‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 42 sur 49 · Elle ne peut être autorisée · texte numérisé non relu

Elle ne peut être autorisée

1) Parce que la raison n'est absolument pas conduite plus loin par là, mais qu'elle met au contraire obstacle à tout progrès de son usage;

2) Parce que cette licence pourrait à la fin compromettre tous les fruits de l'expérience.

918. La seconde chose requise pour l'admissibilité d'une hypothèse, c'est sa suffisance : s'il faut, pour soutenir une hypothèse, en faire une

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nouvelle, tout n'est plus qu'une fiction. C'est ainsi que l'hypothèse d'une cause infiniment parfaite du monde a besoin d'une autre hypothèse pour expliquer les désordres et le mal.

919. Il n'est pas permis tfopiner dans le champ de la raison pure; ce serait jouer avec sa pensée que d'avoir simplement l'opinion qu'on trouvera peut-être la vérité sur la route incertaine du jugement.

920. Dans l'usage polémique de la raison pure, au contraire, des hypothèses sont admissibles pour se défendre, c'est-à-dire pour éluder les vues spécieuses de l'adversaire qui pourraient porter atteinte à la thèse que nous avons avancée.

921 . Cet adversaire dans le champ de la raison pure est en nousmêmes, car la raison spéculative dans son usage transcendantal est dialectique en soi. Le repos intérieur n'est qu'apparent.

922. i" exemple. Des hypothèses font donc aussi partie d'une armure complète contre cet adversaire. Par exemple contre cette difficulté, que nos facultés intellectuelles semblent dépendre des organes, l'hypothèse que le corps est le phénomène fondamental, par conséquent pas la cause, mais simplement la condition restrictive de la pensée; que la séparation du corps est la fin de cet usage sensible de notre intelligence et le commencement de son usage intellectuel.

923. 2* exemple. On se sert, pour répondre à l'objection prise de la contingence des créations contre l'éternelle durée, de l'hypothèse transcendantale que toute vie n'est proprement qu'intelligible et n'est absolument pas soumise aux changements de temps.

924. Ces hypothèses ne peuvent s'affirmer sérieusement. Tout ceci n'est pas même une idée de raison ; mais il est cependant conforme à la raison de procéder ainsi pour faire voir à l'adversaire que l'on peut toujours opposer de pures possibilités à d'autres possibilités.

925. Ces. hypothèses n'ont de valeur que contre des prétentions transcendantal es. Ce qu'affirme la raison pure doit être nécessaire, ou ce n'est rien. Dans le fait, elle ne contient donc pas d'opinions. Ces hyothèses ne sont que des jugements problématiques qui ne peuvent être ni prouvés ni réfutés, et qu'il faut retenir en cette qualité.

926. Les preuves de propositions transcendantales et synthétiques ont cela de propre, que la raison ne doit pas s'y appliquer directement par le moyen de ses concepts à l'objet, mais que la validité des concepts et la possibilité de leur synthèse doit être recherchée a priori. Cette règle concerne l'essence et la possibilité des preuves mêmes. La preuve fait toujours voir que l'expérience ne serait pas possible sans cette liaison.

927. Mais si la proposition est une affirmation de la raison pure en

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dehors de toute expérience, la possibilité en doit être justifiée; et alors il est nécessaire, pour s'épargner une peine inutile, de se demander auparavant de quelle manière et par quel moyen on peut attendre une semblable extension par raison pure, et d'où Ton prétend tirer en pareil cas ces aperçus.

928. Première règle. On ne doit chercher aucune preuve transcendantale, sans avoir auparavant réfléchi et s'être rendu raison d'où l'on veut prendre des principes à cet effet.

929. Deuxième règle. Toute proposition transcendantale ne peut avoir qu'une seule preuve.

930. Pteuve. Toute proposition transcendantale ne part que d'un concept et énonce la condition synthétique de la possibilité de l'objet d'après ce concept. Or, il n'y a rien de plus que ce concept par quoi l'objet puisse être déterminé; la preuve ne peut donc rien contenir que la détermination d'un objet en général d'après ce concept, qui n'est non plus qu'un concept unique, et par conséquent la preuve ne peut être qu'unique.

931. La critique des affirmations rationnelles est ainsi réduite à très peu de chose.

932. Troisième règle* Des preuves transcendantales ne doivent jamais être apagogigues, mais toujours ostensives.

933. La cause propre de l'usage( des preuves apagogïques dans différentes sciences tient à ce que, si les fondements d'une connaissance sont trop profondément cachés, on essaie si l'on ne pourrait pas les atteindre par les conséquences. Si toutes les conséquences possibles d'une connaissance sont vraies, elle est elle-même vraie. Mais s'il n'est pas possible de rechercher toutes les conséquences possibles, on ne peut cependant jamais convertir sur cette voie une hypothèse en vérité démontrée. Mais si l'on peut faire voir du contraire qu'une seule conséquence est fausse, alors le contraire lui-même est faux.

934. Mais la preuve apagogique n'est permise que dans les sciences où il est impossible de substituer le subjectif de nos représentations i l'objectif; quand au contraire la chose est possible, alors la thèse et son antithèse peuvent facilement être fausses, sous une condition subjective que Ton répute faussement objective.

935. En mathématiques, où cette subreption est impossible, la preuve apagogique est permise; en physique cette subreption peu être évitée par plusieurs observations comparées, mais la preuve apagogique y est de nulle valeur. Dans la philosophie transcendantale cette subreption est ordinaire et inévitable ; la preuve apagogique ne peut donc y être permise.

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936. Le mode de preuve apagogique est aussi l'illusion propre des raisonnements.

937. L'utilité de toute philosophie de 'a raison prre est négative, parce que cette philosophie ne découvre pas la vérité, mais garantit seulement de Terreur.

938. Il doit cependant y avoir quelque part une source de connaissances positives, probablement sur la voie de son usage pratique.

939. Un canon est l'ensemble des principes a priori dû légitime usage de certaines facultés de connaître en général. Mais il n'y a aucun canon de l'usage spéculatif de la raison pure, si toutes les connaissances synthétiques sont impossibles pour cet usage.

940. Question. La tendance de la raison à s'élever au-dessus de Fusage empirique, a-t-il d'autre fondement que son intérêt spéculatif, ou repose- t-il uniquement sur son intérêt pratique?

941. Cette tendance concerne les problèmes dont la solution est la fin dernière de la raison, qu'elle puisse ou non atteindre cette Un.

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