CAS
38 P. PERRAULT, sA VIE ET SES OUVRAGES
A cés détracteurs Perrault ne fit pas leur part. Il ap- : prouva tous les retranchements, justifia toutes les addi- Na tions. Il chargea, car cette Critique est composée en forme de dialogue, il chargea un certain Cleon de faire, en “réponse aux objections d’un certain Aristippe, une apologie complète, absolue, d’une œuvre médiocre et d’un sd auteur sans génie. Quinault a-t-il supprimé le dialogue : initial] d’Apollon ave la Mort, le récit de la servante, l'entretien d’Admète et d’Alceste, la conversation aigredouce entre Admète et Phérès, le récit du valet, le stratagème employé par Alcide à la fin de l’œuvre ? Rien de mieux. Perrault appplaudit généreusement, inconsidérément. Apollon et la Mort, en découvrant au spectateur ce qui ne peut manquer de se produire, enlèvent tout intérêt à l’intrigue ; la servante n’a que propos inopportuns, paroles déplacées ; Admète est un lâche d’accepter que sa femme meure pour lui, et Alceste une sotte de « donner sa vie pour un mary qui le merite si peu » (79) ; Phérès et Admète, également égoïstes, sont 4 également odieux ; ce valet ne l’est guère moins, qui re- | présente Hercule « avec ‘les qualitez d’un Crocheteur » (80) ; enfin Alcide, ramenant des Enfers Alceste voilée, se rend l’auteur d’une « gentillesse » (81), acceptable sans ‘doute dans une comédie, mais détestable ici, où elle rabaïsse le plus « serieux », le plus « parfait » (82) des héros. PME.
Quinault ajoute-t-il au lieu d’enlever ? Cléon-Perrault le loue encore sans réserve. Nous ne nous attendions peutêtre pas-qu’Alcide fût amoureux d’Alceste. Pourtant voi-
7 (79) Critique d’Alceste, Recueil Le Laboureur, p. 288. (80) Ibid., p. 290.
(81) Jbid., p. 291.
(82) Ibid.