‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 4 sur 66 · LE MAGISTERE DE L EGLISE · texte numérisé non relu

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tant beaucoup travaillé lui-môme, mais le privilège de l'infaillibililé, qui garantit les défini lions des papes, ne garantit nullement leur sens critique dans le travail personnel que demande la correction ou la restitution des leçons originales d"uu texte, fût-il biblique. La condamnation de Galilée? Le 19 lévrier 1610, par ordre de Paul V, tous les théologiens consulteurs du Saint-Ofiice reçurent ordre d'examiner les propositions suivantes : 1^ le soleil est le centre du monde et par conséquent immobile de mouvement local ; 2' la terre n'est pas le centre du monde ni immobile, mais se meut sur elle-même tout entière, d'un mouvement quotidien. Le 24 février, tous les consulteurs réunis déclarèrent que la première proposition était «absurde et fausse en philosophie et formellement hérétique, en tant qu'elle contredisait expressément de nombreux passages de la sainte Écriture, selon la propriété des mots et selon linterprétation commune et le sens des saints Pères et des théologiens. » Quant à la seconde, ils déclarèrent encore à l'unanimifé qu'elle étaitpareillement absurde et fausse en philosophie et au moins Ihéologiquement erronée. En conséquence, le 25 février, la Congrégation du Saint-Office donna ordre à Galilée d abandonner son opinion et lui défendit de l'enseigneret delà soutenirà l'avenir. Puis, le25mars, la Congrégation de l'Index prohiba tous les livres qui défendaient le système de Copernic. — Dix-sept ans après, en 1633, (ialilée, qui avait trop compté sur la faveur d'Urbain VIII, pour faire rapporter le décret de 1616, et qui avait de nouveau soutenu son système dans un livre imprimé avec la permission de l'inquisiteurde Florence, fut, par ordre d'Urbain VI II, mandé au Saint-Office et condamné à abjurer les « erreurs et

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hérésies » qu'il avait soutenues contre la défense du Saint-Siège. Le décret do 1616, qui prohihaitles livres où étaient enseignés le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil, fut assez mal observé dès la fin du xvn*" siècle; il ne fut officiellement rapporté qu'en 1822 ^ Rien encore, dans ces faits, qu'on puisse opposerau dogme deTinfaillibilité du pape déiinissant ex cathedra. La responsabilité des papes Paul V et Urbain VIII est cerlainement engagée dans les actes des Congrégations du Saint-Office et de l'Index, qui agissaient en vertu d'un pouvoir délégué par les deux papes, avec leur approbation et conformément à leurs convictions nettement manifestées, et cependant ces actes n'étaient point sentences pontificales infaillibles et irréformables ^. La défense de soutenir ou d'ensei-

* Cf. Vacandard, Études de critique el d'histoire religieuse, 1" série. La condanmalion de Galilée, p. 296-381. On trouvera le texte original, italien, presque complet, du jugement du Saint- Office de 1633, dans Palmieri, De romano pontifice, c. xxxiii, n. x, p. 645-647.

• C'était déjà l'avis des théologiens contemporains, même de ceux qui étaient les adversaires du système de Copernic. Le P.Riccioli, un adversaire de l'opinion copernicicnne, s'exprimait ainsi en 1651 dans son Almageslum, t. i, p. 52 : <t Comme il n'y a pas encore eu sur celte matière de définition du souverain pontife, ni d un concile dirige'; ou approuvé par lui, il n'est pas encore de foi que le soleil tourne et que la terre reste immobile, du moins en vertu du décret môme de cette Congrégation, mais tout au plus el seulf nient à cause de l'autorité de l'Llcriture xainte, pour ceux qui sont moralement certains que Dieu a ainsi révélé. Cependant nous tous catholiques, nous sommes obligé»^ par la vertu de prudence el d'obéissance, d'admettre ce que cette Congrégation a décrété, ou du moins de ne pas enseigner le contraire d'une manière absolue. » Citation empruntée au Dictionnaire apotogétifjue de Jaugey, art. Calilëe, col. 1363.

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gner une thèse scientifique, en considération de l'opposition de cette thèse avec la foi et l'Écriture, est une mesure disciplinaire basée sur des considérants dogmatiques; ce n'est pas une définition, et encore moins une définition inraillibloet irréformable, quand elle ne procède pas immédiatement du pape qui peut déléguer son autorité, mais non point son privilège personnel d'infaillibilité dans la définition solennelle d'une doctrine.

7. Les faits que nous venons de rapporter sont ceux qu'on a le plus opposés à l'infaillibilité pontificale. Pas n'est besoin de les dénaturer, pour accorder croyance à la définition du concile du Vatican; ils n'y contredisent nullement, mais s'opposent seulement aux interprétations fantaisistes des ultra-infaillibilistes, qui voudraient déclarer infaillible tout ce que disent ou décrètent le pape et les Congrégations romaines. Le pape n'est infaillible que lorsqu'il définit, et il ne définit que lorsqu'il le dit clairement, imposant à la foi de l'Église des propositions bien circonscrites et nettement formulées. On peut discuter sur le caractère d'infaillibilité de certains documents pontificaux antérieurs au concile du Vatican; mais, depuis le concile qui a déterminé pour l'exercice de l'infaillibilité des conditions si faciles à réaliser et à manifester, s'il y a doute, il n'y a pas définition. Ce serait faire injure aux souverains pontifes que de supposer, qu'ayant la facilité de déclarer nettement leur intention de définir et l'objet de cette définition, ils emploient des formules douteuses qui leur permettent d'imposer tout d'abord leur enseignement comme infaillible, sans enlever à leurs successeurs la faculté de le déclarer réforniable, s'il en est besoin.

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8. Les exagérations dos catholiques, (jui voient partout desdétinitions infaillihlos, viennent d'ailleurs d'un rationalisme inconscient contre lequel nous avons maintenant à protester. 11 est nombre de gens qui prétendent ne vouloir donner leur assentiment qu'à des propositions garanties p;ir une démonstration rigoureuse, ou, s'ils sont croyants, par une révélation infailliblement authentiquée, lis sont bien obligés, dans la pratique delà vie quotidienne, de se contenter de moinilres certitudes; on les voit même quelquefois, pour des opinions (jui leur plaisent, devenir tout à fait crédules et s'en rapporter avec pleine confiance aux dires d'une somnambule ou d'une pieuse visionnaire. Mais leurs exigences reparaissent dès qu'il s'agit d'une proposition qui ne leur agrée pas ou qui n'est pas d'urgente application ; pas d'assentiment, pas de croyance, quand il n'y a pas démonstration absolue ou définition. Si, affligés de ce travers et de cette infirmité d'esprit, ils sont cependant attachés de cœur aux vérités proclamées par l'enseignement pontifical, ils croiront nécessaire, pour la justification de leur foi et l'acceptation de cet enseignement par les fidèles, qu'il y ait définition, et verront dans toute en(!yclique un enseignement ex cathedra; si au contraire la parole du pape leur déplaît, ils auront vite fait d'en prendre à leur aise : pas de définition, je reste donc libre d'en penser ce qu'il me plaît.

9. Soyons donc critiques, c'est-à-dire raisonnables et non point déraisonnant par excès d'exigence intellectuelle. L'hypothèse du mouvement de la terre n'est point vérifiée par une démonstration rigoureuse; n'est-il pas ridicule de lanier?Lesassyriologues n'ont point certes le privilège de l'infaillibilité ; j'aurais

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