‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 41 sur 66 · VI · texte numérisé non relu

VI

• Jnstituta est autern sacra haec unclw infirmorum tamquam vere el proprie sacramentum Novi Testamenti a Christo Doniinn noslro apwi Marcum quidcni insinualuni, per Jacobum aulem apostoluni ac Doinini frntreni fidelibus conunendaluni ac pro-

CRinQUB. — III. — G

160 cRiTivL»: ET t;Ainoi.inrn

Celle inlerpiélalion des ourlions de sainl Jac(jues et de sainl Marc osl, nous dil-on, conlraire àl'liisloire. Rien de commun que le rite matériel entre l'exlrômconclion, qui achève la préparation des malades à la morl, el les onclionsai^os^oliques qui ne vi^^aienl (ju'à leur rendre la santé. Les onclions (jui guérisseni le corps pourraient se recommander de l'épisode évangélique rapporlé par sainl Marc et de Tinstitulion du Maîlre, mais non pas celles qui purifient l'àme du mourant. L'objection nous parait fondée sur une fausse conception du sacrement et des onclions apostoliques. Celles-ci ne visaient pas que la guérison du corps. Noire-Seigneur, en rendant la santé aux infirmes leur remettait leurs péchés, et les apôtres prêchaient le royaume de Dieu el la pénitence aux nudades qu'ils oignaient. S ils ont continué cette pratique après l'Ascension, comme en témoigne saint Jacques, il n'est |»as antihislorique de supposer que c'est en conformité avec les intentions du Maître. II est tout naturel que Noire- Seigneur, qui s'élait tant occupé des malades, ait promis de sauver ceux (jue les apôtres oindraient d'inn'le en son nom après sa mort, comme ils l'avaient fait pendant sa vie. Ce salul ne pouvait être toujours la guérison, mais il élail au moins un soulagement du mal et un pardon des j)écliés.

Grâce de guérison tolale, soulagement corporel du malade, r(''mission des péchés, c'est encore ce que doivent demander, comme au temps de saint

viuhjnlum : « Infirtnalur, i/i(juit, quis in vohis ? inducul prcsbijteros Ecclcsite et ment super eum, u/if/entes eutn oleo in .wmine Uoniini; el oralio fidei snlvahit infirmum, et ulleiiabil eum Dotninvs ; et si in peccntis sif, dimillentuv ei (Jac, v, 14, \'ô). befts. XIV. c. 1 Enchir.. n. 008 '186;.

LES SACREMENTS IGJ

Jacques, le prêtre qui, aujourd'hui, administre l'ex- Irème-onclion, et le lidèlc qui la reçoit. Il est ijieii vrai que maintenant on pense surtout au fruit spirituel du sacrement, et c'est là un progrès; il est bien vrai aussi qu'on n"a pas toujours confiance dans le bon elïet du sacrement pour la guérison du malade, et ceci est un défaut de foi; mais quoi qu'il en soit de nos dispositions, le soulagement corporel de la maladie leste si bien un des effets auxquels est ordonnée la grâce sacramentelle de l'extrême-onction qu'on n'a jamais songé à l'administrer aux suppliciés, môme à i eux que la torture condamne à une longue agonie, bien qu'ils aient besoin, eux aussi, de grâces préparatoires à la mort. L'extrême-onction. malgré l'idée particulière qu'on s'en fait aujourd'hui, a trop gardé le cachet de ses origines pour être donnée là où il n'y a pas d'infirmité corporelle à guérir ou à soulager. Hlle était «lans la pensée du Maître et elle est restée l'onction des malades.

183. Les témoignages de la volonté du Christ sont {)lus manifestes encore quant à l'institution du sacrement de l'ordre. Dès avant sa passion, Jésus a nettement marqué son intention de hiérarchiser les disciples qu'il a réunis autour de lui. M. Loisy lui-môme en convient. « Cette société (du Christ), comprenant ceux qui adhéraient à 1 l^vangile de Jésus, n'était pas formée de purs esprits qui n'aïu'aiont eu d'autre lien entre eux cjue la communauté d'un sentiment. Elle n'était pas nombreuse, mais plus on la réduira, plus elle apparaîtra distincte du monde (jui l'entoure. Elle comptait les quelques fidèles qui persévérèrent jusqu'à la fin et qui se retrouvèrent après la passion, pour former le noyau de la première comnmnaulé

chréliennc. Groupe circonscril, parfaitement rcconnaissable, très centralisé aussi et môme hiérarchisé clans la plus entière Iraternilé. Jésus est le centre et le chel", l'aulonlé incontestée. Les disciples ne sont pas autour de lui comme une masse confuse; parmi eux le Sauveur a distingué les Douze et les a associés lui-ménu', directement et elïectivement, à son ministère; même parmi les Douze, il y en avait un qui était le premier, non seulement ))ar la priorité de sa conversion ou lardcurde son zèle, mais par une sorte de désignation du Maître, qui avait été acceptée et dont les suites se font sentir encore dans l'histoire de la communauté apostolique. C'était là une situation de fait créée, en apparence, par les péripéties du ministère galiléen, mais qui, un certam temps avant la passion, se dessine comme acquise et comme ratifiée par Jésus...

« L'Église naquit et dura par le développement d'une organisation dont les lijiéaments étaient tracés dans lÉvaiigile... Les Douze forment une sorte de comité directeur qui a pour chef Simon-Pierre. La communauté ne connaît qu'un seul Maître, un seul Seigneur (pii est le Christ, et aucune autorité de domination ; la hiérarchie qu'on y trouve est celle du dévouement. Cependant, un |)Ouvoir positif, d'ordre social, appartient visiljlement aux apôtres, celui d'agréger les convertis à la communauté, d'exclure les indignes et de mainl'Miir le bon ordre. Cet état de choses résultait de ce que Jésus avait fait et voulue »

Le mot rt'aiiUait est à changer, et il faut dire : « Cet état de choses élait ce que Jésus l'avait lait et voulu. »

* L'Évanyile et iïù/lise, p. 89 sq.

LES SACnnMENTS 103

Si M. Loisy n'a pas ainsi parlé, c'est qu'il ne le pouvait pas sans renier sa théorie anlihistorique de l'ignorance de Jésus vis-à-vis des destinées de son œuvre ^ Dès lors que, dociles aux enseignements de l'histoire évangélique, nous admettons que Jésus a vu au delî'i de sa mort l'extension et la perpétuité de l'Église, il nous faut bien reconnaître qu'il donnait à ses apôtres une autorité qui devait durer autant que cette Église, et par conséquent, se transmettre. Cette autorité n'avait pas que des attributions d'ordre socinl. Les aj)otres seuls avaient été convoqués à la dernière C.ène. A eux seuls Jésus avait dit: « Faites ceci en mémoire de moi ». Dans l'histoire de la liturgie primitive, si loin qu'on puisse la suivre, le pouvoir de bénir le pain et le vin eurharisli([ues est un privilège réservé aux chefs de la communauté. Ces deux indications historiques se corroborant mutuellement, n>-t-il pa^ plus conforme que contraire h l'histoire d'aftlrmer que les apôtres ont rcQU du Maître un pouvoir sarré en mémo temps que le dépôt de l'autorité sociale? Quand M. Loisy écrit que cette autorité n'est pas « une autorité de domination », il ne veut sans doute pas dive qu'il s'agit ici d'une autorité qui ne commando jamais, ce qui serait un non-sen'=;, mais il entend nous signaler que cette autorité, dans son exercice, doit être un service, où celui qui commande le fait avec l'humilité et le dévouement d'un (itlèle serviteur de Dieu et de ses frères. Cette romaKjue est tout îh fait juste et catholique ; mais si l'autorité ecclésiastique est un .service, elle peut et doit s'adapter aux besoins de la communauté qu'elle sert et ceux qui en

' rf I Apolnqéliqup, c iv. 7«>'sus et I Église.

IGi CRlimiK KT CATHOUOrE

délicnncnl la plénitude pourront en déléguer une partie pour assurer un meilleur fonclionnement dos services dont ils sont chargés. C'est ce qu'ont fait les apùtrcs. Ils ont d'abord communiqué toute leur autoritéà Matthias, ipii est devenu un des Douze (Act., i, 2(5}; puis, quand le besoin s'en est fait sentir, ils se sont décliargés d'une part de leur service sur les diacres (Act., vi, 1-6). C'était dire, au moins implicitement, s'ils ne l'ont pas dit explicitement, que leurs successeurs pourraient, à leur exemple, mesurer sur les nécessités de l'Église la distribution du pouvoir sacré dont Jésus leur avait contié le dépôt et la transmission. C'est ainsi que l'Kglise l'a compris dès l'origine, et c'est en fonction de ses besoins qu'elle a continué l'œuvre des apôtres et développé la hiérarchie dont ils avaient distingué les premiers degrés*. Les fonctions sociales et sacrées attachées à chacun de ces degrés sont de même nature, quoique de moindre extension, que le pouvoir suprême dont elles sont une participation; elles donnent donc droit ti une part proportionnelle des grâces spéciales promises parNotre-Seigncur aux apôtres pour le bon exercice de l'autorité qu'il leur conférait : « Recevez 1 "Esprit-Saint, les péchés seront remis h ceux auxquels vous les aurez relis et retenus ii ceux auxquels vous les aurez retonus. )' Confiants dans celle promesse, les apôtres onl im[)osé les mains, pri(*et appelé rivspril-Saiiil sur

* lu jjiimiliia Ecclesia proplerpaucilatem miuistroniin oinnui infeiiom minisleria diaconis commitlebimliir... îiihilominus erant ornnes pncdiclie potettales^ sed implicite , in una diaconi pûtestate : sed po.ilea umplialua est cuttus divinus, et Ecclesia, quod ifnpliiile tiabet in uno ordine, explicite tradidit in diversis. — Sum. thei'l '•npi-l lit', (j xxxvii. ail. 2, ad 2"».

LES 5acrlmi:nts 163

lous ceux auxquels ils voulaient communiquer partie ou totalité du service ecclésiastique '. C'est en vertu de la même promesse que l'Église assure les secours spéciaux deTEsprit-Saint à tousceux auxquels elleconlie une parcelle de ce pouvoir d'ordre dont l'institution el la transmission dépendent bien d'une volonté de Jésus fondateur et principe vivifiant de la hiérarchie ecclésiastique.

184. C'est celle même volonté (jui a t'ait du mariiige notre septième sacrement. En parlant ainsi, nous ne voulons pas dire (jue Jésus a remis aux apôtres une liste des sacrements dans laquelle était compris le mariage. Nous avons déjà noté (jue l'idée bien définie de ce que nous appelons aujourd'hui sacrement, et par conséqutMil aussi le catalogue des sacrements, dataient du moyen âge ^ ; mais nous prétendons que les théologiens du xiii*' siècle ne se sont point trompés en enseignant que le nom de sacrement, tel qu'ils le définissaient, s'appliquait au mariage chrétien et que le concile de Trente ne s'est pas mis on contradiction avec l'histoire, en définissant que le mariage a rc<;u du Christ les caractères qui justifient son inscription au catalogue des sacrements. C'est, en eiVel, Notre-Seigneur (jui a rendu au contrat matrimonial toute sa divine grandeur en proclamant à nouveau son unité et son indissolubilité •'. L'unité el l'indissolubilité du mariage étaient dans le dessein premier du Créateur, mais le péché n'en avait pas permis la réalisation sous la loi naturelle et la loi mosaïque ; l'homme pécheur

*■ Aol., VI, 6 : XIII. 3; I Tiiii.. iv, 14; v, 22; Il I un., i, 6.

• Cf. p. UO, n. lli.

- .Marc, X, 2-12 ; Multh., v, 31, 32.

106 rniTiQUE et catholique

n'en avait gardé qu'un vogue souvenir qui alimente encore aujourd'hui le langage sacrilège et menteur de l'amour charnel. Pour donner le dévouement et accepter les sacrifices que peut demander parfois la lidélité aux engagements du mariage tel que le Christ veut qu il soit, il faut à l'homme un cœur soutenu parla grûce, un amour conjugal tout pénétré de charité divine et d'une puissance telle que saint Paul Tappelle un 77it/s(ère. Un tel mystère est aujourd'hui TelTet et le symbole du grand mystère d'amour qui est le don du Christ à son Église. Il en est le symbole, c'est saint Paul qui nous l'explique \ et il en estl'eiTet, car c'est en mourant sur la croix que Notre-Seigneur a obtenu aux époux chrétiens la grâce sans laquelle il leur se-

* « Que les femmes soient à leurs maris comme au Seigneur, car le mari est la tête de l'épouse, comme aussi le Christ est la tête de lliglise, lui-même sauveur du corps. Mais comme l'Église est soumise au Christ, ainsi les femmes à leurs maris en tout. Hommes, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau avec la formule (sacramentelle) afin de se présenter à lui-même l'Kglise glorieuse, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de pareil, mais étant au contraire sainte et irréprochable. C'est ainsi que les maris aussi doivent aimer leurs femmes comme étant leur propre corps. Celui qui aime sa femme, c'est lui-même qu'il aime. Personne, en effet, n'a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et l'entoure de soins, comme le Christ aussi fait pour l'Église ; car nous sommes membres de son corps. A cause de cela un homme quittera père il mère et s'atttir liera à sa femme et à eux deux ils ne feront qu une seule chair. » (Genèse, ii, 24.) « Ce mystère est grand, je veux dire en ce qui concerne le Christ et l'Église. » (Éphésiens, V, 22-32.; Mystérieux est dr-jà l'amour conjugal dans sa primauté sur tous les amours de la terre, mais plus grand encore est le mystère qu'il figure, le my.slêre de l'amour de Jésus pour son Lglise.

rait impossible de respecter ses volontés vis-à-vis de leur contrat matrimonial et de s'aimer de cet amour divin dont Tamour de Jésus pour son Église est le type et la source. C'est bien le Christ qui a fait du mariage chrétien un sacrement en lui donnant ses loit^, et en posant dans le monde la sublime réalité du dévouement du Calvaire qui a donné au mariage sa valeur symboli({ue et sa grâce *.

11 n'est donc pas vrai qu'on ne retrouve dans les livres historiques du Nouveau Testament aucun ui* dice de l'institution des sacrements par le Christ; à plus forte raison n'est-il pas vrai que l'histoire nous oblige à rejeter la définition du concile de Trente relative à l'institution des sacrements. Pour voir le plein accord de cette définition avec l'histoire, il suffisait de s'en tenir aux explications de nos vieux théologiens. Elles sont encore une interprétation plus fidèle des faits que l'hypothèse gratuite d'un Christ fondant l'Église sans le savoir et instituant inconsciemment les sacrements, par cela seul qu'il donnait aux apôtres les premières pensées et l'impulsion initiale dune vie religieuse api)elée ù se développer dans un milieu humain et païen et à s'y épanouir en rites symboliques tout entiers soumis aux changements perpétuels d'une évolution indéfinie.

1 «De même que l'eau du baptême a reçu du contact de la chair du Christ la vertu de laver le cœur en louchant le corps, ainsi le mariage a-t-il le pouvoir de conférer la grâce à raison de la représentation que le Christ en a donnée dans sa Passion. »— Sicut habet aqua baptismi, quod corpus kiru/at et cor abluat, ex tactu carnis Christi, ila ynatriînonium hoc 'quod conférai gratiam) habet ex hoc quod Cfirialus sua pussiune illud reprsesentavit. — Sum. theol , suppl. 111*, q. xiii, art. 3, ad 1"".

Eiicondamnanl laproposilion (J:insla({uelleM. Loisy résume sa lliéorie do rinsliliition saoranienlclle: «Les sacrements sont nés d'une pensée el d'une inlenlion de Jésus, inlerprélées par les apùlres et par leurs successeurs à la lumière et sous la pression des circonstances et des lails ' », le décret Lamentahili n'a pas seulcmenl défendu le dogme, il a encore rappelé les évolulionnisles h outrance au respect des données et des lois de l'histoire.

L'iiisloire n'est donc ])as inconciliable avec le dogme de l'institution des sacrements par Noire- Seigneur. Voyons maintenant si la raison peut s'ofiu^ipier de la vertu sanctifiante des rites sacramentels et nous accuser de magie.

Page 1