L'INÉLUCTABLE
Ce document, curieux sans doute, qui me fut communiqué, montre comment la pensée s'objective malgré vous, lorsque la volonté la couve.
Ce fut un temps de grande misère, pour moi, que cet an 188... L'hiver marqua depuis parmi les saisons rigoureuses.
J'avais épuisé la complaisance des amis. Le délabrement des bardes, me retenait loin des endroits qu'ils fréquentaient. Dès le début du gel je vécus de petites escroqueries, revendant les livres de science que m'avaient donnés àcréditdeux outrois libraires assez compatissants et intéressés à mes études sur l'aérostation. Enfin^ au do janvier le propriétaire fit saisir les quelques meubles anciens, débris de mon héritage, qui garnissaient encore le logement exigu, et, par charité, accorda une mansarde sous les zincs du toit. Je passais les jours et les nuits, couché dans un amas de haillons, attendant que la faim achevât la besogne du mauvais sort.
On croiraitdifQcilement comme la vie s'obstine au corps des misérables. Sans autre nourriture que de puantes croûtes à demi délayées dans l'eau, les extrémités étreintes par l'étau du froid, j'espérai une semaine en vain la visite de Mob, la grande faucheuse des légendes.
Le dimanche était l'anniversaire de ma naissance. Le trentième hiver de cette existence sinistre allait passer.
Pourquoi me levai-je? L'idée monotone du suicide chantait bien encore son antienne ridicule. Mais je savais trop que la lâcheté de ma chair se refuserait au seul sacrifice un peu noble qui restât possible.
Cependant, et pour la centième fois peut-être, je tressai en forme de corde quelques lambeaux d'étoffe. J'examinai la poutre destinée par mes réflexions à l'usage mortel; et puis, comme je me soutenais à peine, je me laissai défaillir, tout heureux de ce prétexte qui remettait l'exécution.
Et devant cette ignominie de l'animal où vivait ma pensée splendide, une si grande pitié me tint que je résolus de tenter à nouveau la lutte...
Oui, ma foi, je descendrais par les rues et j'irais devant les vitrines pleines de gaz réchauffer la lamentable carcasse au spectacle civilisateur du feu.
Une croûte de glace couvrait la mince lame de verre par où le jour se filtrait ; terne et nul.
Oui, certes je descendrais dans la vie, armé de bon vouloir et de platitude. Car, il fallait bien le reconnaître, l'orgueil seul, le démon d'orgueil me tuait;
Halluciné par la merveille de mes découvertes (de quoi modifier du tout au tout la face des socié-
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tés humaines et les apparences de la planète) je n'avais voulu entreprendre ces minimes travaux de vulgarisation, ces études obligeamment sujettes des théorèmes formulés par les potentats de l'Institut, de ces mémoires sur les œuvres des savants officiels, qui, publiés dans des recueils puissants, entretiennent leur auteur enfin utile aux seuls détenteurs patentés du Vrai scientifique...
Pourtant quelle misère, cette science officielle, auprès de ma vaste théorie des « Inversions Moléculaires! »
Chimère? non pas. Vingt journaux, cinquante revues spéciales avaient, en France aussi bien qu'à l'étranger, développé dans leurs colonnes les principes de ce miraculeux système qui synthétisait les problèmes des forces. On y prônait la puissance spéculative de l'inventeur. Ah ! comme je croyais, ces six semaines oîi s'imprimèrent tant d'éloges sur mon nom, comme je croyais venu le jour béni et réalisateur. Ensuite il avait fallu s'adresser aux pouvoirs, courir les bureaux des Facultés et des Instituts ; piétiner dans les salles des ministères. Et, durant des ans, des ans, j'avais assisté au terrible étouffement de l'Idée assassinée, ensevelie par l'ambition des hommes qui auraient perdu leur prestige devant le triomphe d'une théorie contraire à leurs enseignements lucratifs. L'Idée générale, universelle, capable du miracle définitif, l'Idée vaincue par le sale instinct de l'individu ! J'ai vu ce crime mille fois plus atroce que les banals meurtres dont se repaissent les publics de cour d'assises ! Entraver le mouvement de la Race, retarder le soulagement
de l'humanité entière pour contenter ces basses satisfactions matérielles de quelques vieillards parvenus au commandement par la ruse et la chance î Voilà ce que j'ai vu...
Un assassinat, mille assassinats ! Car enfin des vies humaines finissent à chaque minute, par le monde, faute du spécifique découvert et méconnu. Ne sont-elles pas, ces morts, imputables à l'égoïsme affreux des puissants?
Je reprendrai la lutte puisque le courage de mourir seul m'abandonne, mais non plus vainement.
Non plus vainement. Il s'agit en effet de réfléchir avec quelque solidité aux moyens... aux moyens de sortir de cette extrême misère où je m'affole, d'obtenir l'argent nécessaire aux expériences qui doivent inaugurer l'ère de l'industrie nouvelle et la gloire de mon nom.
Je descendis assez hagard, et halluciné par le jeûne, dans un brillant soir d'hiver parisien. Les globes électriques rayonnaient sur les parvis elles places, les kiosques flambaient de leurs vitres polychromes, les tavernes somptueuses dégorgaient des rastaquouères et des boyards, des courtisanes merveilleuses sous leurs masques de fards et l'éclat roux des chevelures cerclées de flligranes d'or.
Des hommes presque aussi minables que moi se précipitaient pour ouvrir les portières des voitures., et recueillir ainsi le hasard d'une aumône. Je tentai de faire comme eux, mais le courage me manqua. Et puis, vraiment, ce n'était pas pour nourrir ma chair que je m'humilierais tant !
Je compris vite qu'il me fallait tout d'abord re-
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noncer à l'illusion d'acquérir un gain c honnête »• Jamais l'orgueil ne se plierait aux basses et nauséabondes besognes que l'égoïsme des traitants qualifie de « travail libre. »
De quel droit d'ailleurs ces brutes magnifiques, gorgées par la sottise du sort, asserviraient-elles mon génie à leurs immondes appétits immédiats ?
Puisqu'elles niaient la lumière, il importait qu'elle s'imposât en éclatant formidable et maîtresse, dut-il s'ensuivre le meurtre d'une individualité négative.
Ainsi pensant, je parcourus les boulevards agités par les porteurs de luxes, je m'enfonçai dans les tortes ruelles du centre, les impasses étroites oii la pieuvre du Trafic engraisse sans air, etj'arpentai les énormes avenues des faubourgs bordées par les casernes funéraires où aime et dort le bétail industriel.
Quand je m'arrêtai, une aurore de brumes montait sur la ville, et le fleuve roulant ses eaux limoneuses se chargeait de chalands.
En vain essayai-je, dans ce réveil, de préciser les suites d'idées associées pendant la marche nocturne. Je ne pus reconstituer les démonstrations qui m'avaient induit à me résoudre.
Car, sans que j'en connusse les motifs exacts, ni leur déduction, j'étais, dès ce matin-là, résolu au meurtre.
« La société m'accule au suicide, répétais-je ; elle m'affame et me désigne pour la mort parce que je refuse l'humiliation de ma pensée. Me voici dans le cas de légitime défense. Le droit me vient de tuer
pour garder ma vie. Sur le plus servile, sur la moindre valeur morale rencontrée, je prélèverai mon droit de défense. »
Ces paroles, encore que très obscures, me grimaient comme d'une logique lucide et parfaite. Il me parut que je renaissais à l'existence militante avec maintes chances de victoire. Et c'était aussi une excessive fierté d'avoir rompu la série des influences de race, d'éducation, de mœurs, pour accepter comme fait vital, le sacrifice humain.
Aussitôt je proscrivis à jamais de ma mémoire les regrets et les hésitations; je songeai aux seules possibilités d'accomplir mon dessein de façon lucrative et sûre.
Puisqu'il me fallait encourir la plus rigoureuse peine de la loi, il importait de choisir une victime telle que les avantages procurés par sa disparition pussent compenser un pareil risque. En un mot, il était indispensable que le crime me valût la fortune définitive, si j'échappais à la vindicte sociale.
La difficulté du troc pour les diamants ou les valeurs de Bjurse écarta toute pensée de sévir contre quelque marchand de bijoux ou changeur. Peu de personnes gardent leur bien en espèces, et les espèces seules, espèces ou billets de banque, peuvent se transmettre facilement sans dénoncer le porteur.
Il existe tout une catégorie d'employés, qui, aux jours d'échéance, reçoit une forte quantité d'espèces et se promène avec cette charge par les quartiers étroits et sombres où le trafic prospère. La victime de ma défense serait un garçon de recettes. Le bonbeur de certains attentats rapportés par les journaux
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offrait un suffisant exemple pour m'affermir dans ce choix.
Tout ce raisonnement s'édifiait avec une certitude qui m'enchanta. Dans l'enthousiasme de ma foi à une réussite immanquable, je me déterminai à préparer aussitôt l'exécution.
Une circonstance m'aida beaucoup. Parmi les êtres qui avaient paru s'émouvoir de quelque compassion pour ma misère, la concierge de ma maison où je logeais, une grosse paysanne percheronne, ronde, massive et barbue, me plaisait le plus. Bien que j'eusse refusé son aide, je cherchais son salut et son sourire quand ilm'arrivait de descendre les étages. Elle vivait avec un neveu employé le jour au Crédit Bordelais, cette immense institution d'escompte et d'échange. Le propriétaire y remplissait les fonctions de censeur, et il m'avait invité, par l'intermédiaire de la percheronne, à solliciter un emploi semblable à celui du neveu, emploi qu'il assurait me faire avoir.
Je regagnai très vite la maison, et dis à la concierge que, maintenant, tout autre moyen de vivre me paraissant impossible, j'accepterais avec une extrême gratitude la proposition.
La bonne femme m'encouragea de tout son cœur. Dans l'après-midi, le propriétaire me fit appeler, et me reçut avec une certaine courtoisie, malgré mon état pitoyable. Après des phrases de philosophie vague, il demanda quelles références m'appuyaient. Je nommai deux éditeurs scientifiques importants.
Au soir il les avait vus. La concierge m'apporta un mot oîi ce monsieur manifestait de la sympathie
pour mon talent et déplorait la mauvaise constitution d'un état social qui ne savait mettre en usage los aptitudes.
La concierge déclara m'ouvrir un crédit chez les fournisseurs du voisinage^ puisque j'allais enfin être pourvu.
J'entrai donc au Crédit, à neuf heures de travail quotidien pour une mensualité de quatre-vingt dix francs.
Voici le journal demes actes etpensées, à détruire la veille du meurtre, par précaution. Jusque ce jour il demeurait précieux de reprendre sans cesse le cours de mes plus minimes desseins, de mes observations secrètes...
9 février.
... Ma besogne consiste à répartir par liasses de quartiers les traites et les effets à échoir puis à les distribuer aux garçons de recette. Ainsi je les observe tous...
Nul jusqu'à présent ne semble présenter les caractères de basse immoralité que je souhaite. Un seul... Mais sa haute taille en ferait, au moment suprême, un adversaire redoutable.
... Quels ennuis, quelles détestables petites hontes il me faut subir, les réprimandes dun sot gras et plein de faconde, et qui m'impose son grade de souschef. Et il s'appelle Leiche !
15 février,
... Petit, court, apoplectique, cet Husson, les pau-
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pières plissées et tombantes, une barbe rude taillée en pointe ; le sceau du vice marqué sur les replis de sa face adipeuse oii clignote un œil minuscule et lubrique. Tournure d'un baril plein, subitement garni de jambes, de bras, d'une tête, comme dans les figures des rébus..., et la plaisanterie stercoraire, le geste d'une obscénité odieusement banale... Là, au milieu de l'habit bleu arrondi sur ce dos de pachyderme, enfoncer l'aiguille empoisonnée de curare...
23 février.
J'ai fait des excuses àLeiche, après une scène violente. On m'y a contraint. Ce misérable m'a tendu sa main aux ongles carrés et noirs... « Oh ! je ne garde jamais rancune, moi » disait-il en riant pardessus son horrible cravate de satin gris à pois verts... j'ai fait des excuses à cet animal, mol... Il faut en finir de ce supplice, de cette attente.
6 mars.
Renseignements sur Husson. Moral calqué sur le physique. Leiche conte qu'il fut entremetteur galant pour certains membres du conseil d'administration. Ils lui donnèrent cette retraite, l'ayant marié avec une fille-mère dont la dot fournie par eux servit de cautionnement. Cette malheureuse il la maltraite, pris de jalousies rétrospectives, les soirs fréquents d'ivresse...
Leiche le gourmande et le moleste. Les responsa-
bilités les plus désagréables il les lui attribue. Il lui confie les tournées importantes, dans le vague espoir qu'une grave erreur se commettra et qu'ainsi, les chefs pAtiront par la faute de leur protégé. Ce serait la vengeance de Leiche sur la hiérarchie qu'il adule et qu'il déteste.
En cet homme il fermente des trésors de haine qui le rendent semblable à moi. Il est la haine concrète immédiate, la haine qui personnifie ; moi je suis la haine abstraite, l'esprit de destruction qui embrasse la totalité des êtres... Ah la mort saurait-elle jamais compenser la souffrance de mon âme géniale torturée par l'individualisme farouche des hommes!
14 mars.
Une aiguille trempée dans cette fiole bleue où flottent dix gouttes de substance jaunâtre, peut donner la mort foudroyante au plus énorme animal qu'elle piquerait... Vêtu de deuil je suis allé dimanche jusque chez le chimiste russe. Il consume sa santé, sa vie à surveiller les vapeurs délétères qui fusent des cornues, des matras, des tubulures bouillonnant sur les fourneaux à réverbère. Son allure de cosaque hirsute se creuse, se voûte ; jadis rouge comme les baies des haies son teint se violacé et blanchit. La barbe lui coule ainsi qu'un ruisseau limoneux aux fosses des joues. Ses doigts hâves se crispent sur le dôme des flacons. Et de la baie du toit un clair jour blanc tombe par faisceaux sur les facettes des verreries, y scintille...
Nous causâmes de l'infinité moléculaire, de l'es-
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sence du mouvement; du graphique des rythmes sidéraux, de la fixation des nébuleuses, et du minéral d'Altaïr.
Après un an de silence comme ces propos m'illuminèrent. Enfin je rejouais avec l'Universel, et j'auscultais la Substance!... Quel ravissement! Nous étreignîmes le corps céleste, l'inconnaissable Dieu. Nous palpitâmes d'amour sous la caresse de l'Unité entrevue...
Il m'a donné l'élixir de mort, sans se douter...
5 avril.
Leiche m'a dit: « Au 80 mai, il y aura dans le quartier de Husson, une échéance considérable. Les six maisons de rouennerie doivent rembourser au crédit deux cent vingt mille francs d'effets escomptés. Ah ! je lui conseille de se saouler, ce jourlà. S'il lui manque un centime... »
Ce sera donc le 30 mai.
7 avril.
... D'ailleurs quoi me retiendrait encore. La morale?... Cet Husson débauche les fillettes de son quartier avec l'argent qu'il gagne, quatre cents francs mensuels. Alcoolique il mange à peine ; et ses protecteurs subviennent de leur côté à T'entreiien de sa femme : car jamais il ne rapporte un sou à la mourante. Si elle se plaint il la renvoie à ses amants d'autrefois.
... Leiche assure que cette malheureuse va passer...
i'2S CRITIQUE DES MCffiUBS
10 avril.
Dimanche je parcourus tout ce quartier oii Husson recouvrera les sommes. J'arpentai les rues étranglées, aveugles. Derrière les vitres des maisons, on aperçoit des ballots empilés; et partout l'or affreux des enseignes ; les noms ignobles des trafiquants étalés avec l'obscénité de leur valeur marchande. Il y a des plaques de marbre noir qui affichent des noms encore. Des baquets tressautent sur le pavage et les blousards blasphèment. Des messieurs obèses, le ventre cerclé de chaînes d'or, les doigts pleins de bagues, se hâtent et bousculent les gens de moindre mise, tout rayonnants de leur féroce égoïsme, congestionnés par le désir du lucre.
Là je louai, vers l'extrémité de la rue, deux chambres au quatrième. La maison très vaste contient sept bureaux de commerce, et neuf magasins. La circulation est incessante. La cour s'encombre de voitures, de camions, de charrettes à bras. Devant cette cohue passante, jurante, le concierge, vieillard, sale et ravaudeur, semble avoir renoncé à toute surveillance. Une remarquera point, ce jour d'échéance, si Husson, un parmi les vingt garçons de recette qui passeront, resort ou ne resort pas.
11 avril.
A midi, pendant l'heure de repos, j'effectuai l'emménagement. Quatre chaises, une couchette, un lavabo, une table, un porte-manteau, un fauteuil d'osier.
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... Ce soir je songe à tout disposer déjà.
Il entrera dans la première pièce... Je prendrai le billet et le prierai d'attendre. Je passerai dans la seconde pièce.
Gomme j'aurai suspendu aux murailles des lithographies grivoises, il s'occupera sûrement à les examiner. Je rentrerai alors, et le piquerai... au dos, une simple piqûre légère, en lui posant la main gauche sur l'épaule par un geste de camaraderie, pendant que, resté derrière lui, ma main droite enfoncera l'aiguille sous l'omoplate gauche, « hein, vous regardez ça, vieux polisson?... »
12 avril.
D'une croix faite à la craie j'ai marqué nos positions respectives pendant le crime. Ainsi opère, je crois, un régisseur de théâtre lorsqu'il mette drame en scène. Quelle émotion peut-être! Ou plutôt non. Les catastrophes encore lointaines semblent toujours devoir bien plus terriblement affecter, qu'elles n'émeuvent en effet.
13 avril.
Je me fis confier hier, par le chimiste russe, le soin de surveiller une longue expérience sur un puissant réactif qui détruit et absorbe les résidus animaux, presque toute matière. Son préparateur a monté chez moi un vase immense en faïence épaisse, une manière de tonneau. Nous y avons cette nuit élaboré une mixture d'acides pernicieux qui brûlent
incontinent le tissu organique. Un bifteck que j'y jetai fondit comme suif sur le feu. Des os de bœuf s'y émiettèrent en une impalpable poudre bientôt disparue. Les expériences sur les étoffes, les métaux ne faillirent point à fournir des résultats encore plus prompts.
La mort est là plus terrible, sans môme l'espoir d'immortalité et de régénérescence qu'évoque la fermentation ordinaire des cadavres.
Il s'agit de savoir après quelle absorption de matière le réactif saturé rendra en analyse chimique les éléments détruits, et sous quelles formes : bases, sels, acides, plasma celluleux, agglomération microbienne, ptomaïnes... ?
Le cadavre de Husson dissous dans la mixture facilitera la solution du problème. Nous connaîtrons enfin l'exact principe organique de l'animal humain.
15 avril.
... Ma situation change... Pendant une heure de désœuvrement ne m'amusai-je pas à tracer la coupe d'un canal entrepris avec les fonds du Crédit et que les ingénieurs réputaient impossible malgré dixhuit mois de travaux ? je démontrai et j'expliquai à Leiche un système d'écluses et de coupes déclives qui rendaient l'exécution possible et même simple, en tout cas beaucoup moins coûteuse que le contreprojet des ingénieurs. Leiche émerveillé de courir partout répéter ma démonstration. Ce matin on m'appelle chez les administrateurs. Il y avait conseil.