‹ Critique du Livre de Dom Quichotte de la MancheChapitre 5 sur 64 · DER TEE TS TT RUES LÉ ARE AE · texte numérisé non relu

DER TEE TS TT RUES LÉ ARE AE

16 P. PERRAULT, sA VIE &T SES Quvracss

Sorbonne, si ferme dans ses opinions théologiques, n’a-t-

il pas’ débuté par une parodie assez gaillarde du sixième livre de i’Enéide ? (13).

Pierre, comme Charles, avait l'amour le plus vrai des

Lettres, la passion de lire et d’écrire. Heureux si, à tant de zèle, avait correspondu chez lui une plus grande recti-

tude du jugement ! Il achètera certes une bibliothèque .

bien fournie, — « fort belle », dit Charles Perrault, —

(14), la bibliothèque de Germain Habert, abbé de Cerisy.

Mais Germain Habert (15) est l’auteur de la Métamor= phose des yeux de Philis en astres (16). Et il est à craindre que la bibliothèque d’un tel poète, plutôt que de « bons livres », n’ait été composée d'ouvrages galants et futiles : vers précieux, pastorales, romans. et nouvelles. Charles nous raconte qu’il se plaisait beaucoup à « étudier » parmi cés volumes de choix (17). Décidément, nos Perrault n’avaient guère de justesse dans l’esprit, de simplicité dans le goût.

Comme Charles, Nicolas et Claude, Pierre s’est fort

(13) L’Enéide burlesque, publiée par Paul Bonnefon dans la Revue. d'Histoire Littéraire (Janvier-Mars 1901); Le manuscrit: de cet ouvrage est de la main de Charles Perrault ; mais l'ouvrage. luimême a été composé en collaboration par les quatre frères. Nicolas, en particulier, est l'auteur des deux vers célèbres qui amusèrent fort Cyrano, de Bergerac; et où il représentait, aux: Champs Elysées, le cocher Tydæus

Qui, tenant: l'ombre d'une brosse; Nettoyait: l'ombre d'un carrosse,

(14) Charles Perrault, Mémoires de ma Vie, p. 32.

(5) Germain Habert {1614-1654), poète et. littérateur, frère de Bhilippe Habert, «et, comme. lui; un des huit, amis de Conrart. qui. formèrent. le. noyau. de l’Académie française. Il était abbé commendataire de Saint-Vigor de Cerisy, au diocèse de Bayeux (D’après Paul Bonnefon, éd. des Mémoires de ma: Vie, n. 1 de la. page 32).

(16) Poème d'environ 700 vers paru en 1639,

(17) Charles Perrault, Mémoire. de ma.Vie, p. 32.

P. Fun DANS LA FAMILLE DES PerRauzr 17

” amusé LS genre burlesque. On le voit oies à la

ÿ parodie du sixième livre de l’Enéide, bagatelle plate et fastidieuse, qui fut entreprise à l’imitation du Virgile LE vesti de Scarron. Peut-être aussi aida-t-il ses frères à composer ce poème des Murs de Troye ou l Origine du burlesque (18), dont le premier livre fut écrit en commun, si le second est.dû à la seule inspiration du médecin Ciau- “yde, Plus tard, lui-même traduisit fort soigneusement la Secchia rapita (le Seau enlevé) du poète italien Alexandre Tassoni. Par ce goût du plaisant et du facétieux, Pierre se montre bien encore un Perrault. Nulle différence mar- «aée de lui aux autres. On ne saurait le détacher du groupe familial.

Mais, dans k groupe, il ne laissé pas d’avoir et de montrer quelque mérite. Nous lui devons, si nous en croyons Charles Perrault (19), l’idée même de cette déarche auprès des Messieurs de Port-Royal qui aboutit à la première Lettre de Louis de Montalte à un Provincial de.ses amis (1656). On s’assemblait en Sorbonne, nous dit notre Mémorialiste, pour condamner M. Arnauld. Aussi, voulant « sçavoir à fond de quoi il s’agissoit », Charles, Pierre et Claude, un de leurs parents M. Pepin, et quelques amis encore, se réunirent-ils et prièrent-ils Nicolas le docteur de leur exposer ce qu’étaient en réalité grâce efficiente et grâce efficace, pouvoir prochain et pouvoir éloigné. Les explications fournies, et fort clairement, il

(18) Le premier chant de ce poème a été publié en 1653 (Paris, Louis Chamhoudry, in-40). Le second chant, composé entièrement par Claude Perrault, à été publié pour la première fois par Paul Bonnefon dans la Revue d'Histoire littéraire {15 juillet 1900). Citons encore, de Claude Perrault, un ouvrage posthume des As intéressants : Voyage à Bordeaux, publié pour la première fois par Paul Bonnefon à la suite de son édition des Mémoires de Charles.

(19) Mémoires de ma Vie, p. 28, 29.

18 P. PERRAULT, sA VIE ET SES Ouvraces

ne leur parut pas que la « question » méritât « tout le bruit qu’elle faisoit ». Pierre le receveur raconta alors cette conférence à M. Vitart, intendant du duc de Luynes, lequel demeurait à Port-Royal. Les Messieurs, ajouta-t-il, se devaient d'informer le public de ce qui se passait em Sorbonne, « afin de le désabuser de la créance où il étoit qu’on accusoit M.-Arnauld de choses fort atroces ». Huit jours après, M. Vitard, continue Charles Perrault, vint au logis de Pierre, rue Saint-François, au Marais, et lui apporta la première Lettre Provinciale : « Voilà, fit-il en lui présentant cette lettre, le fruit de ce que vous dîtes il y a huit jours ». A l’origine d’un chef-d'œuvre de notre littérature se rencontrent ainsi un nom et une influence des plus inattendues.

IT à Pierre PERRAULT ET COLBERT

La vocation de Pierre Perrault le poussa d’abord vTS

la finance.

Longtemps, nous rapporte Charles (20), 11 ae l’emploi de commis des parties casuelles (21). IL fut à ce titré

(20) Mémoires de ma Vie, p. 118.

(21) Les parties easuelles sont les « deniers provenant des offices qui se vendaient » (Chéruel, Dictionnaire Historique des Institutions, mœurs et coutumes de lu France, Paris, éd. de 1899, t. Il, p. 954). « Lorsqu'un office vénal tombait en déshérence, ou que son titulaire mourait sans l'avoir résigné ou sans avoir survécu quarante jours à sa résignation, cet office tombait aux parties casuelles et était revendu au profit du roi ; il y avait un trésorier spécial des parties casuelles. Le bureau des parties casuelles apparaît dès 1522, Là aussi se payait la finance des offices de nouvelle création : là, plus tard, la paulette, ie prêt, et toutes taxes établies pour assurer aux officiers la propriété héréditaire de leurs offices. » (M. Marion, Dictionnaire des Institutions de la France aux XVIIe et XVIIe siècles, Paris, 1923, p. 75).

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