‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 28 sur 66 · XVI · texte numérisé non relu

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• VII, 1 cl 3. Nous citons la Didachè d'après l'édition avec comnicnlairc qu'en a publiée l'abbc Jac(^uier, La doctrine des douze apôtres et iesfnsei'jnements, in-8*, Lyon, 18'Jl.

« Epiî5t., X, 37.

• Lehrbuch der Doymeufjeachkhle^ vol. i, p. lUl), noie 1.

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et des premières communautés chrétiennes de Rome, d'Antioche, de Bilhynie, de partout. Comment expliquer autrement cette étrange germination ?

M. Harnack y renonce ou se contente d'en appeler à une vague compénétration de judaïsme et d'hellénisme, qui n'est pas de l'hellénisme et qu'il ne définit pas, ce qui le dispense de nous dire comment ce demi-hellénisme a pu faire surgir dans les esprits des premiers chrétiens la foi aux déconcertants mystères de la théologie johannique. M. Guignebert est bien plus perspicace, il sait très bien comment on en est arrivé à diviniser Jésus : la légende de l'enfantement virginal, imaginée vers 80 dans une communauté de gentils, et le logos de Philon suffisent à expliquer cette transformation de la foi primitive. Que valent ces assertions?

136. Pour justifier la belle assurance avec laquelle il nous affirme que « la première génération chrétienne avait certainement ignoré la foi en la naissance virginale du Christ », M. Guignebert nous renvoie aux articles d'IIcrzog ^ Or voici quels sont les arguments invoqués par ce pseudo-critique qui, honteux lui-même de son œuvre, n'a jamais osé dire son nom : saint Paul et saint Jean n'ont pas connu le dogme de la conception virginale; saint Marc non plus, car il prête à Marie dos sentiments inconciliables avec ce fait. Saint Luc et .saint Matthieu en parlent explicitement, c'est vrai, mais ils témoignent eux-

• La concpjtlion virginale du Christ et la virt/iiillé de Marie ajuès l'enfantemcnl^ dans la lieviie d'histoire et de littérature religieuse, 1907, p. 111 et 320. Ces articles ne sont au reste que le résumé des objertions depuis longtemps en cours p.iniii les protestants qui voudraient pouvoir nier la vir^'inilé de .Marie.

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mêmes de l'élal do la croyance primitive en consignant dans leurs évangiles de l'enfance des listes généalogiciues composées au temps où on tenait Joseph pour le père de Jésus, et où on connaissait encore bien ceux qu'on appelle les frères el les sœurs de Jésus dans tout le Nouveau Testament.

Nous concéderons très volontiers que saint Paul et saint Jean n'ont point parlé de la conception virginale du Christ, quoique ce soit douteux pour saint Jean'. (Jue s'ensuit-il? Tout d'abord une conclusion à la- (luelle nos critiques n'ont pas songé, c'est que le dogme de la fdiation divine de Jésus n'est nullement lié dans son origine à celui de la conception virginale, puisqu'il est hautement professé par des auteurs qui ne disent mot de cette conception miraculeuse. (Jue s'ensuit-il encore? rien. Pour que le silence de Paul et de Jean prouvât leur ignorance, il faudrait qu'on nous démontrât qu'ils devaient j^arler de ce miracle, et que leur ignorance est la seule cause possible de leur silence. \ oilà une Ihèse dont la lecture gérait fort intéressante.

Saint Marc, nous dit-on, prête à Marie des senti-

» TcilullicD, saint Justin et saint Iiénée lisaient ainsi ks f 12 tl 13 du c. I de saint Jean :

Mais tou» ceux qui l'ont revu (le Vcrbc),

Il leur a donné le pouvoir de devenir enfunls de Dieu

A ceux qui croient en son nom,

(Au nom de celui) qui, non du haiig, Ni du vouloir de la chair, iNj du vouloir de i'Iionime, Maib de Dieu cet né.

S.iinl Jii-^lin et >aint h» nre invoquaient ce texte en faveur de la coDce^lioa vir^'inulc.

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menls inconciliables avec sa virginale maternité. Si elle avait su que Jésus était l'enfant du miracle, elle ne se serait pas tant inquiétée du mouvement que suscitait parmi le peuple ses premières prédications et surtout n'aurait jamais attribué à la surexcitation d'un état de folie les débuts apostoliques de celui dont elle devait servir la divine mission. C'est cependant ce que note saint Marc quand il nous dit que la mère et les frères de Jésus, ayant appris ce qui se passait à Capharnaum, vinrent l'y chercher, pensant qu'il devenait fou ^ — Que M. Ilerzog se tranquillise, nous n'avons nulle envie d'amputer saint Marc de ce texte; il nous est un trop cher témoignage de la douloureuse anxiété qui broya le cœur de Marie pendant toute la vie publique de Notre-Seigneur et en fit jaillir ces actes d'amour grandissant qui, unis à l'amour de son Fils, ont été la rançon de noire égoïsme et les prémices de la charité nouvelle apportée par la grâce de la Rédemption. Marie savait bien que son Fils serait un signe de contiadiction, qu'à cette occasion son propre cœur serait percé d'un glaive de douleur, mais elle ne savait ni où, ni comment s'accomplirait la prédiction de Siméon -, et ce lui était sujet de continuelle inquiétude. 11 n'est donc pas étonnant (prolle se soit émue du bruit soulevé à Capharnaum par la première manifeslalioii publique de Jésus. Il n'est pas étonnant non plus qu'elle ait gardé pour

* ni, Kl. 31, s<(.

* Polir allribuer ù Marie une science iiifiice qui lui aurait donn.i la prévision de tout ce qui devait arriver à Jésus, comme on le fait quel(|nefois, il fuut se mettre en contradiction avec les conclusions certaines qui se dégagent des faits évaii;,'! liiiues, comme par exemple de l'incident du séjour de Jésus adolescent au Temple.

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elle le secret do la conceplion virginale et qu'elle n'ait dit à personne que Joseph n'était pas le père de Jésus. Ce qui serait étonnant, c'est qu'elle ait pensé que son tlivin Fils devenait l'on; mais c'est précisément ce que Marc ne dit pas. Il nous aflirme bien au verset 31 (jue la mère et les frères de Jésus sont venus le cherchera Capharnaûm ; mais quand il rapporte l'hypothèse de la folie, il ne parle pas de Marie, il écrit simplement : « Quand les siens apprirent (ce qui se passait), ils partirent le chercher, car ils disaient qu'il était hors de lui. » Il est bien sûr que Marie ne pouvait pas détromper « les siens », et il était bien naturel qu'elle les suivît ; mais nous ne pouvons pas en conclure qu'elle pensait comme eux. Encore une fois, Tévangéliste ne nous le dit pas; mais en revanche il nous laisse entendre qu'il croit à la conception virginale, car il appelle bien Jésus fils de Marie oj fils de Dieu, jamais fils de Joseph.

L'objection tirée des généalogies n'est pas plus difficile à résoudre. On nous dit : Ceux qui ont écrit les généalogies pensaient que Jose[)h était le père naturel de Jésus, puisque c'est par lui qu'ils rattachent le Messie à David. La conclusion de cet argument suppose que, chez les Sémites d'autrefois comme chez les Français du xx'' siècle, la filiation naturelle seule, à l'exclusion des filiations adoptives et légales, pouvait justifier une généalogie. C'est là une supj)osilion qu'il est très facile de faire accepter de nos jours à des lecteurs inavertis, mais qui n'a rien de critique et qui est même antihistoricpie. Les évangc listes, (jui nous donnent en môme temps les généalogies [jar J()«ej»h et le récit de la conceplion Nirginalc, n'avaient pas notre conceplion moderne

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des listes généalogiques. Leur cas n'est pas isolé. Les Sémites admettaient la filiation fictive et juridique plus facilement que les Romains, et voici l'inscription que Ton trouve sur un milliaire : « Marc-Aurèle et LuciusVerus, fils d'Antonin, petits-fils d'Hadrien, arrière-pelils-fils de Trajan, arrière-arrière-petits-fils de Nerva«. Dans cette généalogie, très officielle et très sérieuse, il n'y a pas un seul cas de filiationnaturelle'. Reste l'appellation de frères. Ce n'est pas seulement un ou deux frères que les évangiles donnent à Noire-Seigneur, ce n'est pas moins de quatre frères nommés Jacques, Joseph, Simon et Jude, et des sœurs dont on ne dit ni lé nombre ni les noms, toute une smala^. Mais Matthieu et Marc nous parlent d'une Marie, mère de Jacques et de Joseph, qui assistait la très sainte Vierge au Calvaire •^ et celte Marie nous est donnée par saint Jean comme la sœur de la N'ierge. Si cette Marie n'était mère que de Jacques et de Joseph, Simon et Jude étaient (J'un aiihe lit. Et comme laraméen n'a pas le terme cousin pour désigner tout l'ensemble des parents du second degré, du côté paternel et maternel, non seulement les juifs pouvaient appeler frères ces cousins, mais ils le devaient, à moins que, pour éviter les confusions futures, i'Espril-Saint ne leur eût fait dire : « Voilà les fils de ton oncle et les fils de ta tapie qui tlemandent a|)rès toi. » Faut-il vraiment regretter qu'il ait laissé

* Cf. Hev. bib., juillet 1907. Bulletin, p. 447. Hecension des articles d'Hcrzog. La recension est du P. L.ii^range.

■ .Mallh., XIII, 5j ; Marc, vi, 3. Sur la (lueslion des frères du Seigneur, on lira avec profil 1 étude du 11. P. Lagrange dans lEvan' gile selon saint Marc, p. 12-8'.).

' Mulllï., xvn, 56; Marc, xv, 40.

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dire simplement dans le lanti:age dn temps : Voilà les liens, voilà tes frères qui le cherchent '? Si ces frères avaient élélesfds de la Vierge, Jésus, du haut de la croix, n'aurait pas eu ù donner un fils à sa mère qui en aurait ou encore quatre autres, sans compter les tilles.

Qu'on Tavoue donc : le caractère miraculeux delà conception virginale est le vrai motif qui fait contester l'historicité des témoignages qui nous l'affirment. C'est pour éviter ce mystère, qu'en dépit de l'origine palestinienne, critiquemenl reconnue, des récits de l'évangile de l'enfance, on imagine des convertis de la gentilité mêlant à leur foi nouvelle des mythes qui les avait dégoûtés et auxquels ils ne croyaient pas dans le paganisme, et que, nouvelle invraisemblance, on suppose ce mythe accepté avec enthousiasme par toute l'Église à une époque où vivaient encore les prétendus enfants de celle qu'on proclamait vierge '^

137. L'opinion, qui attribue la divinisation de Jésus au logos de Philon, n'est pas plus critique. 11 est bien vrai que, par trois fois, Philon donne à son logos le nom de Dieu, mais c'est pour faire remarquer ;i chaqu<' fois que celle dénomination ne peut ôlre acceptée qu'avec des correctifs. Le logos n'est que le second Dieu à l'image duquel est formé riiomme qu'il élait impossible de créer à l'image du Dieu suprônie, père i\v toutes choses^, il est notre Dieu à nous, qui

» .Marc, III, 32.

• Sini^'on, crucifié sous Tnijan, de 98 à H7, passait f ir tHre un (Jps frt-res du Seif.'neur. C'est du iiioint ce que nou3 tl.. le palestinien Hégésippe qui écrivait vers 160.

• Cf. IV'xlrait conservé et cité par EustIk-. Prasparalio evange- Zita, VII, 13, I'. G., i. XXI, col. Ii45.

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sommes des imparfaits, celui par lequel nous jurons quand nous jurons par le nom de Dieu, mais inférieur au premier Dieu, à celui des sages et des parfaits, au Dieu qui seul se connaît et peut jurer par lui-même'. Si lÉcriture appelle parfois Dieu le très ancien logos de celui qui en réalité est seul Dieu, c'e:^t par métaphore*-^. Ce dieu inférieur est fils du premier; mais Philon n'entend pas dans toute sa rigueur celle expression de fils. Notre monde, lui aussi, est fils de Dieu, mais seulement fils plus jeune ^. Ce logos est-il même une personne ou n'est-il (jue la personnification abstraite d'une force qui, chez Philon, correspond, à la fois , au voj; des stoïciens et quelque peu au logos de Platon? voilà un point sur lequel les commentateurs de Philon n'ont jamais pu s'entendre, parce que la contradiction est, sinon dans le concept vague et changeant qu'avait, de son logos, le philosophe juif, du moins dans les descriptions (ju'il essaie d'en donner. « Le logos de Philon, écrit M. Zeller, flotte obscur entre la représentation personnelle et impersonnelle. 11 y a là une énigme insoluble que Philon, étant données les suppositions d'où il partait, ne pouvait résoudre que par les propositions contradictoires qui se heurtent à travers toule sa doctrine des forces divines"*. » On comprend qu'en ces conditions M. Loisy,

• 111 Lefji-^ allegoriiirum, 207. Philonis Alexandri opéra, édition Wendland, Berlin, 1887, t. i, p. 159.

• 1 De Soinniis, 2^9-230, op. cit., t. m, p. 253-254.

• (Juod Deus sit immutabilis, 31, op. cit., t. u, p. 63.

• Die l'hilosojthie der Griechen in ilirer geachichtlichen Liilui/iluiig. Driller ilieil. zweite AblLeilung, 4' édit., Leipzig, 1903, p. 429. On consultera .ivanlageuseiiunl au sujet de Philon roiudc de M. lùuiic Bréliier, Les idées pUilosvpfiiques et reli-

après avoir écrit: « L'inllaence des idées philoniennes sur Jean n'est pas contestable », ait hâte de se corrigeren ajoutant : « mais Jeann'emprunle pas pour cela les idées de Philon'. » M. Harnack est à la fois plus net et plus vrai quand il nous dit : « Le logos de Jean n'a guère que le nom de commun avec celui des stoïciens et avec celui de Philon ^ ».

Est-ce même à Philon que le nom du logos johannique a été emprunté? Les spéculations des philosophes juifs d'Alexandrie avaient-elles pénétré jusque dans les milieux populaires d'Asie Mineure pour lesquels et au milieu desquels a été écrit l'évangile de saint Jean? Cela est fort douteux, si nous en croyons le savant éditeur allemand des œuvres de Philon, qui écrit : « Nous ne pouvons pas présenter comme très profonde, même à Alexandrie, l'influence que la philosophie grecque a exercée sur le judaïsme de la diaspora... Philon nous paraît un isolé-*. » Plus connus et plus populaires étaient les psaumes que les converlis de la diaspora avaient déjà chantés avant leur conversion et qu'ils chantaient encore depuis leur bap-

r/ieuses de Philon d'Alexandrie, in 8% Paris, 1908, ou encore les articles du P. Lebrcton, S. J., sur les Théories du Logos au début de l'ère chrétienne, dans les Études, t. cvi, p. ;j4, 310, 764. Ces articles sont reproduits avec d'intéressants développements dans le livre 1" des Origines du dogme de la Trinité. Le milieu hellénique.

• Le quatrième Évangile, p, 154.

• Lehr/juch der Dogutengeschichie, vol. I, p. 109

• Wcndiand, llellenistich-rOmische Kultur, 1907, p. 114. Note empruntée à Harnack, op. cit., p. 12o. Il semble bien cependant que les idées de la philosoj)hie juive d'Alexandrie aient été connues du rédacteur de l'Kpilreaux Hébreux.

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tême : « C'est par le Verbe du Seigneur, -zCo Àô /co too xupi'oj, que les cieux ont été consolidés (Ps. xxxii, 6); le Seigneur a envoyé son Verbe tov Xoyov aùtou, et il les a guéris (Ps. cvi, 20); il enverra son Ve?'be el les glaces seront liquéfiées » (cxlvii, 7). Ces personnifications de la parole créatrice se retrouvent dans les livres sapienliaux * et étaient l'écho du premier chapitre de la Genèse où l'on voit Dieu créant par sa parole toutes les réalités mondiales, selon cette parole du Ps. cxlviii, 6 : « Il a dit et tout a été fait. » C'est à ce chapitre bien plus qu'à Philon, que l'évangéliste se réfère quand il écrit : « Au commencement élait le Verbe, etc. ». M. Loisy en convient : « Il y a ici un commencement et une parole qui remontent plus haut que le commencement et la parole créatrice dans le premier chapitre de la Genèse ; mais un rapport logique existe entre ces deux termes. La doctrine du Verbe, dans le quatrième Évangile, est fondée en partie sur le récit génésiaque, dont elle donne, pour ainsi dire, le commentaire métaphysique^ ». Ce commentaire est autrement sublime et devait être autrement fécond que les développements philosophiques contradictoires de Philon. « Alors que tous les philosophes et tous les scoliastes de l'époque s'épuisent à disserter sur un logos dont ils ne peuvent même fixer le concept, un pauvre pêcheur nous donne du Verbe divin une révélation si profonde que nulle pensée humaine n'en pourra épuiser la richesse, si sûre que toute la vie de l'humanité pourra s'y appuyer désor-

* Eccl., I, 5 (glose déjà vulgarisée au début de l'ère chrô* tienne); xxiv, 5; xlii, 15; Sagesse, ix, 1 ; xvi, 12; xviii, 15.

• Op. cit. y p. 153.

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mais. Ce simple fait est un prodige plus manifestement divin que la résurrection d'un mort'. »

Le logos pliilonien n'est donc pour rien dans l'origine de la foi primitive à la divinité du Christ. C^^ n'est pas à dire qu'il nail pas eu d'inlluence .sur les écrits des premiers philosophes chrétiens; mais nous allons voir que cette iniluence, au lieu d'ôlre génératrice du dogme, a fait longtemps obstacle à la correction de l'exposé théologique et savant de la croyance chrétienne.

La masse des fidèles baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, tout en confessant un seul Dieu, adorait et invoquait, à côté du Père et avec le Père, le Fils de Dieu, le Dieu Sauveur crucifié pour nous, et l'Espril-Saint, l'Esprit du Père et du Filsqui nous sanctifiait. Mais de {piellc nature étaient les relations du Fils et de l'Esprit avec le Père? comment se distinguaient-ils et restaient-ils divins sans qu'on fût obligé de confesser trois dieux? c'était là un problème théologique aussi étranger, plus étranger aux préoccupations du commun des premiers fidèles, qu'il l'est à celles du plus grand nombre des chrétiens d'aujourd'hui.

138. Il n'en pouvait pas être de même des lettrés et des philosophes- du ii" siècle, qui curent à présenter le dogme chrétien à la science du tem|)s et à en faire raj>ologic. Ceux-ci furent bien obligés d'essayer un

' P. Lelireton, art. cit., coDclubiun.

■ Les apologistes, auxquels nous nous référons, sont saint Justin qui a écrit à Rome, vers 1; 0, ses deux Apoloçjiea elle Dialogue avec Tryphon; Talien, son disciple, syrien de naissance, qui a écrit aussi à iSornc son Discours aux Grecs vers KiO; Théophile, évêquc d'Antioche, (jui a écrit vers 170 ses Iroi»

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exposé théologique du mystère. Ils échouèrent généralement dans cet essai, égarés le plus souvent par l'usage qu'ils firent du logos philonien; mais, pour autant, ils ne voulurent pas abandonner la foi des simples, et ils nous olïrent cet instructif contraste d'apologistes qui, d'une pari, attestent la croyance continue de IHgliseà la divine Trinité, et qui, d'autre part, trahissent cette même croyance dans leur exposé scientifique.

Leurs erreurs sont indéniables, mais elles ne font que donner plus de j)oids à leur attestation de la foi trinitaire, en montrant que cette foi ne vient pas de leurs réflexions philosophiques, qu'elle leur a été imposée, malgré leur philosophie, par l'enseignement de l'Eglise primitive.

Signalons d'abord ces erreurs. Les philosophes apologistes du milieu du second siècle, dans leur essai d'explication de la génération du Logos ou du ^'erbe, lient tiop étroitement cette génération à la création dont elle aurait été le prélude et la condition. Conformément aux idées philoniennes, le V^erbe coéternel au Père, en tant qu'il était dans la puissance du Père, n'aurait été proféré, distingué du Père, qu'au moment où la transcendance divine aurait eu besoin d'un intermédiaire * subordonné, dont elle se serait

livres à Aiitulycus ; Alliénaguie, philosophe athénien, qui a adressé, vers l'G, aux empereurs .Marc-Auréle et Commode sa Supplique pour les chrétiens. Pour plus de drtails sur ces auteurs etleurs ouvrages, nous renvoyons à MgvBniHM, Anciennes litlératures clirétiennes, t i, Littérature grecque, in-12, Paris, 1898.

* Cf. Ja théologie anténicéenne, par J. Tixeront, in-12, 1" édition, Paris, 1905, p. 233-2V1. De celte substanlielle étude, voici les extraits les plus caractéristiques avec renvoi aux textes que

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servie pour produire l'être créé et le gouverner. Dans cette conception philosophique, il n'y avait

nous avons vérifiés : « Éternellement le Verbe était en Dieu : celui-ci a toujours été Xoytxo; (Tatien, Discoui's aux Grecs, 5, P. G., t. VI, col. 813; kihénagove, Supplique pour les chréliens, 10, P. G., t. VI, col. 908)... Comment le Verbe existait-il en Dieu? Connue personne distincte du Père ou comme siuiple puissance, comme raison inunaneute ? Les apologistes ne répondent pas clairement. On a signalé dans saint Justin deux passages (ApoL, II, 6; Dial., Gl, P. G., t. vi, col. 453, 613) en faveur du second sentiment ; mais ils sont trop peu explicites pour qu'on puisse sûrement les interpréter eu ce sens. Le saint docteur remonte justjuavant la création : il regarde le Verbe comme Dieu personnel avant toutes cboses créées {Dial., 48, 61, 62, P. G., t. vi, col. 380, 613); il ne va pas au delà : c'est pour lui l'éternité pratique. Tatien est encore moins affirmatif que son maître sur l'existence personnelle et éternelle du Logos. Au commencement, dit-il, Dieu est seul ; il possède seulement en lui sa XoytxY) Suvau.-.; (jn'il profère au moment de la création {loc. cit.). Même obscurité ou plutôt uiêmes formules inquiétantes dans Alhénagorc {loc. c/7.) et dans Théopliile d'Antioche {ad AutoL, ii, 10, 22, P. G., t. v(, col. lU6i, 1U88). Celui-ci semble même faire un pas vers l'erreur avec sa théorie des deux états du Logos d'abord enfermé dans les entrailles du Père, èvôtâOîTo;, et là simplement Sun intelligence et son sentiment, puis proféré par lui au dehors,

Quoi qu'il en soit, et que nos apologistes aient regardé ou non le Verbe comme distinct réellement du Père de tinite éternité, c'est avant la création et pour la création qu'ils le font proférer, engendrer par le Père; que, dans leur système, le Verbe devient Fils... Dieu a besoin du Logos pour créer, pour produire et atteindre le contingent, l extérieur, l'imparfait, le muable. 11 le lire donc en quelque sorte de son sein : il l'engendre et le profère pour être son instrument et son organe dans l'acte créateur (S. Justin, Apol., n, 6; Dial., 61, /*. G., t. vi, col. 4j3,613; Tatien et Théophile, loc. cit.)... De là ime subordination du Verbe et du Fil» au Père, non pas seulcnicnt en tant (ju homme ai>r» > rin« arnatiun, mais en tant que Verbe et Dieu. Le Fils est

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