‹ Critique du Livre de Dom Quichotte de la MancheChapitre 51 sur 64 · ANS ST · texte numérisé non relu

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DE Dom:QuicHoTre pE LA MANCHE 233

la premiere representation de cette piece, que Je: SÇa vois devoir estre solennelle : Il-y remarqua entr’autres choses La comedienne Baron (352) qui estoit peut estresla plus bellä personne de son temps, qui avoit la meilleure grace

cet l’air le plus grand [114 V®] le plus aisé et le plus at:

trayant. Ce Prado qui n’entendoit point le françois se lassant d’estre là me demanda que je le renvoyasse: ce que

je fis et demeuray pour voir la piece entiere, I1 me vint

trouver le lendémain, et comme Je luy demanday ce qu’il luy sembloit de ce qu il avoit veu de la Comedie, Il me

dit que cette Baron l’avoit ravy belle et bien faitte comme elle estoit avec ses habitz superbes comme en effect

ils l’estoient aussy, sa capelline de plumes qu’elle portoit de bonne grace, Por vida, me dit-il, que teuia un ademan y brio Espagnol. En vérité dit il elle avoit l’air et la geutillesse Espagnolle, Je ne pus m’empescher de rire, parce que en mesme temps Je me representay les’Comediennes de sa trouppe qui estoient souverainément laides et de mauvaise grace, et encore plus mal habillées couvertes

de haïllons, et J’admiroïs où cet homme qui avoit dé l’es-

prit, avoit trouvé que la bonne grace de la nostre avoit. du rapport avec celle de ces desagreables [115 R'°] personnes, Et ne pouvois assez m'’estonner de la vanité de cette nation qui s& veult croire l’original du bon et du beau qu’il y a au Monde, Comme si la Baron avoit esté estudier les manieres de ces comediennes Espagnolles, pour se rendre plus parfaitte : Cette humeur vaine est la cause de toutes les impertinences que nous avons veies dans les ouvrages de nostre autheur, parce qu'avec quel-

(352) Jeanne Ausoult ou Ausou mariée en 1641, à l’âge de seize ans, au comédien André Baron qui en avait quarante. Elle mourut le 6 septembre 1662. Comédienne célèbre par sa beauté, son élégance, son grand air de noblesse plus encore que par son talent,

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que merite qu’il a Il s’est imaginé que tout ce qu’il entreprendroit séroit bon et hors de la Censure, Par cette rai-

son et pour luy faire justice il ne luy faudroit imputer

que la moitié des deffautz, de son ouvrage et en charg®r

de l’autre, Sa Nation vaine et fanfaronne. Mais reprenons la suitte de nostre Critique, Je ne daignerois parler

de ce que dit D.Q. au sujet de la fausse Seconde Partie de son Histoire (353) qui estoit Imprimée avant que d’estre achevée, Nous avons dit ce qui s’en peut dire au sujet de la Premiere : Cervantes tesmoigne un grand chagrin contre l’autheur de cette seconde Partie [115 Vs] qu’il dit estre Arragonois, Je ne scais s’il croit par là Jluy faire injure Et en fin Je trouve qu’il s’eschauffe beaucoup à ce sujet n° y ayant dautre interest que d’avoir payé un traducteur de Cette Histoire I1 me semble que

c'estoit à Cid Hamet à se mettre en colere plus tost qu'à

luy, mais faut il chercher davantage de la raison en cette affaire ? Il continüe encore d’en parler en plusieurs endroitz Il en parle quand D.Q. arriva à Barcelonne (354) et en suitte chez un Imprimeur où se trouva D.Q. Il en parle encore lorsque Altisidore dit qu’elle a veu des Diables en enfer qui en Joüoient à la paulme et la condamnoient à estre jettée dans un gouffre pour ne paroistre ja-

mais (356). Je ne sçais à quoy est bon ce qui est dit de:

D.Q. et de Sancho qui se colletterent, D.Q. pour obliger

Sancho à se foüetter, et Sancho pour s’en deffendre n’en

ayant aucunement envie (357), Car il n’en arrive que ce qui en devoit arriver qui est que D.Q. davoit estre terras-

(353) Don Quichotte, II Partie, chap. LIX.

(354) Ibid., chap. LXI.

(355) Ibid, chap. LXII.

(356) Ibid, chap. LXX.

(307) 1bid., chap. LX.

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DE Dou Quicaorre pe LA Mancxr 235

sé a cause des armes qu’il avoit sur le dos, dont [116 R°71:

la pesanteur donnoit un grand avantage à Sancho sur

luy, Et cet incident na cause aucune suitte dans l’histoi- :

re sinon que D.Q. estant renversé par Sancho, luy promet

de ne luy plus faire de violence pour ce sujet, Cependant

l’autheur a mis la prudhommie de Sancho à une rude

espreuve, l’obligeant non seulement à se revancher contre

son maiïstre, mais à le contraindre de luy faire une tslle

promesse en une occasion tout a faict honteuse pour un

Chevalier preux et vaillant et qui ne cherchoit quà ac-

querir de l’honneur, Il me semble que c’est encore corrom-

pre le Caractére de son histoire et des personnages qui la composent, et qui en sont les principaux. L’avanture de la rencontre de Rocques Gruinard Capitaine de voleurs.

est de mesme (358), D.Q. n’y fait rien qui vaille, c’estoit pourtant là une belle occasion de faire voir sa valeur,

et ainsy lon voit que peu a peu cätte bravoure de D.Q. : s’amortit et qu’il n’est plus celuy qu’il estoit au commen-

cement ; Pour ce qui [116 V*°] regarde Rocques Guinard, ce qui en ést dit est bon, Il est depeint comme un homme genereux mais il faudroit ce me semble que l’on sceust davantage qui il est, Car un courage aussy noble que le sien fait juger qu’il y a quelque chose de particulier et de curieux à scavoir dans sa vie, : L’Histoire de Claude et de Vincent (359) a quelque chose d’agreable aussy, quoy que de peu d’Incidens, mais ils sont nouveaux. L'arrivée de D.Q. et de Sancho a Barcelonne (360) au lieu de Saragoce comme c’estoit leur dessein, me paroisi peu de chose, Lon luy fait de grands honneurs, en se mocquant de luy, mais céla n’opere rien, D.Q. n’en entre-

(358) Don Quichotte, Ile Partie, chap. LX.

(359) Ibid.

(360) Ibid., chap. LXI.

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