US RÉ
(151) Cervantes dit au début de ce chap. XXII :. « don Quijote alzo los ojos y vié que por el camino que Ievaba venian hasta dose hombres a pie, ensartados como cuentas en una gran cadena de hierro, por los cuellos, y todos con esposas a las manos. » — « Don Quichotte leva les yeux et vit venir, sur le chemin quil suivait, une douzaine d'hommes à pied, enfilés par le cou, comme grains de chapelet, à une longue chaîne de fer, et-portant tous menotles aux poignets. » — Jl est à remarquer pourtant que don Quichotte ne s'entretient qu'avec six des galériens. — Et Pierre Perrault, de son côté, remarque d’ailleurs que « Cervantes dit. qu'iz esloient jusqu'a douse. »
(152) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XXII : « ...dos hombres de à caballo y dos de à pie ; los de à «caballo, con escopetas de rueda, y los de à pie, con dardos y espadas. »
p. 204 note en marge)
138 Es CRITIQUE pu Livke AL Te
republique bien ordonnée (153) comme il le dit, Pour moy Je trouve cela infame, Je vous en ay [46 V*°] desja parlé, Il apuye trop sur cet endroit et se met trop en peine dd persuader que cette profession deévroit estre exercée par des gens d’esprit et bien nais (154), Ce qu’il dit encore à propos de sortilega pour se faire aimer, qu’il n’y a point de sorcier au monde qui puisse forcer la volonté puis que nous avons un libre arbitre (155), est bien froid et hors de propos, c’est un petit lieu commun bien tiré par les cheveux ; Enfin Il prie ces gardes de donner la liberté à ces pauvres gens, Et comme ils n’en veullent rien faire Il les attaque, et avant quilz se puissent mettre en deffense, Il en renverse un par terre bien blessé d’un coup de lance, Et bien en prit à D.Q. que c’estoit celluy qui portoit l’escoupktte (Il en devoit pourtant rester encor un avec une escoupette) Le reste des gardes demeura fort estonné de cet accident qu’ilz n’avoient pas preveu, et revenant à eux, ceux qui estoient a cheval (nottez ce pluriel car il ne devoit plus y en avoir qu’un puisqué l’autre avoit esté renversé par terre) mirent la main à lespée, ceux qui estoient a pied prirent leurs demipiques, et vinrent su: D.Q. qui les [47 R°°] attendoit tranquilement, et l’affaire se seroit mal passée pour luy, dit lautheur, si les galeriens ne se fussent servis de l’occasion qui se presentoit à eux de se mettre en liberté, commenceant à rompre leurs chaisnes, Le trouble fut tel que les gardes occupez aux galeriens qui se destacheoïent, et à attaquer D. Quichotte, qui les attaquoit aussy, qu’ils ne purent rien faire qui leur
(153) « el oficio de alcahuete, que es oficio de discretos, y necesarisimo en le republica bien ordenada.. »
(154) € .… que no le debia ejercer sino gente muy bien nacida. »
(155) Don Quichotte, re Partie, chap. XXII : « ...que es libre nuestro albedrio, y no hay hierba ni encanto que le fuerce. »
DE Dom Quicnorre DE LA MANCHE 139
servist, Sancho aida de son costé à Gines de Passamont
pour se destacher, œussy fut il le premier qui se trouva hbre, Il courut au garde tombé par terre, luy osta son espée et son escoupette dont il couchoit en joûe tantost cdluy cy tantost celluy là sans pourtant la deslascher, Enfin il ne resta pas un garde, tous s’enfuirent tant de l’escoupette de Passamont que des pierres que leur jettoient les forcatz desja destachez et en liberté (156). Voila comment l’affaire se passa, voyons si elle est si bien pensée, si elle est vraysemblable et si elle s'accorde avec elle mesme. Croyes vous qu’un homme basty comme l’estoit D.Q. armé de sa vieille cuirace avec une Casaque [47 V'®] par dessus, une lance de branche d’arbre mal façonnée, arme dont on ne se servoit plus en Espagne en 1574, Un bassin de barbier sur la teste, monté sur un vilain cheval las et harassé, suivy d’un paysan avec un meschant manteau, (Si pourtant il en avoit un, maïs puisqu’on dit
(156) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XXII : « Ÿ, diciendo y haciendo, arremetié con él (el comisario) tan presto, que, sin que tuviese lugar de ponerse en defensa, did con él en el suelo, malherido de una lanzada ; y avinole bien : que éste era el de la escopeta. Las demâs guardas,quedaron atônitas y suspensas del no esperado acontecimiento ; pero, volviendo, sobre si, pusieron mano à sus espa-
das los de a caballo, y los de a pie a sus dardos, y arremetieron - a don Quijote, que con mucho sosiego ios aguardaba ; y sin duda
lo pasare mal, si los guleotes, viendo la ocasiôn que se les ofrecia de alcanzar libertad, no la procuraran, procurando romper la cadena donde venian ensartados. Fué la revuelta de manera, que ‘as guardas, ya por acudir a los galeotes, que se desataban, ya por acometer a don Quijote, que los acometia, no hicieron cosa que fuese de provecho. Ayudé Sancho, por su parte, a la soltura de Ginés de Pasamonte, que fué el primero que salté en la campaña libre y desembarazado, y, arremetiendo al comisario caido, le quito la espada y la escopeta, con la cual, apuntando al uno y señalando al otro, Sin disparalla jamäs, no quedé guarda en todo el campo, porque se fueron huyendo, asi de la escopeta de Pasamonte como de las muchas pedradas que los ya sueltos galeotes les tiraban. »
140 à Crrrique DU Livre
qu’il luy fut pris en cette révolte (157) posons qu’il en avoit un) monté sur un asne, Croyez vous dis-je qu ’un homme en cet equipage et avec une telle suitte, ayt pu persuader des conducteurs de galeriens, d’arrester leur chaisne, pour estre interrogez par luy ? Ces gens là sçavent trop bien leur mestier, Ils ne se laissent jamais aprocher par personne ni ne souffrent qu’ on s’aproche de leurs forçatz Ils n’ont des armes presque que pour cela et sont toujours sur la deffiance de tout ce qu’ilz rencontrent Cela est donc fort mal pensé. Y à t’il aussy apparence que dans le temps que ce garde blessé, est jetté par terre et qu’il se releve (car il faut bien croire qu’il se releva puisqu'il pe resta aucuns gardes et que tous s’enfuirent et luy comme les autres tout bien blessé qu’il estoit (158) d’un coup de lance qui [48 R‘°] ne peut estre moindre qu’à travers le corps comme J’ay desja remarqué. C’estoit assurement un Maure de mesme que celuy
Qui quoy qu’il fust pourfendu Il couroït comme un perdu Encore.
Que dans si peu de temps dis-je les Galeriens ayent pu rompre leurs chaisnes ; quels outilz leur furent donnez alors pour cela ? Et ce Ginez de Passamont qu’il a dit estre enchaisné differemment des autres avec une chaisne au pied si grande qu’elle luy entortilloit tout le corps, deux carcans au cou l’un ataché à la chaisne, l’autre de ceux qu’on appelle gard’amy ou pied d'amy auquel tenotent deux fers qui descendoient jusqu’à la ceinture, où estownt attachées deux menottes qui luy tenoient les
(157) « À Sancho le quitaron el gabän.…. » — « Pour Sancho, ils
Îles forçats] lui enlevèrent son caban. »
(158) « ….malherido de una lanzada.… »
RTE D TRE
- DE Dom Quicrorrs DE LA MANCHE 141
mains fermées de ne gros Cadenas, de sorte qu’il ne pouvoit ni porter ses mains à sa bouche ni baisser la teste pour atteindre à ses mains (159), a t il pu en si peu de temps rompre tant de chaisnes de fers, de Cadenas, de carcans, de menottes, Et Sancho qui luy aidoit comme dit l’autheur avoit il des limes des marteaux des tenailles pour cela ? [48 V*] Et quand il en auroit eu avoit il assez d’adresse pour s’en servir avec tant de subtilité que dans le temps qu’un homme tombe de cheval et se relève tout soit rompu, et qu’un homme enchaisné de la sorte 1e se trouve si tost en liberté, et plustost que d’autres qui -p. 204 lestoient moins que luy, car il fut le premier qui saulta > en marge]
#4 en campagne (160) avec la liberté. Cela est contre toute vraysemblance et du tout impossible, quand mesme chaque forçat auroit eu un serrurier fourny de toutes sortes d’outilz avec les clefz des Cadenas. Mais vous souvenez vous que ces deux hommes de cheval avoient chacun une escoupette en conduisant ces forcatz ? Je vous en ay adverty, Et lors de cette revolte et dellivrance Il n’y a plus qu’un qui en ait, encore tombe t-il par terre, Il semble aussy suivant le recit de cette revolte quil doit y avoir 7 plus de deux hommes de cheval, parce que Ce premier | qui portoit l’escoupette estant tombé Il est dit que las
FSI (59) Don Guichotte, fre Partie, chap. XXI : « Venia diferente- 4 mente atado que los demäs, porque traia una cadena al pie, tan grande, que se la liaba por todo el cuerpo, y dos argollas a la garganta, la una en la cadena, y la otra de las que ilaman guardaamigo © pie de amigo ; de la cual descendian dos hierros que lIlegaban a la cintura, en los cuales se asian dos esposas, donde Ilevaba las manos, cerradas con un grueso candado, de manera, que ni con las manos podia Ilegar a la boca, ni podia ‘bajar la cabeza a Ilegar a las manos. »
(160) « que fué el primero que salté en la campaña libre y desembarazado… » ,
hommes de cheval mirent la main a lespée (161), Quelles contradictions quelles brouilleries ! y comprenez vous quelque chose ? cet autheur est il daccord avec luy mesme ? : } |
[49 R'°] Nro. — Oh sans mentir vous poussez la chose trop avant Il semble que vous veuillez examiner un procez Criminel tant vous regardez de prez à toutes les cira constances, Un livre comme celluy là ne se regarde pas
de la sorte, Il est fait pour réjouir l’esprit et non pour le
fatiguer par des discussions si serrées et si epineuses, Il suffit qu’il fasse rire et que dans les incidens qu’il traite on y trouve de quoy. :
Eu. — Je vous diray encore une fois que c’est bien domage de vous donner quelque chose de bon à lire, puis que vous prenez si peu garde à ce que vous lisez, Et que si tout le monde estoit de vostre humeur il ne faudroit pas se donner tant de peine qu’on s’en donne en escrivant, pour rendre les choses justes et bien entendües, Je vous diray aussy encorg que je veux me disculper de la petite opinion Je ne veux pas dire mauvaise, que j’ay toujours eüe de ce livre, et de l’indignation que me cause l’estime où Je vois qu’il est a present sans qu’on veuille entendre les critiques que lon luy peut faire.
NEo. — Vous avez donc une grande jalousie contre [49 V*] ce livre, que vous ne le persecuttez qu’à cause que vous voyez qu’on l'estime, Est ce que vous né pouvez souffrir qu’on Loüe quelqu'un ? Vous seriez dune estrange humeur, ou bien est ce que vous croyez qu’il n’y a que vous qui ait (sic) du jugement P
Eu. — Vous ne prenez pas bien ce que Je vous dis, Il
(161) Don, Quichotte, Ire Partie, chap. XXII : « ...pusieron mano a sus espadas los de a caballo.… »
FI
RÉ A TE RAA PER Pare RES Ven AE EE r se x LE * 3 À ER
DE Dom QuicHorte DE LA Mancre 143
n’y à personne qui donne plus volontiers des loüanges que moy à ce que je crois le meriter, Et quand je parle de la s sorte Je ne veux pas que vous croyez que je me veuille ; rendre l’arbitre et le dispensateur des loüanges par la —
bonté de mon Jugement que Je veuille qui soit preferé à
tout autre, Mais ce que je reprens icy Je le fais sur les
regles du sens commun dont Il est permis à chacun de £e
servir, et si Je m’en escarte: on me fera plaisir de m'en
avertir et da me redresser, Mais sans vouloir avoir egard
à cela, rejetter ce que Je dis sans m'en dire dautre rai-
son que celles que vous me dittes et m’avez dites jusques 4 icy, c’est ce que je ne puis souffrir, Il faut me combattre avec armes pareilles, et non pas pretendre m’acabler d’une pretendue authorité superieure | 50 R®] de gans qui ne veulent point respondre et qui veulent par un bel air de hauteur que le peu qu’ilz disent passe pour une loy con- : tra laquelle Il n’y ait point de replique quelque chose que le bon sens puisse alleguer au contraire, et que quand ils ont dit une fois, cela est bon, Il n’y a rien à dire davantage. Ne me parlez donc plus sil vous plaist de mon exactitude si vous n’avez rien à adjouster, Car si vous vou- ; lez nous en demeurerons là et je laisseray lé livre tel qu’il ‘ É est, Vous le lirez à vostre aise sans que je trouble davan- 2 tage le plaisir que vous avez à y voir tant de choses agreables &t divertissantes, si bien rangées et si bien dittes et avec tant d’esprit.
NEo. — Je crois que vous vous faschez tout de bon Je n’ay pourtant pas dessein de vous donner du chagrin, Et je vous prie de croire aussy que ce que vous me dites quoy qu’il soit contre mon sens ne m’en donne point non plus, au contraire vous me faites un extresme plaisir de me faire remarquer tant de choses à quoy je n’avois pas
PS ES Er
PR ME 0 OT MON TR CP DES ER La D 42 ”. nd nn Si Mes 2 ES AUUS ae AT Fo PS or EUR SE pere Li tan ie
DA
144 Critique pu Livre
pris garde, dont je feray mon proffit dans [50 V‘]. la ; rencontre, ce qui me rendra plus hardy doresnavant à. dire mon avis par moy mesme, sans attendre ni escoutter celluy d’autruy, Je vous prie donc de continuer, et voyons j ce qui reste de ce livre comme nous avons commencé.
Eu. — Je feray tout ce qu’il vous plaira, achevons donc cete avanture. Je suis en peine de ce que devint ce garde a cheval de lescoupette qui fut jetté par terre bien blessé par D.Q. d’un coup de lance (162), Je sçais bien qu’il est dit que les forçatz le despouillerent et le laisserent tout nud (163), mais pourtant il faut croire qu’il ne demeura pas là mais qu’il s'enfuit car Il ne resta, a ce que dit l’autheur, sur le ‘champ que l’asne Rossinante Sancho et D.Q. (164) C estoit un belle chose que de voix ce garde s’enfuir tout nud et bien blessé. Je suis encore en peine où D. Q. avoit mis son casque quand :l parloit aux gardes de ces forcatz, car il avoit alors ce bassin sur la teste, et un de ces gardes, se faschant de limpertinente pridre qu’il leur faisoit pour la liberté de ces galeriens, luy dit de redresser [51 R°] le bassin qu'il avoit sur la teste qui estoit de costé (165) Et le galerien qu’il nomme l’escollier se ruant sur luy quand il fut jetté par terre le luy osta de la teste et luy en donna trois ou quatre coups sur des espaules et autant à terre ce qui le mit presque en pieces (166), Je ne sçais aussy comment ce bassin que
(162) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XXII : « ..dié [don Quijote] con él en el suelo, malherido de una lanzada... »
(163) « .….habian despojado [los galeotes] al comisario hasta dejarle en cueros.….. »
(164) « Solos quedaron jumento y Rocinante, Sancho y don Quijote .»
(65) Ibid, : « ..enderécese [vuestra merced] ese bacin que trae en la cabeza.… »
(166) Ibid. : « y apenas hubo caido [don Quijote], cuando fué
DE Dom Quicnorre pe LA Mancar 145
D.Q. avoit trouvé si large qu’il sestonnoit de la grosseur de la teste du payen ‘qui l’avoit fait faire (167), comment dis-je-ce bassin si large et qui en estoit de costé, avoit pu demeurer sur la teste de D.Q. durant ceste meslée sans tomber, et que mesme il l’avoit encore en sa teste tout tombé et renversé qu’il estoit car cet escollier Le luy osta de la teste (168) pour luy en donner des coups sur les espaules, ce qui ne luy faisoit guere de mal puisqu'il estoit armé, ca que l’Escollier voyoit bien puisqu'on luy avoit pris la Casaque qui les couvroit. Vous avez veu aussy que ces forçatz ostèrent a Sancho son manteau, Et l’autheur 2 ne s6 souvient pas que Sancho en avoit faict [51 V*°] une maniere de bissac où il avoit mis des provisions de bouche qu’il avoit prises aux eclesiastiques qui accompagnoïent le mort (169) dont i] avoit chargé son asne et que ces forçatz ne s’estoient pas avisez de derober, dont D.Q. s’estonna depuis s’en estant àperceu ce qu’il appelle un
A “mÿracle (170) par ce qu'ilz avoient pris tout ce qu'ilz
avoient pu : Ilz ne deroberent donc point le manteau de Sancho comme dit l’autheur : Voyez je vous prie combien d’absurditez, de contradictions et de choses dites à l’avanture, Et assurement l’autheur ne songeait qu’à faire que © ce qu’il disoit eust du raport à ce qu’il disoit et non à ce qu’il avoit dit, Et voicy comment : Il croyoit que «’estoit assez donner de gardes à cette chaisne de galeriens, que
sobre él el estudiante, y le quité la bacia de la cabeza, y üiole con ella tres o cuatro golpes en las espaldas y otros tantos en la tierra, con que.la hizo casi pedazos. »
— (167) Don Quichotte, 1re Partie, chap. XXI. (168) « le quit la bacia de la cabeza… »
(169) Ibid., chap. XIX.
(70) Ibid, chap. XXII : « ..cosa que la juzgé a milagro... », — Mais Cervantes a mis l'expression dans la bouché de Sancho, — non dans celle de don Quichotte,
JOUE ET TE SR ee Re te, ee
146 CRITIQUE pu: Livre
deux hommes de cheval et deux à pied, et d’armer ceux de cheval d’escoupettes et ceux à pied de javelots et d’espees. Mais quand il est question de leur faire prendre la Jiberté Il croit qu’il ne faut plus qu’une escoupette affin que Passamont s’en estant saisy et ayant par ce: moyen un plus grand avantage sur les gardes Il puisse avec ses compagnons deja detachez les mettre plus [52 R‘®] facilement en fuitte, De mesme quand il parle de Passamont, il le descrit chargé de chaisnes extrordinairement (sic) à cause qu’il veut attirer l’attention de D.Q. et du lecteur, et quand il le veult faire delivrer il oublie tout cela, et Le fait le premier destaché (sic) le devant estre le dernier parce qu’il avoit affaire de luy pour cette révolte comme le plus capable de la faire reussir, Voila comme cet autheur enfile ses avantures les unes aprez les autres, trouvant sur le champ des expediens à chacune selon qu’il le trouve a propos sans se soucier s’1lz s'accordent avec ce qu’il a dit auparavant. N est ce pas une longueur extresme que ce que dit ce Gines de Passamont quand D.Q. l’interroge, sur sa vie laquelle il dit avoir escritte luy mesme et qui doit surpasser celle de Lazarille de Tormes (171) ? Scait on ce que cela veult dire, si ce n’est que l’auteur à Jalousie de ce livre qui vault mieux que le sien ? est ce que des gardes de galeriens se laissent endormir à de telles fadaises ? et toutes ces demandes que fait D.Q. à ces galeriens et ce qu'ils luy respondent, est ce quelque chose de nouveau [52 V°°] et de finement dit ? Enfin voila quelle est cette renommée avanture qui plaist tant à tout le monde qui est si bien inventée et remplie de tant de diversité.
Neo. — J’ay bien envie de vous entendre sur le reste car je commence à trouver plaisantes vos remarques.
(171) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XXII,
DE Dom Quicrorre pe LA Mancxe 147
. Eu. — Aprez la dellivrance des galeriens vient la re- . traitte de D.Q. dans la Montagne où il entreprend d’imiter Rolland ou Amadis, en faisant des folies pour marquer son amour, et fait dessein d’escrire à Dulcinée, et de luy envoyer Sancho (172) : Ce que je trouve à critiquer est les longs discours que luy et Sancho font sur ce sujet, Ils sont ennuyeux Je les ay. desja remarquez, Ilz tiennent vingt deux pages de l'Espagnol de trente quatre lignes chacune, Il y parle d'Ulisse de Virgile et de Enée, (173) :
Mais je ne puis souffrir ces culebuttes qu’il fait tout nud devant Sancho ni la description qu’en fait l’auteur (174), elle est malhonneste, Je me suis desja plaint de ces sortes de plaisanteries, Il en reviendra encore dautres [98 R°°] semblables, elles offencent les honnestes gens, mais que dites vous des vers que D.Q. composoit ou escrivoit sur le - sable ou sur les escorces des arbres (175)? Croyez vous que cela se puisse faire si facilement, vous estes adroit le pourriez vous bien faire et connoïssez vous des arbres où vous puissiez graver plusieurs stances ? Et puis il faudroit scavoir avec quoy pour que l’on pust les lire longtemps aprez astre escritz (sic). N’est il pas vray qu’il ne savoit de telles choses que dans des Romans poetiques, où le merveilleux est receu ? mais cela ne se fait point dans la vie ordinaire. Il dit que ceux qui virent ces vers, rirent fort et se mocquerent de la repetition du mot Del Toboso (176). Je ne .sCais qui se (s2c) peut avoir esté qui les ait veus en un lieu si
(172) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XXII à XXVIH.
(173) {bid. : chap. XXV. 6 (174) Ibid. ’ (175) Don Quichotte, [re Partie, chap. XXVI : « … se «entretenia.…
escribiendo y grabando por las cortezas de los ärboles, y por la menuda arena muchos versos.. »
(176) Ibid., chap. XXVI.
ra
Fr
p. 216 [note en marge]
148 CRITIQUE pu LAVRE
desert qu’estoit celluy là, où jamais personne n’avoit esté (177) comme dit le Chevrier à D.Q. Je ne scais non plus. comment l’autheur à pu scavoir que d’autres les avoient veus et qu’ils en avoient ri, Pour moy Je ne sçaurois en rire Car je ne scays où en est le ridicule, Ce sont des stances qu’on a voulu qui ayent toutes finy par ce mot, Je ne trouve là rien [53 V*°] qui soit si ridicule, Un poete est maistre de ses stances et quand Il leur donue une espece de refrain comme il à fait à celles dont nous parlions, elles en ont plus de grace à mon sens, bien loing d’en estre ridicules. Je suis toujours en peine où D.Q. mettoit son casque quand il portoit ce bassin sur sa teste, comme il l’avoit à la dellivrance des galeriens : car Il demande à Sancho au milieu de la forest noire, où il a mis cet armet de Mambrin et s’il le garde bien ayant veu qu’il l’avoit ramassé quand ce malencontreux le voulut rompre (178). D.Q. n’avoit donc pas, lors de cette demande, ce bassin sur la teste, il falloit qu’il y eust son casque, et où Pavoit il pris car probablement Il ne l’avoit pas lors du Combat des galeriens ce bassin’ n’eust pas pu demeurer sur Ce Casque parmy un si grand trouble comme noùs avons remarqué et pourquoy Sancho ne le luy donna t il pas aprez ce trouble cessé pour couvrir sa teste, Sancho
dit qu’il l’a serré dans son bissac, Je croy qu’il en tira
en mesme temps le casque qui y estoit et ce meuble s ac- : commodoït d’une plaisante maniere avec [54 R®] une provision de vivres, l’autheur dit pourtant que lorsque
(177) Don Quichotte, 1re Partie, chap XXII : « .…lugar, pocas 9 ningunas veces pisado sino de pies de cabras, o de lobos y otras lieras que por alli andabän… »
(178) Ibid, chap. XXV : « Pero dime, Sancho, ; traes bien Suardado el yelmo de Mambrino, que ya vi que le alzaste del suelo
cuando aquel desgraciado le quiso hacer pedazos ? » \
ve Dow Quicnorre DE LA MANCHE 149
D.Q. se mit en chemin avec la Princesse Micomicona, Il V’avoit devant luy a l’arçon de la selle et son casque en teste (179) : Enfin lon peut dire de ce bassin ou de ce cas que à propos du bissac, pour cinq solz qu’il est dedans
pour cinq sols qu’il est dehors. Vous riez encore de la remarque que Je fais de ce casque et de ce bassin comme de
* quelque chose de bien petit et qui ne merite pas de re-
£ flexion. 14.11
€ N£0. — Il est vray car ce livre n’est fait que pour di-
"# vertir et faire passer le temps agreablement, et non pas
4 pour causer une attention d’esprit comme Je voys qu’est
PA la vostre.