‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 36 sur 66 · II. — La rédemption et la raison · texte numérisé non relu

II. — La rédemption et la raison

158. Cet enseignement de l'Eglise n'est pas plus antiralionnel et anlimoral qu'il nest antihislori(pie. 11 suflit de le bien entendre pour que tombent d'ellesmêmes les objections qu'on lui fait au nom de la morale.

* Lt's évaivjiivs s)jni)i'lniues, l'JUS, \\A. ii, p. JiU-Jil.

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Mais, pour bien cnleiulrc la rédeniplion, il faut se rendre compte de ce qu'est le péché qu'elle répare.

Le péché est une niiscre, la rédeini)lion une miséricorde; le péché est une injustice, la rédemption une salislaclion ; le péché est un esclavage, la rédemption un alTranchissement ; le péché est une œuvre de mort propagée par génération charnelle, la rédemption une œuvre de vie communiquée par régénération spirituelle. Développons quelque peu chacune de ces propositions.

159. Le péché est une misère, la grande misère de rhomme. Le pécheur qui, en se mettant en opposition avec la loi divine, a renoncé à la vertu surnaturelle de la charité, n'a plus en lui-même de quoi se rendre le don divin qu'il a méprisé. Séparé de Dieu, privé de la lumière qui s'éteint peu à peu dans les cœurs soustraits aux intimités divines, il estcondannié aux angoisses du doute ou aux pires erreurs par ses asjii rations innées à la possession d'une vérité qu'il cherche partout où elle nest pas. Ayant perdu l'espoir du complément de vie et de rei)Os qu'il ne peut trouver (ju'en Dieu, il est exposé à tous les désordres et voué à tous les dépits d'un égoïsme exaspéré par la poursuite d'un bonheur toujours offert, jamais atteint, (i'est une grande misère dont les tristesses avouées de certains })écheurs peuvent nous donner quelcjuc idée, bien qu'elle ne s'achève que dans l'état de damnalion ; et cette misère est bien j)lus grande encore s'il s'agit du péché originel, (jui, faisant une loi de mort de la loi de vie (ju'étaitla solidarité d'Adam et de ses enfunis ', a privé tout le genre humain de la justice

t Voir I" i)arl., c. mi, n. lO"., p. 220.

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originelle et l'aurait mis dans l'impossibilitc de retrouver le chemin du bonheur, si la miséricorde de Dieu n'était venue au secours de cette misère.

La rédemption est en effet miséricorde et tout d'abord miséricorde. L'Église le proclame aussi haut que le protestantisme libéral. Tout en enseignant avec les apôtres que la rédemption est « propitiation pour le péché >s satisfaction donnée à la justice de Dieu, elle nous enseigne aussi, avec les mêmes apôtres, que la possibilité et le fait de cette propitiation relèvent de la miséricorde de Dieu qui nous a donné spontanément le Verbe incarné, Jésus-Christ et sa grâce: « Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés le premier et qui a envoyé son Fils, propitiation pour le péché ^ » Cette charité de Dieu est, en elle-uK^me, au-dessus des vicissitudes du temps. Dieu s'irrite et s'apaise, comme le soleil se voile et se montre. Les nuages, qui interceptent le Ijienfaisant rayonnement de la lumière et de la chaleur du soleil, n'enlèvent rien à son foyer; le péché, qui nous soustrait en partie à l'influence viviliante de la charité divine, ne diminue point cette éternelle charité à laquelle appartient l'initiative de notre rédemption aussi bien que celle de notre création, mais il met aux bienfaits divins des obstacles parmi lesquels il faut compter la dette qu'il impose au pécheur vis-à-vis de la justice divine, car il est injustice.

160. Le peclié est une injustice: une injure intentionnelle faite à Dieu lui-même, une injure réelle faite à la gloire de Dieu, à la perfection du monde. Quiconque

* I Jean, iv, lu. On trouvera la même doctrine dans saint Paul, Il OUI , V.

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reconnaîl Dieu comme rauleur cl le gardien de la Joi morale ne })eiil nier que le péché ne lui soil injurieux, puisqu'en péchant la créature libre abuse des dons mêmes de Dieu, pour se révoller, et préférer au Lien divin, qui hii est olTerl, les joies corruptrices du bien créé. Celle injure, il est vrai, n'alleinl pas Dieu luimôme, cl ces! pourcjuoi nous la qualilions d'intentionnelle ^ ; mais si la transcendance de Dieu le met au-dessus des injures de Thomme, eHe ne diminue pas la culpabililé du pécheur, elle donne au contraire {\ la malice du péché une cerliiine infinilé, à raison de l'inlinie Majesté dont le pécheur méprise h la fois les ordres, les promesses et les menaces.

Si maintenant nous considérons, non plus Dieu en lui-même, mais la gloire extérieure de Dieu, la perlecllun du monde, il nous faut bien reconnaître que le péché souille réellement cette gloire, diminue cette perl'eclion. Ce n'est pas seulement pour l'individu, c'est encore pour le monde (jue la charité est le piemierdes biens, celui par lequel tous les autres valent et sans le(piel rien ncNaut. Si, sans la charité, l'homme est la plus misérable des créatures, sans cette même rharit»' notn* monde actuel serait la plus ridicule des créations. On ne peut concevoir \m monde créé pour la manifestation de Dieu, dont toutes les volontés intelligentes méconnaîtraient leur Créateur, <;!, au lieu de se servir <les créatures pour s'élever à Dieu en

• Klle ir«st pas (uiijoiirs et même pas souvent intentionnelle entant qnedirertement voulue, parce qu'en l)eaucf>up dépêchés, le pécheur «herche print ip-ih-mciit le hien cré»', cl regrette ni^nie que la jouisnanee illicite soit liée à un acte injurieux pour Dieu, rej.'ret qui atténue la malice du p^ché, mais ne la supprime put.

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so-doiin;inl le mutuel témoignage d'un fraternel amour, en feraient l'aliment de leur égoïsme, l'appal de luttes fratricides, souvent le ver rongeur de leurs plus nobles facultés. Les matérialistes peuvent rêver d'un monde humain, dont tout l'idéal serait le développement dune civilisation matérielle qui excite plus d'appétits qu'elle n'en satisfait, et dont loule la réalité serait la lutte incessante qui écrase la foule des petits sans donner le bonheur et la vérité aux forts. Les pessimistes ont raison de souhaiter l'anéantissement de ce. monde et Dieu ne saurait pas plus le conserver qu'il n'a pu le créer. La charité n'est pas seulement le bien nécessaire de l'individualité intelligente, elle est encore le souverain bien de lensemble, la condition requise pour que le monde soit ce pour quoi il est créé, la manifestation, la glorification de Dieu par la perfection et le bonheur des créatures libres. Mais la charité ne peut élie donnée au monde sans le concours des volontc's libres. Tout être libre vivant dans le monde et vivant du monde, comme une partie est et vit par le tout auquel elle appartient, doit donc au monde, comme il se doit à lui-même, l'acte d'amour qui est la perfection du tout comme de l'individu. En le rel"usanl,il ne se fait pas seulement tort à lui-même, il prive le njonde d'un bien tellement indispensable que, si toutes les créatures intelligentes se dérobaient ainsi à l'acquit de leur dette d'amour, la création n'aurait plus de laison d'être. Le tort est bien plus gran<l encore, quand le pécln'ur est, comme Adam, le pèie d'une immense famille dont il se sait responsable et que sa faute privera tout enîière de la vie surnatuicllr (pi'il dr\;iit transmettre en môme temps uue la \it' naturelle.

H2 CRITIQUE ET CATIlOLIOrE

Injustice à raison du bien dont il prive le monde, le péché Test encore à raison de Texcès de jouissance que le pécheur arraclic à la vie. Chaque créature a sa mesure de joie proportionnée à sa mesure d'être; l'excès de joie qu'elle prend dans le péché appelle une privation, car, sans la peine de cette privation, la condition du pécheur serait préférable i'i celle du juste, puisqu'il nuiail toutes les joies de la vertu, el, en plus, celles du péché.

C'est donc une dette de peine, on même temps qu'une dette d'amour, que nous contractons en cherchant les joies indues prises dans le péché, au préjudice de notre propre perfection, des droits de nos frères et de la gloire de Dieu.

C'est encore une dette de mort. Stipendhim peccati mors. Adam était averti, que le jour où il renoncerait à l'amitié divine, il perdrait le privilège surnaturel (pie lui assurait la grâce originelle et retomberait sous la loi de mort qui régit tous les composés matériels inévitablement dissous par cet incessant mouvement du monde qui les a constitués. La mort était pour Adam pécheur la nécessaire et juste conséquence de sa séparation d'avec Dieu. La prolongation de sa vie d'épreuve sur la terre n'avait d'ailleurs plus de raison d'être. Si, dans l'état actuel, Dieu garde miséricordieusement la vie aux pécheurs, c'est parce que les grûces de la rédemption leur assurent des possibilités de conversion, ou encore en tant qu'ils peuvef t être utiles aux justes par leurs services ou leurs persécutions. Mais, abstraction faite de la Rédemption, Arlam et I^ve, pas plus cpi'aucun de leurs enfants, ne pouvaient arriverj'ila béatitude, ils devaient donc être enlevés de ce monde, avant même qu'ils eussent donné

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naissance à une race que Dieu n'avait aucune raison dappelcr à la vie puisqu'elle ne pouvait fournir aucun élu. Non seulement le péché avait ravi aux hommes leur privilège d'immortalité corporelle, mais il avait enlevé au genre humain sa raison même d'exister. La rédemption devait la lui rendre en réparant l'injustice du péché et en payant sa triple dette, dette d'amour, dette de peine et délie de mort.

161. La justice de Dieu exige satisfaction pour l'injustice du péché. Voilà, pour M. Haniack', ce qu'il y a de pire dans la doctrine d'Anselme et la théologie qui en dérive. Distinguer et opposer en Dieu la miséricorde et la justice, adorer la justice dans le Père irrité qui ne veut point pardonner avant d'avoir obtenu satisfaction pour son honneur outragé, et la miséricorde dans le Fils cpii s'offre pour nous délivrer de la colère du l*ère, c'est ramener la distinction gnostique du Dieu juste et du Dieu bon, comme de deux Dieux ennemis, et briser l'unité trinilaire. Eh bien, non, nous respectons l'unité divine. Oue M. Harnack se rassure, qu'il apprenne plutôt à ne point se faire une idée anthropomorphique de la bonté de Dieu.

Le monde étant mouvante multiplicité d'èlres cl d(î phénomènes linis, lintiiiie perfeclion de l'immuable unité qu'est Dieu ne peut s'y exprimer qu'en caractères partiels et divisés, tout comme l'éclat du rayon solaire n'apparaît dans le prisme que décomposé en rayons distincts dont aucun ne nous dit le tout du rayon source. Delà vient que la souveraine perfection de Dieu ne peut nous apparaître dans le miroir des

' Lelirbuch der Doymenyeschichle, t. m, \>. 313.

11 i CRlTlOl'i: El CAÏIIOLKJLE

créatures ({ii'oii niaiiilV'slalions dislincles dv sainteté, de justice, de miséricorde, de |)atiencc, de puissance cl de sagesse dont aucune, prise isolément, ne suffit à nous révéler loute la bonlé de Dieu. Ce n'est pas en Dieu même ipTil y a dislinclion réelle de justice et de miséricorde, c'est dans les œuvres de Dieu (juc jusliceet miséricorde se dislinguentetsouvents'opposent comme les divers asi)ecls créés d'une bonté infinie ijui contient dans sa suréminenle unité les perfections finies de notre humaine justice et de notre humaine miséricorde, et (jui ne serait point glorifiée, (jui ferait ipuvre boiteuse et manquée, si cette œuvre ne nous offrait aucune manifestation de justice et nous donnait l'idée anlhropomorphique et fausse d'une bonté divine exclusivement miséricordieuse, non seulement favorable au pécheur, mais encourageante au péché.

Il faut donc que l'histoire du monde nous révèle la perfection du Créateur sous son aspect de justice autant ({ue sous cehii de miséricorde, c'est la raison, non seulement du châtiment définitif des pécheurs impénitents, comme nous le dirons au sujet de l'enfer, mais encore de la satisfaction exigée dans la rédemption du genre humain devenu tout entier pécheur par la faute d'Adam. |

162. La rédemption cal une satisfaction^ et il ne faut cpi'nn i)eu de réilexion pour s'apercevoir (jue cette satisfaction, œuvre de justice, est un(; miséricorde de plus. Si, en elTet, la grandeur delà miséricorde se mesure à la perfection qu'on apporte au misérable dont on a pitié, celui-là n'est-il pas plus miséricordieux qui, au lieu de faire simplement au prodigue remise de son dû, lui donne ce qu'il faut pour que ce pro-

digue se libère par son travail et appicnne ainsi, eu acquittant lui-niLMiie ses (Jettes, le secret de n'en plus faire ? Ainsi Dieu en a-t-il agi avec riiuinanilé.

Du fait qu'il est transcendant au inond(\ il n'est pas tenu, comme les souverains de la terre, de poursuivre la réparation rigoureuse de l'ordre mondial dont il est le gardien, encore moins est-il tenu d'exiger pour lui-même une réparation qui ne lui rend rien, tout aussi bien que le péché ne lui enlève rien. Il aurait pu accorder simplement à Adam et aux autres pécheurs la grûce de la contrition et consécutivement celle du pardon. Il a voulu mieux, il a jugé que son œuvre serait plus belle, s'il faisait en sorte que la nature humaine méritât elle-même son pardon, par un acte d'amour dont l'incomparable éclat irradiai si merveilleusement les ombres jetées sur le monde humain par le péché, qu'au spectacle de cet univers infiniment plus aimant que coupable, on put dire en toute vérité: u Et erat valde bonum. Ce mondeest très bon. Honneur et gloire au Roi des siècles qui l'a ainsi conçu ».

C'est bien en (HTet un acte d'amour humain que celui (jui résume toute la vie de Jésus-Christ, Dieu fait homme. Cet amour est humain en tant qu'il sort d'un cœur fait de notre chair et de notre sang; mais parce que ce cœur ap[)artient à une personne divine cl à raison des grûces incomparables qui divinisent la puissance d'aimer dans l'humaine volonté d un Dieu-homme, l'acte de charit<'î du Chris! est, dès le premier instant, l'incomparable chef-d'œuvre de la création, un hommage et un amour meilleurs (jue toul(^ la charité ravie au monde par le péché d'Adam, et, par consécpienl, une réparation sufli-ante de ce

lir> CIUTIIJUK ET CATIIOLlOrr.

péohô : i< Voici mon l'ils bien aime en qui j'ai mis loules mes complaisances ».

Mais si, dès le })remier instant, l'amour, qui remplit le cœur du Christ, avait en soi et pour Dieu toute sa valeur, il ne pouvait être satisfaction plénière, réparation totale de la gloire extérieure de Dieu dans le monde humain, qu'à la condition delrc manifesté par des actes proportionnés à son intensité, capables de le révéler aux hommes, de leur apprendre à la fois ce qu'était l'amour de Dieu pour eux et ce que devait être leur amour pour Dieu, et de créer entre les pécheurs et le Christ cette solidarité spirituelle de l'amour qui nous permet de faire noires les satisfactions du Christ, en tant que nous partageons la })eine des souffrances de celui que nous aimons, et avec lequel nous ne faisons (ju'un par la charité, selon cette belle réflexion de saint Thomas : Inquantum duo homines sunt unum in charitate^untis pro alio satisfacere potesi ' .

La vie de Jésus-Christ, réalisation visible et temporelle de la charité intérieure qui, dès le premier instant, remplissait son cœur, nous a tout d'abord révélé ce qu'était l'amour de Dieu pour riiommc. Sous les coups de la souffrance et dans l'angoisse de la lutte, nous sommes tentés de penser que Dieu ne nous aime pas et nous délaisse. La crèche, la croix et la résurrection nous apprennent que l'amour paternel de Dieu pour ses enfants est un amour fort qui, pouvant leur donner le bonheur sans combat, a préféré le leur faire acijuérir par l'épreuve et la souffrance, afin de leur assurer pendant toute l'éternité cet te joie divine d'être,

• III', (j xi.Mii, a. 2, ad !"•.

LA RÉDEMPTION ET SES FRUITS DE GRaCE 117

autant que créatures peuvent Tôlre, les auteurs de leur béatitude, et d'embellir le monde créé du reflet divin de la causalité première, dont la plus haute imitation doit être cherchée dans l'action méritoire de la lutte pour la vie morale. Si la seconde personne de la sainte Trinité s'est incarnée pour venir au secours de l'homme pécheur, c'estque Dieu a pour l'homme un amour ineffable, et si Dieu n'a pas épargné à son Fils unique l'épreuve et la soufl'rance, c'est que le mal de l'épreuve et de la souffrance est pour l'homme un bien, un moyen de grandir davantage et de s'assurer vie plus haute et joie meilleure. 11 fallait que le Christ souffrît et enlrûl ainsi dans sa gloire. 11 le fallait pour la révélation des desseins du Père sur les hommes ses enfants; il le fallait aussi pour l'expiation des fautes de ceux qui avaient succombé ou succomberaient dans l'épreuve, expiation qui serait eii même temps la manifestation de ce que doit être l'amour des hommes pour Dieu.

Notre amour pour Dieu doit être un amour généreux ijui demande à l'union divine non pas seulement l'égoïste satisfaction d'une joie sans souci de ce qui n'est point délectation personnelle, mais la satisfaction |)lus haute d'un développement de vie qui assure l'intégrale perfection du monde en même temps que notre bonheur. Cette perfection intégrale comporte l'acipiit de la dette de peine et de la dette de mort aussi bien que relui de la dette d'amour. Il n'est pas de joies naturelles dont l'homme n'ait abusé en les recherchant au mépris de l'ordre moral, il n'en est pas non plus dont le Christ n'ait accepté la douloureuse privation au bénéfice de la charité. Les joies mauvaises du cœur ou des sens avaient souillé toutes

lis CRITIQUE F.T CVTIIOIIOUE

nos lacullés en les soustrayant à l'empire de l'amour; Jésus donne à Tamour sa revanche en hii permeltanl de conduire juscpTà Tacceplation joyeuse de toute peine celle nature inlerieure qui s'était lant de fois révoltée j)our jouir outre mesure La dette de peine est payée et aussi la dette de mort, car l'hommage de Jésus mourant pour rendre témoignage à la vérité et par consiMpii'ul domiant sa vie au service de Dieu «lans la lui te engagée contre le péché, contre l'ignorance religieuse et les passions des Juifs, était plus précieux à la cause du bien que ne pouvait l'être l'exécution de l'arrêt de mort justement porté contre les pécheurs. Il est bien vrai que la mort de Jésus, considérée dans sa réalité matérielle, est un mal physiciue, et que, dans la volonté perverse des Juifs, «'lie est un crime; mais cernai et ce crime, qui n'ont en eux-mêmes aucune vertu réparatrice, étaient l'inéluctable condition de l'acte d'amour réparateur du (lalvaire. Mourir pour rendre témoignage à la vérilé contre les mensonges des hommes, mourir en s'en remettant à Dieu du soin de faire prospérer la caus<' pour laquelle on meurt, en professant (]ue, par la puissance de Dieu, ce témoignage du sang, celte anuiiiilation de la moil, feront plus pour la caus(î du bien que toute l'activilé de la meilleure des vies humaines, voilà l'acte de charité suprême, d'adoration prati(pie,(le.vacrj;7?cei>i^^^raZ,qui, posé par un homme- Dieu, fiiit plus que [>ayer la dette demort du pécheur, lnal'^ lui oblicnt la grAce d'êlre alTranehi de l'escla- \ag«* du péché, de la mort et (Ju dt'inon.

163. Le 'pi'chd on effet est un esclavage. Piiv*' de charilé et «l'espérances éternelles, mais toujours as- «ioilVé d»' bonlu'ur h* ()écheur, à la poursuite des jouis-

iiS

sancos iminédiates, est l'esclave des passions que lui fonl son lemprranienl et les circonstances, des hommes auprès desquels il doit mendier les satisfactions qu'il cherche, et aus^>i de la mort dont la crainte empoisonne sa vie et peut, à l'occasion, lui inspirer les pires lâchetés. Esclave du péché et de la mort, l'homme tombé l'est encore du démon. Le démon a gardé, de par la supériorité de son être naturel, une puissance singulièresur les éléments matériels et parconséquent aussi sur Timaj^ination et les facultés sensibles de la nature humaine. Il est réellement le prince de ce monde, de tous ses pouvoirs de séduction, et sans être au sens strict et légitimement le maître du pécheur, il l'est au sens large et de fait, lant ({ue liiomme coupable esl, par un juste chàliment de sa faule, privé de la grAce inlérieure et de la protection extérieure réservées aux amis de Dieu, et livré sans défense aux puissances de péché.

La rédemption affranchit le pécheur de cet e.'sclavage. — Ce n'est point sans raison ({ue le salut donm; par le Christ est appelé rédemption et comparé dans le Nouveau Testament et les écrits des Pères à la rançon d'un esclave. Cette comparaison juslihée n'est cependant pas une identification. Jésus n'a pas payé au d(''moii la dette du sang et, pas plus cpie lui, nous ne devions rien à Salan; mais en achevant au Calvaire le sacrifice (ju'il avait faitde toute sa vie à Dieu son père, consummatum esl, en donnant sa vie pour la cause du bien <4 dt; la vérilé», il a payé la dette que le monde humain ;»vail, en péchant, refusé de solder à la gloire de Dieu, à la beauté morale de l'univers, achèvement et raison d'être de toutes les beautés inférieures. Elle était désormais acquittée, la cédulc de juatice^ chiro-

120 CRITIQUE ET CATIlOLigUB

graphutn decreti^ qui exigeait à bon droit que les faveurs et la grâce de Dieu ne fussent accordées qu'à un monde aimant et donné. Sans cette réparation, l'humanité pécheresse iïil restée, en droit, Tesclave du péché et par conséquent du démon. De là les exposés symboliques, parfois trop poussés, jamais totalement faux, des Pères qu'on accuse de mythologie démoniaque en prenant à la lettre des développements imaginatifs que leur sens catholique et celui de leurs lecteurs savaient bien corriger.

Mais, nous objectera-t-on, qu'a donc à faire l'acte d'amour du Christ avec les hommes pécheurs qui n'y sont pour rien, si ce n'est pour l'avoir provoqué par leur misère morale ou leurs persécutions, et comment la charité de la victime peut-elle faire le mérite de ses bourreaux? — Par le lien de fraternité d'âmes qui, de la façon que nous avons dite\ a pu s'é'ablir entre CCS bourreaux et cette victime.

164. Le péché est une œuvi-e de mort propayée par génération charnelle. Nous avons montré ailleurs -^ comment cette propagation était la conséquence de la loi de solidarité qui avait donné à Adam le pouvoir et la charge de communiquer tout à la fois à ses enfants la vie surnaturelle avec la vie naturelle. Nous avons établi que cette loi n'avait rien de contraire à la raison, qu'elle était en correspondance avec les solidarités de toutes sortes que l'expérience nous fait constater dans l'évolution du monde naturel, mais qu'elle rejjosait, au fond, sur une volonté libre de Dieu, volonté (jui, pour n'Ctre point déraisonnable, n'en est

HA. II. ir,2.

• 1- part., c. VII, II. 105, p. 220.

LA RÉDEMPTION ET SES FRUITS DE r.HXCE 121

pas moins mystérieuse, comme tout ce qui est tle 1 ordre surnaturel.

Pour sauver le genre humain, Dieu n'a point bris(^ la première loi de solidarité qui unissait au premier homme tous ses enfants, il en a simplement posé une secondequi fait delà rédemption une œuvre de vie propagée par genérdtion spirituelle . Il nous a donné un second Adam, un Adam céleste, principe et source de vie surnaturelle comme le premier était source de vie terrestre. La loi de solidarité, qui unit étroitement à Jésus tous ses fidèles, n'est plus, il est vrai, fondée sur la communication de la vie naturelle par la chair et le sang, mais sur la communication plus unifiante encore de lEsprit d'amour, de l'Iisprit de Jésus (jevenu celui de tous ceux auxquels il l'envoie et qui veulent bien le recevoir. Jésus a demandé pour nous communication de cet Esprit. Après l'amoureux sacrifice qu'il avait fait de tout son être à la cause de Dieu, il avait mérité d'être exaucé et il Ta été.

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