La foi doctrinale a quelque chose de chancelant
988. La foi morale ne peut, au contraire, être ébranlée par rien, parce que mes principes moraux mêmes seraient par là renversés. L'action étant nécessaire, son unique condition (Dieu et une vie future) doit nécessairement être admise.
989. Nous sommes donc moralement certains qu'il y a un Dieu ; c'est-à-dire que la foi à un dieu et à une vie à venir est tellement liée à notre sentiment moral qu'il faudrait perdre le dernier si la première venait de cesser en nous.
990. Si quelqu'un était tenté de nier l'existence de la moralité comme fait et de regarder toutes les actions comme indifférentes, il ne pourrait cependant pas, pour cela, s'affranchir de tout intérêt pour elle; et, comme il ne peut pas savoir avec certitude qu'il n'y ait pas de Dieu, pas de vie future, et qu'il pourrait toujours redouter encore ces deux choses, une telle foi serait négative.
991. Question. Ces deux articles de foi sont-ils donc tout ce que fait la raison pure, et le sens commun n'aurait-il pas pu les produire sans consulter là-dessus les philosophes?
992. Réponse. Oui. La philosophie la plus élevée ne peut rien dé-
Digiti
zedby G00gle
couvrir de ce qu'on ne peut pas d'abord apercevoir sans elle ; par rapport à la un essentielle de la nature humaine, elle ne peut donner que la direction également départie par la nature au sens commun.
993. L'architeetonique est l'art des systèmes ; elle fait nécessairement partie de la méthodologie, parce qu'elle est la théorie de ce qu'il y a de scientifique dans notre connaissance, et qui convertit la connaissance commune en science.
994. Nos connaissances doivent former un système sous la direction de la raison, c'estrà-dire avoir de l'unité sous une idée qui contient la fin et la forme du tout qui leur convient. Le tout est donc articulé, organisé et non entassé, mais il ne peut pas augmenter extérieurement.
99*. L'idée a besoin, pour l'exécution d'un schème, c'est-à-dire d'une diversité essentielle déterminée a priori par le principe de la fin et d'un ordre des parties, ou d'une circonscription et d'une division du tout en parties, conformément à l'idée.
996. On doit expliquer et déterminer une science d'après cette idée et non d'après la description de l'auteur, car souvent l'auteur n'a pas pu en déterminer l'unité systématique (l'organisation) et les limites.
997. Si la raison est toute la faculté supérieure de connaître, le rationnel est par conséquent opposé à l'empirique; et si l'on commence par le point où le tronc commun de notre intelligence se bifurque, et dont une des branches est précisément la raison, on obtient l'architeetonique suivante :
998. Toute connaissance quant à la forme est : ou historique ( ex datis), ou rationnelle (ex principlis).
999. Toute connaissance rationnelle est : ou philosophique (par concepts), ou mathématique (par construction des concepts).
1000. Le système de toute la connaissance philosophique est la philosophie. Elle est la simple idée d'une science possible qui n'est donnée nulle part in concreto. On ne peut donc pas proprement enseigner la philosophie, mais seulement à philosopher.
1001. Jusque-là le concept de la philosophie n'est qu'un concept seolastique ; mais il y a encore un concept vulgaire de la philosophie : elle est, à ce dernier point de vue , la science du rapport de toute connaissance aux fins essentielles (téléologie) de la raison humaine.
1002. Dans ce sens, le philosophe serait un maître en idéal des mathématiques, de la physique et de la logique, comme organe, pour procurer les fins essentielles de la raison humaine.
Digiti
zedby G00gle
4003. Le moraliste s'appelle donc xa-r' cÇo^jv un philosophe, parce que la morale est la philosophie de toute la destinée de l'homme on de sa fin.
4004. La philosophie n'a que deux objets : la nature et la liberté. La philosophie de la nature concerne tout ce qui est ; celle des mœurs ne s'occupe que de ce qui doit être.
1005. Toute philosophie est ou pure «(connaissance par raison pure), ou empirique (connaissance par principes empiriques).
1006. Maintenant, la philosophie de la raison pure est ou propédeutique (critique), ou la science même (le système de la raison pure) ; les deux, réunies, s'appellent aussi métaphysique.
1007. La métaphysique se divise en métaphysique de la nature (de l'usage spéculatif de la raison pure), et en métaphysique des mœurs (de l'usage pratique de la raison pure).
1008. Il est important de distinguer les connaissances, car c'est pour avoir jusqu'ici négligé de le faire que la métaphysique est tombée dans le mépris.
1009. La métaphysique de la nature, qui considère tout a priori par concepts, en tant qu'il existe, se divise de la manière suivante :