ce degré), et ce degré peut faire disparaître insensiblement l'être pensant, et le réduire au néant en l'affaiblissant petit à petit
468. Si nous prenons maintenant les quatre propositions précédentes (452) dans le rapport synthétique ci-dessus, de manière à poser, pour fondement, non pas quelque chose de réel, comme dans le n° 452, mais le concept d'un être pensant, alors l'être pensant peut déterminer son existence par lui-même, et l'existence des choses extérieures' n'étant pas requise pour la détermination de sa propre existence àans i le temps (327), est du moins problématique. . , ^ / Z
469. Si nous prenons les quatre propositions (452) dans un rapport analytique de manière à ce que, non pas le concept d'un être pen-
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sant, mais \e je pense soit posé pour base, comme une proposition qui renferme déjà en soi une existence, alors commencent les propositions suivantes touchant une réalité :
a) Modalité s réalité, je pense.
b) Relation : substance et accident, comme sujet.
c) Qualité : réalité, comme sujet simple.
à) Quantité : unité, comme sujet identique.
470. Il n'y a rien de réel qui soit simple dans l'espace; il est donc impossible d'expliquer la qualité de Y être pensant par des principes du matérialisme. Je pense signifie seulement : j'existe pensant, et c'est une proposition empirique; mais j'ai besoin de quelque chose de constant pour déterminer de cette manière mon existence dans le temps. Or, s'il n'y a rien de tel dans l'intuition interne, je ne puis pas décider si j'existe comme substance ou comme accident. Il est donc aussi impossible d'expliquer la qualité de l'être pensant par des principes du spiritualisme.
471. Et comment serait-il possible de dépasser l'expérience par l'unité de la conscience ?
472. Il n'y a donc pas de psychologie rationnelle comme doctrine, mais seulement comme discipline, pour soustraire la connaissance de nous-mêmes à une spéculation oiseuse et inutile, et pour l'appliquer à l'usage pratique, fécond en résultais.
473. On voit par tout cela que la psychologie rationnelle doit son origine à un simple malentendu. L'unité de la conscience ou une pensée est prise pour l'unité du sujet pensant, et regardée comme lïntuition oVun objet.
474. Ainsi donc s'évanouit la connaissance delà substance pensante comme objet non sensible de la connaissance. Mais cette critique fait voir en même temps l'impossibilité d'affirmer la non-existence d'un pareil être.
475. On ne perd pourtant rien par là en ce qui concerne l'admission d'une vie future. Car la preuve de cette vie, édifiée sur la pointe d'un cheveu, n'a jamais eu d'influence sur la raison humaine commune. Les preuves à l'usage du inonde, tirées des fins et de la loi morale, conservent tout leur prix.
476. Vapparence dialectique dans la psychologie rationnelle repose sur la confusion d'une idée de la raison (d'une intelligence pure) avec le concept, indéterminé dans toutes ses pensées, d'un être pensant en général.
477. La question du commerce de l'âme avec le corps peut être réso-
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lue d'après ce concept théorique. La difficulté de ce commerce, tirée de l'hétérogénéité des objets disparaît, si l'on fait attention qne la chose en soi qui sert de base à tous deux, n'est peut-être pas si hétérogène. Mais on ne peut expliquer comment des substances en général sont en commerce.
478. La proposition je pense est empirique. Or une intuition empirique, par conséquent aussi l'objet pensé comme phénomène, lui sert de fondement. El alors, l'âme serait-iflle phénomène, apparence on rien?
479. a) La pensée, prise en soi, est simplement La fonction logique sans intuition, par quoi je me pense seulement comme objet, mais de quoi je n'ai encore aucune intuition à penser.
480. b)> Mais la proposition: je pense, en tant qu'elle signifie j'existe pensant y détermine le sujet (qui est en même temps objet) par rapport à l'existence, et ne peut avoir lieu sans le sens intime, dont l'intuition donne l'objet, mais seulement comme phénomène.
481. Si par la suite s'offrait l'occasion de nous supposer parfaitement a priori par rapport à notre existence comme légiférant et même comme déterminant cette existence, nous trouverions dans la conscience quelque chose qui pourrait nous déterminer par rapport à un monde intelligible.
482. Mais alors on n'avancerait pas le moins du monde les tentatives de la psychologie rationnelle.
483. La seconde espèce de raisonnements rationnels (428) de la raison pure, forme, par analogie avec les raisonnements rationnels hypothétiques (427), l'unité inconditionnée des conditions .objectives dans le phénomène quant à leur contenu (439).
484. Mais il est remarquable que le paralogisme transcendantal produisait une apparence purement unilatérale; l'avantage est en effet tout du côté du spiritualisme.
< 485. Il en est tout autrement quand nous appliquons la raison à la synthèse objective des phénomènes, où elle pense faire valoir, avec beaucoup d'apparence, il est vrai, son principe de l'imité inconditionnée, mais où elle s'enveloppa aussi dans des contradictions.
486. Un nouveau phénomène de la raison humaine se laisse apercevoir ici, je veux parler d'une antithétique tonte naturelle, dans laquelle elle doit ou s'abandonner a un désespoir sceptique, oa se frapper d'une manière insensée. Dans les deux cas il y a mort de la saine philosophie, quoique lu premier puisse encore être appelé l'Etttanasie de la raison pure.
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497. Des idées traoscendantales, qui concernent la synthèse absolue des phénomènes, s'appellent idées cosmiques. Cette antithétique on antinomie de la raison pure sert donc de fondement à une cosmologie dialectique.
488. a) Les idées cosmologiques transcendantales sont des catégories étendues jusqu'à l'inconditionné; b) les seules catégories propres À cet usage «ont celles dans lesquelles la synthèse. constitue une série.
489. Mais la totalité absolue des conditions n'est exigée par la raison qu'autant que la série ascendante des conditions s'élève au conditionné.
490. La synthèse d'une série de conditions, allant du côté des conditions, s'appelle régressive ; la synthèse qui va du côté du conditionné, est la synthèse progressive.
491. a) Quant à la quantité, le temps et l'espace donnent des séries. L'idée transcendantale de la totalité absolue s'étend donc à tout temps passé. Dans l'espace, le progressas et le regressus sont identiques ; et comme chaque partie y est limitée par les suivantes, et par conséquent conditionnée, l'idée transcendantale de la totalité absolue s'applique aussi à l'espace.
492 b) Quant à la qualité, la réalité dans l'espace, la matière, donne un conditionné dont des parties sont des conditions internes; il y a donc ici encore une série et un progrès vers l'inconditionné.
493. c) Quant à la relation, la substance et l'accident ne forment pas des séries; les substances ne sont pas non plus en commerce parce qu'elles ne sont pas subordonnées, mais coordonnées. 11 n'y a que la causalité qui donne une série de causes et d'effets, par conséquent un progressifs à l'infini.
494. d) Quant à la modalité, les concepts du possible, du réel et du nécessaire n'engendrent aucune série, excepté en tant seulement que le contingent dans l'existence doit toujours être regardé comme conditionné.
495. 11 n'y a donc que quatre idées cosmologiques, suivant les quatre titres des catégories, savoir :
La plénitude ou intégralité absolue
1° De 4a composition du tout donné de tous les phénomènes, 2° De la division d'un tout donné dans le phénomène , 3° De la naissance d'un phénomène en général , ' 4° De la dépendance de l'existence du muable dans le phénomène.
496. in observation. L'idée de la totalité absolue ne concerna donc qne l'exposition (40) des phénomènes,
497. 2° observation. La raison change l'inconditionné qui est ton*
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jours contenu dans la totalité absolue de la série. Mais cette synthèse accomplie absolument n'est qu'idée , car sa possibilité sensible est encore maintenant un problème. Mais cette idée est néanmoins dans la raison, qui part de l'idée de la totalité, quoiqu'elle ait proprement l'inconditionné pour but.
498. Cet inconditionné est donc, ou simplement dans toute la série, ou une partie de la série. Dans le premier cas, la série est virtuellement infinie; dans le second, il y a un commencement du monde, une limite du monde, quelque chose de simple, une activité spontanée absôlue, et une nécessité naturelle absolue*
499. Le mot monde indique le tout mathématique de tous les phénomènes; la nature est le tout dynamique de tous les phénomènes. La causalité inconditionnée dans le phénomène s'appelle donc activité spontanée oti liberté, mais la causalité conditionnée s'appelle cause naturelle; lé conditionné dans l'exi9tence en général est le contingent; l'inconditionné, le nécessaire; la nécessité inconditionnée des phénomènes, nécessité naturelle.
900. Les concepts cosmiques (idées cosmologiques) méritent aussi ce nom, parce qu'ils poussent la synthèse jusqu'à un degré (la totalité absolue de l'ensemble des choses existantes) qui dépasse toute expérience possible. Cependant les idées du mathématiquement inconditionné méritent ce nom dans le sens strict, et les deux autres, celui de concepts naturels transcendantaux.
504 . Si l'on entend par thétique tout ensemble de doctrines dogmatiques, Yantithéttqnede la raison pure est alors l'opposition apparente des doctrines dogmatiques, sans que l'on reconnaisse que l'une mérite l'assentiment plutôt que l'autre. V antithétique transcendantale eat donc un examen de Yantinomie de la raison pure.
502. Trois questions se présentent dans une antithétique de la raison pure:
4° Dans quelles propositions la raison pure est-elle proprement soumise à une anlinoraie ?
2° Quelles sont les causes de cette antinomie?
3° Si cependant il reste à la raison une voie ouverte à la certitude, et quelle est celte voie 7
503. Réponse à la première questim* Les propositions de l'antithétique de la raison pure doivent ;
i° Concerner des questions sur lesquelles s'appuie toute raison humaine ; 2* Porter avec elles une apparence inévitable.
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488 SOMMAIRES ÀNÀOTÏQUES.
504. Réponse à la deuxième question. Les propositions -de l'antithétique sont trop grandes pour l'entendement lorsqu'elles sont conformes à la raison; ou trop petites pour la raison, si elles sont conformes à l'entendement
505. Réponse à la troisième question. La voie à la certitude est la méthode sceptique, ou la méthode qui consiste à regarder le combat des assertions pour rechercher si L'objet de la 'dispute n'est pas une pure illusion.
506. Mais cette méthode sceptique n'est essentielle qu'à la philosor phie transcendantale, par la raison qu'il n'y a là ni intuition pure, ni expérience*
507. Thèse. 1) Le monde a un commencement dans le temps. 2) Le monde a des bornes quant à Y espace.
508. Preuve, 1) Le contraire de la première proposition suppose une série infinie qui serait finie; car une éternité serait parcourue à tout instant. Mais une série infinie qui serait accomplie, est une contradiction.
509. 2) Le contraire de la seconde proposition suppose un tout infini qui serait fini : car le monde serait un tout infini donné, dont la totalité n'est concevable que par la synthèse complète des parties. Or, une synthèse successive des parties d'un monde infini, qui serait finie, est une contradiction.
510. Antithèse, 1) Le monde n'a pas de commencement dans, le temps. •
2) Le monde n'a pas de bornes quant à l'espace*
511. Preuve. 1) Le contraire de la première proposition (510,!) suppose. un temps vide qui serait plein. Car ayant la naissance du monde aurait dû exister alors un temps vide, qui devait être distingué de tout autre temps vide, c'est-à:dire qui devait être plein. La naissance d'une chose quelconque dans un temps vide est donc impossible.
512. 2) Le contraire de la seconde proposition (510, 2) suppose un espace vide qui serait plein. Car le rapport du monde à l'espace vide est un rapport du monde à aucun objet; ^t cependant le moqde borné devrait se trouver dans un espace vide illimité.
513. L Observation sur la première antinomie. I. Sur la thèse. Les preuves 511,512, ne sont pas des arguments d'avocat, dans lesquelles on mettrait à profit les fautes des dogmatiques. Chacune est au contraire tirée de la nature de la chose.
514. Du reste on aurait pu mettre à profit, pouf établir une sem-
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blable preuve, le concept vicieux au sujet de l'infinité d'un tout, qu'il y a une quantité telle qu'aucune autre ne peut la surpasser.
515. Mais le véritable concept transcendantal de l'infinité est <jue la synthèse successive de l'unité ne peut jamais être accomplie dans l'action de mesurer une quantité.
516. Pour concevoir la totalité d'une multitude infinie donnée en même temps, nous devons en faire voir la possibilité par la synthèse successive des parties. Cette synthèse est donc une série qui ne sera jamais finie, tandis que la totalité la suppose au contraire finie..
517. II. Sur l'antithèse. Un temps vide et une espace vide ne peuvent pas être des bornes du monde, comme l'affirme déjà la philosophie de Leibniz ; et cependant il faut admettre ces deux non-êtres, si l'on admet une limite du monde.
515. On cherche, il est vrai, à éluder cette conséquence, en concevant, au lieu d'un monde sensible, un monde intelligible, et au lieu du premier commencement une existence en général. Mais il s'agit ici du monde sensible.
519. Thèse, f) Toute substance composée dans le^ monde résulte de parties simples.
2) Il n'existe rien que le simple ou ce qui en est composé.
520. Preuve. 1) Le contraire de la première proposition (519, \) suppose une substance qui n'est pas composée de substances et par conséquent rien. Car, ou l'on ne peut faire disparaître dans la pensée toute composition, puisqu'alors le composé ne résulterait pas de substances, mais à' accidents; ou il ne doit absolument rien rester, ou ce doit être le simple.
521. 2) Le contraire de la seconde proposition (519, 2) suppose le contraire de la première proposition (519, 1). Donc toutes les choses du monde sont des substances simples, et la composition n'est qu'un état extérieur des substances élémentaires.
522. Antithèse, i) Aucun composé dans le monde ne résulte de parties simples.
2) Il n'existe rien de simple dans le monde.
523. Preuve. 1) Le contraire de la première proposition (552, 1) suppose quelque chose de simple, qui est un composé substantiel, parce que chaque partie du composé, et par conséquent aussi le simple, doit occuper encore un espace, et que le simples devrait par conséquent être composé.
524. 2) Le contraire de la seconde proposition (522, 2) suppose quelque chose d'empirique, qui ne peut jamais être éprouvé. Car la
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406 SOMMAIRES ÀNALfftOteËS:
proposition dont H s'agit affirme que le simple n'est pas «n objet dé l'expérience. Supposé donc que nous percevions le simple; on ne pourrait conclure, de ce que nous n'y percevons aucune composition, qu'il n'est pas composé; ce qui est cependant le earactère de la simplicité absolue.
825* Cette seconde proposition (522, 2) va plus loin que la première (622, 1), qui ne bannit le simple que de l 't rituiti on du composé, parce que cette proposition fait abstraction de toute nature.
526. Observation sur la seconde antinomie. I. Sur la thèse. La preuve ne vaut que d'un tout substantiel mais pas de Vespaee, ni du temps, on des accidents. Car l'espace n'est pas un composé, mais un tout, on en tout cas un composé idéal, et non un composé réel. Et puisqu'il n'est pas composé de substances, il ne reste rien dès qu'une fois on supprime la composition. 11 en est de même du temps. Des accidents n'appartiennent qu'à l'état de la substance.
527. Cette tbèse peut s'appeler le principe dialectique de la monadologie. A la vérité la monade est proprement le simple, qui est immédiatement donné comme substance simple ; mais le mot atomisH* que, qui convenait ici auparavant, pourrait être mal interprété.
528. II. Sur l'antithèse. Les objections des monadistes contre cette preuve sont déjà suspectes par le seul fait qu'elles infirment les preuves mathématiques les plus claires relativement aux connaissances des propriétés de Vespaee, et qu'elles se fondent sur ce que les phénomènes doivent être des choses en soi.
529. Une objection contre le n° 522, %, consiste à dire: le moi est une substance absolument simple, or si quelque chose est conçu simplement comme objet sans ajouter aucune détermination synthétique de son intuition, alors rieu de divers ne peut être perça dans une semblable représentation. Par rapport à soi-même tout objet e^i unité absolue; mais il doit être considéré extérieurement eomme un objet de l'intuition, pour s'assurer s'il est simple ou composé.
530. Thèse. La causalité suivant des lois de la nature n'explique pas tous les phénomènes dans le monde; il est nécessaire d'admettre en outre à cet effet une causalité suivant des lois de liberté.
531. Preuve. Le contraire suppose une causalité sans raison suffisante, parce qu'alors il n'y a aucune intégralité dé la série du côté des causes dérivant les unes des autres, et qu'il manque en conséquence une raison suffisante.
532. 11 doit donc y avoir une cause première qui n'est pas effet, c'est-à-dire une causalité suivant des lois de liber ié.
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SOMMÀlftfô ANÀltftÔttËS. *M
333v Antithèse. Il a*y a pas de liberté; tout au contraire arme uniquement suivant des lois naturelles.
534. Preuve. Le contraire suppose une causalité déterminée par rien, car la cause agissante commencé la série sans y être déterminée.
535. La liberté est donc une causalité aveugle, et dans la nature seule doivent être cherchés l'enchaînement et Tordre des événements cosmiques.
536. Observation sur la 3° antinomie, I. Sur la thèse. La liberté dont il est ici question est la spontanéité absolue des actions. Il s'agit de savoir si elle doit être admise; car de savoir comment elle est possible, c'est ce qu'on ignore complètement, et Ton nren sait pas d'avantage de la causalité suivant des lois naturelles.
537. La raison a sensensiblement besoin de l'idée d'une pareille liberté; apssi tous les philosophes de l'antiquité, les épicuriens excep* tés, l'admettaient.
538. IL Sut Vantithese. Les physiocratès tftihcehdantaux disent : si vous n'admettez rien dans le monde de mathématiquement premier quant au temps, von* n'aurez pas besoin non plus de quelque chose de dynamiquement premier quant à la causalité. Il y a toujours eu des substances et par conséquent une série de leurs changements.
539. La liberté pourrait enfin n'avoir lieu qu' extérieurement au monde, cap si les substances qui sont dans le monde en étaient douées, c'en serait fait par là de toute causalité suivant des lois naturelles , et le jeu des phénomènes ne serait alors qu'un rêve.
540. Thèse. Un être absolument nécessaire comme partie ou cause du monde, fait partie du monde.
644. Preuve. Car tout le temps passé embrasse toute la série des conditions et par conséquent aussi l'inconditionné en soi. Cet inconditionné est absolument nécessaire pour l'intégralité de la série dés conditions. Ce nécessaire appartient même au monde sensible, autre- * ment il ne serait pas dans le temps , quand cependant il doit y être à titre de commencement d'une série de changements dans le temps.
542. Anâthése. Il n'y a aucun être absolument nécessaire : 1° ni dans le monde, 2* ni hors du inondé, comme sa cause.
543. Preuve. 1) Le contraire (542, 1) supposerait une condition dans le temps, qui serait inconditionnée, contrairement à la loi de causalité pour un tout nécessaire résultant des parties purement contingentes i ce qui est contradictoire.
Ô44> 2) Le contraire (542, 2) supposerait une teuse hors du monde,
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40$ SOMMAIRES ANALTOQUÇS.
qui cependant serait dans le monde, car sa causalité serait, dans le temps.
545. Observation sur la quatrième antinomie. I. Sur la tfièse. L'argument est cosmologique. Il appartient à un autre principe de la raison, de rechercher la preuve par la simple idée d'un être suprême de tous les êtres.
.l;46. La preuve cosmologique pure ne peut décider si l'être nécessaire est le monde ou un être différent du monde.
547. Mais quand une fois on commence la preuve cosmologique, on ne peut pas la changer, en sortir, et arriver à quelque chose qui n'est absolument pas un membre de la série. L'être nécessaire doit donc être te membre le plus élevé de la série cosmique.
548. On a cependant fait un semblable saut; on a conclu des changements dans le monde à leur dépendance de conditions empiriques. Mais comme on ne trouve ici aucun membre premier, on saute par le moyen de Ja catégorie pure de la cause à une série intelligible.
549. Or, le changement prouve bien la contingence empirique, mais pas la contingence intelligible.
550. H. Sur Vantithése. Les difficultés d'admettre l'existence d'un être absolument nécessaire doivent être cosmologiques. 11 faut faire voir en effet que la progression ascendante dans la série des causes du monde sensible, ne peut jamais aboutir à une condition empiriquement inconditionnée.
551. On voit dans cette antinomie un contraste résultant de ce que l'on conclut du même argument, dans la thèse, Vexistence> et dans l'antithèse, la non-existence de l'être primitif.
552. Une propriété particulière des idées cosmologiques, c'est qu'elles ne permettent pas qu'un objet qui leur corresponde soit donné dans l'expérience, et qu'elles ne sont cependant pas conçues arbitrairement.
553. Mais la philosophie fait voir dans cette ascension de l'expérience à ces idées, une dignité qui surpasse la valeur de toute autre science humaine. Le mathématicien donnerait volontiers toute sa science pour la solution des questions auxquelles elle s'élève par là.
554. L'honneur et la sécurité de la raison exigent donc qu'elle soit d'accord avec elle-même sur la réponse à ces questions.
555. Mais il importe d'examiner, avant toute recherche sur ce sujet, de quel côté des propositions qui se repoussent mutuellement, se trouve le plus grand intérêt.
556. Les partisans de la thèse et ceux de l'antithèse partent de deux
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principes différents ; les premiers prennent le principe du dogmatisme, les seconds celui de l'empirisme pur.
557. LDu côté du dogmatisme, dans la détermination des idées rationnelles cosmologiques, ou du côté de la thèse est :
558. 1° Un intérêt pratique. Que Je monde ait un commencement, que le moi soit incorruptible et simple par conséquent, etc., tout cela est un appui à la morale et à la religion, que l'antithèse semble nous ravir.
550. 2° Un intérêt spéculatif. Si l'on admet que le monde a un commencement, etc., on peut embrasser parfaitement a priori toute la chaîne des conditions; l'antithèse au contraire ne donne à la chaîne aucun soutien dans une chose subsistant par elle-même comme être primitif.
560. 3° L'avantage de la popularité. Le sens commun ne trouve pas la moindre difficulté dans les idées du commencement inconditionné du monde et de toute la synthèse. Il n'en est pas de même avec l'ascension infatigable et sans fin du conditionné à la condition.
561. II. Du côté de Y empirisme pur, dans la détermination des idées rationnelle cosmologiques, ou du côté de V antithèse, est :
562. 1° Aucun intérêt pratique. Vempirismepur semble au contraire ôter toute force et toute influence à la morale, v. g., en ne donnant aucun être primitif distinct du monde ;
563. 2° Mais un plus grand intérêt spéculatif. L'entendement est toujours ici sur son terrain propre; il peut y tout mettre en intuitions, ou tout éclaircir et élucider par des intuitions.
564. Exemples. Il n'est jamais permis à l'empiriste d'admettre aucune époque de la nature pour absolument première, etc. Son principe est la maxime de l'extension la plus grande possible de l'enten-' dément humain par l'expérience, et en même temps la maxime delà modestie dans les prétentions, et de la retenue dans les assertions.
565. Mais il devient préjudiciable, s'il se fait lui-même dogmatique par rapport aux idées, ainsi qu'il arrive le plus souvent.
566. De là chez les anciens deux systèmes : le platonisme, p6ur la thèse ou le dogmatisme, et Yépicuréisme pour V antithèse ou l'empirisme pur.
567. Tous deux vont trop loin : le platonisme nuisait au savoir et à la recherche physigue, par ses explications idéales des phénomènes de la nature; Yépicuréisme était contraire à la vie pratique rationnelle.
568. V empirisme pur est contraire à la popularité, car le tran&cen-
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dantal des dogmatiques n'est pas une raison pour* le sens ccftnaïun d'admettre l'empirisme, parce qu'an fait de transcençlantalisine, le plus instruit n'en sait pas pins que lui. La commodité et la variété recommandent très fort le . dogmatisme. Le sens commun veut en outre avoir quelque chose qui lui serve à commencer avec confiance l'explication, etc.
569. Le dogmatisme présente en outre un intérêt architectonique auquel Vempirime est opposé. Le premier peut achever l'édifice de sa connaissance; le second ne le peut pas,
570. Si l'homme pouvait S'affranchir de tout intérêt, il serait dans un état d'incertitude constant. Aujourd'hui il serait persuadé que la volonté est libre, demain que tout est naturel. Quand il s'agirait d'agir, il choisirait de nouveau -ses principes comme s'il avait un intérêt pratique.
574 . Question. Y a-t-il dans la philosophie transcendantale une question insolublel
572. Réponse. Non; car le concept qui nous met en état de faire la question, doit aussi nous rendre capables d'y répondre, puisque l'objet ne doit pas être cherché dans l'expérience, mais qu'il est dans le concept même.
573. Dans la philosophie transcendantale, il n'y a que les questions cosmologiques par rapport auxquelles la qualité de l'objet peut exiger une réponse satisfaisante; car la question concerne toujours la totalité absolue de la donnée; ce n'est donc pas un objet empirique, mais une idée; le problème doit dpnc pouvoir être résolu par l'idée.
874. Dans les autres sciences rationnelles pures, c'est-à-dire dans les mathématiques pures et dans la morale, aucune question ne peut être absolument sans réponse possible. Il y a au contraire dans la connaissance de la nature une infinité de conjectures.
575. On ne peut donc pas échapper à l'obligation d'une solution, au moins critique, des questions rationnelles proposées.
576. On peut au moins demander d'où viennent les idées ; car elles ne sont pas dans l'expérience. Le tout dans le sens empirique n'est jamais tel que comparativement, mais dans les questions rationnelles transcenda n taies, l'explication du tout absolu est exigée.
577. L'objet de ces questions n'est que dans notre cerveau, et leur réponse doit par conséquent être critique.
578. La grande utilité de la manière sceptique de résoudre les questions, consiste, en ce que nous apercevons par là si, dans l'affirmation ou la négation, il n'y a pas quelque chose vide de sens; nous sommes appelés à examiner critiquement la question.
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579. Une idée coamologique doit être tout à fait vaine et vide de seos, si l'objet ne lui convient pas, de quelque manière qu'on cherche à l'y accommoder. Et c'est ce qui a lieu :
580. 4° Avec Vidée du commencement du monde. Si le monde n'a pas de commencements il est alors trop grand pour notre concept; sll a un commencement, il est alors trop petit pour notre concept. Dans le premier cas, l'éternité écoulée ne peut être atteinte; dans le second, je demande ce qui était auparavant, et pourquoi il a commencé il y a 6000 ans et pas plus tût ?
58! . 11 en est de même avec la grandeur du monde. Si le monde est infini, il est alors trop grand pour notre coneept empirique. Est-il fini, il est trop petit. Dans le premier cas, je ne puis atteindre la un ; dans Vautre, je demande qu'est-ce qui est au delà des bornes du monde et pourquoi le monde ne s'étend pas plus loin ?
582. 2° Avec Vidée du simple. Si la matière se compose d'une infinité de parties, alors la régression de la division est trop grande pour notre concept empirique, je ne puis pas l'achever; si la division s'arrête à un membre, alors la régression est trop petite pour le concept empirique d'après l'idée de l'inconditionné, et je demande pourquoi cette partie ne peut plus être divisée*
583. 3° Avec Vidée delà causalité inwndiUonnëe. S'il n'y a rien dans tout ce qui arrive qui ne soit la conséquence des lois de Ja nature, alors c'est trop grand pour notre concept empirique, nous ne pouvons pas atteindre la cause suprême.
584. Ya-t-ilaa contraire une causalité par liberté; alors le pourquoi suivant une loi inévitable de la nature nous poursuit et nous Corée, d'après la loi causale de l'expérience de nous élever au-dessus de ce point. Cette totalité est par conséquent trop petite pour tout Je concept empirique nécessaire.
585. 4° Avec Vidée oYun être absolument nécessaire* Admet-on nn tel être : alors on le pose dans un temps éloigné de tout point de temps donné. Cette idée est trop grande pour notre concept empirique.
586. Mais si tout ce qui fait partie dn monde est contingent, tonte existence donnée est trop petite alors pour notre concept empirique. Car elle nous force à chercher toujours autour de nous une autre existence dont elle dépende,
587. Mais nous disons que l'idée cosmique est trop grande ou trop petite pour le concept intellectuel, et non pas que le concept est trop petit on trop grand pour l'idée cosmique, parce que l'expérience pos-
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sible peut seule donner de la réalité à nos concepts; ce qui fait que le concept empirique est la mesure de l'idée.
588. De là donc le soupçon fondé que les idées cosmologiques ont pour fondement un concept vide et purement imaginaire.
589. L'idéalisme transcendaûtal dans l'Esthétique transcendantale a été démontré; c'est-à-dire qu'on a fait voir que tout ce qui est perçu dans l'espace et dans le temps, n'est que phénomènes, c'est-à-dire de pures représentations, qui ne sont réellement pas en dehors de notre pensée, ou qui ne sont pas des choses subsistant par elles-mêmes.
590. Mais cet idéalisme transcendantal ne doit pas être confondu avec l'idéalisme empirique, qui regarde Vespace comme quelque chose de téel, tout en doutant de l'existence des choses étendues dans l'espace. Il n'y a rien de réel, suivant cet idéalisme, que les phénomènes du sens intime, qui doivent démontrer l'existence de leur objet.
591 . L'idéalisme transcendantat accorde au contraire l'existence des objets de l'intuition externe, tels qu'ils sont perçus dans l'espace, car 'sans cela il n'y aurait aucune représentation empirique. Mais l'espace et le temps avec les phénomènes qui s'y présentent, n'existent pas hors de notre esprit.
592. Les objets de l'expérience n'existent pas en dehors de l'expérience. Par exemple : il existe des habitants dans la lune, signifie que si nous pouvions étendre notre expérience jusqu'à la lune, nous y trouverions des habitants. Ils n'existent par conséquent pas en dehors de cette expérience ou de son extension.
593 . Les phénomènes, comme perceptions, n'ont de réalité qu'en nous, car ce ne sont pas des choses en soi, mais de simples représentations qui ne peuvent pas exister hors de nous.
594. Us s'appellent des objets en tant qu'ils sont réunis et détermi- "nàbles dans le rapport par des formes de notre sensibilité, l'espace et le temps, suivant des lois de l'unité de l'expérience. La cause non sensible de ces représentations nous est absolument inconnue, et nous ne pouvons par conséquent pas la percevoir comme objet. Nous pouvons cependant la nommer Vobjet trancendantal et lui attribuer toute la circonscription et l'enchaînement de nos perceptions possibles.
595. Tous les objets ne sont donc que de pures représentations, et ne sont donnés que dans l'expérience même, ou comme appartenant à l'intégralité absolue de l'expérience. Ils existent avant mon expérience, c'ést-rà-dire que je ne puis arriver à leur perception que suivant oVautçes perceptions. La cause en est transcendantale et inconnue. • *
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596. Toute l'antinomie de la raison pore se fonde snr l'argument dialectique suivant : si le conditionné est donné, la série entière de toutes les conditions est aussi donnée ; afgttt, etc.; ergo, etc.
597. Cet argument repose sur le postulat analytique et logique suivant : que si le conditionné est donné, une régression dans la série de toutes les conditions est aussi donnée par là.
598. La régression dans la série des conditions n'est pas donnée seulement dans les choses en soi, elle l'est déjà réellement arec elles; donc aussi le conditionné. Mais dans les phénomènes, le premier cas seul a lieu.
599; L'argument qui précède est dope un sophisma figurœ dictionis. Dans la majeure, le conditionné est pris dans le sens transcendante d'une catégorie pure; mais dans la mineure, il est pris dans le sens empirique d'un concept intellectuel, appliqué à de purs phénomènes.
600. Mais la discorde des deux partis n'est pas encore apaisée par là, il faut de plus qu'ils soieut convaincus qu'ils se disputent pour rien . C'est ce qu'il s'agit de faire voir.
601.' Zenon d'Elée avait raison dam ses assertions, quoiqu'il paraisse nier deux propositions réciproquement contradictoires. Les propositions contradictoires qu'il niait tombaient toutes deux, parce qu'elles supposaient une condition sans fondement.
602. Exemple. Si quelqu'un dit que tout corps sent ou bon ou pas bon, les deux propositions peuvent être fausses, parce que quelque chose de faux est supposé, à savoir qu'il sent quelque chose, C'est une simple opposition (per disparata), mais pas une opposition contradictoire.
603. Application. Si je dis, en conséquence, que le monde est ou Uni ou infini quant à l'espace, les deux choses peuvent être fausses, à savoir, dans le cas où le monde n'est pas considéré comme une chose en soi, et où il n'est donné, quant à la grandeur, ni comme fini ni comme infini. Cette opposition peut s'appeler dialectique, celle de contradiction, s'appelle logique.
604. Si l'on regarde les deux propositions précédentes comme contradictoirement opposées, on suppose alors que le monde est une chose en soi. Mais si l'on ne fait pas cette supposition, ce n'est plus qu'une opposition dialectique. Elle ne se rencontre que dans la régression empirique des phénomènes et n'est point en soi.
605. Il en est de même de toutes les autres idées cosmologiques. La sérié des. conditions n'est que dans la synthèse même, et non eu soi dans le phénomène.
606. Ainsi l'antinomie de la raison pure est levée par l'idéalité