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exemples, de Almoaça almorçar alhombra, : alguasil, | alucema, almacen, alcancia, et autres, Voila une belle erudition et qui rejouit bien le lecteur! Sancho en demeure bien édifié! Et c’est [122 R‘°] une grande gloire à nostre __ autheur de sçavoir cette particularité de sa langue! Cet < homme veult tirer avantage de tout et ne peut satisfaire sa vanité, cecy est de mesme que le hideputa de Cecial amy de Sancho (384), cela fait mal au cœur car on n’est point acoustumé à de telles manieres, Et nos sçavans trouvent cela bon! Je n’en crois rien, Et s’il estoit vray “2 ils meriteroient d’estre bernez en public; Dans la suitte = de cet entretien D.Q. dit aussy du Latin a Sancho (385), 4 4 c'est la mesme chose, L’autheur se croit faire un grand É honneur quand il en dit aussy souvent qu’il fait. Mais passons et achevons car il n’y a plus guere de choses à voir. La rencontre des pourceaux qui renversent D.Q. et Sancho avec Rossinante et le grison (386) ne vault rien, c’est une repetition de celle des Taureaux que nous avons veüe De mesme aussy, la Comedie que le Duc fait encore joûer dans la Cour de son Chasteau (387) ne vault rien, C’est une affaire trop rebattue et qui devient ennuyeuse, Ce Tombeau d’Altisidore, ce Minos Ce Radamante, cette robbe de l’Inquisition dont on couvre Sancho, a quoy bon cela? Ce Duc à la fin sera aussy fou que D.Q. [122 V”] de s'amuser à des jeux d’enfants comme ceux la. Maïs que veult dire nostre autheur quand 11 fait dire a Altesidore (sic) qu’elle a veu en enfer des Diables qui jouoient à la paulme avec des livres pleins
(384) Don Quichotte, Ile Partie, chap. XIII.
(385) Ibid., chap. LXVIII.
(886) Ibid.
(887) Ibid., chap. LXIX.
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de vent et de bourre (388), peut on comprendre quelque chose à ce discours, Des livres pleins de vent! Si c’est un vent naturel et Phisique Je ne sçays comment cela est fait, Je sçays ce que c’est qu’une vessie pleine de
vent, Si c’est un vent allegorique, Le livre de cette his-
toire en est tout remply et falloit que ce fust avec ce livre que les Diables joüoient à la paulme, Car pour de la bourre allegorique il n’en manque pas non plus.
D.Q. trouve un moyen pour obliger Sancho à se foüetter en luy promettant de l'argent, et bien en prit a San-
cho d’avoir de l’esprit plus que ne portoit son caractere, pour executter son entreprise, en foüettant les arbres qui estoient prez de luy (389). La Rencontre que faict D.Q. d’Alvaro Tarfé avec la Declaration qu’il luy demande devant le Juge (390) qu’il n’a jamais veu le D.Q. qui luy parle, et que celluy qu’il a veu ailleurs dont Il est parlé dans [123 R°1 la fausse seconde Partie n’est nullement celluy cy, cette Deciaration dis je est bien froide et n’est guere du stile d’une histoire comme celle cy. D.Q. et Sancho arrivent enfin à leur village (391) où ils sont receus d’abord du Curé et de Carrasco, et en Suitte de la Niece et de la servante, et de la femme de Sancho, en la maniere ordinaire, Le Curé et Carrasco font semblant d’aprouver le dessein de D.Q. de se faire berger et eux aussy, Mais dans la suitte et peu de temps aprez D.Q. tomba malade et mourut (392), et avant que mourir aprez un sommeil de six heures, Il s’esveilla avec un esprit sain et net connoissant la follie dont il avoit
(388) Don Quichotte, Ile Partic, chap. LXX. « ….libros, al parecer, llenos de viento y de borra.…. »
(389) 1bid., chap. LXXI, LXXII.
(390) Ibid., chap. LXXII.
(391) Ibid., chap. LXXIII.
(392) Ibid., chap. LXXIV. | si
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esté possedé durant sa vie et la detestant, Il fit son tes- tament avec une grande presence d’esprit, declarant n’estre plus D.Q. de la Manche, Mais Alonzo Quichano surnommé le bon quoy que nostre autheur dise au com-
mencement de la Premiere Partie qu’il se nommoit Qui-
chana simplement (393). Voila la fin de cette Seconde Partie. |
| NS. — Vous ne m'avez pas semblé si mal satisfait de cette Seconde Partie que de la Premiere [123 Ve}, Vous y avez mesme Loüé assez de choses, ce que vous n’avez fait en pas un endroit de la premiere C’est peut estre que vous vous estes acoustumé à cet autheur, ou que vous vous estes lassé de Critiquer severement.
EE Ce n’est ni l’une ni l’autre de ces raisons qui a adoucy ma Critique, mais c’est qu’en effect il n’y a pas tant d’absurditez dans celle cy que dans l’autre Mais elle n’en est pas meilleure pour cela, Car il n’y a pres-
que rien qui fasse incident avec D.Q. La plus part des avantures ne le LS point, et il n’y tient point davantage sa place qu’un autre Je vous l’ay fait voir en son lieu. Mais quelle que soit cette seconde partie, elle est toujours du mesme autheur, Je veux dire qu’elle est comme la premiere et que l’autheur ne s’y est point dementy, Son orgueil et sa fanfaronnerie y RE partout en l’une et en l’autre son verbiage n’y est point retranché ni ses lieux communs qui ne sont que trop Communs: Il y a parlé latin comme en l’autre, Il y a mis des absurditez Inconçevables Il n’a suivy ni [124 R*] le vraysemblable ni le possible, Il n’a gardé en façon du monde la bienseance dans le Caractere de ses personnages ni dans celluy de son Histoire dont Il s’est es-
- (393) Don Quichotte, 1r° Partie, chap. E,
46 5 CRITIQUE pu Livre loigné «en faisant des avantures purement poetiques au lieu qu’elles devoient estre toutes Comiques, Et aussy en faisant faire des actions à ses heros, contraires à l’humeur dont Il les a depeints au commencement, Il a fait fuir honteusement D.Q. en l'affaire des paisans pour le braire de l’asne Il l’a fait terrassé (sic) par son escuyer, et contraint de luy faire des sousmissions, Il le fait surpris par des voleurs contre lesquelz Il ne se revanche point, Tout cela amollit extremement l'esprit du Lecteur qui attendoit de grandes choses de la valeur de ce Heros, et tout cela ne sert de rien à l’histoire Car qui obligeoit l’autheur à faire ces avantures, Il ne les devoit point mettre de la sorte où (sic) les rendre meilleures, Une Histoire veritable ne se peut changer ni suprimer mais en de semblables rencontres on adoucit des endroitz qui sont desavantageux Mais une Histoire feinte doit toujours se [124 V®] soustenir, et ne faire faire à son Heros que de grandes choses proportionnées et ayant raport au caractere qu’elle luy donne. Je conclus done de ce que je viens de dire que nostre autheur n’avoit point de jugement, Il avoit seulement un esprit vif et remuant, avec une grande facilité d’escrire, ce qui luy faisoit avoir une grande opinion de son merite, Le dessein de son histoire estoit bon mais il estoit difficile à executter, Et c’estoit là que le Jugement de l’autheur devoit se faire connoistre, en choisissant des avantures possibles et faciles, qui n’eussent point esté a blesser ni a tuer personne, et qui fussent Comme celle des Marionnettes ou des Taureaux, et autres semblables Voila mon avis qui. sera Je croys celluy de ceux qui voudront lire cette histoire avec un Esprit non prevenu.
NEo. — Je demeure d’accord de tout ce que vous avez remarqué dans cette histoire, Et je demeureray encore
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d'accord si vous voulez du peu de jugement de son au- theur, Mais il fault aussy que vous demeuriez d accord __-qu'il a des boutades qui sont [125 R®] pläisantes, et qu’un manque d’un peu de regularité ne doit pas les ef- __ facer et rendre nulles, Nous voyons tant de gens dans
le monde qui sont de cette qualité dont la conduitte est
extraordinaire, qui ne laissent pas de plaire et eux d’estre receuz avec plaisir dans la societé: Je crois que ce livre ou son autheur ne doivent pas estre pirement
traittez. ; Eu. — Je veux tout ce que vous dittes, et dans le sens que vous le prenez. Je souscriray à tout ce que vous voudrez, Mais cela ne destruit point ma Critique
Car les gens dont vous parlez et à qui vous comparez cette Histoire ou son autheur, n’ont pas une estime solide dans le Monde, quand on en parle serieusement lon met à part ces petites choses qui les rendent agreables, et Jon fait un jugement du reste qui ne leur est pas avantageux, L’on demeure d'accord qu’ilz sont plaisans, qu’ilz font rire et qu’ilz exitent la joye Mais aprez cela l’on les
traitte d’extravagans, l’on ne traitte rien de serieux . avec eux, leur amitié mesme est contée pour rien.
___Nro. — C’est tout ce qu’il vous plaira Mais ce livre [125 V®] tout mesprisable qu’il est a esté copié par un homme d’esprit, Il l’a imité et dans le sujet universel et dans des incidens particuliers, Je veux parler de Sorel qui a faict son berger extravagant (394) sur le modelle de D.Q. Il à faict faire a son berger des actions heroiques Il a fait des enchantemens, Il a fait des Carrosses volans par l’air à l’imitation du Cheval chevil- (394) Voir, sur Sorel et le Berger Eztravagant, notre ouvrage Don Quichotte en France au XVIIe et au XVIIIe siècle, ITe Partie, ehap. II. LT de