Crimiaue pu Lavre
qu’en effet 1l l’estoit, Et Cesar Oudin à donné pour titre
à sa traduction Le Valeureux Jugeant qu’il estoit meil-
leur que l’Ingenieux (50). Mais pouvez vous descouvrir quelque chose dans tout ce qu’il dit dans la suitte de son
Livre, de ce Cides Hamet Benangelÿ (1), Est ce qu'il veult faire croire que toute cette Histoire est une pure et
fidelle traduction, des manuscritz originaux de cet auteur
Arabe comme il dit, car Il avoit deffendu à son Morisque
de rien adjouster ni oster de cet original en faisant la Traduction, Cependant en differens endroits il ne parle de ‘cet auteur que pour luy servir de tesmoing des choses qu’il raconte, Et tout cela est de telle sorte [18 R'°] embrouillé ce lon n’y comprend rien, mais Je ne voys pas qu’on s’en soucie beaucoup, au contraire l’on est bien aise de
passer viste sans aprofondir davantage, Et à à propos de ce
que Je vous dis et pour vous J ustiffier L’ anacronisme ou confusion et meslanga de temps differens dont je vous ay
parlé : Cervantes fait entendre en plusieurs endroitz
qu’il y a eu differens autheurs (entre lesquelz il parle d’un second authieur que lon ne sçait qui c’est) qui ont escrit quelque chose de la vie de D.Q. (52) qu il y a des
(50) Voici le titre de la traduction de César Oudin, dans la prenière édition (1614) : L'Ingenieux Don Quixote de la Manche compose par Michel de Cervantes, traduit fidellement d'Espagnol en François, cl dedié au Roy. L'on remarquera que Cesar Oudin a conservé l'expression : El! Ingenioso..®ll convient pourtant d'ajouter que les éditions suivantes (1616, 1620, 1625) portent non pas L’Ingénieux, mais Le Valeureux Don Quixote de la Manche.
(51) Pierre Perrault n'a pas compris que Cid Hamed Ben-Engeli, historien arabe, n’est autre que Cervantes lui-même, Voir à ce propos Viardot, Traduction du Don Quichotte; t, 1, p. 61, n. À (éd. de 1912), et Rodriguez Marin, éd. du Don Quichotle (1916), t. EH, p::304, n. 9. #
(52) Pierre Perrault met en marge de ces quelques lignes les indications suivantes : p. 2, p. 59; 60. Nous nous sommes reporté à l'édition espagnole de 1607, et nous avons pu vérifier l'exactitude de ces références, :
p. derre en marge]
me an 1:
DE Dom Quicmorre pe La MAncHs 97
memoires de ses avantures dans les archives de la Manche qui portent entre autres choses que D.Q. sk trouva à un fameux Tournoy a Laragoce (53). Il dit aussy tout a la fin de la quatrième et dernière partie de son Histoire, qu’un Medecin a en sa possession un coffre de plomb, trou- :
vé dans les fondations d’un ancien hermitage (pourquoy d’un hermitage ? quei raport de cette histoire avec un hermitage ?) dans lequel coffre s’est trouvé des parchemins escritz en vers Castillans en lettmes Gottiques qui parlent de beaucoup de faitz de D.Q., de la beauté de Dulcinée, de la figure de [18 V*°] Rossinante de la fidelité de Sancho, et du tombeau de D.Q. avec plusieurs Epitaphes (54). Tout cela fait voir qu’il donne cette Histoire pour fort ancienne, Et cependant tout au commencement de cette Histoire, à la troisiesme ligne de la premiere page
- 11 dit an ces termes, parlant de D.Q. ZI n’y a pas long-
temps qu'en un lieu de la Manche vivoit un gentilhomme (5) etca Et en suitte au 40. chapitre il fait rencontrer ce mesme D.Q. avec un capitaine Esclave qui revenoit de
la guerre de la Goulette contre les Turcs en 1574. C’estoit done en 1574 que vivoit D.Q. dont Cervantes a fait impri-
(53) Ici, Pierre Perrault modifie légèrement le texte de Cervantes. Celui-ci ne parle ni de « mémoires » au sens d’ « écritures » (escrituras auténticas), ni d’ « archives ». Il dit seulement : « la renommée à conservé dans la mémoire des habitants de la Manche une tradition qui rapporte que, la troisième fois qu'il quitta sa maison, don Quichotte se rendit à Saragosse, où il assista à de célèbres joutes données dans celte ville. » — « la fama ha guardado, en las memorias de la Mancha, que don Quijote la tercera vez que salié de su icasa fué a Zaragoza, donde sc halld en unas famosas justas que en aquella a ciudad hicieron.. » {Don Quichotte, 17° Partie, chap. LIT).
(54) Don Quichotie, ibid. Perrault traduit ici exactement le texte de Cervantes.
(55) Don Quichotte, [re Partie, chap. I.
p'2 [note en marge]
mer l’histoire en 1607. selon l’exemplaire que J’en ay (56) : Cela s’accorde bien avec ce qui est dit en cette troisieme ligne de la première page, mais nullement avec ce
qui est dit en la derniere page du livre où il est parlé de
ce coffre de plomb, ni avec le temps que l’on faisoit de fameux Tournois à Zaragoce (61). Vous voyez bien la confusion et le meslange des temps dont Je vous ay parlé, Et n’est il pas estrange qu’un autheur ne se souvienne pas à la derniere page de son livre de ce [19 R°] qu’il a dit à la premiere, à la premiere il dict qu’il n’y à pas longtemps que vivoit ce heros et à la derniere il raporte des memoires de ce mesme heros escritz en lettres Gottiques et trouvez dans une antique mazure, Voila des Temps qui ne s’acordent pas ensemble, Et voicy que l’autheur ne s accorde pas non plus avec luy mesme : Il dit a la deuxieme ligne de la premiere page (58) qu'ol ne veut pas se souvenir du nom du lieu dont estoit D.Q. (le nouveau traducteur n’a point voulu traduire cet endroit) (59) et un peu aprez Il tesmoigne d’avoir grande envie de trouver des memoires de cette Histoire et d’avoir beaucoup de joye d’avoir trouvé des manuscritz Arabes qui en parloient (60), y a t il queique part une telle legereté et inconstance d’Esprit ?
Ce qu’il dit du nom de D.Q. (61) n est il pas bien inutile soit pour l’histoire soit mesme pour faire rire ? Car que D.Q. ait nom Quichada ou Quesada qu'importe ou est
(56) Pierre Perrault a lu le Don Quichotte, fre Partie, dans l’édiion de Bruxelles (1607). Rappelons que la première édition du Don Quichotte fut publiée en 1605, à Madrid, chez Juan de la Cuesta.
(57) Don Quichotte, Ire Partie, chap. LIT.
(58) Ibid., chap. I. L
(59) Remarque juste.
‘60) Don Quichotte, Ire Partie, chap. IX.
(61) Ibid., chap. L .
DE Dou Quicnorre pe La Mancue 99
le plaisant ? Il en est de mesme du nom de Dulcinée qu’il dit estre aprochant du vray nom qu’elle avoit qui estoit Aldonça Lorenço (62) : Ces nors là à mon avis n’ont aueun rapport ensemble, Il n’y a pas mesme les lettres qu’il faut pour faire Dulcinée.
[19 V®] No. — Si vous n’avez que ces choses là à dire contre ce livre Il n’y a pas de quoy le mésestimer comme vous faictes Et pour respondre à ce que Je vous ay laissé dire Ce n’est pas s’y prendre bien que de l’at-
taquer par l’humeur de son autheur (63), Car qu’il ait esté d'humeur vaine ou non, cela ne faict rien à son ouvrage, -et vous pourriez porter si loing vostre Critique qu’à cause que peut estre avoit il un meschant habit, comme il donne occasion d’en croire quelque chose en quelque endroit, vous voudriez qu’il ne pust avoir fait qu’un meschant livre, Et à l’egard de l’anachronisme, que Je ne veux point examiner icy, quand il seroit aussy grand que vous le faites Il ne fait aucun tort au livre y estant, puisque n’y estant point le livre n’en seroit pas meilleur Son dessein n’estant que de divertir agreablement son Lecteur.
Eu. — Vous avez raison prenant la chose comme vous la prenez, Mais vous ayant dit que cet auteur a de la vanité, et que son livre m’a toujours deplu Je vous veux donner à connoistre les causes qui m’ont fait avoir pour luy et pour son ouvrage le peu d’estime que J’en tesmoigne, Car un homme vain [20 R“] et entesté de son pretendu merite comme l’est cet auteur, difficilement
(62) Don Quichotte, Ire Partie, chap. IL. Cervantes écrit : « .….buscändole nombre que no desdijese mucho del suyo… vino a Iamarla Du’cinea del Toboso… » « Lui cherchant un nom qui ne slécartat pas beaucoup du sien... il en vint à l'appeler Dulcinée du Toboso... »
(63) Passage peu clair.
100 2 Cermous pu Livre
peut il faire quelque chose de bien, par ce que se croyant incapable de faire des fautes, [1 hazardera tout, et le voudra faire passer souz l’authorité de ce merite imaginaire. ME Neo. — Je veux tout ce qu’il vous plaira, De mesme aussy pour ces noms et leur diversité, cela ne laisse pas d’avoir son agrément, Et ce qu'il en fait est pour en trouver qui ayent quelque grace, qui conviennent à son dessein et qui sentent la chevalerie, Sorel dont vous avez parlé ne fait il pas de mesme dans son Berger extravagant (64) ? Il donne le nom de Lizis (65) à son Heros qui s’apelloit Louis, celluy de Charite (66) à sa maistresse qui s’apelloit Catherine, Il se fasche de ce que son valet s’apelle Carmelin, et de ce qu’il ne veut pas prendre le nom de Carmelinte ou Carmelindor (67) comme ayant l’air plus pastoral, N'est il pas ravy d’avoir rencontré un berger qui se nommoit Philiris, disant que c’estoit un nom à avoir de belles avantures (68) ? Ne cherche-t-il pas aussy un nom pour sa houlette qu’il appelle Doriverte ou Verdorée (69), et pour son [20 V*] chien qu’il nomme Musidore (70) ? Tant il est vray que des noms donnez à propos ont bonne grace, et que cela est du stile et de l’essence des Romans de bergerie.
Eu. — Je vous laisse parler car ce que vous dites est très bon, et je suis bien aise que vous le trouviez tel. (64) Le Berger Extravagant a été publié en 1627 et 1628. (65) Ou plutôt : Lysis. — Berger Ertravagant, éd. de 1628, t. I, livre I, p. 14.
(66) Ibid, p. 15.
(67) Ibid., livre IV, p. 589.
(68) Ibid., livre VI, p. 930. — « un nom à bien faire », dit exactement Sorel.
(69) Ibid., livre IV, p. 638.
(70) Ibid., p. 636.
pe Dou Quicuorrs p» La MAncs 101
Mais ce que J’ay remarqué de D.Q. n’est nullement fait
de la sorte, car nous ne sçavons point ni mesme l’auteur, le vray nom de son Heros (71), nous ne sçavons
donc pas si celluy de Dom Quichotte a quelque raport
avec son vray nom, Nous ne sçavons non plus si le nom de D.Q. sent davantage le Chevalier errant que celluy
de Quichada ou Quesada : Car le nom de Lisis dont vous venez de parler ressemble assez à Louis, et il est certain que c’est un nom de Romant de bergerie, Il en est de mesme de celluy de Carite qui ressemble assez à Cathe-
rine, mais celluy de Dulcinée ne ressemble en aucune
maniere à Aldonça Lorenço et si c’est un nom de Roman Je m’en raporte. Mais laissons tout cela puisque vous le voulez, et voyons le solide de ce Livre. J’oseray vous dire qu’il peche contre les deux principales et plus [21 R*] necessaires conditions d’une histoire inventée, comme est celle de ce livre, qui sont la vraysemblance
dans les Incidens et la bienseance dans les discours des
personnages suivant leurs caracteres.
Neo. — Je suis extremement surpris de vous entendre parler de la sorte, et que vous osiez avec tant de temerité (vous me pardonnerez ce mot) attaquer ce qui est loüé et admiré de tout le monde sans contredit, Il faut assurement que l’aversion que vous avez pour ce livre soit de celles dont on ne peut rendre raison de mesme que de ces aversions ou inclinations que nous avons pour
(71) Cervantes écrit en effet : « Quieren decir que lenia el sobr£nombre de OQuijada o Quesada, que en esto hay alguna diferencia en los autores que deste caso escriben ; aunque por conjeturas verosimiles se deja entender que se Ilamaba Quejana. » (Lon Quichotte, Jre Partie, chap. 1) — « On prétend qu’il avait le surnom de Quijada ou Quesada, car il y a sur ce point quelque divergence entre les auteurs qui en ont écrit, bien que des conjectures vraisemblables laissent entendre qu'il s'appelait Quijana. »
102 20 Ormmoue Do LivrE.
des gens dez la premiére fois que nous les voyons sans les connoistre davantage, Et n’estoit ce que vous venez de me dire du Berger extravagant par où je connois que vous l’estimez Je vous demanderoïis si vous estimez quelque livre au monde; Je suis bien assuré qu’il [y] a telles gens qui ne voudroïent pas vous escouter davantage, Pour moy qui pourrois avec raison estre de cet avis je prendray la chose d’un autre biais, Je vous laisseray dire tout ce qu’il vous plaira (car Je vous contredirois Inutilement comme je vois) par curiosité de sçavoir [21 V®] comment on peut soustenir un aussy estrange paradoxe que celluy que vous venez d’avancer.
Eu. — Je me doutois bien que vous seriez émeu de ce que J’allois vous dire tout posé et tout sage que vous estes, Je ne me serois pas ouvert comme J’ay fait devant de certains brutaux et emportez qui ne demordent jamais d’une opinion qu’ilz ont prise une fois, et qui croyent que s’ils changeoynt d’avis sur le raisonnement d’autruy, ce seroit avoüer leur ignorance dont ilz ne sont que trop convaincus en eux mesmes laquelle 1lz veulent pourtant cacher, Maïs puisque vous n’estes pas de ces gens la en aucune maniere, Et que vous voulez bien avoir la patience que vous me promettez. Je tascheray de vous faire voir que l’aversion que j’ay pour ce livre n’est pas capricieuse comme vous pensez, Et que jJ’ay de bonnes raisons pour la soustenir, Et peut estre vous feray je avoüer que vous vous estes laissé ebloüir par quelque chose qu’il y a d’agreable dans ce livre.
Sans perdre de temps davantage venons au fait Examinons ces divers Incidens, Et voyons ce qu’il y a qui peche contre la vraysemblance.
[22 R‘°] Voyons la premiere avanture qui fut à la pre-
DE Dow Quicrorre pe LA Mancnr 103
miere sortie de nostre Heros où il fut fait chevalier (72). L'auteur dit que D.Q. fit la veille des armes dans la cour de l’hostellerie, et que deux Muletiers vinrent l’un aprez l’autre, ranger ses armes d’auprez une auge pour avoir de l’eau pour leurs bestes (13), Et qu’il donna au premier un tel coup de sa lance qu’il prit à deux mains, que sil eust redoublé le muletier n’eust pas eu besoing de se faire panser, car il le renversa par terre bien blessé (74) : Au se-
cond qui ne sçavoit point ce qui estoit arrivé à son compa-
gnon car il estoit encor estourdy c’est à dire pasmé, et demeuré sur la place, autrement Il eust fait du bruict et ce second ne fust pas venu a cette auge innocemment comme il fit, À ce second dis-je, Il donna un semblable coup de sa lance qui ne se mit point en pieces (pourquoy cette remarque et pourquoy s y seroit elle mise plustost qu’au premier) mais qui en fit plus de trois de la teste du Muletier, car elle l’ouvrit par quatre endroitz (15). entendez vous cela et comment un seul coup peut ouvrir une testä en quatre endroitz ? Les compagnons des blessez [22 V®°] et le reste du monde qui estoit a l’hostellerie avec l’hoste viennent au bruit, Ilz luy jettent des pierres et l’Hoste
(72) Don Quichotte, Fe Partie, chap. II et II.
(73) Ibid., chap. HE « Antojésele en esto a uno de los arrieros que estaban em la venta ir a dar agua à su recua, y fué menester quitar las armas de don Quijote, que estaban sobre la pila. » … « …Iegé otro con la mesma intencién de dar agua à sus mulos ; y Hegando a quitar las armas para desembarazar la pila…. »
(74) Don Quichotte, 17e Partie, chap. IT : « ….alzé la lanza a dos. manos y dié con ella tan gran. golpe al arriero en la cabeza, que le derribé en el suelo tan maltrecho, que, si segundara con otro, no tuviera necesidad de maestro que le curara. »
(15) Ibid. « Desde alli a poco, sin saberse lo que babia pasado (porque aûn estaba aturdido el arriero), Ilegé otro con la mesma intencion… don Quijote.. alz6 otra vez la lanza, y, sin hacerla pedazos,
__hizo mâs de tres la cabeza del segundo arriero, porque se la abrié
por cuaire. »
104 SES Oririque pu Livre
ne fait autre chose que dire que cet homme est fou, et que quand il les auroit tous tuez il n’en seroit autre chose : À ces belles persuasions l’on cesse dé luy jetter des pierres et l’on retire les blessez (76). L’Hoste qui ne trouve pas bon les galanteries de son hoste, se resoult pour abréger, de luy donner ce maudit Ordre de Chevalerie avant qu'il arrive d'autre malheur (17), et la luy donne avec toutes
les ceremonies et circonstances qui se voyent dans les.
Romans, et le laisse vistement sortir mesme sans payer (78). Je vous demande par vostre foy s’il y a aparence qu’une telle affaire se soit passée de la sorté, et si deux muletiers blessez comme le furent ceux là, et leurs com-
pagnons, tous brutaux comme le sont de telles gens, ont.
pu laisser, aller de la sorte un homme comme estoit D.Q. s’ilz n’ont pas du l’assommer a coups de fourches fieres et de leviers tout armé quil estoit estant seul de sa compagnie, Ne devoient ilz pas aussy bastre l’hostellier mesme, qui le souffroit et qui faisoit un Jeu et une plaisanterie du mauvais traitement [23 R'°] qui leur estoit fait. Le reste du monde qui estoit dans l’hostellerie ne devoit il pas du moins arrester ce dangereux fou, au lieu de le laisser aller par les champs armé de lance et d’espée faire
(76) Don Quichoite Ire Partie, chap. III. « Al ruido acudié toda la gente de la venta, y entre ellos el ventero.… Los compañeros de los heridos. comenzaron desde lejos a Ilover piedras sobre don Quijote. El ventero daba voces que le dejasen, porque ya les habia dicho como era loco, y que por loco se libraria, aunque los matase a todos. por las persuasiones del ventero, le dejaron de tirar ; y
él (don Quijote) dej retirar a los heridos. »
(71) Ibid. « No le parecieron bien al ventero las burlas de su huésped, y determiné abreviar y darle la negra orden de caballeria luego, antes desgracia sucediese. »
(78) Ibid. « ..….Y, sin pedirle la costa de la posada, le dejé ir a la buen hora. » Q
PDP. 14 ie en marge]
DE Dow Quicaorre pr LA MANOHE 105
ailleurs quelque plus cruel massacré, Et ne devoient :lz pas estre indignez âutant que ces muletiers, de l’Impertinente comédie que leur donnoït cet hoste si hors de propos, laquelle d’ailleurs ne servoit qu’a augmenter la. folie
de cet homme, et le rendre encore plus hardy à outrager -
le monde. Je pourrois m’estonner comment un hostellier de Campagne de cas lieux qu’on appelle en Espagne, Ventas, les plus disgraciez de la terre, ait sceu si bien les ceremonies pour faire des chevaliers errantz, leur donner l’acolade leur faire ceindre l’espée et chausser les espérons
par des Dames, et particulierement luy qui ne sçavait pas
lire, mais l’autheur l’a ainsy voulu et a prevenu mon objection qui n’en valoit pas si bien la peine que celles que j'ay faites, en disant que cet hoste aimoit beaucoup les livres de Chevalérie et Il ne sçavoit pus lire Ces plaisanteries la me semblent bien froides et I1 [23 V®°] faut estre
bien resolu à rira pour en rire et croire qu’il n’y a pas de
quoy rire s’il n’y a des testes cassées. Que vous semble de ce second coup de lance qui fait quatnñe pieces de la teste de ce muletier et qui l’ouvre en quatre endroictz ? cela se
peut-il faire ? ne voit on pas que l'autheur a voulu
faire un jeu de paroles en disant que sa lance ne
se mit pas en pieces mais qu’elle en fit plus de trois de la.
teste de ce second muletier. Que vous semble aussy de la visiere du Casque de D.Q. et de la façon dont il l’avoit faite avec du carton et des lames de fer (19), comme si l’on trouvoit des lames de fer partout, et que D.Q. eust pu les couper et les percer comme du carton. D’ailleurs Je ne puis rien comprendre a cet ouvrage et je gagerois bien que l’autlieur luy mesme n’y comprend rien non plus, Ii dit qu’on ne pouvoit denoüer de certains cordons et que D.Q. ne pouvoit rien mettre à sa bouche avec les marins
(79) Don Quichotte, I*° Partie, chap. I.
p. 31 noie en marge)
CPR ON MA EEE RIT RES
106 2 CRITIQUE pu LIVRE
la visière estant levée (80). Tout cela me passe Je vous l’avoüe. FX |
L’avanture des marchandz de Tolede qui vont à Murcie (81), est plus supportable, personne [24 R'°] n’y est blessé, et elle se peut supposer comme elle est rapportee, “e m’estonne seulément de ce qu’il se trouve toujours à point nommé quelqu'un qui entende ce que c’est que Chevalerie errante, comme un de ces marchandz le fit voir par les responses qu’il fit à D.Q.
NEo. — Encore est ce quelque chose que vous n’ayez iouvé que cela à redire à cette avanture, et cependant c’est ce qui est de plus naturel, car Il n’y a peut estre point de gens qui sçachent plus les Romans que des marchands de soye comme estoient caux là, parce qu’on leur vëänd tant de sortes de papiers imprimez pour envelopper leurs marchandises qu’il y a beaucoup de ces papiers là qui sont des feuilles de Romans qu’ilz lisent comme ils en ont tout le loisir.
Eu. — Cela est vray et vostre remarque est très bonne et Je m’en souviendray longtemps.
Mais Je ne sçais pas comment un valet de ces marchands qui battit tant D.Q. que malgré ses armes il le rendit tout moulu (82) rompant sa lanca sur son corps, avoit pu casser la visiere de son casque à à coups de baston (83) [24 V*°] comme dit l’autheur, sans le blesser beau-
(80) Don Quichotte, 1re Partie, chap. II. « .… a trueco de no romper las cintas de la (celada. — Como tenia (Don Quijote) puesta la
celada y alzada la visera, no podia poner nada en boca con sus manos….. »
81) Ibid., chap. IV.
(82) Ibid. . ...comenzé a dar a nuestro don Quijote tantos palos, que, a despecho y pesar de sus armas, le molié como cibera. » (83) Don Quichotte, Ire Partie, chap. V : « la visera, que ya es-
taba hecha pedazos, de los palos…. »
p. 33 en marge]
ELU "4 sb EN 2 2 - Va ME SE VE ce et UN À Cr he RES DS AE Res a FRE DE t£° te TS D'MNESS PR RAT TL ee ET es 3
DE Dow QuicrorTre nE LA Manon 107
coup au visagë avec les lames de fer dont cette visiere
estoit composée, Car ce manouvrier qui le trouva ainsy traitté, ne vit point qu’il fust blessé, ni qu'il y eust du sang n1 aucune marque de blessure, Il luy essuya le visage qui estoit seulement couvert de poudre (84).
Avez vous remarqué les longs discours que font la Niece et la Gouvernante dans le logis de leur maistre avac le
Curé et le Barbier, et qui sont entandus tout au long
par D.Q. et par ce manouvrier qui le ramenoit tout moulu sur son asne estant dehors, les portes fermées (85), cela se peut il ? | |
Nro. — Vous ne dites pas que l’autheur dict que la Gouvernante parloit à haute voix (86).
Eu. — Il est vray, mais fait on un discours de la longueur qu'est celluy là tout de suitte et a si haute voix que ceux de dehors l’entendent tout entierement ? Et d’aillears cette servante ou gouvernante dit elle vray quand elle dit qu’il y a six Jours qu’elle n’a veu m1 son Maistre ni son cheval ni sa lance ni ses armes (87) ? Son Maistre n’avoit couché qu’une nuit dehors. [25 R'°] La maniere dont ce manouvrier parle pour se faire ouvrir la porte est à mon sens ridicule pour un homme comme luy et n’est en aucune façon de son caractere. Ouvrez dit-il Messieurs au Seigneur Valdovinos, et au Marquis de Man-
(84) Don Quichotte, 1re Partie, chap. V : « Viendo esto el buen hombre, lo mejor que pudo le quité el peto y espaldar, para ver si tenia alguna herida ; pero no vi sangre ni señal alguna. » — « ...le limprié el rostro, que le tenia cubierto de polvo. »
(85) Ibid. L'expression n’est pas dans le texte de Cervantes. Voir Don Quichotte, éd. de 1607, p. 33, 34, 35. Le laboureur dit seulement « Abran vuestras mercedes... », p. 34,
(86) Ibid. : « ...que estava diciéndoles su ama a voces.…. »
(87) Ibid. : « tres dias ha que no parecen él, ni el rocin, ni la adarga, ni la lanza, ni las armas. » 3
108 5 Cririque PU Livre
toüe qui est fort blessé, Et au Seigneur le Mare Abindarraez qui amene prisonnier le vaillant Rodrigue de Narvaëz gouverneur d’Anteguerre, (88). Je confesse icy mon peu de memoire, car quoy que J’aye lu cet endroit plus de dix fois, Je ne- pourrois pas redire tous ces noms extraordinaires comme a fait ce pauvre meneur d’asne qui ne les avoit entendus qu’une seule fois confusement parmy les discours extravagans de D.Q. Mais n’est il pas vray qu’il ne se faut pas arrester à cela et qu’il faut rire tant que l’on peut, car on ne lit de telz livres que pour rire quelque chose qu’il y ait, |
No. — Ce que vous dites là me feroit plus rire que l’avanture, de la maniere que vous le dites.
Eu. — Vous avez raison car peut estre. Je m’eschauffe plus que de besoing Mais peut on [25 V*°] rire de l’avanture qui suit, qui fut à la seconde sortie de D.Q. ? C’est celle des Moulins a vent si ce n’est de pitié de voir une chose si froide et si mal entendue. À t on jamais veu un champ où il y ait trente ou quarante moulins a vent ensemble (89) ? Tout ce qu’on peut faire prez de Paris où il y en devroit avoir plus qu’en lieu du monde, est d’y en voir trois ou quatre ensemble, et si la veüe en descouvre davantage c’est en deux ou trois lieües de pays et dans un grand esloignement, Ce qui ne peut pas servir à faire cette avanture, car estans si fort esloignez Ilz ne pouvolent pas causer dans l’imagination de D.Q. ce que pouvoient ceux qui éstoient proches.
{88) Don Quichotte. 1re Partie, chap. V : Abran vuestras mercedes al señor Valdovinos y al señor Marqués de Mantua, que viene mal ferido, y al señor moro Abindarrâäez, que l'ae cautivo el valeroso Rodigo de Narväez, alcaide de Antequera. »
(89) Ibid., chap. VIIE : « En esto, descubrieron treinta © cuarenta molinos de viento que hay en aquel campo. »
DE Dom QuicHorrTe DE LA Mancme 109
. No. — Voila une belle Critique ! Il est bien question du nombre de ces moulins, Il suffit qu’il y en ait eu un pour fonder l’avanture.
Eu. — Je le veux bien, mais pourquoy a t il dit qu’ily en avoit trente ou quarante, cela estoit il necessaire pour faire rire ? faut il qu’un homme qui compose un Poeme comme celluy cy [26 R‘°] dans son cabinet, s’abandonne tellement à l’envye de dire quelque chose de plaisant qu'il ne luy reste pas de Jugement pour faire un bon choix, et pour ajuster son fait de telle sorte (car il en est le maistre) que tout quadre au vray semblable, Un homme qui dans l’occasion feroit un conte dans une conversation, pourroit parler de la sorte, et lon luy pardonneroit cette hyperbole desordonnée en faveur de l’Impromptu, Mais celluy qui escrit de sens froid tout a loisir qui revoit son ouvrage, qui le fait voir à ses amis (assurement il choisissoit ceux qui s’y connoissoient le moins) qui le fait imprimer et qui en corrige les epreuves, Et qui avec tout cela persiste dans de telles fadaises, cet homme là ne merite pas qu’on luy pardonne rien, son orgueil est chocquant, et offence son lecteur qu’il croit n’avoir pas l’Esprit de s’apercevoir qu’il se mocque de luy. Ce que je dis à propos de ce nombre impossible et ridicule de moulins à vent, je le dis pour tous les defautz de jugement dont tout ce livre est remply depuis la premiere page Jusques à la derniere. Mais ce n’estoit pas [26 V'°] assez, il falloit arondir le conte et le rendre parfait ; Ce Moulin, puisque vous voulez qu’il n’y en ait qu’un, (et en effet on ne sçait ce que deviennent les autres) ne commença à tourner qu’aprez que D.Q. eut picqué Rossinante Car alors il se leva dit-il un peu de vent qui en fit tourner les