LA MORT DE M^-^^ MARS
SuAND M"' Mars prit congé du théâtre, il nous sembla que c^était là un de ces bruits inattendus qui annoncent des choses impossibles, tant nous étions habitué à ne pas douter de cette grâce inépuisable et de cette jeunesse éternelle! Elle était restée, en son déclin même, la toute-puissance des maîtres anciens ; elle était la défense et le rempart des poètes nouveaux, qu'elle avait vus enfants, et qui venaient abriter à cette ombre charmante et féconde les premiers efforts de leur esprit. Elle avait vu à ses pieds naître et mourir tant de poëmes fameux dont les noms ne s'étaient conservés que sur cette frêle couronne faite pour son front !
Ingénieuse, éclatante et chère couronne ! Un voleur entra dans la maison, qui brisa ces feuilles éphémères du laurier d'or, et qui vendit en bloc ce laurier, déshonoré par le contact de ce misérable.
Tout ce que peut faire le critique à cette heure, c'est de recomposer de son mieux la couronne de M*'® Mars ; elle était Pornement le plus précieux du grand salon de ce bel hôtel de la Nouvelle- Athènes que M"^ Mars avait bâti, non loin de la maison d'Horace Vernet,de M"" Duchesnois et de Talma. La couronne était sous un globe et posée sur un coussin de velours. Les feuilles nombreuses du chêne et du laurier portaient les noms de tous les rôles créés jusqu'à ce moment par la glorieuse artiste ; une grande quantité de feuillage attendait les noms qui devaient compléter le couronnement de cette belle vie.
Il y a des voleurs bien bêtes et bien cruels : tout le monde eût pardonné au destructeur de cette couronne s'il n'eût volé que les perles et les diamants de M"» Mars!
Ce fut dans les premiers jours du mois d'octobre de l'an 1840 que, pour la première fois, mais cette fois d'un ton très-vif et très-net, la grande artiste annonça l'intention de quitter le théâtre où elle avait régné si longtemps. Elle annonça cette
triste nouvelle à ses amis, d'une voix résignée et simplement, si bien qu'il était facile de comprendre que sa volonté était irrévocable.
C'en est fait , elle a parlé de sa retraite , et , comme elle est une femme sérieuse, à tout jamais elle abandonne ce Théâtre-Français dont elle était la gloire et Porgueil, cette femme de tant de grâce, d'élégance et d'esprit, qui était restée parmi nous le dernier et charmant représentant d'une société qui n'est plus !
Hélas! elle s'en va, et, comme si ce n'était point assez, elle emporte avec elle la gaieté souriante de la comédie et son honnête maintien, son innocent sarcasme et sa douce raillerie.
Elle s'en va : dites adieu, et pour longtemps, aux plus austères chefs-d'œuvre de Molière; adieu au Misanthrope , dont elle était la Célimène adorée; à Tartuffe^ dont elle était non pas l'excuse, mais du moins le plus supportable prétexte; adieu surtout à cette comédie plus légère, qui s'est mise à relever quelque peu sa robe élégante pour marcher sur les traces de la grande comédie.
Adieu aussi à Tesprit un peu maniéré, à la recherche de Marivaux, dont cette femme était la digne interprète ! De nos jours, elle était la seule qui pût raconter dignement ce qui se passe dans
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ces petits salons dorés, sur ces sofas qui parlent, en présence des trumeaux et des boiseries rehaussées d^ornements, et de tout ce petit luxe bâtard auquel nous voulions bien croire encore, uniquement par respect pour M''*^ Mars. C'est une grande perte, et bien cruelle, et qui doit affliger tous les sincères amis de ce grand art de la comédie, qui fut si longtemps en si grand honneur parmi nous.
Je sais bien ce qu'on va dire, et M"^ Mars aussi, elle le sait bien. Oui, ses envieux, ses jaloux, et ce troup'eau de béotiens qui se fatiguent d'entendre appeler Aristide le Juste, et M"® Mars la Parfaite, vont arriver en s'écriant tout haut, les ingrats, les barbares et les menteurs (j'ai dit les menteurs), que l'heure de la retraite a sonné, que voilà déjà longtemps que M"° Mars est le plus grand artiste de son siècle, et qu'enfin elle doit faire place à d'autres.
Voilà les grands raisonnements qui ferment son théâtre à M"^ Mars! Il est vrai que, par un privilège qui n'appartient qu'aux têtes couronnées, son extrait de naissance se retrouve dans VAlmanach royal; on a tiré le canon le jour de sa naissance'. Elle est la seule femme de ce siècle
I. Mlle Mars était née à Versailles, le même jour que S. A. R. Madame la dauphine.
(après les reines) à qui il n^ait pas été permis de profiter du bénéfice que toutes les belles apportent en ce monde, et dont elles usent largement, d^ôter de leur vie les premières années inutiles, les années sans amours, l'innocence des premiers jours, les bondissements de Tenfant, les rêveries de la petite fille.
Cela fait toujours dix ou douze ans de moins sur la tête brune ou blonde de toutes ces adorables menteuses. On ne croit pas tout à fait à leur mensonge, on en cro^t la moitié... et, à force d''insister, à force de déranger tous les ans les plus habiles calculs, ^ force de compter une année de moins chaque fois qu'elles ont une année de plus, elles font si bien leur compte que vous ne savez plus le leur ni le vôtre. Elles vous embrouillent si bien dans leurs soustractions que vous ne savez plus (elles ne le sauraient pas ellesmêmes ! ) comment faire la preuve de tous ces calculs.
Ainsi va le monde. Le beau monde n'a jamais que trente-six ans : c'est la limite fatale où il s'arrête. Une fois que cette limite fatale est dépassée, on ne compte plus les années ; c'est un crime et une insulte de les compter. Il n'y a plus d'autre almanach que la blancheur de ces belles dents, la vivacité du regard, la grâce de la démarche et
toutes les jeunesses extérieures à Tusage des femmes qui n'om plus que celles-là. Nos Parisiennes surtout sont admirables pour ces hâbleries de la beauté, et, comme pas une ne s'en fait faute, il en résulte que celle qui, par hasard, dirait justement la vérité et toute la vérité, pourrait être, à bon droit, accusée de mensonge.
A M"® Mars cet artifice a manqué, cet heureux mensonge était impossible. Elle, en femme d'esprit, s'en est consolée bien vite en redoublant de jeunesse et de bonne grâce. Elle a été si longtemps ce qu'on appelle une jeune femme qu'elle se moquait bien fort du calendrier auquel on l'attachait. Quelle taille divine! quel geste honnête! que de feu dans ce regard! et quelle voix! C'est cette même voix qui aujourd'hui encore, en songeant à cet accent plein, sonore et d'un si beau timbre, vous fait paraître plus charmants les plus beaux vers de Molière. Oh ! les cruels, les cruels qui comptent les années de cette femme, et qui ne lui tiennent compte ni de sa grâce, ni de son esprit, ni de son élégance et de son tact exquis, ni de son bon goût naturel ! Oh ! les cruels, qui s'écrient tout à coup, au milieu de l'applaudissement universel et quand chacun lui bat des mains, qu'il faut mettre à la retraite cette femme; qu'elle n'a pas le droit de rester plus longtemps la reine du théâtre, et enfin
qu^ elle fasse place à d'autres! « Ingrat public que j'ai formé! » disait Baron.
Cependant à quelles autres M^'^ Mars fait-elle obstacle ? quelles sont les autres qui doivent prendre place à son soleil? Où sont-elles? où les avez-vous rencontrées? à quels signes les avezvous reconnues? comment sont-elles faites, je vous prie? d'où viennent-elles, et par quels efforts surnaturels pourrez-vous établir leur généalogie avec le grand siècle, avec l'élégante société, avec la comédie que représentait Gélimène?
Mais que disons-nous? Cela serait logique d'ôter à M"® Mars son héritage s'il y avait en effet à son ombre une beauté naissante, un sourire, une grâce, une promesse, quelque chose qui lui ressemblât seulement en intelligence, ou quelque jeunesse douée de sa voix, ou bien ornée de cet esprit si fin, ou tout au moins en passe de conquérir un peu de sa popularité européenne. Mais non, il n'y a rien pour la remplacer!
N'importe! haro, disent-ils, sur M"** Mars! Détrônons M"*^ Mars! Nous n'en voulons plus, elle n'est plus pour nous assez jeune!
Impies ! Mais un beau jour, sans consulter personne : a Eh bien ! dit-elle, vous le voulez, je pars! C'est moi qui ne veux plus de vous... « Elle n'était pas femme à se plaindre longtemps ; elle
n^avait pas, tant s'en faut, Paudace de cette infidèle qui disait à son amoureux : « Vous ne m'aimez plus, vous croyez plutôt ce que vous voyez que ce que je vous dis ! » Non ! elle voulait que Ton eût foi en sa beauté non moins qu'en sa parole; en revanche elle avait le courage de ces hommes généreux qui mouraient debout plutôt que de se rendre. La belle affaire, après tout, réussir quand on est jeune! On est jeune, on est tout; on est roi, Ton est reine! Mais c'est justement par la durée que Ton arrive à ces positions si rares de' la popularité sans égale et de l'admiration sans bornes. Quant à nous, qui l'avons vue à son zénith, et toute parée et tout éclatante des roses de sa couronne épanouie, à peine si nous en pouvons donner une idée approchante. Elle a bien combattu, elle a bien travaillé, et enfin elle a cédé à la force, à la fatigue incessante de ce travail de tous les jours. Je suis vaincu du temps^ disait un vieux poëte français.
Ce fut le 18 avril 1841 que M"^ Mars se montra pour la dernière fois à ce public dont elle était encore (après tant d'années), la fête la plus sérieuse et la plus charmante. Il faut avoir partagé l'émotion de cette soirée, dramatique s'il en fut, pour arriver à une juste idée de ce que peut être une réunion d'honnêtes gens qui aiment sincèrement
les beaux-arts. Afin que ses adieux suprêmes fussent dignes d^elle, M"- Mars avait appelé à son aide Molière et Marivaux, ses deux amis fidèles, fidèles jusqu^à la fin : celui-ci austère, sérieux, solennel, même dans sa vie; celui-là bienveillant, aimable, charmant, plein de grâce, d'élégance et d'abandon; Tun qui soutenait M"^ Mars d'une main si ferme, l'autre qu'elle-même elle soutenait en lui prêtant sa blanche épaule; celui-ci qui survivra à toutes choses, même à une perte irréparable, celui-là qui se sentait mourir le soir même où il perdait sa comédienne bien-aimée, et qui à cette heure est mort sans retour î
Cette représentation des adieux fut empreinte de je ne sais quelle fièvre inquiète avec toutes les agitations de la fièvre, et le public et les comédiens semblaient animés des mêmes regrets : les comédiens jouaient peu, le public écoutait mal ; Tartuffe eut grand'peine à se faire entendre; on n'entendait ce soir-là, ou, pour mieux dire, on ne voyait que M"® Mars, attirant à elle toute l'attention, toutes les sympathies.
A chaque vers on se disait, malgré soi : « Adieu à ce mot qui m'a tant charmé , adieu pour jamais ! adieu à ce beau geste que j'aimais tant! adieu à cet esprit si fin qui s'en va d'où il est venu, qui retourne à Molière!» Ainsi l'émotion était double.
De temps à autre le chef-d'œuvre reprenait sa puissance.
Hélas! représenté dans cette incomparable perfection, nous avions vu le chef-d'œuvre pour la dernière fois. Ce grand spectacle à peine achevé dans les larmes des uns, dans Tadmiration de tous, M"^ Mars revint sous la cornette, sous la robe toute simple, sous les grâces naïves et contenues de Lisette. Elle avait laissé le velours, les diamants, les dentelles, cette étoffe moelleuse dont s'accommodait maître Tartuffe, toute cette parure extéj*ieure, pour arriver comme on arrive quand on a le regard vif et perçant, la voix fraîche et pure, la taille jeune, la main d'une femme comme il faut. « Me voilà! nous disait son regard (ses beaux yeux disaient tant de choses ! ) , me voilà ! Vous ne direz pas que je me suis trop parée, vous ne direz pas que j'ai fait trop d'efforts, et cependant regardez-moi, écoutez-moi ! » Alors la voilà qui se met à entrer dans l'interminable jaserie du Jeu de V Amour et du Hasard. Elle s'abandonne librement à Tespièglerie de son rôle ; elle est tour à tour la fille d'un grand seigneur à Tancienne marque, et la digne suivante d'une belle dame à la mode des petits appartements ! Quelle fête c'était à la voir dans ce double événement, et quelle fête c'était de V entendre!
On Pécoutait bouche béante, on la regardait à la brûler, et tous ces regards semblaient dire à leur tour : « C'est impossible, cette femme ne joue pas pour la dernière fois ! » Elle avait si bien réuni en un seul bloc toutes ces perfections divines, que cette perfection même et cette . suprême coquetterie indiquaient aux moins clairvoyants un adieu éternel !
C'est l'histoire et c'est le conte des amoureux qui se séparent : l'homme et la femme bien décidés à ne pas se revoir, mais chacun d'eux voulant laisser à son complice la meilleure idée de son esprit et de sa personne. A tout jamais on prend congé l'un de l'autre ; on ne doit plus se revoir; alors on redouble de câlineries, de tendresses, d'adorations; celui qui est faible pleure tout haut, celui dont l'âme est forte pleure tout bas; puis, quand ils sont bien loin, bien loin, qu'on ne peut plus ni les voir ni les entendre, ils s'en donnent à cœur joie de toutes ces larmes; mais qu'importe? on ne sait pas s'ils ont pleuré.
Quand tout fut dit, la salle entière a voulu revoir M*'*" Mars. Elle l'a redemandée, d'une voix unanime, comme jamais je n'ai entendu redemander personne. La toile s'est levée. Alors, au milieu des comédiens en habit noir et des comédiennes en robe blanche, a reparu M"'" Mars.
Elle a salué toute cette foule enthousiaste avec une dignité bien sentie; ses adieux ont été simples, touchants, sérieux; elle tenait son cœur à deux mains, et, elle aussi, elle auraitpu dire comme cette héroïne de Corneille : Tout beau, mon cœur !
Ce jour du i8 avril 1841 fut un jour néfaste pour le Théâtre-Français. Ce jour-là, il perdit en vingt-quatre heures sa supériorité incontestable, incontestée; il perdit sa popularité dans toute TEurope. C'en est fait, pour longtemps du moins, de la gloire des chefs-d'œuvre de ce beau siècle dont M"^ Mars était Tinterprète ; c'en est fait de cette représentation fidèle des mœurs, des passions et des élégances d'autrefois : nous retombons en plein vaudeville de toutes les hauteurs de la comédie ; de l'Œil-de-bœuf nous revenons à la Chaussée-d'Antin; du Versailles de Louis XV nous redescendons dans le faubourg Saint-Honoré, trop heureux si nous ne sommes pas obligés de rétrograder jusqu'aux duchesses fraîchement peintes de la rue Notre-Dame-de-Lorette, jusqu'aux marquises de la rue du Helder!
Aussi la tristesse de cette retraite a-t-elle été
grande, profonde, bien sentie. C'en était fait des
plus vifs plaisirs du théâtre pour les hommes qui
aimaient d'une foi sincère le beau langage, les
nobles traditions, les vivants souvenirs. A qui reviendra Théritage de M"^ Mars? Nul ne peut le dire; mais celle qui la doit remplacer n'est pas née encore, à coup sûr. Même au théâtre, nonseulement au Théâtre-Français, mais dans tout ce monde dramatique, le plus léger, le plus envieux, le plus frivole des univers connus, la dou^ leur fut immense. Il n'était pas un artiste de quelque mérite qui ne regrettât vivement ce modèle inimitable, qui inspirait tant d'émulation et si peu de jalousie aux comédiens de ce temps-ci.
Depuis le jour de sa retraite, elle ne fit plus que languir. Elle vivait par le théâtre et pour le théâtre, et elle ne pouvait pas se consoler de n'être plus la fête de l'esprit, la fête des yeux et du cœur. Tantôt elle se cachait à tous les regards, fuyant la douce lueur du jour, assistant dans sa pensée à ses propres funérailles (ainsi fit l'empereur Charles-Quint après l'abdication), tantôt elle se montrait à son peuple en belles robes taillées par son artiste favorite, Victorine, avec qui elle avait arrangé tant de modes nouvelles et inventé ce rose à part que les dames du meilleur monde appelaient, par excellence, le rose de M^^^ Mars.
En ces moments, elle était gaie et souriante; elle aimait qu'on la vînt voir au Théâtre-Italien, au théâtre de l'Opéra, dans sa loge; et c'était encore
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un grand charme d'entendre cette voix qui semblait rappeler toutes les mélodies envolées. Dans la rue, on la saluait à son passage; au théâtre (elle assistait volontiers aux premières représentations), on était tenté de Tapplaudir. Elle voulait être au courant de toutes choses, car elle s'occupait tout à la fois de sa fortune et du drame nouveau. « Où ,en sont mes terrains des Champs-Elysées? Que dit-on de la nouvelle comédie que M. Scribe a lue hier? » Les terrains montaient, et elle était contente; la comédie de M. Scribe allait son train, et voilà une femme ravie. « Ah! disait- elle, l'homme heureux, qui reste absolument le maître des esprits et des âmes! Ah! Thomme heureux, qui se passe de moi qui avais tant de peine à me passer de lui! » Elle aimait M. Scribe à dater du jour où ce charmant esprit avait imaginé de couvrir d'un voile et de charger d'un nuage les deux beaux yeux de Valérie, afin que bientôt le voile, tombant, rendît une force inattendue à ce regard perçant comme l'esprit et tendre comme l'amour.
Cette noble femme restera, pour les comédiennes à venir, un encouragement, un conseil, un exemple en beaucoup de choses. Toute sa vie elle s'est battue au premier rang; dans la première tragédie de M. Victor Hugo, dans le premier suc-
ces de M. Alexandre Dumas. On la voyait aujourd'hui luttant contre M"^® Dorval, et, malgré elle, admirant ce talent inspiré. Une autre fois, elle était au désespoir de pressentir une rivale plus jeune, et marchant, ignorante et charmante, sur ce terrain brûlant... Nous ne dirons pas qu'elle ait été contente de l'apparition de M"® Rachel : elle était femme, et ne s'habituait pas volontiers aux applaudissements décernés à Phèdre ou àHermione. Elle a fait beaucoup pour son art; elle a tout transformé autour d'elle, et même la critique. Elle avait donné à la critique un peu de sa vie et de son accent, un peu de son vif regard et de sa parole au beau timbre. En ce moment elle m'apparaît comme cette loi suprême dont il est parlé dans un dialogue de Cicéron. Écoutez! « C'est la règle qui devrait gouverner tous ceux qui veulent atteindre au véritable langage attique. »
a On ne manquera pas^ disait le feuilleton le lendemain de sa mort, de remarquer, dans les biographies qui viendront, plus tard, de cette artiste inimitable, qu'elle est morte un jour du mois printanier dont elle portait le nom, et que le marronnier du 20 mars, en signe de deuil, ne s'est pas couvert ce jour-là de ses fleurs accoutumées. Elle a disparu tout à fait, cette personne illustre, qui était morte une première fois quand elle nous
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lit ses derniers adieux dans les deux rôles qui étaient ses deux chefs-d'œuvre.
tt Elle tenait à bien mourir, elle tenait à être pleurée, elle s'attachait de toutes ses forces à ce sillon lumineux que laissait après elle cette gloire élégante ! A-t-elle été applaudie ! a-t-elle été couverte de fleurs! a-t-elle été rappelée trois fois!... Mais enfin Tarrét était porté ; il a fallu descendre dans Toubli, cette tombe anticipée des plus grands artistes. Ame, je te dégage de ton corps! Douce chaleur, abandonne ce beau visage! Noble vie, animée des plus correctes passions, rentre dans Pair immense où se perd le souffle supérieur... Ad vent os vit a recessit. »
Elle expira le 21 mars 1847. Paris tout entier voulut assister à ses funérailles. Son exemple appartenait à Part dramatique tout entier. M"® Doze était la seule élève qu'elle laissait après elle. Le feuilleton avait eu Thonncur de présenter cette aimable enfant à M""" Mars.