‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 5 sur 66 · LE MAGISTÈRE DE LÉGLISE · texte numérisé non relu

LE MAGISTÈRE DE LÉGLISE

cependant mauvaise grâce, moi profane ou débutant dans celle science, à ne faire aucun cas des conclusions généralement admises en assyriologie. Les juges d'aucun tribunal ne sont infaillibles; à moins d'évidence contraire, je dois mincliner devant leur sentence et croire à son bien-fondé. Un simple curé n'est point infaillible; son paroissieji, à moins de raisons spéciales, doit accorder quelque créance à renseignement du prône du dimanche. L'évêque n'est point infaillible; mais déjà plus que le curé, il a de par l'Esprit-Saint mission d'enseigner, et ce serait faute de présomption (jue de rejeter sans raison très grave ses sentences doctrinales. Le pape enfin, enseignant sans définir, par la voix de ses encycliques ou de décrets approuvés des Congrégations romaines, n'est pas infaillible ; mais à moins de penser que le privilège de l'infaillibilité enlève au pape, pour les cas où il n'y recourt point, l'autorité et les secours de l'Esprit-Saint auxquels il a droit de par sa charge, il faut bien reconnaître que le Pasteur et le Docteur de toute l'Église aie pouvoir et le droit non seulement de définir infailliblement les vérités révélées, mais encore de rappeler, avec une autorité bien supérieure à touteautreautorité doctrinale, l'enseignement commun de l'Église, et de prohiber les conclusions pseudo-scientifiques qui mettent en péril la confiance du fidèle dans la révélation.

10. Le pape n'a habituellement rien à voir dans les questions de science profane. Mais il peut arriver et il arrive qu'une proposition formulée au nom de la science contredise une proposition communément admise parmi les catholiques. L'une ou l'autre de ces deux contradictoires est fausse. Ou bien la proposi-

lion de renseignement catholique appartient vraiment au dépôt de la révélation, et alors sa contradictoire est erronée et n'est qu'en apparence conclusion scientifique. Ou bien la proposition formulée au nom de la science est vraiment et sûrement conclusion scienliiique et démontrée, c'est qu'alors l'opinion commune qu'elle contredit n'appartient qu'en apparence à la révélation.

Nous verrons en elTet dans le chapitre de la tradition qu'il y a, parmi les opinions communes de la théologie catholique, trois sortes de propositions. Il y a des propositions immédiatement révélées, d'autres qui en sont les conclusions légitimes et nécessaires, d'autres enfin qui n'en sont que l'interprétation faite en fonction d'erreurs scientifiques universellement ou communément répandues au temps où l'esprit humain a reru le dépôt sacré des vérités révélées. Ces dernières propositions sont destinées à être éliminées peu à peu de l'enseignement commun, à mesure que se dissiperont les erreurs communes d'ordre scientifique qui en ont été l'occasion ; mais il n'est point toujours si facile de les distinguer des secondes et môme des premières. A laisser le soin de cette distinction aux savants et aux érudits catholiques, on courrait grand risque de voir des gens, trop confiants dans leurs recherches et leurs déductions personnelles, déclarer vérités acquises des conclusions ou des hypothèses scientifiquement erronées, et qualifier d'opinions caduques les propositions théologiques les plus intrinsèquement liées avec les dogmes les mieux définis. Nous en avons sous les yeux un exemple trop connu dans le cas de M. Loisy. M. Loisy ne voulait d'abord que délester l'enseignement ecclésiastique

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des propositions qui lui semblaient anliscientifiques et non point essentielles au dépôt de la révélation. Mais, ayant eu la présomption de vouloir mener cette œuvre à bonne fin en dehors du contrôle de l'autorité doctrinale de l'Église, il en est arrivé à douter de Dieu. N'a-t-il pas écrit au sujet de l'existence de Dieu cette phrase significative de l'état d'esprit auquel est aujourd'hui condamné tout catholique qui rejette sa règle de foi : « Du oui ou du non, il n'existe pas de preuve rationnelle qu'on puisse qualifier de péremploire. Or si, d'une part, on ne démontre pas l'existence de Dieu, puisque, d'autre part, on ne le voit pas, je ne sais pourquoi on croirait en Lui?... Cette impuissance même ne permet pas de nier Dieu : elle n'autorise qu'un point d'interrogation .» (Lettre à M. l'abbé X... ^)

Onmis homo mendaoc. Tout savant est faillible, sujet aux entraînements de son idée personnelle et aux illusions qui en sont la conséquence. Mais l'erreur en matière de foi est particulièrement dangereuse. La négation de la moindre des vérités révélées ébranle et désagrège tout le bloc de l'enseignement catholique, tellement sont liés les énoncés dogmatiques qui nous représentent sous une forme fragmentaire l'inénarrable et surnaturelle unité de Dieu et de son œuvre. Mais s'il y a danger, môme pour les prêtres et gens d'étude, à plus forte raison est-il nécessaire qu'une parole souverainement autorisée mette en garde la foule des fidèles contre les conclusions précipitées et les séductions d'une fausse science qui,

* Citation empruntée au compte rendu qu'a donné M. Maisonneuve de l'ouvrage de M. Loisy, Quelques lettres sur des questions actuelles, dans Bulletin de littérature ecclésiastique, mai ly08, p. lll.

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SOUS prétexlc el peut-ôlre avec des intentions loyales de progrès et dépuration de Tensei^^nement commun, attaque, en môme temps (pie des opinions surannées, des vérités révélées dont l'Kglise ne doit laisser perdre aucune parcelle.

11. Dans celte mission de vigilance sur les conflits que soulèvent entre théologiens et savants les transformations continuelles et pas toujours progressives des données ou hypothèses scientifiques, le souverain pontife a de délicats problèmes à résoudre. Il est parfois difficile de dire si c'est l'opinion théologique commune qui n'appartient (pi'en apparence à l'enseignement révélé, ou si c'est la thèse scientifique qui n'est qu'apparemment fondée. Pour une solution sûre, il faudrait les calmes el longues discussions des spécialistes, il faudrait l'épreuve du temps, généralement fatale aux théories pseudo-scientifiques. L'opinion catholique n'a pas toujours la patience d'attendre. Toute .société a ses conservateurs et ses radicaux, ses traditionnels intégristes el ses passionnés de nouveauté. Tandis (pie ces derniers ahusentdes nouvelles prétentions de la science pour réclamer et annoncer des transformations ruineuses du dogme catholique, les premiers crient assez vile à l'hérésie el manifestent bien hnul le trouble dans leipiel va les jeter l'ab-solu d«'Taisonnable de leur logique simpliste, si on laisse tomber un seul iota de l'enseignement (pi'ils nul reru. Les esprits s'échaulfenl el le bruit de la dispute, éclatant bien au delà de l'enceinte des écoles, s'en va troubler la foi des simples. Il devient alors nécessaire (jue le Docteur suprême de ri'lglise corrige le> écarts d'opinion elde langage des deux partis, et metl<* un terme à leur controverse, en donnant sur

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le point en litige, à défaut d'une définition qu'il juge prématurée, une solution qui s'impose et qui, tenant compte des exigences actuelles de la science et de la croyance, sauvegarde à la fois l'honneur et l'intégrité de l'enseignement catholique. C'est ce que font les souverains pontifes, par leurs encycliques et les décrets de la Congrégation du Saint-Office. Mais leur intervention ne ferait qu'ajouter une voix de plus à la discussion, si leur avis n'était pas donné avec une autorité qui exige respect et soumission.

12. Que doit être cette soumission? Il est certani que nous ne sommes pas tenus de donner à un enseignement réformable, si autorisé qu'il soit, le même assentiment de foi absolue qu'aux définitions irréformables et infaillibles. Il est non moins certain que tout catholique, quelles que soient ses convictions personnelles, n'a plus le droit de discuter et d'attaquer la sentence pontificale. Comment en effet cette sentence pourrait-elle arrêter les controverses, s'il était loisible de la discuter? C'est à ce titre que Sa Sainteté Pie X, voyant les discussions continuer après la publication des décisions de la Commission bibli<;u(', du décret Laynentahili et de l'encyclique Pascendi, a décrété que les décisions de la Commission biblique auraient même valeur que les actes des autres Congrégations, rappelé l'obligation qu'on avait d«' s'y soumettre et porté la peine d'excommunication (•(jiitre ceuxcpii n'observeraient pas vis-à-vis du décret L'rinentabili et de l'encyclique Prt'.sc^>?(^^n'attitude de la plus élémentaire des soumissions, celle du silence respectueux '.

' « Nous déclarons et décrétons que si quehju'un, ce qu'à Dieu

Mais ce silence ne suffit pas. Le catholique iloit encore aux sentences pontificales une soumission inlérieure (iuoi(iue à des dei-rés divers, selon l'état divers des convictions personnelles que le fidèle a pu par ailleurs acquérir.

13. Tour aucun fidèle, l'assentiment intériciu* donné à renseignement autorisé, mais non défini, n'est mélaphysiquemenl certain, puisque toute possibilité d erreur n'est pas exclue; mais il est et doit être moralement certain pour la masse des laïcs etdes prêtres qui n'ont pas une connaissance personnelle très spéciale de la (jucstion. Dès lors qu'ils ne peuvent avoir qu'une opinion d'autorité, ne doivent-ils pas s'en rapporter avec une entière confiance aux jugements pontificaux, beaucoup plus autorisés que les conclusions discutées des savants, en matière de controverses religieuses?

Intérieure encore, mais non pas avec la même obligation de ferme adhésion, doit être la soumission du savant catholique ù la sentence pontificale qui condamne des conclusions qu'il estimait suffisamment démontrées. Il n'est point exigé que le savant fasse aussitôt le sacrifice total de ses convictions rationnelles à un jugement qu'il sait réformable et qui lui parait destiné à être réformé; mais encore peut-il, et doit-il, en face d'une sentence aussi autorisée, douter

ne plaise, en vient à cette audace, de soutenir l'une quelconque des propositions, opinions et doctrines rt'prouvées dans l'un ou l'autre des documents ci-dossus désignés, il est ipso facto frappé de la censure édictée au chapitre Docenles de la constitution Aposlolica' Sedis, laquelle eslla première des excommunications ialae ientenliœ simplement réservées au pontife romain. » Molu proprio Prœslanlia, du 18 novembre 1907.

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de la légitimité de ses propres conclusions, se demander s'il ne s'est point fait illusion, et suspendre son assentiment jusqu'à ce qu'intervienne un nouveau jugement qui réforme le premier, ou une décision infaillible qui le confirme de telle façon qu'on ne puisse plus douter de sa vérité. Telle est l'opinion de Lehmkuhl ', et qu'y a-l-il à cela de déraisonnable ?

Est-il déraisonnable qu'un savant doute de ses affirmations quand il se trouve en opposition avec les sentences, sinon infaillibles, du moins souverainement autorisées du Docteur suprême de l'Kglise sur des questions où on n'arrive généralement qu'à une certitude très relative? Serait-ce que la modestie

* Plane impossibile non est R. Congregatiotieni a rero aberrare; quare temerariuni quidem est, id sine novis et hucusque non allatis, neque perpensis rationibus velsallein sine diligenti raLionum examinatione assurnere ; allamen, si vivo docto gravissimx appnreant rationes, non illico quidem assenliri debeat, sed sine temet'itate assensum tune liceat suspendeve, doctrinam reprobatam non affirmando, neque positive negando, donec recursus ad altiorein auctoritatem, se. R. pontifie is, infallibile judicium faclus sit. — Theol. 7«ora//.9, t. r, n. 304, 2.

Voici, d'après le P. Choupin, ce qui est permis.au savant : « Tout en admettant le décret qui proscrit celte proposition, par exemple, comme erronée, nous pouvons, non pas extérieurement, publiquement (ce serait manquer au respect et à l'obéissance dus à l'autorité légitime), mais d'une manière privée, en notre particulier, cbercher les raisons intrinsèques de la vérité ou de la fausseté de cette doctrine.

« Et si par hasard (le cas sera très rare) nous trouvions des raisons solides, qui semblent démontrer que cette proposition est vraie, humblement et respectueusement, nous pourrions les présenter à l'autorité compétente, par exemple à la Congrégation qui les pèserait.

« Si vraiuient, apréi un nouvel examen de la question, la lumière se fait plus claire, plus complète, bref, si à cause des pro-

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et la réserve, toujours do bon Ion en matière d'opinions scient ili«iiies, deviendraient sottise dès lors ({u'elies favorisent le respect que l'on doit à l'autorité doctrinale de l'Eij^lise?

14. On objectera que la vérité scient illipie peut avoir grandement à souiïrir de pareille discipline. Oucl moyen de sortir d'erreur au cas, extrêmement rare si l'on veut, mais cependant possible, d'un jugement pontillcal erroné qui interdit toute discussion et entraîne l'assentiment de la masse des catholiques? 11 est incontestable qu'une sentence de ce genre retarderait les progrès de la science catholique dans la

près de la science, on juge ces raisons sérieuses, concluanles, la Congrégation, sans contredire son premier décret, [tourra déclarer, par une nouvelle décision, que cette proposition n'est pas erronée.

« Il n'y a. en effet, aucune opposition entre ces deux sentences, à savoir :

« Etant donné l'état actuel de la science, les circonstances, il est prudent et sûr de regarder cette proposition comme erronée, contraire à la sainte Écriture;... ou, étant donné l'état actuel de la science, il n'est pas imprudent, il est sûr de regarder celle même proposition comme fondée, conforme à la sainte Kcri-

luve.

« Les circonstances ont changé : on comprend qu'il y ait deux jugements successifs, dilTérents, tous les deux légitimes selon le temps. » Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Stiinl-^ièfje, Paris, 1907, p. ÎJ9, 60.

La distinction donnée par le P. Choupin pour résoudre par l'intervention d'un « fait nouveau » la contradiction de deu.x dé cret» successifs condamnant, puis apiirouvant la même proposition, est justifiée, mais ne parait tout à fait obvie que pour des sentences rédigées comme celle où la Commission biblique, déclarant insuffisants les arguments i)résentés contre l'authenticité mosaïque du Pentateuque, semble réserver le cas où on en trouverait de nouveaux.

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recherche du vrai; mais il ne pourrait y avoir quuu relard. Les savants catholiques, qui auraient le malencontreux décret à défendre contre les attaques de l'incrédulité, seraient nécessairement amenés à étudier à fond la question débattue. Ils ne tarderaient pas à s'apercevoir que des raisons très solides démontrent la vérité de la proposition condamnée. 11 ne leur serait point permis, il est vrai, d'attaquer publiquement la sentence ponlilicale, mais ils auraient le droit, et j'oserais dire, le devoir de vérifier les raisons qui militent contre ce jugement réformable, de les contrôler par les observations d'autres savants catholiques, et si elles sont reconnues sérieuses, de les présenter à un nouvel examende la Congrégation. La Congrégation, qui a tout intérêt à ne point laisser les catholi(iues en étal d'infériorilé intellectuelle visà-vis des incroyants, ne saurait qu'être reconnaissante aux savants (|ui, tout en respectant son autorité, lui olTrent plus de lumière, et cesserait d'urger les prohibitions du décret compromettant, si même elle ne le rapportait explicitement. C'est ce qui est arrivé pour le décret condamnant l'opinion de Galilée.

Le retard imposé en pareil cas aux progrès de la science catholique aura jeté quelque déconsidération sur l'Église, c'est vrai, et c'est la raison pour laquelle les Congrégations romaines ne procèdent et ne doivent procéder en ces matières qu'avec une extrême prudence, mais ce n'est pas un motif suffisant pour déclarer déraisonnable et injustifiée une intervention (jui. somme toute, rend service à la science et est nécessaire à la conservation de la vérité religieuse.

15. Nous disons qu'au total, le contrôle de l'autorité doctrinale de ILglise rend service à la science,

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parce que les relards qu'elle peut imposer à certains momenls au progrès de la science catliolique porlent bien moins de préjudice à la cause de la vérité que les excentricités fantaisistes dans lesquelles se sont égarées si souvent, même et surtout dans ces derniers siècles, la science et la critique indépendantes'.

16. Mais le profit que la science peut retirer de la discipline ecclésiastique est ciiose secondaire; ce qui ren<l tout à fait nécessaire cette discipline, c'est la défense d'une vérité religieuse qui, donnée à l'homme par le témoignage d'une autorité surnaturelle, ne peut être abandonnée aux libres discussions et interpréla'tions de la raison. La raison, laissée à elle-même, n'est pas plus capable de développer, sans la corrompre, la vérité révélée qu'elle n'était capable de la trouver. Pour faire l'union des esprits dans la possession intégrale d'une seule et même foi surnaturelle, il ne faut rien moins qu'une autorité dont le caractère monarchique assure la puissance unifiante et à laquelle une prérogative intellectuelle garantisse, en certains cas, l'infaillibilité, et, d'ordinaire, une souveraine compétence en matière d'interprétation du fait religieux. Le parlementarisme des conciles

* M. Harnack lui-même a noté les services que l'Église rend de ce chef à la science. Après avoir dit qu'elle a été la conductrice de la civilisation occidentale jusqu'au xiv siècle, il ajoute : « En Térité il y a lon^'temps qu'elle n'est plus la conductrice, mais au contraire un frein; et cependant dans son opposition aux fautes et aux précipitations du progrès des modernes, ce frein n'est pas toujours un mal», abei gegeni/her den l'cldcrn und Ubersliirzùngen in den Foi Itchriiten der Modernen ist ihr liemmer niclU immer tin Unsegen. — Dos Wesen des Chris le niums, 2* édit., p. 154.

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œcuméniques n'y suffirait point; ces grandes assises internationales ne peuvent se tenir ulilement et faire efficacement le bien qu'avec le secours d'une autorité suprême qui les convoque, les dirige, en prévienne ou en arrête les conflits, en confirme les décisions et tienne la main à leur exécution. C'était déjà la pensée de saint Thomas. Après avoir cité comme témoignage du pouvoir absolu de définition doctrinale donné au pape, le fameux texte de saint Luc : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille point; et toi, une fois converti, confirme tes frères » (Luc, xxn, 32), le saint docteur ajoutait : « Voici la raison de cette prérogative. La foi de toute l'Église doit être ime, d'après cette parole de la I"" épître aux Corinthiens : Soyez tous d'accord dans l'expression de votre croyance, et qu'il n'y ait point de schismes parmi vous i, 10). Conserver celte unité ne serait pas possible, si celui qui préside à toute l'Église ne mettait un terme aux discussions qui s'élèvent en matière de foi, par une sentence que toute l'Église doive tenir fermement. C'est ainsi qu'il n'appartient (ju'à la seule autorité du souverain pontife de faire une nouvelle rédaction du Symbole, ou toutes autres choses qui intéressent l'Église entière, comme de réunir un concile général, etc.. » (II* II*, q. i, art. 10).

L'expérience a largement confirmé ce que disait le saint docteur de la nécessité du magistère pontifical. Pas d'autre moyen d'assurer l'unité de l'enseignement ecclésiastique et par conséquent l'intégrité du dépôt de la foi, puisque le oui et le non en matière de vérité révélée, tout comme dans l'ordre des vérités rraturelles, ne peuvent être également vrais.

Les Églises orientales en appellent aux conciles. Depuis qu'elles sont sépan^es, elles n'onl pu ajouter un seul concile aux sept premiers dont elles se réflaniont, mais dont elles ne peuvent continuer l'œuvre. Aujourd'hui plus que jamais il leur est impossible de se réunir en assemblée internalionale pour la décision des points de doctrine assez importants ({u'elles discutent, et pour la lutte contre le rationalisme qui menace de les envahir. Les i)rotestants ne veulent comme règle de foi que l'Écriture; nousavons vu * à quelle confusion de doctrine et à quelles négations radicales ils ont abouti. Les anglicans ont eu beau garder, avec l'Écriture, le respect de la tradition, ce n'était pas assez, sans l'autorité doctrinale des évéques et du souverain pontife, pour les préserver des divisions dont ne saurait les débarrasser le plus imposant des congrès pananglicans. Sans le magistère de l'Kglise, il n'est pas plus possible de déteiminer sûrement le contenu de la Tradition qu'il n'est possible d'interpréter le sens suinalurel de l'Lcriture. C'est ce dont nous allons nous rendre compte en étudiant spécialement, dans les chapitres suivants, ces sources de la foi que sont la Tradition et l'Écriture.

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