PLAUTE ET TERENCE
ENU dix-huit ans après Térence, ce digne enfant de Ménandre,Térence, un Athénien sous Tenveloppe romaine, l^ami, le commensal, quelques-uns ajoutent le collaborateur des plus grands seigneurs de la république. Plante se dit à lui-même qu^il réussirait surtout en s'adressant aux passions populaires, en parlant à son auditoire aviné et sans frein (potus et exlex) la langue courante des lieux suspects, des tavernes, des carrefours, des boutiques; que lui importent les applaudissements délicats de Scipion, de Laelius, de Sulpicius Gallus?
Plante en veut à Tadmiration et au contentement de la foule immense; il faut que son public s^amuse à tout prix, que sa gaieté soit affranchie de toute gène, et tant pis pour les délicats s'ils
s'offensent decette verve hardie atout dire. Plaute, qui est en même temps comédien, poëte comique et entrepreneiir de spectacles (tout comme Molière!), ne veut pas hasarder tout à la fois sa renommée et sa fortune, en renonçant aux libertés, disons mieux, aux licences de la comédie romaine ; plus sa comédie sera extravagante, folle, amoureuse, libertine, comique et en pointe de vin, plus le grand peuple sera content.
Voilà, en effet, par quels moyens il a réussi, ce vif représentant des passions et des mœurs de la Rome bourgeoise... Ce qu'il faut admirer dans Tœuvre de Molière, c'est justement la réunion de tant de qualités opposées qui ont fait, de ce grand maître, Plaute et Térence tout ensemble, Tami du peuple et Tami du maître, le favori des halles et le favori des petits appartements, d'un côté Sganarelle^ de l'autre côté les Femmes savantes; le prologue d' Amphitryon et la comédie àWmphitryon devant les mêmes spectateurs et le même jour !
Le parallèle a été fait souvent entre la comédie du poëte français et la comédie du poëte latin; au bout de ce travail, qui est des plus faciles, il est évident, pour tout homme d'un goût exercé, que Molière a raison, mais que Plaute n'a pas tort.
L'un et l'autre, ils obéissent à leur époque, à leur public, au génie de la langue qu'ils parlent si
bien, chacun de son côté. Molière est évidemment contenu par Penvie de plaire à cette cour élégante dont les hardiesses mêmes sont correctes. Plante, à coup sûr, s'enivre de joied^avoir rencontré dans un sujet scabreux tant de gravelures, de quolibets, de calembours, de bon sens, de faux sens, de bonnes folies, et, pour tout dire, d^avoir placé là, en riant aux éclats, tout ce bon esprit qui a donné des siècles entiers de popularité et d'enthousiasme à cette comédie de Plante réprouvée par les esprits délicats, par Horace luimême dans un jour de mauvaise humeur. [Pîautinos laudavere sales nimium patienter.)
Peut-être de son art eût remporté le prix,
dit Boileau en parlant de Molière ; la mauvaise humeur de Boileau ressemble beaucoup à la mauvaise humeur d'Horace, et. Dieu merci, le peut-être de Y Art poétique français s'est trouve démenti tout aussi bien que \q peut-être de VAri poétique latin.
Mettons des bornes même à la délicatesse de notre goût; nous voulons rester dans le vrai, n'allons pas froncer le sourcil à des œuvres qui amusent si longtemps de si grands peuples. Le critique le plus timoré ne court pas, que je sache, un très-grand danger à reconnaître Fauteur du
^Misanthrope au fond du sac où se cache la victime de Scapin ; de même il est juste, quand on ijoue V Amphitryon de Molière, de saluer 1^4;;:phitryon de Plaute.
! Amphitryon a ce grand privilège de rendre trèsheureux les quelques gens d'esprit qui ne manquent pas ces bonnes occasions d'un bon rire bien franc, bien joyeux, bien incisif. On salue d'un sourire chacun de ces vers, autant de proverbes qui ont pris leur place méritée dans la sagesse des nations ; on se plaît à ces joutes étranges de Tesclave poltron et du Dieu en bonne fortune ; on aime ce drame singulier, dans lequel la foudre de Jupiter tonnant et les coups de bâton jouent, en même temps, un si grand rôle; et quand enfin cette étincelante fantaisie est achevée, on se demande ce qu'il faut admirer le plus, de l'imagination qui a changé en tréteaux ces nuages de pourpre et d'or, ou du génie incroyable qui a donné la forme à ces nuages, la parole, la vie et la gaieté comique à ces spirituelles fictions.
Ce premier hasard plein de gaieté, d'abandon et de verve moqueuse, prit bientôt une forme certaine dans les compositions du père de la comédie latine, Livius Andronicus. — Il a deviné, il a pressenti l'art nouveau qui allait ajouter le rire et le ridicule aux divertissements de la repu-
blique romaine; il a composi d'abord des comédies à Texemple d'Aristophane, conservant à la comédie grecque son manteau quelque peu solennel; il a composé aussi des comédies romaines moitié rire . et moitié larmes, devançant ainsi Diderot et La Chaussée : enfin ce vieux bonhomme, d'un vrai génie, n'a pas dédaigné la vraie comédie, la comédie où l'on rit, sans rien qui ressemble à la haine personnelle, à l'allusion politique; on rit parce que le rire éclate soudain, irrésistible, comme fait une douce flamme dans , le regard d'un jeune homme amoureux, sous l'influence d'une pointe de vin !
A cette comédie plaisante toute licence fut donnée ; elle prit tous les costumes, tous les manteaux, tous les visages. Tantôt elle sépare le récit de l'action, tantôt elle mêle l'action au récit. Le pied droit dans le cothurne et l'autre pied dans le brodequin, ou même les pieds nus le plus souvent, elle s'avançait joyeuse, éloquente, peu passionnée, médiocrement amoureuse, parlant comme on parle dans les tavernes, dans les bains, sur k places publiques, chez lés courtisanes, pleine d sel attique, de jurons, de caprices, d'argot populaire, et se gardant bien de rien embellir aux mœurs qu'elle raconte, de peur de tout gâter : telle est la vraie comédie latine que Livius Andronicus
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devait enseigner à Plante le tourneur de meules.
Pour la première fois avec Térence, la comédie latine se met à parler le plus beau langage des plus grandes maisons romaines : elle touche aux premières marches de la tribune, elle -s'assied aux banquets de Scipion et de Lœlius; ceci est le commencement de la grande société philosophique et littéraire qui allait devenir le siècle d'Auguste.
En effet, la comédie de Térence enseignait à ces grands seigneurs, plus puissants que des rois, Furbanité et le beau langage. Jules César luimême, aussi grand écrivain que grand capitaine, admire tout haut cette gaieté correcte et retenue en ses plus vifs excès, cette grâce élégante qui fait tout accepter, ce vers ingénieux et piquant qui donnait une forme supportable même aux vices cruels de ce bon peuple romain, alléché à son théâtre moins par Tesprit du poëte que par le poignard des gladiateurs.
Tel est Térence : il n'a pas l'entrain, l'audace, l'insolence, la raillerie, l'orgie et la brutalité cynique de la comédie primitive, il n'a pas cette gaieté éveillée, avinée, alerte, cruelle, impitoyable, d'un enfant des faubourgs ; il n'est pas, tant s'en faut, la joie de la populace et de la canaille d'Italie; en revanche, quel fidèle observateur des mœurs et des élégances romaines I quel plus bel
esprit, et mieux fait pour parler aux grandes dames, aux sénateurs, aux chevaliers !
A chaque mot de cet excellent génie, vous reconnaissez Tami de Furius, de Lœlius, de Scipion, grands esprits dans la paix et dans la guerre, qui ont eu le rare honneur de passer pour les collaborateurs deTérence. « Que cet ouvrage soit leur, dit Montaigne en parlant de VAndrienne, sa beauté, son excellence le maintient assez ! » En effet, Pouvrage était leur, mais non pas comme Tentend Montaigne ; il était leur par Pamitié qu'ils portaient au poëte Térence et par Tinfluence toutepuissante, sur un pareil esprit, des moeurs, du langage, de Purbanité de ces trois hommes, Phonneur de la société romaine. UAndrienne appartient à Scipion, comme Cinna appartient au cardinal de Richelieu, comme Britannicus appartient à Louis XIV, et la tragédie à'Esther à madame de Maintenon; pour Phonneur des couronnes il faut croire que les grands poètes sont inspirés par les intelligences toutes-puissantes qui marchent devant eux.
Ajoutez à ce rare mérite de Térence qu^il abandonne enfin la peinture des mœurs basses de la Grèce pour ne s^occuper que des mœurs élevées de PItalie. On dirait qu'il respire à Pavance je ne sais quelle prévision du siècle d'Auguste, et le
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siècle d^Auguste eût été fier à bon droit de cet homme, qui fut adopté avec transport par les plus illustres génies : Gicéron, Tite-Live, Horace, tous enfin, étonnés et charmés de cette Vénus africaine, l'amour et la passion des plus beaux esprits de tous les temps. i
Toutefois, quelles que soient l'urbanité et la grâce décente de notre poëte, vous n'empêcherez pas qu'il n'obéisse, de temps à autre, aux appétits sensuels de ce peuple romain , qu'il faut arracher à sa frénésie pour les jeux du Cirque. L'Eunuque est une comédie écrite, à coup sûr, par Térence ; mais Plante lui-même, dans ses licences les plus hardies, désavouerait cette fable horrible d'un jeune homme amoureux d'une jeune fille qu'il aura aperçue longeant la voie Sacrée, et qui s'en va du même pas pour violer cette fille innocente et pure ! Car voilà tout le nœud comique ; et cette fille déshonorée, ces voiles déchirés, ce désordre de la maison, ce jeune homme qui sort de ce guet-apens en triomphe aussi gai qu'un écolier qui a volé des pommes dans un jardin, tous ces détails d'un grand crime faisaient rire aux éclats les descendants de Lucrèce et de Virginie. Ils applaudissaient, véritables enfants de la louve, à l'espièglerie abominable du jeune Chrêmes. Mais qu'y faire ? Leur excuse est toute prête ! Cette
fiile déshonorée est une esclave; or Tesclave n'est pas une personne, c'est une chose ; plus cette enfant se lamente , et plus nous devons applaudir à Tespièglerie de ce galant Chrêmes. Applaudissez, de par Jupiter ! Jupiter se rit du crime des amants. Perjiiria ridet amantiim.
Comment un pareil sujet de comédie a-t-il pu se montrer sur un théâtre français? Par quel déplacement de mœurs et d^idées a-t-on pu afficher, sur les murailles de Paris, ce mot malsonnant et pis que romain : L' Eunuque? On n^en sait rien ; ce qui est sûr, c'est que la chose est étrange. Je sais bien que La Fontaine, en plein Louis XIV (1654), quand nous étions encore sous l'influence de Voiture, le maître de cette galanterie ingénieuse dont Voiture est resté le modèle, avait affiché, lui aussi, V Eunuque de Térence; mais je sais aussi que la ville et la cour sifflèrent de compagnie, ô singulier accident ! La Fontaine et Térence !
Le titre seul révolta les belles dames de cette jeune cour abandonnée à toutes les galanteries, a U Eunuque ! fi donc ! ne me parlez pas de cet incommodé », disait la princesse de Conti. Je sais aussi que, plus tard, en pleine Régence, quand la comédie ne demandait qu'un prétexte pour aller le sein nu et les épaules peu couvertes, les deux
amis, les deux égrillards, Brueys et Palaprat, attirés par l'esprit, la verve et Pintrigue de la comédie latine, imaginèrent une incommodité moins révoltante pour un public français, et de VEunuqiie ils firent un Muet. « Cet Eunuque a pensé déshonorer La Fontaine et Térence », disait Brueys dans sa préface.
En même temps , — avec beaucoup de tact et de finesse, — les deux amis nous expliquent comment la délicatesse de Pamour français répugnait à cette convention funeste par laquelle Phœdia , Famant de Thaïs, se tient éloigné, pour deux grands jours, delà présence de sa jeune maîtresse, laissant la place libre à son rival; il explique aussi (c'est un étrange dénoûment pour un public parisien) ce Phœdia, amant reconnu de Thaïs, qui consent désormais à recevoir chez lui, comme ami de la maison, ce capitaine ridicule qui lui a déjà pris sa maîtresse pendant un jour.
— Il est riche, dit Gnaton le parasite. — Eh ! c'est une raison de plus pour le mettre à la porte, répond la délicatesse française. Il est riche ! la belle excuse pour un public qui vient d'applaudir le Misanthrope ! — Mais, reprennent les défenseurs de Térence, cette Thaïs, après tout, est une courtisane hardie et badine, et de facile accès; elle appartient à ce# affranchies de toute pudeur que
VOUS rencontrez partout, dans Rome, à pied, en litière, au théâtre; au Champ de Mars, les unes en plein vent, les autres en espalier, esclaves révoltées qui se vengent de Tesclavage passé en ruinant de fond en comble les fils de leurs maîtres.
Ces femmes-là, on les retrouve partout, dans les plaintes de Tibulle, dans les feux de Properce et dans les galanteries d^Ovide. Elles sont jeunes, elles sont belles, elles ont du sang italien dans les veines : elles se montrent avec des talents, un esprit, un abandon et mille agréments qui les font adorer. Le moyen de leur demander une vertu qu'elles ignorent, un désintéressement que personne ne peut leur apprendre? Acceptez donc cette Thaïs telle que le poëte Ta vue et telle qu'il la représente. Sa porte est une porte mercenaire; qui en doute? Sa main nue est habituée à frapper dans toutes les mains; pourquoi s'en fâcher? Et d'ailleurs, la passion de ce temps-là n'a pas une autre allure. On s'aime et l'on se marchande ; on se prend et Ton se quitte, pour se reprendre ; cela se passe ainsi dans les odes d'Horace et dans les épigrammes de Martial : c'est le sigisbéisme qui commence.
D'ailleurs la belle Thaïs ne prend pas en traître son ami Phœdia : elle ne lui sert pas de plats cou-
verts; au contraire, elle Favertit de la nécessité où elle est de le tromper pour vingt-quatre heures, et de cette tromperie elle lui donne un motif honorable, son vif désir de sauver une jeune fille, compagne de son enfance. — Cet interrègne, d'un amant à l'autre, ne gène en rien cette Rome qui sera plus tard la Rome d'Ovide et de Catulle ; les dieux y consentent, les mœurs Tautorisent, l'usage le permet : Cicéron n'a-t-il pas répudié,fpris et repris sa chaste moitié?
Vous le voyez, c'est une différence du Jour à la nuit, de la femme libre, et née libre, à Taffranchie, esclave et fille d'esclave; c'est la différence de la débauche à l'amour mutuel et librement consenti; c'est la différence de la jeune et timide fille, bien née et défendue par les remparts sacrés de la famille, à la courtisane vagabonde, à l'avide affranchie, toujours soumise à la folle enchère de son cœur et de son corps. De quel droit voudriezvous donc (en supposant que nous adoptions, en France, ce système de traductions littérales) nous ramener à des vices corrigés par leurs propres excès, à des ridicules anéantis depuis des siècles? En fait de comédie, soyez-en sûrs, nous sommes les maîtres de tous les peuples de ce monde; nous avons pris à nos devanciers tout ce qu'on leur pouvait prendre décemment, nous avons traduit
tout ce qu'on pouvait traduire honnêtement, ad miinditiem; nous avons emprunté aux vieux comiques tout Pesprit qui se pouvait assaisonner à la française, nous avons adopté toutes les œuvres du théâtre antique qui pouvaient accepter un vernis de décence.
Ce que Molière n'a pas traduit, ce que les successeurs de Molière n'ont pas adopté , n'est plus que la lie funeste de ces comédies dépouillées de leur sel attique par les poètes de la France. — Et voilà pourquoi il faut désormais se méfier des traducteurs; le traducteur est un maladroit sans génie qui ne sait pas comment on se rend maître absolu de ses emprunts et comment on copie avec grâce; homme nécessairement médiocre et sans invention, il ne sait que mettre au jour une traduction sèche et indigente de charmants passages déjà copiés mille fois par les maîtres; et le voilà bien avancé, pour avoir écorché un renard dont les plus habiles ont enlevé la peau depuis cent ans !
Cependant, puisque nous l'avons sous les yeux, étudions cette comédie que, déjà du temps de Térence, on affichait ainsi : L Eunuque de Térence ; car il n'est pas le premier, parmi les écumeurs d'anecdotes singulières, qui ait mis à profit cette histoire du loup introduit dans la bergerie. Té-
rence lui-même, dans le prologue de sa comédie de V Eunuque^ nous avertit qu^avant lui Plante et Névius avaient fait leur profit de cette fable, qui était déjà une vieille fable. Bien plus, les divers personnages de cette comédie, son y<j72/aro72 et son parasite^ Térence les avait empruntés à Ménandre, cequi fait que Jules Césarappelait Térence : Dimi^ diate Menander (mon demi-Ménandre). Mais cependant avec quel grand art Térence emploie, arrange et combine ses divers emprunts! Le fanfaron de Ménandre, tel que Plante Ta copié, va tout droit son chemin, sans gêne, sans encombre, à tout hasard; celui de Térence, au contraire, est arrêté à chaque pas par un obstacle, par un sarcasme; il est alerte, actif et sur la défensive ; il a servi de modèle aux fanfarons de Molière :
Faisons l'Olibrius, l'occiseur d'innocents!
Ce qu^il a fait pour son fanfaron, Térence Fa fait pour son parasite; son glouton, aussi affamé que celui de Ménandre ou de Plante, est cependant d'une humeur plus récréative; sa complaisance non-seulement est marquée à un coin moins vil de basse flatterie, mais encore elle montre, de temps à autre, un certain aiguillon d'ironie qui la fait accepter avec joie. Ce parasite-là servira plus tard de contenance et deconsolationaux poètes malheureux
de la Rome impériale, aux gens d^esprit sans man teau et sans dîner, à notre ami Martial, pa exemple, qui eût rougi de honte et d'épouvant s^il lui eût fallu ressembler -àu parasite de Plante et qui s'accommode assez bien des os à demi rongé par le Gnaton de Térence.
C'est riionneur de Ménandre d'avoir indiqu le premier cette façon de philosophe cynique moins jaloux de s'envelopper dans les trous de soi rnanteau. que^ d'avoir un manteau neuf, chaqu année, aux 'ides de mars. Disciple complaisan d'Épicure, Ménandre aura trouvé dans les doc trines de son maître, mais non pas sans leur fair violence, ce personnage de Gnaton, esprit toujour prêt, estomac complaisant, pauvre diable vivan de raccroc, tfipant et ventru, songeant à peine . sauver le décorum de la gueuserie, et dont tout l'invention se borne à se tirer, chaque jour, de l grosse nécessité.
La grande supériorité de Térence sur les autre poètes comiques de l'antiquité, c'est qu'il adouci toutes choses c'est qu'il élève le tréteau à la di gnité du théâtre. Les couleurs de cette gracieus comédie sont beaucoup moins tranchées, le rire ci est moins violent, le bon mot moins épicé; le mœurs restent les mêmes, mais avec plus d'urba nitéet de politesse. Thaïs n'est qu'une affranchie
Thaïs est comme la Suzanne de Figaro : Elle accepte tout, et Von ii'est pas plus coquine que cela, et pourtant, grâce à la réserve du poëte, on s'^intéresse à cette Thaïs, elle a des accents qui sont vrais et justes; elle veut sauver sa jeune amie, et sans trop déplaire à son amant.
La grande déclamation de Gnaton, le parasite, est un de ces morceaux à effet qui plaisaient aux oreilles romaines, presque autant qu'aux oreilles des Grecs. Si Fart dramatique a fait un pas avec Térence, la langue dramatique est parvenue à un immense progrès. C'est un beau langage, clair, limpide, sonore, et plein de cet accent qui est la saveur d'une langue bien faite; le peuple y retrouvait avec joie ses vieux mots, précieusement enchâssés dans les formes nouvelles de la belle langue des maisons patriciennes.