‹ Critique du Livre de Dom Quichotte de la MancheChapitre 46 sur 64 · AIN · texte numérisé non relu

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DE Dom QuicHortTe pe LA MANCHE 219

maïs Je laisse cela et Je vous fais seulement souvenir que vous avez trouvé à redire aux Critiques qu’on à faites sur quelques ouvrages de ce temps, a cause que quelques [104 V°] circonstances pouvoient estre mieux Imaginées et mieux conduittes, Et cependant vous venez de Critiquer ces dernieres avantures sur le pied qu’on pouvoit les mieux Imaginer et mieux Conduire qu’elles ne le sont.

Ev. — Vostre avis est bien donné, maïs prenez garde s’il vous plaist que quand je reprens ces circonstances dont vous parlez et dont il s’agit icy, Je ne les reprens pas à cause qu’on pouvoit les mieux imaginer et les mieux conduire, mais à cause qu’elles sont mal imaginées et mal : conduites, sans songer si elles peuvent estre mieux, Car cet homme qui a un corps de geant (305), et qui se met à genoux et se releve (306), cela ne se peut faire je vous l’ay dit et vous le sçavez aussy bien que moy, Vous en avez veu l’experience à l’Opera de Cadmus (307), les Geans qui y estoient representez, ne se mouvoient que bien peu : Si vous voulez aussy examiner l’affaire de l’En-

chanteur Malambrun, y a t il apparence qu’il dust en-

(305) « personaje de cuerpo agigantado. »

(306) L'expression de Pierre Perrault résume tout ce passage « Llegô, pues, con el espacio y prosopopeya referida a hincarse de rodillas ante el Duque, que en pie, con los demäs que alli estaban, le atendia ; pero el Duque en ninguna manera le consintié hablar hasta que sc levantase. Hizolo asi el espantajo prodigioso… » — « Il vint donc, avec cette lenteur et cette solennité, se mettre à genoux devant le duc, qui l’attendait debout, ainsi que les autres assistants, Maïs le duc ne voulut en aucune façon le laisser parler, avant qu'il se fût levé. Le prodigieux épouvantail se leva donc... »

(307) Opéra de Quinault : Cadmus et Hermione. Tragédie, représentée par l'Académie royale de musique, le 27 avril 1673. Voir, sur cette pièce, Etienne Gros, Philippe Quinault, Paris, 1926, in-4°, p. 104, 105 ei p. 593, 594, 595, 596, 597. dl

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voyer si promptement un cheval à D.Q. pour se battre contre luy par: qui Il scavoit qu’il [105 R‘°] devoit estre vaincu puisque cette avanture luy estoit reservée, et deffaire si tost un enchantement qu’il avoit fait pour vanger sa parente, Vous voyez bien que tout cela est, contre la vrayssemblance. Je veux bien neanmoins demeurer d’accord avec vous que ces galanteriäs que faisoit faire ce Duc estoient assez bien pensées et qu’elles en vaudroïient davantage si l’autheur les avoit purgées des Evperbolles qui y sont, et sil les avoit narrées en moins de parolles, Et aussy s’il s’estoit souvenu de faire garder à Sancho son caractere, car il en sort en tout ce qu’il dit qui est trop fin, et trop spirituel, Il n’y a personne dans tout ce qu’il y a dé gens en ces avantures, qui paroisse avoir plus d’esprit que luy, Il ne nous est pas donné souz ce titre là. Je vous avoüe aussy, car Je ne suis pas un critique de mauvaise foy, Je vous avoüe dis-je que je n’ay pu m’empescher de rire quand j’ay veu Sancho recommander son grison à la Douegna Rodriguez (308), La facon dont il luy parle est plaisante avec ce qu’y peut ajouster l’action et la maniere dont on simagine qu’il accompagnoit [105 V"°] sa priere, Et de plus l’estonnement de cêtte Dioüegna de se voir choisie par ce paysan pour un tel employ, Une Doüegna estant des plus glorieux et plus sotz animaux qu’il y ait en Espagne : Tout cela me venant en l’Esprit en un mesme temps, Je n’ay pu m’empescher de rire tout de bon, Je ne vous diray rien d'avantage Tout ce qui suit qui arriva chez le Duc est dé cette qualité, Toujours de grands et longs entretiens de D.Q. et de Sancho, soit avec le Duc soit avec -la Duchesse, toujours rebattans en la beauté de Dulecinée

(308) Don Quichotte, Ile Partie, chap. XXXI.

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ou son enchantäment, ou la Caverne de Montesinos ou le gouvernement de l'Isle, ou bien les louanges de la Chevalerie errante, ou bien d’autras discours et lieux

communs, comme celluy que fait D.Q. sur l’offence qu’on

peut recevoir (309), et de quelle qualité elle est, Celuy de Doloride sur le sujet des vers et de la poesie (510), mal placé pour le sujet et pour la parsonne qui le dit, avec le beau latin qu’elle dit, quis talia fando temperet à lachrimas ? (sic) (311) La façon qu’elle fait pour dire le nom du cheval de bois (312), est pareille à celle que fit D.Q. [106 R'°] pour dire de quelle maison est Dulcinée dans la Premiere Partie : Elle nomme tous les chevaux dont il est parlé dans les histoires fabuleuses ét Romans pour dire que celluy de bois ne sappelloit point ainsy, Cest une belle erudition que celle la. Tout ce que dit Sancho en suitte et particulierement au sujet de son Isle (513) est trop fin pour luy, comme quand il dit au Duc aprez l’embrasement du Cheval Chevillard, qu'ayant considéré d’en hault estant sur ce cheval la petitesse de la Terre Il faisoit peu de Cas de tâls gouvernemens, et qu’il valloit bien mieux en avoir une portion au Ciel qui vaudroit davatange que toutes les Isies du Monde (314) Ce qu’il respond aussy à D.Q. aprez les instructions qu’il luy a données est de mesme (315), Et ces instructions (316) sont si bonnes qu’elles ne vallent rien en cet endroit, Elles sont trop serieuses pour le livre, pour D.Q. et pour Sancho, et ne sont pas assez bonnes pour en faire

(309) Don Quichotte, IIS Partie, chap. XXXII.

(310) Ibid, chap. XXXVIIL

(311) Ibid., chap. XXXIX.

(312) Ibid, chap. XL.

(813) Ibid, chap. XLI.

(314) Ibid., chap. XLII.

(315) Ibid., chap. XLIII.

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une estime particulière comme d’une Morale ‘exquise, De sorte qu’elles ne peuvent estre qu’ennuyeuses à ceux qui les [106 V*] lisent à qui elles n’aprennent rien de nouveau. Voyons donc Sancho que lon conduit à sa pretendue Isle (317) : En arrivant on le mene a l'Eglise (318) :

N’admirez vous point cela que des gens Catholiques comme des Espagnols, ayent meslé une action devotte et religieuse avec une farce et ayent voulu soustenir une fourberie par une chose Sainte : Nostre authéur qui se vante que son Âistoire n’a rien que de Catholique s’est bien mespris, car selon que Je conçois la signiffication de ce mot Il n’y a rien qui le soit moins que cette action par ce qua non seulement elle n’est pas catholique mais elle n’est pas mesme Chrestienne, Il s’est oublié de la mesme sorte, lors qu’en un autre endroit plus avant, parlant de Rossinante qui avoit esté foulé aux piedz et mal traitté par des Taureaux, Il dit que Rossinante en cet estat n’estoit guere bon Catholique (319). Les Jugements que rêènd Sancho (320) aprez la prise de possession de son Isle sont ils d’un homme simple et lourdault, de poco sal en la [107 R°] mollera. Celluy de la Canne creuse où il y avoit de l’or, Celluy de la femme pretendue violée ne conviennent en aucune sorte à un homme comme luy, Et ce n’est point une éxcuse de dire qu’il avoit oüy dire quelque chose de semblable à son Curé, Un homme de peu d'esprit n’a point si bonne memoire, ni ne sçait pas se servir si bien de ce qu’il a oùy dire. Celluy de ceux qui gardoient ce pont est de mesme Et tout ce que fait et dit

(316) Don Quichotte, Ile Partie, chap. XLII, XLUL. (317) Ibua., chap. XLIV, XLV.

(318) Ibid., chap. XLV.

(319) Ibid... chap. LVIII.

320) Ibid., chap. XLV, LI.

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en suite Sancho, Tout cela ne #

ait ni rire ni admirer, Ce sont dé vieux contes

enfilez les uns aprez les autres qui estoient aussy bons ailleurs que là. Cette fille que Sancho trouva deguisée en homme quand il fit la ronde (821) et dont le Maistre d’hostel du Duc devint amoureux ne sert à chose du monde car on ne scait ce que tout cela devient, Je passe par déssus beaucoup d’autres choses

Sur quoy Il y à de pareilles reflexions à faire et qui sont

inutiles. Enfin les Ordonnances (322) que tit Sancho et qu’il voulut faire sont trop serieuses, et rien ne peut estre tant contraire au Caractere de son Esprit [107 V*] que cela, aussy s’oublie t il tout à l'heure lors de la feinte alarme, où il se laisse lier entre deux pavois (323), Je ne SCAYS pas Ce que c’est que ces pavois ni où lon les prit, Il les fait aussy grands et plus que les boucliers Romains, Je ne crois pas qu’il y eust en Espagne alors des armes deffensives de cette grandeur, Lon s’y sert bien de petites nondaches, mais elles ne sont pas plus grandes qu’un plat ordinaira à servir sur la table, Mais qu'il y en ait qui couvrent un homme depuis la teste jusques a my jambe, car il est dit que Sancho ne pouvoit plier le genouil. (324), assurement il n’y en a point eu en Espagne depuis Sertorius, Cependant quoy qu’il en soit nostre autheur Nous descrit ces deux pavois assez grandz pour que Sancho fust enférmé dedans et en seureté pour son

Corps et pour sa teste, contre les tumultes sous lesquelz ‘il fut renversé, et de telle sorte que l’on passoit par des-

sus luy, lon montoit dessus aussy pour donner des ordres

(321) Don Quichotte, Ile Partie, chap. XLIX.

(322) Ibid., chap. LI.

«323) Ibid., chap. LIII.

(324) « …quedé [Sancho] emparedado y entablado, derecho como un huso, sin poder doblar las rodillas… » :

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