‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 5 sur 49 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Des raisonnements dialectiques de la raison pure.

445. On peut dire que l'objet d'une idée purement transcendantale est quelque chose dont on n'a aucun concept, quoique cette idée ait été produite nécessairement dans la raison d'après ses lois originelles. Car, en effet, il n'y a pas de concept intellectuel possible d'un objet qui doit être adéquat à l'exigence de la raison, c'est-à-dire un concept tel qu'il puisse être montré et rendu perceptible dans une expérience possible. On s'exprimerait cependant mieux, et avec moins de danger de se tForaper, si Ton disait que nous ne pouvons avoir aucune connaissance d'un objet correspondant à une idée , quoique nous puissions en avoir un concept problématique.

446. Or, la réalité transcendantale (subjective) des concepts rationnels purs tient du moins à ce que nous sommes conduits à ces idées par un raisonnement nécessaire. Il y a donc des raisonnements qui n'ont pas de

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prémisses empiriques, et par le moyen desquels nous concluons de quelque chose que nous connaissons à quelque chose dont nous n'avons aucun concept, et à quoi nous accordons néanmoins une réalité objective par Teffet d'une apparence inévitable. Ces sortes de raisonnements doivent donc plutôt s'appeler, par rapport à leur résultat, paralogismes que raisonnements. Ils peuvent cependant prendre ce dernier nom, si on les envisage par rapport à leur occasion, car ils ne sont pas fictifs ou fortuits, mais ils résultent de la nature de la raison. Ce sont des sophistications [Sophisticationen] , non des hommes, mais de la raison pure, dont les plus sages ne peuvent s'affranchir : peut-être qu'à la vérité ils éviteront l'erreur après bien des peines, mais ils ne pourront jamais se délivrer de l'apparence qui les joue sans cesse.-

447. Il n'y a donc que trois sortes de ces raisonnements dialectiques, autant qu'il y a d'idées auxquelles les conséquences de ces raisonnements aboutissent. Dans le raisonnement de la première classe, je conclus du concept transcendantal du sujet, concept qui ne renferme point de diversité, à l'unité absolue de ce sujet même, dont je n'ai de cette manière aucun concept. J'appellerai, ce raisonnement dialectique le Paralogisme transcendantal. La seconde classe de ces raisonnements sophistiques a pour base le concept transcendantal delà totalité absolue de la série des conditions d'un phénomène donné en général. De ce que j'ai toujours un concept contradictoire de l'unité synthétique inconditionnée de la série, d'un côté, je conclus de l'autre la légitimité de l'unité contraire, dont je n'ai cependant aucun concept. J'appellerai antinomie de la raison pure l'état

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de la raison dans ses raisonnements dialectiques. Enfin, d'après la troisième espèce de ces raisonnements sophistiques, je conclus de la totalité des conditions pour la pensée des objets en général , en tant qu'ils peuvent m'être donnés, l'unité synthétique absolue de toutes les conditions de la possibilité des choses en général. C'està-dire que je conclus de choses que je ne connais pas, quant à leur simple concept transcendantal, à un être de tous les êtres que je connais encore bien moins, d'après son concept transcendantal , et de la nécessité absolue duquel je ne puis former aucun concept. J'appellerai ce raisonnement dialectique Y Idéal de la raison pure.

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