CHEVALERIE
La gigolelte va-t-elle mourir?
Aussi pâle que la craie, les cils blonds collés par les pleurs, la mousse des cheveux mouillée de maie sueur, elle n'est plus qu'une petite chose roide et sèche sous la couverture.
Malgré les larmes silencieuses illuminant ses joues, la mère ne néglige pas le pot-au-feu qui bourdonne sur la fonte rougie du poêle.
« Malheur ! malheur ! » répète Arthur et il enfonce davantage sa casquette de ses deux mains agriffées à la ganse.
Il quitta la môme, hier, sur les minuit. Elle partait avec un triste vieillard aux longs cheveux d'artiste. Le pressentiment? Ill'eut. D'abord, ça l'étreint toujours au cœur lorsqu'elle accepte ainsi de suivre des tentateurs inconnus pour la nuit entière.
Mais les pauvres diables peuvent-ils aimer sans partage comme les flics, les bourgeois, les princes!
Personne n'avait voulu le prendre comme frotteur à cause de son allure chétive. Les maçons pré-
fèrent les gars de la campagne pour les servir, et, dans les ateliers aux travaux simples, on embauche plutôt les fils des anciens ouvriers vieillissant à la tâche.
La gigolette courait donc au dehors le hasard des rencontres favorables.
Le sort ne marque-t-il pas d'avance les hommes?
Au reste ils ne se chérissent que plus. La tendresse d'Arthur se double d'une fervente reconnaissance pour la douceur de vivre qu'elle lui assure; et elle s'attache à lui par le sentiment môme qui lie le sauveteur au sauvé, ce sentiment de gratitude envers qui nous ofTre le motif d'une belle action, d'un sacrifice.
Va-t-elle mourir, à présent, la gigolette ?
Si durement elle respire de ses petits seins essoufflés ; sa bouche mignonne se crispe d'angoisse.
« Sûr : c'est les bronches ! » murmure la mère écumant le pot, tandis que, pour dissimuler sa convoitise, le chat malicieux feint do se laver l'aisselle.
« Les bronches! » Arthur hausse les épaules. Les bronches s'abîment-elles à ce point, en quelques heures? Il l'a trouvée, demi-morte, ce matin, au fond du fiacre qui la ramenait. « Les bronches!! » Evidemment, le pante a martyrisé la gigolette; et il attend qu'elle récupère la vie pour savoir l'adresse du triste vieillard. Avec le père, il ira l'attendre. A eux deux, ils se chargeront du compte.
«Cinquante francs! s'il croit s'en tirer avec ses cinquante francs... On n'achète pas tout... Et, vous savez, la mère, je les lui rapporterai ses cinquante francs; je les lui ferai manger, ses cinquante