‹ Critique du Livre de Dom Quichotte de la MancheChapitre 30 sur 64 · LAN · texte numérisé non relu

LAN

DE Dow Quicnorre DE 14 Mancne 135

redisoit encore d’autres parolles que D.Q. avoit dites la premaere fois qu’ils oüirent ce bruit (144). Il n’est pas possible que un homme simple et lourdaut ayt si bonne memoire et soit si bon railleur, Et de fait quand il oublia les tablettes où D.Q. avait escrit une lettre à Dulcinée Il ne put Jamais se souvenir d’un seul mot (145) quoyque D.Q. la luy eust leüe distinctement affin qu il pust s’en souvenir s’il perdoit les tablettes (146). Pareille faute de Jugement se trouve en ce qui est dit de ce manouvrier qui ramena D.Q. sur son asne, quand Il se fit ouvrir la porte avec les belles parolles de Romans qu’il disoit (147), comme Je l’ay remarqué, mais nous n’en demeurerons pas là. Aprez cette avanture vient celle des Galeriens si renommée (148).

Neo. — Vous allez bien viste, Vous ne parlez point de l’entretien de D.Q. avec Sancho, dans lequel Il luy fait un plan de la fortune heureuse qui peut arriver à un Chevalier errant, par où il luy fait voir comment Il peut devenir Empereur, et son escuyer [45 R‘°] comte ou Duc (149),

Et ce discours a beaucoup d’agrement, C’est un abregé de.

Roman dont on pourroit faire quelque chose de bien en l’estendant davantage. | Eu. — Il est vray que je n’y avois pas songé, mais

puis que vous voulez que je vous en parle Je vous dirayÿ

que ce n’est pas une grande finesse que cet abrégé de Ro-

(144) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XX : « Y por aqui fué r'epi-

tiendo todas o las mAâs razones que don Quijote dijo la vez primera

que oyeron los temerosos golpes. »

(145) Ibid, chap. XXVI.

146) Ibid. chap. XXV.

(147) Ibid., chap. V.

(148) Ibid., chap. XXII.

(149) Jbid., chap. XXI. — Il s’agit, pour le chevalier, de devenir roi ou empereur.

136 CRrrTIQUE pu Liver

man, ceûx qui ont lu de tels Livres sçavent tout cela par cœur, et mesme ce grand narré ne seroit pas bon sil n’estoit -<onnu autant qu’il l’est, et il n’estoit point necessaire de le faire si long mais c’est la maniere d’escrire de l’autheur. Voyons donc cette avanture des Galeriens.

N&0. — Je croy que celle cy vous satisfera.

Ev. — Attendez nous passons celle de l’armet de Mambrin (150), sur laquelle Je n’ay autre chose à dire que ce que . Jay dit, que D.Q. avoit veu tant de fois un bassin de barbier qu’il ne pouvoit pas prendre celluy là pour un Casque, ni aussy prendre pour un cheval l’asne sur quoy estoit monté ce barbier ayant continuellement devant les yeux celluy de Sancho à qui il dit que celluy de ce barbier ressembloit parfaitement, Car s’il prenoit un [45 V*°] asne pour un Cheval il pouvoit prendre des chevaux pour des. vaches où (sic) pour des Dromadaires et ainsy des autres animaux. Mais que fait-il de ce bassin ? Lautheur dit qu’il le mit sur sa teste il osta donc son casque car il n’eust pas

. pu se tenir dessus sans tomber à tous momens, et defait Il l’avoit sur sa teste lors de l'affaire des galeriens, ou (sic) mit il donc son casque ? L’autheur ne nous dit rien de tout cela.

N&0. — passez passez peu de chose vous arreste Voyons ce que vous direz de cette avanture des galeriens Je crois comme Je vous ay dit qu’elle vous satisfera plus que les autres, elle plaist à tout le monde, Elle est bien inventée et pleine d’une grande diversité.

Et. — Et moy J’ay un sentiment tout contraire at je vaus färay voir clairement qu’il ny a rien de plus mal inventé de moins vraysemblable et où il y ait plus de contradiction dans les faitz qui y sont raportez, Examinons la par ses parties.

(150) Don Quichotte, 1re Partie, chap. XXI.

Dr Dom QuicnorTre ne LA MancHr 137

D.Q. rencontre une chaisne de (Galeriens Vous rämarquerez premierement qu’ilz ne sont [46 R‘°] que six en tout (151), et que l’on ne mene point de chaisne s1 foible à cause des frais qui sont grands, Cervantes dit pourtant qu'ilz estoient jusqu’à douse, Mais passons, Cette chaïisne estoit conduitte par quatre hommes, deux a che- . val et deux a pied, Les hommes de cheval avoient des escoupettes à roüet nottez ce pluriel, Les hommes de pied avoient des espées et des demi piques (152) nottez encore cela D.Q. s’aproche d’eux et sçait si bien par ses douces

paroles, les persuader qu’ilz font arrester leur chaisne

et luy permettent d’interroger ces galeriens l’un aprez l’autre sur le sujet de leur Condannation à quoy ils satisfont chacun, comme il se voit dans le livre. Je ne sçals si vous serez de mon avis, et si vous trouvez bon ce que dit D.Q. au sujet de ce galerien à grande barbe, et du crime pour lequel il avoit esté condanné, qui estoit de s’estre meslé de favoriser la desbauche de la Jeunesse, Et si la deffence qu’il entreprend de ce beau mestier est honneste, s’il est vray qu’il soit necessaire en ‘une

Page 1