La raison, considérée comme faculté d'une cer
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taine forma logique delà connaissance, est la faculté de conclure, c'est-à-dire déjuger médiateraent (par la sub* sumption de la condition d'un jugement possible à la condition d'un jugement donné). Le jugement donné est la règle générale (Major). La subsumption de la condition de l'autre jugement possible sous la condition de la règle est la mineure (Minor) . Le jugement véritable qui énonce l'assertion de la règle dans le cas subsumé est la conclusion {Conclusio). La règle exprime quelque chose d'universel sous une certaine condition. Or, la condition de la règle a eu lieu dans un cas qui se présente. Par conséquent, ce qui vaut sous cette condition générale est aussi regardé comme valable dans le cas présent (gui emporte avec lui cette condition). On voit facilement que la raison parvient à la connaissance par les opérations de l'entendement, qui forment une série de conditions. Si je n'arrive à cette proposition : tous les corps sont muables, que par cela seul que je pars d'une connaissance plus éloignée (dans laquelle le concept de corps ne se trouve pas encore, mais qui cependant en contient la condition), et que je commence par dire : tout composé est muable; — que j'avance ensuite de celle-ci à une plus proche qui est soumise à la condition de la première : les corps sont composés; — et enfin de celle-ci à une troisième qui lie maintenant la connaissance éloignée (muable) à la connaissance actuelle, et que j'aie ainsi : donc les corps sont muables , — je suis alors conduit par une série de conditions (prémisses) à une connaissance (conclusion). Or, toute série dont l'exposant (du jugement catégorique ou hypothétique) est donné, pouvant être poursuivie, nous sommes conduits par ce même, procédé de la raison à un
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raisonnement polysyllogistique (ratiocinatio polysyllogistica), qui est une série de conclusions, série qui peut être continuée indéfiniment, soit du côté des conditions (per prosyllogismos) , soit du côté des conditionnés (per episyllogismos) .
436. Mais on remarque bien vite que la chaîne ou série de ces prosyllogismes, c'est-à-dire des connaissances poursuivies en s'élevant aux principes ou conditions d'une connaissance donnée; en d'autres termes, que la série ascendante des raisonnements doit cependant se comporter, relativement à la raison , autrement que la série descendante ou progression de la raison vers le condif tonné, par épisyllogismes. Dans le premier cas, en effet, la connaissance [conclusio) ne nous étant donnée que comme conditionnée, on n'y peut parvenir au moyen de la raison qu'en supposant au moins que tous les membres de la série sont donnés du côté des conditions (totalité dans la série des prémisses), parce que le présent jugement a prioririest possible que sous leur supposition. Au contraire, en allant des conditions au conditionné ou conséquences, on conçoit seulement une série qui n'est qu'a venir, et qui n'est pas totalement parcourue ou donnée, par conséquent une série qui n'est qu'une progression facultative ou virtuelle. Si donc une connaissance est considérée comme conditionnée, alors la raison est forcée d'envisager la série des conditions en ligne ascendante comme consommée et donnée dans sa totalité. Mais si cette même connaissance est en même temps considérée comme condition d'autres connaissances qui composent entre elles une série de successions en ligne descendante , la raison n'a pas à rechercher jusqu'où cette progression s'étend a parte n. »
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posteriori, ni surtout si la totalité de cette série est possible, parce qu'elle n'a pas besoin d'une pareille série pour la conclusion dont il s'agit, celle-ci étant suffisamment déterminée par ses principes a parte priori. Or, que la série des prémisses ait du côté des conditions un point de départ comme condition suprême, ou qu'elle n'en ait pas, et quelle soit par conséquent sans fin a parte priori, elle doit cependant contenir la totalité de la condition, posé même que nous ne puissions jamais parvenir à l'embrasser ; et il faut que la série totale soit absolument vraie, si le conditionné, qui est conçu comme une conséquence, doit valoir comme vrai. C'est là une exigence de la raison, qui présente sa connaissance sous un double aspect : ou comme déterminée a priori et nécessaire, c'est-à-dire en soi, et alors il n'est besoin d'aucun principe; — ou comme dérivée, et dans ce cas, elle la présente comme un membre d'une série de principes absolument vraie.
section m.
Système des Idées transcendantales.
437. Il ne s'agit pas ici d'une dialectique logique, qui fait abstraction de tout contenu de la connaissance, et révèle seulement les fausses apparences dans la forme des raisonnements; mais bien d'une dialectique transcendantale, qui doit contenir absolument a priori l'origine de certaine connaissance tirée de la raison pure, ei celle de concepts conclus, dont l'objet ne peut absolument pas être donné empiriquement, et qui, par conséquent , sçmt absolument en dehors de l'entendement pur, Nous avons déjà reconnu , par le rapport naturel
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de l'usage transcendantal que noire connaissance doit avoir dans les raisonnements et les jugements avec l'usage logique, qu'il n'y a que trois sortes de raisonnements dialectiques, lesquels se rapportent aux trois manières dont la raison peut aller de prémisses à conséquences, et qu'en tout son objet consiste à s'élever de la synthèse conditionnée, à laquelle l'entendement reste toujours attaché, à la synthèse absolue qu'il ne peut jamais atteindre.
438. Or, l'universel de tous les rapports dont nos représentations sont susceptibles est : 1° le rapport au sujet ; 2° le rapport aux objets, soit comme phénomènes , soit comme objets de la pensée en général. Si l'on rapproche cette subdivision de la précédente, tout rapport des représentations dont nous pouvons nous faire ou un concept, ou une idée, devient alors triple : 1° le rapport au sujet, 2° le rapport à la diversité do l'objet dans le phénomène , 3° le rapport à toutes les choses en général.
439. Or, tous les concepts purs en général s'occupent de l'unité synthétique des représentations ; mais les concepts do la raison pure (idées transcendantales) ont pour but l'unité synthétique de toutes les conditions en général. Toutes les idées transcendantales se réduisent à trois classes, dont la première contient Y unité absolue (inconditionnée) du sujet pensant; la seconde, Y unité absolue de la série des conditions du phénomène; la troisième , Y unité absolue des conditions de tous les objets de la pensée en général.
440. Le sujet pensant est l'objet de la Psychologie; l'ensemble de tous les phénomènes (le monde) , l'objet de la Cosmologie; et ce qui contient la première condi-
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tion de la possibilité de tout ce qui peut être pensé (l'être de tous les êtres), est l'objet de la Théologie. Par conséquent la raison pure donne l'idée d'une science transcendantale de l'âme (Psychologia rationalis), d'une science transcendantale du monde (Cosmologia rationalis), enfin aussi d'une connaissance transcendantale de Dieu (Theologia transcendentalis) . La simple esquisse de Tune ou de l'autre de ces-sciences ne provient point de l'entendement, quand même il serait joint à l'usage logique suprême de la raison , c'est-à-dire à tous les raisonnements imaginables, de manière à pouvoir s'avancer de l'un de ses objets (phénomènes) à tous les autres, jusqu'aux membres les plus reculés de la synthèse empirique; mais elle est simplement un produit pur et authentique, ou un problème de la raison pure.
441. On fera pleinement connaître dans le chapitre qui suit quels sont, sous ces trois titres de toutes les idées transcendan taies, les modes des concepts rationnels purs. Ils suivent le fil des catégories; car la raison pure ne concerne jamais directement les objets, mais seulement les concepts de l'entendement relatifs aux objets. Ce n'est même que dans la complète exécution da notre travail que l'on verra clairement la manière dont la raison, par l'usage synthétique de la même fonction précisément qu'elle remplit dans les raisonnements catégoriques, doit nécessairement s'élever aux concepts de l'unité absolue du sujet pensant ; — comment le procédé logique , dans les idées hypothétiques , doit nécessairement arriver à l'unité de l'absolument inconditionné dans une série de conditions données ; — comment, enfin, la simple forme du raisonnement disjonctif conduit au concept rationnel suprême d'un être de tous
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les êtres en soi. Cette pensée, au premier coup d' œil, parait cependant très paradoxale.
442. Aucune déduction objective proprement dite, semblable à celle que nous avons établie pour les catégories, n'est possible pour ces idées transcendantales ; car, dans le fait, elles n'ont aucun rapport à un objet qui puisse leur être adéquatement donné, par la raison précisément qu'elles ne sont que des idées. Nous pouvons en tenter une dérivation subjective de la nature de notre raison; aussi lavons-nous fait dans le présent chapitre.
443. On voit facilement que la raison pure n'a d'autre but que la totalité absolue de la synthèse du côté des conditions (soit d'inhérence, ou de dépendance, ou de concurrence), et qu'elle n'a pas à s'occuper de l'intégralité absolue par rapport au conditionné; car elle n'a besoin de la première que pour supposer la série totale des conditions , et pour la donner ainsi a priori, à l'entendement, Mais une condition intégrale (et absolue) une fois donnée, il n'est plus besoin d'un concept rationnel par rapport à la progession de la série, puisque l'entendement fait de lui-même chaque pas en avant de la condition au conditionné. De cette manière, les idées transcendantales ne servent qu'à s'élever dans la série des conditions jusqu'à l'absolu , c'est-à-dire jusqu'aux principes. Mais, s'il s'agit de descendre au conditionné, la raison fait bien, des lois de l'entendement, un usage logique qui s'étend fort loin, mais elle n'en fait pas un usage transcendantal. Quand nous nous faisons une idée de la totalité absolue d'une telle synthèse (du progressus), par exemple, de la série entière de tous les changements futurs, nous n'avons le qu'une fiction
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(ens fatioms), qui u est pensée qu'arbitrairement, mais qui n'est point posée nécessairement par la raison. Pour que le conditionné soit possible, la totalité de toutes ses conditions est sans doute nécessaire , mais non celle de ses conséquences. Un tel concept n'est donc point une idée transcendantale dont nous ayons à nous occuper ici.
444. Enfin, Ton aperçdtt aussi qu'entre les idées transcendantales mêmes il se manifeste un certain enchaînement, une certaine unité, et que la raison pure réduit par ce moyen toutes ses connaissances en un système. Passer de la connaissance de soi-même, del'ftme, à la connaissance du monde, et par le moyen de celle-ci à celle de l'Être premier , est une marche m naturelle, qu'elle semble pareille à celle de la raison lorsqu'elle va des prémisses à la conclusion (I). Or, la question de savoir s'il y a réellement ici une analogie de la nature de celle qui existe entre le procédé logique et le procédé transcendantal, ne doit non plus recevoir sa soiu-
(I) La métapbysiqne a ponr objet propre de ses investigations, Dieu, la liberté et l'immortalité; de telle manière que le deuxième concept, joint au premier, doit conduire au troisième comme à une conséquence nécessaire. Tout ce dont cette science s'occupe d'ailleurs lui sert simplement de moyen pour parvenir à ces idées et à leur réalités Elle n'a pas besoin de la physique; elle doit s'élever au-dessus de la nature. La parfaite connaissance de ces trois objets rendrait la théologie, la morale, et par l'union de Tune et de l'autre, la religioni par conséquent la fin la plus élevée de notre existence, exclusivement dépendante de la faculté rationnelle de spéculer. Dans une représentation systématique de ces idées, l'ordre exposé, comme ordre synthétique, serait le plus convenable; mais dans le traité qui doit nécessairement la précéder, l'ordre analytique, l'inverse du précédent, sera plus approprié à notre dessein de nous élever de ce que l'expérience nous donne immédiatement, c'est-à-dire (Je la psychologie, à la cosmologie, et de là jusqu'à la connaissance de Dieu.
Cette note n'était pas dans la première édition. — T.
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tion que dans la suite de ces recherches. Déjà nous avons atteint provisoirement notre but, puisque nous avons pu faire sortir de l'état d'ambiguïté les concepts trancendantaux de la raison, si souvent confondus d'ailleurs dans la théorie des philosophes , qui ne la distinguent même pas nettement des concepts de l'entendement. Nous avons pu , en effet, en donner l'origine en même temps que le nombre déterminé, et les présenter en un ensemble systématique, si bien que le champ par* ticulier de la raison pure a été jalonné et circonscrit.