‹ Critique du Livre de Dom Quichotte de la MancheChapitre 42 sur 64 · DT SLR. CN AE · texte numérisé non relu

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çons, et soyons si nous pouvons de bonne humeur. Le Discours (246) que Carrasco et D.Q. ont ensemble est long à Pordinaire, Ilz y parlent de Virgile, d’ Enée, d’Ulisse, de gouvernement d’Isles, Carrasco fait ressouvemir D.Q. de ses avantures, lesquelles il rapporte l’une ‘aprez l’autre, Il y parle aussy comme Je vous ay dit du grand soing que 4 doivent prendre ceux qui font Imprimer les ouvrages, el du grand et meur Jugement qu’ilz doivent avoir, Il est vray qu'il souhaitte aussy de la misericorde dans l’esprit des critiques et [85 V*°] des censeurs, pour ne pas s’arrester scrupuleusement aux atomes du clair soleil de Y’ouvrage contre qui ils murmurent, et les avertit de considerer que peut estre ce qui leur semble mal est comme une de ces taches qu’on voit quelques fois sur des visages qui les en font paroistre plus. beaux (247). Nostre homme a < eu quelque avis sincere qui a esbranlé sa fierté. Il craint la censure qu’assurement on luy a dit qu’il meritoit, mais sa crainte ne durera guere, un esprit aussy prevenu que le sien ne se rend pas si facilement, et au lieu de proffter de ces avis Il retombe de plus belles (sic) dans ses egaremens Car Il dict qu on a trouvé à redire que l’Autheur de cette Histoire ne s’est pas souvenu de conter qui fut ie Larron qui deroba le grison de Sancho, parce dit-il qu’en cet endroit là Il ne le dit point, Mais on infere seulement par ce qu’il en escrit qu’il luy fut derobé, Et un peu aprez dit al lon voit Sancho à cheval sur sa mesme monture sans

(246) Don Quichotte, Ile partie, chap. IIL.

- @47) Ibid, chap. III: «… quisiera yo que los tales censuradores fueran mäâs misericordiosos y menos escrupulosos, «An. atenerse a los âtomos del sol clarisimo de la obra de que murmuran... y Quizä podria ser que lo que a ellos les parece mal fuesen lunares, que a las veces acrecientan la hermosura del rostro que los tiene.. » *

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faire semblant de rien (248). Ce qu’il dit n’est point vray Je vous lg feray voir Incontinant, Jay encore cecy à dire auparavant. Carrasco disne avez D.Q. et Sancho qui s’en estoit allé [86 R‘°] aussy disner chez luy, revient aprez disné et raconte, comme il l’avoit promis, pour satisfaire Carasco sur ce doute, comment son grison luy avoit esté desrobbé, et dit qu’estant entrez son Maistre et luy dans la forest noire, au sortir de l’avanture des Galeriens, Ils se marent dans un fort de la forest où son Maïstre apuyé sur sa lance, et luy sur son grison, sans dire pourtant s’il estoit monté dessus, Houlus de coups et fatiguez du Combat où ils s’estoient trouvez, Ils se mirent à dormir comme s’ilz eussent esté couchez sur quatre matelas de plumes, Et l'uy si particulierement d’un si profond sommeil el si pesant qu’il fut aisé à qui le voulut, de s’aprocher et de suspendne sur quatre pieux qu’on mit sous les quatre coings du bast, de sorte, dit Sancho, qu'on me laissa à cheval sur ce bast, et on tira de dessous moy mon grison, sans que je le sentisse, Et le matin estant venu, et moy commenceant à me remuer, les pieux venans a manquer je tombay rudemwnt à terre, et je ne vis point mon asne (249). Voicy donc l’egarement et l’extravagance [86 V*°]

(248) Don Quichotle, 1e Partie, chap. III : « .….algunos han puesto falta y dolo en la memoria del autor, CaAuR se le olvida de contar quién fué el ladron que hurté el rucio a Sancho que alli no se declara, y sélo se infiere de lo escrito que se le hurtaron, y de alli a poco le vemos a caballo sobre el mesmo jumento, sin haber parecido. »

(249) Ibid, chap. IV : « ..despues de la aventura sin ventura de los galeotes. mi señor y yo nos metimos entre una espesura, adonde mi señor arrimado a su lanza, y yo sobre mi rucio, molidos y cansados de las pasadas refriegas, nos pusimos a dormir como si fuera sobre ‘cuatro colchones de pluma ; especialmente yo dormi con lan pesado sueño, que quienquiera que fué tuvo lugar de Ilegar y suspenderme sobre cuatro estacas que puso a los

p. 209 ) en marge]

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où je vous ay dit qu’alloit tomber nostre autheur : Tout ce que dit Carrasco n’est point vray ni ce que dit Sancho non plus, Le Larcin de l’asne est descrit fort amplement et fort nettement dans la Premiere Partie, où il est dit que le sort fatal voulut que Gines de Passamont, fuyant le Prevost des Mareschaux, se sauva dans la forest noire,

où ayant aperceu D.Q. et Sancho Il les laissa s’endormir

deroba l’asne de Sancho l’aimant mieux que Rossinante qui ’estoit bon ni a vendre ni a engager, et avant qu'il just jour il se trouva bien esloigné avec sa proye, L’aurome parut pour la Joye de la terre et pour le malheur de Sancho qui ne trouvant plus son grison, se mit à faire de tristes doleances qui resveillerent D.Q. qui Le consola en lu promettant une lettre de change pour trois asnes à prendre chez luy (250), Voila comme en parle en termes exprez lautheur de cette histoire Cide Hamet Benengeli

cuatro lados de la albarda, de manera que me dej a caballo sobre alba, y me sacé de debajo de mi al rucio, sin que yo lo sintiese.. Amenecié... y apenas me hube estremecido, cuando, faltando las estacas, di ee en el suelo una gran caida ; miré por el jumento, y no le vi... » j

(250) Don ee Ire Partie, ns XXIII : « Pero la suerte fatal. orden6 que Ginés de Pasamonte.…. levado del miedo de la Santa Hermandad... acordé de esconderse en aquellas montañas {la Sierra Morena], y Ilevole su suerte y su miedo a la misma parte donde habia Illevado a don Quijote y a Sancho Panza, a hora y tiempo que los pudo conocer, y a punto que los dejé dormir... Y... Ginés.. acordé de hurtar el asno a Sancho Panza, no curändose de Rocinante, por ser prenda tan mala para empeñada como: para vendida. Dormia Sancho Panza, hurtéle su jumento, y antes que amaneciese se hallé bien lejos de poder ser hallado. Salié el aurora alegrando la tierra y entristeciendo a Sancho Panza, porque hallé menos su rucio ; el cuai, viéndose sin él, comenzé a hacer el mas triste y doloroso Ilanto del mundo, y fué de manera, que don Quijote despertô a las voces.. Don Quijote.. consolé a Sancho.. prometiendole de darle una cédula de cambio para que le diesen tres {asnos] en su casa, de cinco que habia dejado en ella. »

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dans la premiere partie Et ainsy Il n’est point vray qu’il 1e se soit pas souvenu de dire qui fut le larron qui deroba IST R'°] le grison comme dit Carrasco, puisqu'il nomme Gines de Passamont. Il n’est point vray non plus que lon ait veu depuis ce vol Sancho monté sur son asne comme si de rien n’eust esté (251), sinon aprez qu’on le reprit de ce Gines de Passamont, lorsque D.Q. le Curé et le reste de la compagnie le rencontrerent, à qui ils le firent quitter

(252), Car il est dit en plus de trois endroitz auparavant

que Sancho alloit à pied (253). IL est encore moins vray ce que dit Sancho que lon mit souz les quatre coings du

bast quatre pieux et qu'il tomba à terre en s’esveillant au matin, Sancho ne parle en façon du monde de ces quatre pieux dans la Premiere Partie ni de sa cheutte. Cette avanture est prise dans un vieux conte d’un volleur Celebre nomme Calendrin qui deroba le cheval de son seigneur dans son escurie de cette mesme maniere, à quoy Il s’estoit obligé entre autres conditions encore plus difficiles, pour se rachetter de la potence qu’il avoit meritée, Nostre Michel de Cervantes s’est souvenu dé ce conte à la seconde Partie, LEMET lequel” 1 a cru pouvoir donner de l’agrement à son Histoire, Je n’examine point si l’on peut dormir sur le bast d’un asne, sans tomber, c’est un conte à dormir debout, Mais cette rencontre me fait souvenir d’une autre pareille et d’une autre consequence que J’ay oublié de vous faire remarquer sur la premiere Partie. D.Q. promet et jure à la Princesse Micomicona d'aller avec elle Jusqu'au bout du Monde, tant

(251) sin haber parecido.

(32) Don Quichotte, Ire Partie, chap, XXX. {

(253) Par exemple, Don Quichotte, Jre Partie, chap XXIX : « Puestos los tres à Caballo, es à saber, don Quijote, la Princesa y el Cura, y los tres a Pie, Cardenio, el Barbéro y Sancho Panza.… »

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qu'il se voye avec son fier ennemy, à qui J'espere dit il qu'avec l’aide de Dieu et de mon bras Je couperay la superbe teste avec le fil de cette (je ne veux pas dire bonne) espée, graces à Gines de Passamont qui m'a pris la mienne (254). Il n’est point dit lors de l’affaire des Galeriens que D.Q. y eust perdu son espée D.Q. ne s’en est point . plaint, ni n’en a parlé durant tout le temps qu’il a esté dans la forest noire Et ce seroit une chose bien estrange qu’un vaillant Chevalier comme luy, fust demeuré sans espée et sans s’en plaindre seulement, ayant soing d’aiileurs de demander à Sancho ce qu’estoit devenu son armet de Mambrin, Et puis quand [88 R‘°] il seroit vray que son espée luy auroit este vollée où a-t-il pris celle qu’il avoit au costé en sortant de cette forest où 1l n’a veu que des Chevriers ? oh pour moy Je renonce à ma résolution de rire de toutes ces sottises, Je ne puis resister à aux emotions de ma bile causées par l’Impertinence (Je n’ose dire l’Impudence) de cet autheur qui nous croit assez sots pour avaller, sans nous en apercevoir, les absurditez qu’il nous presente, s’Imaginant encore, non sans suject pourtant, dont J’ay tune indignation extresme, qu’on le voudra bien et qu’on l’en remerciera, maïs ce : ne sera pas moy. Or si ces sortes de choses ne sont pas de É: celles qui composent le solide d’un grand ouvrage, et que lon y doit considerer preferablement aux minuties des enonciations, Et si elles ne sont pas de celles qu’il faut regarder de loing, comme l’on dit, pour les embrasser d’un trait d’œuil de l’Esprit et du Jugement, Je ne scays

(254) Don Quichotte, re Partie, chap. XXX : « juro de ir con vos al cabo del mundo, hasta verme con el fiero enemigo vuestro, a quien pienso, con el ayuda de Dios y de mi brazo, tajar la cabeza soberbia con los filos desta.. no quiero decir buena espada, merced à Ginés de Pasamonte, que me Ilevé la mia. »

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pas quelle autre chose le pourroit estre, ni ce que C’est

qu’œconomie ordonnance et conduitte qui rend un grand ouvrage recommandable, et auprez de quoy les [88 Ne minuties de l’Enonciation ne sont rien,

NEo., — Je vous avoüe que je ne puis assez m’eston-

ner des choses que vous remarquez dont Je ne m’estois

point aperceu qui pourtant sont tres considerables, Il faut qu’il y ait un charme bien puissant dans la composition de ce livre pour aveugler de la sorte ceux qui le lisent, Jusques à des gens aussy clairvoyans que sont

ces Messieurs les beaux Espritz Et pour les faire persister dans l’estime de ce livre nonobstant toutes les

contradictions qui y sont et dont il faut pourtant demeurer d’accord.

Eu. — Il ne se faut pas estonner de cela, car a l’égard des gens ordinaires Ilz ne lisent les livres qu’au moment qu’ilz les lisent Je veux dire qu’ilz n’ont d’attention que pour lendroit qu’ilz lisent, et y trouvant de quoy contenter l’envie qu’ilz ont de rire qui se satisfaict de‘peu de chose, Ilz ne demandent pas davantage, Et quant aux beaux Espritz l’entestement qu’ilz ont pour ce livre est semblable à celluy qu’ilz ont pour les autheurs Grecs Ilz voyent les pauvretez qui y sont aussy clairement que nous voyons les fadaises de [89 R*] cette Histoire, (Il est Vray qu'il n’y a pas des contradictions comme en celle cy car Il n’y a point de livre qui en ait de semblables) mais il n’y à point aussy les beautez qu’ils disent, Et à cause qu’ils ont dit qu’elles y sont, Et que ces ouvrages sont composez en une langue que peu de gens entendent, et qu’ilz n’entendent peut estre guere mieux que d’autres, Ils ne se veullent pas desdire, estant quelques fois contraints de se retrancher dans la maxime que les goustz sont differens, Et comme”

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