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182 ; : CRITIQUE pv Lrvrre
> “ puisse entrer sans estre veu, Il y a des portiers qui en gardent l’entrée, Et puis il est à croire que le père de Luscinde ayant reffusé l'entrée de son logis à Cardenio pour de bonnes raisons comme dit lPautheur, qui n'estoient
qu'a cause de l’amour qu’il sçavoit estre entre luy et sa
fille (183), avoit donné des ordres à sa porte conformes à son intention, ce qui le devoit tenir bien en cervelle, prin-
cipalement en cette occasion où il se devoit douter que
Cardenio en estant averty entreprendroit quelque chose pour la troubler. |
Neo. — Il dit que cette affaire se faisoit en secret (184) et ce secret estoit pour obvier à tout inconvenient. |
Eu. — Il est vraÿy mais ce n’estoit pas un secret pour sa fille qui en avoit esté avertie quatre jours devant, puisqu'elle l’avoit envoyé dire à Cardenio jusque au lieu où il estoit, Et le pére qui sçayoit comme je vous ay dit cette amour reciproque (Car Cardenio s’en estoit ouvert à luy) (185) devoit bien s’imaginer que sa fille le luy auroit [56 V*°] fait scavoir ; Il le fait donc mettre dans cet enfoncement de fenestre derriere : ces tapisseries, mais les tapisseries descendent elles si bas qu’elles puissent cacher les piedz de celluy qui se met derriere et tout contre ? Et quand Luscinde fut obligée de dire ce oùy fatal, Il passa la teste et le cou entre ces tapisseries (186) pour l’entendre : Comment cela s’est il pu faire sans qu’on l’ait veu,
(183) Don Quichotte, 1re Partie, chap. XXIV : « Crecié la edad, y con ella el amor de enitrambos, que al padre de Lusgcïinda le parecié que por buenos respetos estaba obligado a negarme la entrada de SU Casa... »
(184) Ibid, chap. XXVII : « tan Secreto y tan a solas, que sélo han de ser testigos los cielos y alguna gente de casa. »
(185) Ibid, chap. XXIV.
(186) Ibid., chap XXVII : « YO saqué toda la cabeza y cuello de entre los tapices…. » ;
A TT CRT EUR, LE SE EEE
: SE ‘nr Dow Quicorre DE LA MANCHE 153 7 \ É Car Il y avoit quatre grandz flambeaux alumez (187) qui
réndoient une telle clairté que Cardenio eust pu tout remarquer, s’il eust eu l’esprit plus tranquille (188) I] vit Pourtant que la mariée estoit vestue d’incarnat et blanc,
' qu’elle avoit beaucoup de pierreries et qu’elle estoit pro- : 4 prement habillee et paree (189). À 2 Neo. — Je ne puis m'empescher de vous dire encore
qua vous poussez vostre Critique trop loing de remarquer qu’on ne peut estre derriere une tapisserie qu’on ne laisse voir ses piedz et le reste. is Eu. — Je ne puis m’enpescher aussy de vous dire que 22 une histoire Comique ne passe point par la dessus sans le remarquer, Et qu ’il:n’y a que [57 R‘°] la Poetique à qui cela soit permis à cause du merveilleux qui y est receu et qui est banny de la-Comique, Car Je voudrois bien scavoir 81 pareille chose pourroit arriver chez vous, et si vous ou quelqu’un de vos domestiques ne verroit pas ces piedz et si quand il passa la teste et le cou (190) à travers ces deux tapisseries et qu’elles furent remuées, ce mouvement-là ne pouvoit pas attirer les yeux de quelqu'un qui eust veu et fait voir a ses voisins cette teste inconnue. Je vous le de- 2 clare que c’est sur ce principe d’histoire Comique que 5 J’examine et que Je soustiens quil faut examiner toute cetta histoire parce que si lon y admet le merveilleux puetique, D.Q. ne sera plus fou, ou tous les personnages de - lhistoire le seront comme Juy, et nous aussy si nous la
(187) Don Quicholle, [re Partie, chap. XXVII : « las luces de cuatro hachas... » X ë (188) Ibid. : « No me dié lugar mi suspensiôn y arrobamiento para que mirase y notase en particular lo que traia vestido [Luscinda].…. » (189) Ibid. : « … solo pude advertir a los colores, que eran en£arnado y blanco, y en las vislumhres que las piedras y joyas del tocado y de todo el vestido hacian.… »
-(190):« Ye saqué toda la cabeza: y cuello…. ».
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lisons sans y faire les rémärques que je fais. Mais passons a l’histoire de Dorothée, Je vous en ay desja dit quelque chose mais c’estoit en general et au sujet de ce Poetique et de ce comique, reprenons la et en voyons re ges cularitez.
[57 Le Le Cars (191) et ceux qui estoient avec Luy
jouirènt une voix qui avec de tristes accens faisoit de gran-
des plaintes et de grandes lamentations, qu’ilz entendirent distinctéement Ilz avancerent environ vingt pas, et virent derriere un rocher un garçôn vestu comme un laboureur assis au pied d’un fresne, lavant ses piedz dans un ruisseau d’eau courante, qui estotent si beaux qu'itz ressembloiènt à deux morceaux de blanc Cristal : né PAS les autres pierres du ruisseau, ses jambes qu’il avoit à
moitié nües ressembloient a un albastre blanc. Le Cüré et Cardemio qui Le virent au visagé, CRE 2e il le ce
(191) «Pierre Pa UR tommence 1c1 à résumer l'histoire: de Doto thée, et il en traduit assez exactement ceriains passages .: « Todas éstas razones oyeron y percibieron el Cura y los que con él esta-
ban [Perrault a substitué à lexpression : Todas estas razones une
autre expression employée plus haut:par Cervantes : una voz…. que, con tristes acenlos, decia.….] y no hubicron andado veinte pasos, cuande detrâs de un peñasco vieron sentado al pie de un fresno a un mozo veslido como labrador. al cual, ‘por tenér inclinado ‘el rostro, à causa de que se:lavaba los pies en el arroyo. que por alli vorria, no se le pudieron ver por entonces (détait omis par P. Perraull} er y clos llegiron Con tanto silencio, que dél no fueron sentidos [détail omis ‘par P. Perraul], ni él estaba a otra cosa-atento que a lavarse 16s Le que eran tales, que no parecian sino dos peda- 20 dé blanco cristal que entre las otras piédras del arroyo se habian nacido... tenia las polainas levantadas hasta la mitad de la pierna, que, sin duda alguna, de blanco alabastro parecia. Acahôse de lavar los hermosos pies, y luego, con un paño de tocar, que saco de debajo de la montera, se los limpié ; y al querer quitärsele, alzé el rostro, y tuvieron lugar los que mirändole estaban de ver una hermosura incomparable, tal, que Cardenio dijo' al Cura, con voz baja : — Esta, ya que no es Luscinda, no es persona humana, sino
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pour prendre un linge de sa coiffure pour ‘essuyer ses piedz
en admirerent la beauté, Et Cardenio assura que puisque cette personne là n’estoit pas Luscinde ce devoit estre une divinité : Ce garçon osta ensuitte sa capelline, et secoüant la teste, fit tomber des cheveux blondz et en si grande quantité et si longs qu’ilz luy couvroient tout ‘le corps hors mis les piedz, Il les peignoit avec ses doigtz qui sembloient des morceaux [58 R‘°] de neige qu’on avoit
- pressez. Se faisant ainsy connoistre pour femme, et voyant
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qu’on la regardoit elle voulut s’enfuir, mais elle tomba,
‘Et le Curé et sa compagnie la rassurant luy fit conter son “histoire; où elle dit entr’autres choses que s’estant deguisée dinsy en homme des champs, elle avoit rencontré un Pasteur de troupeaux qui l’avoit prise pour son serviteur chez qui elle avoit demeuré plusieurs mois comme berger d’où enfin elle estoit sortie s’estant aperceüe qu’il avoit reconnu qu’elle n’estoit pas un homme, aprez cela le Curé lui fit entendre le dessein qu’ilz avoient de ramener D.Q. à son village en deguisant le barbier en princesse affligée qui le prieroit de‘la suivre en son royaume pour la deffendre contre un Geant son ennemy, À quoy Dorothée s’offrit d’elle mesme assuränt qu’elle feroit mieux ce pérsonnage divina. — El mozo se quité la montera y, sacudiendo la cabeza.…., se comenzaron à descoger y’ despartir unos ‘cabellos, que pudieran los del sol tenerles invidia [remarque omise par P. Perrault]. Los
luengos y rubios cabellos no sélo le cubrieron las espaldas, mas 4oda en'torno la escondieron debajo de ellos, que si no eran los pies, ninguna oftra cosa de su cuerpo se parecia-+tales y tantos eran. » [Don Quichotte, 1re Partie, chap. XXVII) P. Perrault omet ensuite l’histoire des amours de Dorothée et de don Fernand, histoire racontée par Dorothée elle-même, nous rappelle seulement qu’elle: servit comme berger un « Pasteur, de {roupeaux » (..hallé un ganadero... al cual he servido de zagual..) et qu’elle s’offrit, à: remplacer le barbier dans le rôle d'une princesse affligée (.. dijo
Dorotea que “ella haria Ja ‘doncella menesterosa mejor que el Bar- : bero. : [Don Quichotte, 1re Re, ue XXVITT et XXIX].
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que le barbier (et incontinant tirant de la taye d’un oreïller et d’une cassette qu’elle avoit portée avec elle des habitz d’une vstoffe verte belle et riche avec un Collier et autres joyaux, elle s'en [58 V®] accommoda en un instant de maniere qu’elle ressembloit bien à une grande et riche princesse (192). Voila la description que l’autheur faict de cette avanture qui est purement du stile Poetique et qui sent le Roman heroique, Tout y est merveilleux et extraordinaire et rien de Comique ni d’ordinaire rien qui ressembla aux Incidens de la vie qu’on mene ordinairement, Premierement lon ne voit personne qui parle tout seul, comme faisoit Dorothée dans ce desert, Et encore moins qui parle assez haut pour qu’on l’entende distinctement (193) de trente ou quarente pas (194), Il n’est pas possible outre cela qu’une Jeune fille ait eu assez de hardiesse et de resolution pour se deguiser en homme, et se loüer à titre de berger chez un paysan au milieu d’une forest aussy horrible que celle où elle estoit, Et encore moins qu'elle y ait pu demeurer plusieurs mois (195) sans estre connüe pour ce qu’elle estoit, avec des cheveux longs et en quantité (196) comme elle en avoit, et qu’elle ait pu les cacher sous sa Capelline un si long [59 R'°] temps, Et encore moins que tout cela, que cette merveilleuse beauté qu’elle avoit, n’ayt pas esté remarquée d abord par ce Pasteur
(192) Don Quichotte, 1re Partie, chap. XXIX : « Saco luego Dorotea de su aimohada una saya entera de cierta telilla rica y una mahtellina de otra vistosa tela verde, y de una tajita, un collar y otras Joyas, con que en un instante se adorné de manera que una rica y gran señora parecia ».
(193) Ces expressions, que Perrault souligne, ne correspondent à rien de précis dans le texte espagnol.
(194) Cervantes parle seulement de vingt pas : « veinte pasos. »
(195) L'expression espagnole est : « no sé cuäntos meses ».
(196) « luengos y rubios cabellos... tales y tantos eran, »
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de troupeaux, puisque Cardenio au moment qu’il la voit avec les mesmes habitz qu’elle avoit lorsqu'elle entra au service de son maistre, la croyant encore un homme s’escrie que puisque ce n’est pas Luscinde ce doit estre une divinité (197), Et cependant elle devoit estre bien plus belle en ce temps la qu’en celluy ou Cardenio la vit parce que le hasle et le grand air qu’elle avoit pris en gardant son troupeau durant plusieurs mois (198) devoient l’avoir diminuée et osté la blancheur et delicatesse de ses mains exposées si longtemps au ‘travail de sa servitude Et cette beauté n’estoit pas seulement au goust de Cardenio, Sancho qui la vit aprez, l’admira plus que z#rsonne et dit n'avoir veu un jour de sa vie une si balle Creature (199). Si Sancho simple et grossier la trouve belle avec ses habitz de paysan, ce Pastre qui n’estoit assurement pas si simple que Sancho [59 V‘°] devoit la trouver belle d’abord sans attendre plusieurs mois à s’en apercevoir. [1 n’est pas possible non plus qu’elle ait pu garder un paquet comme celluy ou (sic) estoient ces habitz et cette cassette dont elle s’accommoda parmy ces autres serviteurs de la maison de ca Pastre, sans qu’on luy aït volé ou que quelqu’un n’ait eu la Curiosité de sçavoir ce que c’estoit. Je ne vous parleray point si vous voulez de la comparaison que l’auteur fait des piedz de Dorothée à deux morceaux de blanc cristal. Jugez en s’il vous plaist : ni aussy de ce qu'avant qu’elle eust fait tomber ses cheveux Cardenio la croyant encore un homme, ne laisse pas de dire Celle la si elle n’est pas Luscinde ce n’est pas une personne hu-
(197) Don Quichotte, 1re Partie, chap. XXVIII : « Ésta, ya que no es 2 Luscinda, no es persona humana, sino divina, »
(198) « no sé cuântos meses. »
(199) Don Quichotte, Ire Partie, chap. XXIX : « .….pero el que mâs se admiré fué Sancho Panza, pon parecerle (como era asi verdad)
que en todos los dias de su vida habia visto tan hermosa criaiura... »