II. — Li: SACREMENT DE F^ÉNITENCE ET LA MAISON
238. Oul'absolution est inefficace, purement déclarative du pardon déjà accordé, ou bien elle est immorale accordant la rémission à des pécheurs non repentants. Telle est la première objection faite au dogme de l'efficacité de notre sacrement de pénitence. L'objection ne date pas d'aujourd'hui, elle a embarrassé les thi'ologiens du moyen âge cpii n'ont pas trouvé tout de suite la vraie solution.
Le récit évangéliquc do la i^Miérison des dix lépreux était un de ceux qu'on commentait le plus volontiers, comme une ligure et une annonce du sacrement de pénitence à cause de la comparaison de la lèpre avec
292 CRITIQUE ET (.ATHOI.IOUK
le péclié, et de la parole de Noire-Seigneur : « Allez, montrez-vous aux pitHres ». Or les lépreux avaient été guéris en chemin. N'en étail-il pas ainsi des pécheurs qui, (1 (lu niomenl où ils vont îi la confession et à la pénitence, mettent toute leur volonté délibérée à condamner, à rejeter leurs péchés, et en sont par conséijuent délivrés au reganl de celui qui voit le Tond des cœurs ?... Us doiveni néanmoins (comme les lépreux) aller jusqu'aux prêtres et leur demander l'absolution, afin que,d(''jà purifiés devant Dieu, ils soient, par le jugement des prêtres, montrés purs devant les hommes' ». Ces réflexions de saint Anselme sur le récit de la guérison des lépreux inspirèrent un certain nombre des premiers théologiens qui essayèrent d'analyser le rôle des différentes parties du sacrement de pénilence dans la rémission du péché. Soucieux de conserver à la pénitence intérieure loule l'efficacité que lui attribuail 1 Écriture, ils ne voyaient plus dans rabsolutiontpi 'une sentence déclarai oire de l'innocence recouvrée du pécheur.
Mais bientôt Hugues de Saint-Victorprotesta contre une opinion qui vidait de leur .sens les paroles du Sauveur; il nota avec raison qu'en parlant à Pierre Noire-Seigneur n'avait pas dit : Tout ce que tu montreras délié a e'tr di^IiY, mais : Tout ce que tu délieras géra délie. « La sentence du ciel ne précède pas,
• Dnm irenl mundali siuil, qnla ex quo lenumles ad confessione/n et pœnHenliam, lola deliheralione mentis peccala sua damnant et deserunt; Wteranlur ah eis in conspectu interni innpectoris... Pervenienfhnn lamen est ad sncerdotes, et ah (m quwrenda solutio lit qui jani coratn f)eo snni mundati, sncerdotum judicio etiam hominibmt ostendanlur mundi. S. .Anselme, Homélie xiii mv saint Luc. xvii, 11, /*. A , t. CLViu, col. CG2.
LA PEMILNCE 2[>3
mais suit celle de Pierre... Où Noire-Seigneur a-l-il dit : Si vous montrez laréuiission, c'est qu^-lle a été accordée ? — Nulle pari. Mais il a dit : « Si vous faites rémission, ainsi sera-t-il fait'. » Pour sauvegarder, conjointement avec l'efficacilé de Tabsolulion, la valeur jusiifianle delà contrition inlérieure, Hugues proposait de distinguer l'impiété du péché ou endurciasement du cœur et la detle de damnation éternelle (jue cet endurcissement méritait. La contrition aurait brisé l'endurcissement, l'absolution remis la dette-. La distinction proposée était inacceptable. Pierre Lombard fit justement remarquer que la contrition, qui libère de la souillure et de l'endurcissement du péché, est la contrition informée par la charité et que, là où est la charité, il ne peut plus y avoir dette de damnation. La dette de damnation disparaît donc en même temps que l'endurcissement ^. Mais quand ?
' Sun (lixil, quodcumque solieiis, hoc eut, ut illi aiun!, solulum osteniteris, fecit solntinn, sederit solufutn, quia sentenliam Pétri non prspcetlit^ sed suhsequitur sententia aeli. Se autet/i hoc soli Petro concessum esse pûtes, audi quid omnibus apostolis uc jier hoc omnibus apostolorum successoribus et apostolorum vice fungpnlihus dicaf : Àccijnte, inquil, Spiritam Sanctuni. Quorum remiseritis peccata, remiltuntur eis ; et quorum retinueriiis, retenta erunt. l'bi dixil : Si osteiuleritis, fuit? Susqunm dixit tioc, sed dixit : Si feceriiis, erit. — De sacramentis, 1. III, pars XIV, r. VIII, /', L., t. CLxxvi, col. 566.
• linpietas peccati ipsa reclissime obturatio cordis accipilur, quiP pvimum in compunctione solvifnr, ut postnxodum in confessione peccaluni ipsum id est dehitum damuationis absolvatur. — I.oc. cit., col. .'68.
' Senw vere compungitur de peccato, hnhens cor cnntriluni et humiliatum, uisi in charilate (Jui autem c/iaritatem /labcl, dignus est vita eeterna. Son est ergo tune ligatus debito aetern:c mortis... .Son ergo postmodum per sacerdolein oui con/itetur ab
294 CRiTiout: et catholique
et par quelle vertu ? Avant la confession el |tar la seule vertu delà conirition (\uq la p^ràce de Dieu met au cœur du pécheur. Le prêtre qui absout ne fait que déclarer à la face de l'Kt^lise le j)ar<Ion accordé par Dieu .<eul, tout comme le prêtre de l'ancieime loi déclarait la guérison de la lèpre'. Pierre Lombard revenait simplement à l'opinion de saint Anselme, et tout en rejetant à bon droit la distinction proposée par Hugues de Saint- Victor, n'expliquaitpas comment la valeur simplement déclaratoire de l'absolution pouvait répondre aux paroles de Notre-Seigneur promettant un pouvoir réel de rémission et justifier la nécessité de la confession, telle qu'il la proclamait lui-même avec toute la trarlition.
239, On nous objecte souvent ces opinions des grands théologiens du moyen âge sur le caractère purement déclaratoire de l'absolution. Elles sont bien moins une objection qu'un argument en faveur du
ira aeterna liberatur, a gua jani liberalus est per Doniinum ex quo dixit : Confilebor. Solus ergo Deus liominem interius munclal a peccati macula, et a debito seterme pœme solvit. — // Sent., dist. XVm, n. 4, /*. /.., t. cxcii, col. 886.
* {Deus) remissionem peccatonim vel per seipsum facit vel per ipsius columbse 'Ecclesiae) vxembra, quibus ail : Si cui dimisej'ilis, dimitletur. Ecce quam varia a doctoribus tradunlur super his ; el in hac lanla varielate quid lenendum? Hoc sane dicere ac senlire possuuius, quod solus Deus diinittit peccaln el relinet ; et latnen Ecclesiae conlulit poteslalem lif/andi et solvendi, sed aliter ivseaolvil vel liyat, aliter Ecclesia. Ipse enim per se tantunx dimUlit peccafutn, qui et anima»} mundat ab interiori macula, et a debito xternae mortis solvil. Soti aulem hoc sacerdotihus concesiit, quibus iamen tribuit poteslalem ligandi et soluendi, td est ostendendi homines ligalos vel solulos. Unde Dominus leprosum saiiitati prius re^liluit, deinde ad sacerdotes misit, quorum judicio oslenderelur mundatus. — Loc. cit., n. 5 el 6, col. 887.
caractère tradilionnel de noire croyance à l'exercice du pouvoir des clefs dans le sacrement de pénitence et à la nécessité de la confession. Les docteurs du moyen âge sentaient aussi bien que nous combien il était difficile d'appeler sentence de pardon une pure déclaration d'innocence, bien plus une déclaration non garantie contre l'erreur, et combien celte déclaration était vaine aussi bien que la confession qui la provoquait, quand il s'agissait de péchés secrets, i^ogiquement ils auraient dû en arriver, comme les protestants et modernistes, à nier tout simplement que Jésus ait conféré à son l'église un vrai pouvoir de rémission des péchés et à enseigner que la confession et l'absolution ne pouvaient être nécessaires que pour la réparation de certains scandales publics. S'ils ne sont pas allés jusque-là dans leurs premiers essais de théologie, d'organisation logique des données de la révélation, c'est que le dogme de la rémission des péchés par l'exercice du pouvoir des clefs s'imposait îi eux avec la mrme inéluctable autorité que l'efficacité de la contrition intérieure. L'affirmation de ces deux vérités est, chez eux, aussi nette et aussi constante et parconsé(|uent d'autant plus impressionnante que leurs essais de conciliation sont hésitants, variables et souvent maladroits. Il y aurait intérêt à suivre les tAlomienu'nts progressifs de cette théologie de la pénitence à mesure que la question était reprise par les docteurs qui se succédaient dans les chaires d'université du xiii' siècle. La nécessité d'<Hre bref nous oblige à renvoyer le lecteur qui voudrait faire cette étude au magistral article de M. \'acandard, dans le Dictionnaire de theolof/ie 'jatholi(jue, et ii exposer tout de suite la -olution définitive du problème
29G CniTIQlE ET CATHOLIQUE
telle ({ue Ta présentée saint Thomas. L'objection tombera d elle-même dès que nous aurons dit avec le saint docteur comment et à quelles conditions le sacrement de pénitence remet les péchés.
240. Pour mieux nous faire comprendre Tefficacité du sacrement de pénitence, saint Thomas en appelle au baptême. C'est ({u'en elTet baptême et pénitence sont tous deux sacrements des morts, immédiatement ordonnés ù la résurrection des pécheurs. Si le baptême dillère de la pénitence en ce qu'il peut être conféré aux enfants et autres individus privés de l'usage de la raison, il lui ressemble en ce que son efficacité, chez les adultes, n'est pas complètement indépendante de leurs dispositions. Voyons les différents cas qui peuvent se présenter.
Catéchumènes et pénitents peuvent être, longtemps avant la réception du baptême ou de l'absolution, des croyants parfaitement contrits, et par conséquent en état de grâce. Faudra-t-il dire qu'en pareil cas [le baptême est sans efficacité pour la rémission du péché, qu'il est simple déclaration de l'innocence du baptisé ? Personne ne l'a jamais prétendu et personne n'osera le prétendre parmi ceux qui ont gardé la notion chrétienne de la valeur du baptême. Reste à expliquer rapj)arenle contradiction de Tablution réelle d'une
ouillure (jui n'existe plus. Cette contradiction n'est pas explicable, mais elle est évitable. Nous l'éviterons en nous ra]){)elanl que Tadullo, qui reçoit le baptême, est un être intelligent cl libre qui a pensé au .sacrement et l'a voulu l(>nglemj)S peul-ôtr(; avant de le recevoir matériellement. C'en est assez pour que le signe sacramentel puisse commencer d'avoir sur l'Ame, 6ur la pensée et la volonté du pécheur qui le désire,
fcon cflicacilé de signe choisi par le divin Maître comme symbole el canal de sa grâce rédemptrice. Parce «jue nous sommes des êtres corporels, obligés de nous servir de signes sensibles pour le soutien de notre pensée et pour toutes les relations de notre vie sociale, Jésus a attaché la vertu rédemptrice et sanctificatrice de sa passion à des sit^nes sacramentels dont la dispen^ation, confiée à l'Église, encadre harmonieusement toute notre vie et nous rattache étroitement et visiblement à l'unité hiérarchique du divin bercail. Mais parce que, dans nos corps, il y a une âme spirituelle, l'efficacité du signe sacramentel n'est pas complètement liée à sa réalité matérielle, comme celle d'un signe puiement magi(|ue, elle appartient déjà à sa réalité intentionnelle dans l'jhne de celui qui le désire, (juant aux etYets purement individuels et intérieurs, tels (jue la justification ou l'augmentation de la grAce sanctifiante. Le catéchumène adulte commence donc à bénélicier de l'efticacité du baptême dès qu'il y pense et le désire. Avec le secours de la grâce que lui vaut déjà le baptême désiré^ il peut arriver à l'acte de contrition et à l'état de charité, (|ui le justifie, bien avant l'heure du baplcme réalise. L'eau baptismale ne pourra qu'augmenter la grâce sanctifiante déjà reçue sous l'influx du sacrement désiré, el conférera au baptisé les droits religieux sociaux qui, dans une société visible et hiérarchisée, doivent être allachés à des signes sensibles dont on puisse donner sûre attestation '. Il en va de même de la confession et
* Pour les niômrs raisons que pour le li.i[il«ine el la pinitence, tous les théologien» reconnaissent au désir de 1 euclmristie la vertu d'assurer une participation h la Ki'âce du sacrement
298 CniTiyUE ET CATHOLIOL'E
de l'absoluliou. Dès que le pénilenl veut se confesser et se soumeltre au jugement du prélre, il bénéficie de la grâce du sacrement, et il peut, par elle, arriver à la contrition avant le prononcé réel de la sentence d'absolution, mais non pas en dehors de l'influx sacramentel. Les protestants nous reprochent assez de matérialiser rofficacité de nos sacrements, pour qu'ils soient mal venus à rejeter cette efficacité toute s[)irituelle du signe sacramcnlel non encore réalisé, mais déjà voulu, et à traiterd'absurdité celte proposition de saint Thomas : u L'efficacité du pouvoir des clefs, tout comme cellede Teau du baptême, peut contribuera la rémission du péché non seulement par son exercice actuel, mais par le désir qu'on en a '.» Four avoir commencé d'agir sur le pécheur avant d'être réellement prononcée, l'absolution n'est donc pas sans efficacité sur le pardon du pénitent déjà repentant et justifié, quand il entre au confessionnal.
241. Mais il s'en faut que tous les pénitents entrent au confessionnal contrits et justifiés. La contrition proprement dite, celle (jui est liée à la charité, est une
chez celui qui ne peut communier. Au ronlr.iirc, le désir de l'ordre et du mariage n'appelle aucune grâce, car les grâces intérieures et imlividuelles conférées par ces deux sacrements ne sont accordées qu'en dépendance du droit aux fonctions sociales auxquelles ils donnent accès, et par conséquent après que la roilalion réelle et visible du sacrement nous a donné ce droit, ('omme la conlirmalion d surtout l'extrême-onction sont des sacrements ordonnés, eux aussi, a la sanctification individuelle, nous penserions volontiers que leur désir peut assurer une part de la grâce sacramentelle à celui qui ne peut les recevoir.
* \'irlus clavium operalur ad ciUp:e remissionem, vel in volo exislrus, tel in aclu se exercens, sicul et aqua baplismi. — Suin. i/ito/., Sup. lli', q. xviii, a. 1; /FSen/., dist. XVlll, a. 3, q. 1.
LA PÉMTKNCt: 299
douleur du péché haï par-dessus tout autre mal, i)our l'amour du Dieu qu'il olYense. Au-dessous de cette contrition, il est d'autres repentirs moins parfaits. Les meilleurs de ces repentirs, que saintThomas, sans les décrire en détail, appelle altrition ou bonnes disposili<jns insuffisantes pour la justification avant la réception du sacrement, suffisent pour (jue le catéchumène puisse se présenter avec confiance au baptême, le pénitent au confessionnal. Que le pécheur se laisse faire, qu'il n'oppose pas à l'action sacramentelle l'obstacle d'une volonté obstinément attachée à l'un ou à l'autre de ses péchés; sous l'action de l'eau baptismale et de l'absolution, son atlrition se transformera en contrition, selon l'axiome théologi({ue si violemment attaqué par les protestants : Ex atlrito pA conlritm. Le confoseur, en pareil cas, n'absout pas un coupable qui reste coupable, mais il lui apporte le complément de gi'àcequi achève intérieurement une conversion d<''jà commencée. Cette doctrine n'était pas, au xm" siècle, pure opinion d'école franciscaine, implicitement répudiée par saint Thomas, comme le pense ^L Harnack ^
Saint Thomas l'enseigne explicitement en disaht que les bonnes dispositions du pécheur, insuffisantes pour la justification avant la réception du sacrement, deviennent suffisantes à l'instant et sous l'action de
* Diesen Gctianhen l'opinion de saint Honaventure sur la transformation de lattrilion en contrition par l'absolution) îiafnn Thomas tiichl axif, lehnte ihn viclmehv stillssc/nreirjend oh nnd fiat sicli nhcrhaupt in den qq /-•> iilter die conlritio und ihre SolhiL'endiffkfil slrenfj und ernsl auageaprochen. — l.ehrbuch der Dogmengeschichle^ 4' éd., TubinRUc, 1910 t. m, p. jîH.
300 CRiriyut: et catholique
Tcaii baptismale et de l'absolution, si par ailleurs le pénilenl n'y met pas obslaclc '.
Saint Thomas est donc bien responsable delà doctrine qui attribue au sacrement la vertu de parfaire l'imparfaite contrition du pénitent. M. Harnack trouve cette doctrine « perverse- ». Le scandale du savant prolestant nous rappelle celui des pharisiens murmurant conlre 1 absolution donnée par Jésus au paralytique : << Mon lils, aie confiance, les péchés te sont remis *^.)) Dans les deux cas, la protestation a le même prétexte : nulle parole humaine ne saurait avoir une puissance réservée à Dieu ; « Dieu seul peut remettre les péchés, » parce que seul il peut atleindre le fond des cœurs. La réponse de Notre-Seigneur, garantie dans sa vérité par la guérison miraculeuse du paralytique, vaut pour l'un et pour l'autre cas : « Apprenez que le lils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés. » Le paralytique n'était pas mieux disposé intérieurement (\ue nombre de nos pénitents catholiques. C'était pour la guérison de son corps, bien plus que pour celle de son ûme, qu'il était venu {'\ Jésus; et cependant la parole humaine de Notrc-Sei-
• Quandogue (alis praeparalfo {aufpciens ad gratiœ susceplionem) leinpore non prmcedit, sed eut siinul cuni haplismi susceptione, et lune per baptismi susceplionem rjralia remissionis culpm confertur... l'oleslas clavium ordinatuv aliquo modo ad remissionein culpw, non sirul cau.sans sed sicul disponens ad eam. L'nde si unie absolulionem aliguis non fuisset perfecle disposilus ad qratiam suscipicndam, in ipsa confessione et absolulione sacrumentali gratiavi ronsequerelur, si ohiceni non poneret. — Loc. cil. .M. Harnack connaît cependant bien ce texte puisqu'il le cite à propos (le r;il)?olution, p. .^)!I8 de roinra^'C précité.
• J'crverse Meinunfj. — Op. cil., p. 589.
• Marc, II, 5 sq.
gneur, en attirant l'attention du malade sur son état dépêché, lui vaut, avec une ronlrition meilleure, la grâce de la justification. Si Notre-Seigneur pouvait, de son vivant, opérer si merveilleuse transformation dans TAme d'un pécheur, pourquoi n'aurait-il pu laisser un pouvoir analogue aux prêtres parlant en son nom ? Ceux qui nient la divinité du Chiist sont logiques en lui déniant et en déniant à ses prêtres le pouvoir de modifier les dispositions d'une ûme, autrement que par la persuasion ; mais tous ceux qui prétendent adorer dans le Christ le Fils de l'homme qui remet les péchés ne sauraient être surpris de l'entendre dire à ses apôtres: « Les péchés seronl remisa ceux à qui vous les remettrez, » et ne seront pas tentés d'appeler « perverse » la pensée que l'ahsolution sacramentelle puisse aider le pécheur à parfaire sa contrition.
242. Mais il est, paraît-il, une perversion plus grande encore ^ dans la théologie catholique : c'est la doctrii.e de l'attrition suffisante telle que l'exposent les théologiens quand ils traitent des différents éléments du sacrement de pénitence. Ils n'exigent, pour donner l'absolution, que l'attrition motivée par la crainte de l'enfer, une attriti mi que saint Thomas avouait n'être pas une vertu. M. Harnack se dit eiïrayé de la corruption religieus • et morale qu'entraîne nécessairement la doctrine de l'attritionisme, la diminution de la pénitence intérieure au profit de la confession, !•'. "Il r.dirilinpisme règne-.
* Aher ilberhaupt hat xich bel (fer nesl'nnmunfi lier einzelnen parles po^nilentias elne Verkehrung in schlinDiister WeiseeingeS' tellt, deren Keiine freilich schou bei Thuinds zu finden ainci. — Loc.
• So isl man ersc/ireckl, ivelch'eine VenvUslung der Religion
Voilà un etlVoi cl un scandale bien inattendus chez des disciples de Luther. Luther tenait pour incurable la corruption du cœur humain et pour impossible la pénitence intérieure; il prêchait simplement la loi au pardon par limputation extérieure des mérites du Christ. C'était moins d'exigence que n'en ont les at- Irilionisles. Mais il ne nous suffit pas de dire que nous demandons aux pécheurs plus de pénitence que Luther, il nous i'aut montrer que nous en demandons assez et que ladocti'ine catholicjue de l'attrition, suffisante pour l'absolution, bien loin d'être un obstacle au développement de la pénitence intérieure, le favorise très efficacement.
Sans nous embarrasser de toutes les modalités que revêt l'exposé détaillé de la doctrine de l'attrition dans les diflerentes écoles de théologie, demandons à saint Thomas la mention sommaire, mais très objective, des dilï'érentt\s étapes du retour à Dieu dans l'ûme du pécheur. Voici ce qu'il en écrit:
« Nous pouvons parler de la pénitence à un double point de vue. Ou bien nous considérons la vertu même do pénitence (telle qu'elle se trouve dans le pécheur justifié), et nous devons en dire que Dieu nous l'infuse directement sans cjiie nous en soyons ù aucun litre cause principale, mais non pas sans que nous coopérions à l'action divine en nous y disposant
uitfl lier einfdchslen Moral die l'ah/e der < Allrilio » geuesen ist. — Op. cit., p. 593, note. — Quelquos lignes plus loin, M. Ilarnack consent à corriger Tuniversalilé de cette proposition en disant qu'il en limite la portée aux cercles très larges où règne la doctrine de 1 atlritionisme : Ich ha/ic 7mr f/escigt dass ivo der Athitiouisiinis /terracfil, vie hei Joliftnn von l'allz u. A.^ jene VerwUslunq tine nothwendige Folge war 'p.î)94).
par certains actes. — Ou Lien nous considérons, sous l'appellation de pénitence, les actes par lesquels nous coopérons à l'action de Dieu produisant en nous cette vertu. 11 faut dire alors que le premier principe de ces actes est l'opération de Dieu ramenant le cœur à lui, d'après celle parole des Lamentations de Jéréniie : « Convertis-nous à toi. Seigneur, et nous nous convertirons ». Vient en second lieu un mouvement de foi. Le troisième acte est un mouvement de crainte servile; le pécheur se détache du péché par appréhension des châtiments. Le quatrième acte est un mouvement d'espérance ; l'espoir d'obtenir le pardon fait prendre au pécheur la résolution de se corriger. Le cinquième acte est un mouvement de charité qui fait détester le péché en lui-même et non plus seulement à cause du cluUiment. Le sixième acte enlin est un mouvement de crainte filiale; par révérence pour Dieu, le pécheur lui offre de tout son cœur ré|)aration pour le péché. Il est donc évident que l'atle de j)énitence procède de la crainte servile comme l'etTitt procède <lu premier mouvement qui tend à saproduction, mais il a la crainte filiale (?omme piincipe immédiat et dernier'. >•
C'est cette intervention de la crainte du chûtiment
* he pii-/iili'nH,t lu<{ui jjunsuiiius iluplicilei\ imo niodu quanluux (ul habilum ; et sic immédiate a Deo infundilur sine nobis princip(tlitei- openmtibus, non lameji sine nubis dispositive cooperantibits jifr aliquos acliis : nlio modo ptossuimis loqxii de panilentia quantum ad nctus quibus Dco operanli in pwnilentia cooperairiur : quorum artuum primuni piincipium est Dei operatio conlertentis ror,secundum illud T/tren. ult. : Converle nos. Domine, ad te, ei coniertemur : secundus actus est motus fidei : tertius est iiiOtu': timoris servilis, quo quis timoré suppliciorum a peccatis
304 CRITIQI'E ET C.VTIIOMOUE
dans la f,^en^sc de la ptMiitence qui scandalise les protestants. Le scandale serait justifié s'il s'agissait d'une crainte pareille à celle de l'esclave maudissant la potence dont l'horreur l'empêche de voler son maître et maudissant en mt^me temps le maître qui a (h'essé la potence pour protéger son bien. 11 est bien vrai qu'une crainte de ce genre arrête la main sans améliorer le cœur, mais tout autre est la crainte, motif d'allrition. î.e pécheur n'a pas seulement horreur de l'enfer, sa foi lui parle en môme temps de la bonté et de la sainteté de Dieu. Au lieu de maudire la justice de Dieu qui a préparé l'enfer pour les anges et les hommes mauvais, il la bénit de lui avoir donné cette perspective du chAtiment qui l'aide à se déprendre du péché. Bien convaincu d'une part que, pour éviter l'enfer, il lui faut un cœur détaché du vice, et sachant d'autre part que la grâce de Dieu peut seule opérer ce détachement et l'élever jusqu'à la charité, il appelle cette grâce à son secours et la demande au Père, aimé déjà d'unamourinilial qui, sans avoir tout le désintéressement et la souveraine efficacité de la charité, n'en est pas moins déjà de l'amour. Pour le publicain qui s'agenouille ainsi disposé sur le pavé du temple, l'Kglise n'aura jamais le mépris du
relrahilur; quartus actus e«/ mo/us spet, quo quis suh spe veniœ consequemlx assumit proposition eniendaudi : quintus actus est motus charilatis, quo alicui peccatuui displicet secundum seip- 8uyn, et non jam propter supplicia ; sextus actus est 7/wtus timoris filinli<t^ quo propter reverentiam Dei aliquis emendam Deo voliintarius offert. Sic if/itur j/fitet, quod actus pœnitentiee a timoré servili procedit, sicut a primo motu efj'ectus ad hoc ordinalo; a timoré aulem flliali, sicut ah i<nmedia(o et pvi ximu \principio. — Sum. theoL, III', q. i.xxxv, n. 5.
pharisien. Elle n'appellera pas vertu la simple atlrition, parce qu'il n'y a pas dans l'àmc de vertu au sens complet du mot avant la charité \ mais elle voit dans Talhilion et les premiers mouvements de retour à Dieu des actes qui sont déjà surnaturels, qui ont pour principe l'inspiration du Saint-Esprit, et, au lieu de repousser le pécheur meurlri qui commence à se soulever vers Dieu, elle s'incline sur lui comme le bon Samaiitain et, pour l'aider à se ndever, lui demande la confession et lui offre l'absolution -.
243. L'absolution n'apportera pas au pt'chcur la grâce sanctifiante et la charité qui transformeront son attrition en contrition avant que celte altrition soit une détestai ion souveraine du péché, excluant toute volonté de le commettre à l'avenir ; telle est la doctrine de l'Eglise, formulée dans le texte conciliaire que nous venons de citer. Les théologiens modernes en con-
' La vertu proprement dite est linclination qui peut aboutira des actes méritoires de la vie t'iernelle. les seuls actes vraiment complets et bons de notre vie humaine. Or, sans la charité et sans la grâce sanctifiante, pas d'actes méritoires et, par conséquent, pas lie vérins, au sens complet du mot, avant la charité.
• « Quant à cette contrition imparfaite, qu'on appelle attrition, parce qu'elle a pour motif ordinaire la laideur du péché et la crainte de l enfer et autres peines, le saint concile dc«'lare que, si elle exclut la volonté de péché et s'accompagne de l'espoir du pardon, non seulement elle ne rend pas rhomme hypocrite et plus coupable, mais <|u"c'llc est un don de r>ieu. Kilo vient d'une impulsion de ^E^p^l-^•aint qui n'habite pas encore, il est vrai, l'âme du pénitent, mais qui déjà le meut et laide ainsi à se préparer la voie du retour à la justice. Bien (ju'une telle contrition ne puisse pas, par elle-m«'inc, sans le sacrement de pénitence, conduire le pécheur à la sanctification, elle ledisposeà demander efficacement la grficc de Dieu dans le sacrement de pénitence. • Concile de Trente, sess. xiv, c. iv, Encfiir., n. 808 [llSj.
306 (JRITH^>UE ET CATHOLiyUE
clueiil ^éntTaleiuenl que leconlesseur ne peut donner l'absolution qu'au pénitent qu'il estime arrivé è. ce degré d'attrition où l'on dclesle le péché plus que tout autre mal.
Nous préférons à cette opinion celle des anciens théologiens, qui vient d'être remise en lumière par Téminenlissime cardinal Billot ' et qui est une interprétalion plus tidèlcde la pratique habituelle des meilleurs confesseurs. 11 n'est pas nécessaire que le pénitent ait pleine conscience de la souveraineté de son atlrition pour demander l'absolution. Le confesseur peut absoudre validementle pécheur chez lequel il constate un regret sincère du péché, une volonté loyale de ne plus le commettre, avant même d'être moralement sûr que ce bon vouloir ait l'intensité, difticile à ap-
* Voici la lliise de l'éin. cardinal : Oninis vera allrilio, cliam non apprelialive sunnna, qua honio sincère et aine sacrilegio subjicit peccala aua clavibus Ecclesiœ, est suf/iciens pars matericC in sacrantento pœnitentiœ ; ideoque potest hoc sacramentum esse validuiii simul et informe, et ad reniolionetn ohicis revivi- }<cere sicut de ipso bapiismo alias dictiun est. — De Ecclesix sacramentis, Rome, 1895, t. ii, thesis XVI, p. 130. Les témoignages des anciens théologiens en faveur de cette thèse sont d'une autorité imposante. Notons parmi les plus graves : S. Thomas, Suppl. III', q. ix, a. 1 ; S. Antonin, Suinma, pars. III", tit. XIV, c. XIX ; Gapreolus, Defensioties tUeologisL' divi Thoniie, in IV Sent., dist. XVII, q. ii ; Joannes a S. Tlioiiia. Cursus llieolofjicus, de sacramento pwnitentiiP, disp. XXX III, a. 4, n. 30 à ;jO ; Cajelanus, De confessione, q. v, An confesio informis sit iteranda. Il importe de ne pas confondre ce traité, édité sous le numéro 5 du premier volume des opuscules, avec le numéro 18 du méwie volume, intitulé : De confessione f/uœsliones quinque, où on ne trouverait pas la citation qui nous inléresie.
Les raisons données par le cardinal Hillot ne sont pas moini
LA PÉNllENCE 307
précier, dune atlrilion souveraine et d'un ferme propos absolu. Si ralliition sinct-rc est en même temps souveraine, ou le devient à l'inslant de l'absolution, le pécheur recevra sans délai le pardon et la grâce sanctifiante; si l'atlrilion n'est pas encore souveraine, l'absolution ne produira pas ses fruits de grâce, mais elle donnera la consécration sacramentelle au bon vouloir du pénitent. Le sacrement sera pour un temps, comme dit l'école, valide et informe ; mais il arrivera souvent que, sous Faction simultanée de l'effort personnel du pénitent, de la consécration donnée par l'absolution et des grâces actuelles reçues au cours delà préparation à la prochaine communion, l'attritiondu pécheur grandira ; dès qu'elle aura atteint le degré d'intensité qui brise toute attache de la vo-
iinposanles que les autorites théologiques invoquées. De ces raisons dont nous conseillons de lire l'exposé nous ne citerons ici que la dernière ou l'émincnt tlicologien montre (jue son opinion est la seule qui soit d'accord avec la pratifiue des confesseurs : Sienim verum easef, requiri ad valorem sncramotti easdein conditiones quse requiruntur ad frucluin, aequevelur in vi ])rincipii quod nobis objicilur, twn esiie dandani ubsolulionem, excepta casu nécessitât is, nisiquando vioraliter certo constat panitenteni esse proxime disposilum ad gratiam. Verum, dalo quod hujusvxodi certitudo ex sola confessione aliquando acquiri possit, quani pauci ii essent qui licite absolverentur! Ouam laboriosuni et supra hunianuni foret ministcrium administratioiiis punilentiie! Quam anxietatibus et scrupulis plénum! Sunc autem, communiter et ubique absolvuntur pœnitentes faciliori negotio, quolies inveniutilur sincère subjicere peccata sua clavibus, cum proposilo non peccandi de cœtero, quin expectetur moralis certitudo an pœnitenlia et proposilum perlinqant usque ad perfectionem requisitam pro dispositione proxima. Ilujus porro praxis si legilimitatem quxras, fartasse non inventes extra principia ex veteribut theologis declarata. — Op. cit., p. 165,
3U8 CBlTIOVi: ET CATHOLIQL'E
lonlé au péché, l'abbolulion produira tout son cflct,el dans ce conu* désormais conlrit la charilé rcnlreru.
244. La confession, qui aide ainsi le pécheur à recouvrorla charilé, n'est pas unacle dégradant, elle est une démarche ennoblissante. Elle esl hi noble salisfaclion de l'âme loyale qui, obligée, par crainte du scandale, de couvrir du masque de la vertu le péché qu'elle a secrètement commis, est heureuse de pouvoir au moins une fois paraître ce qu'elle esl.
M La pénitence, écrit le P. Serlillanges, se présente comme une justice (jue le pécheur exerce contre luimême. On ne le traîne pas au tribunal, il y vient. Sachant que le péché est un mal, il se propose de l'abolir... Non content, pour cela, d'un repentir intérieur qui, à vriii dire, est le principal, le pécheur l'ail un geste qui est destiné à prouver la qualité de ce repentir puisqu'il le met à une épreuve directement proportionnée à l'offense.
« On a offensé Dieu, on s'adresse à Dieu. On a manqué aussi à l'égard de soi-même, dont on a charge, et qu'on a placé hors de la voie : on revient, s'engageant par un acte réel, plus décisif qu'un simple acte intérieur, plus capable de rompre, en opérant une coupure nette, l'automatisme aucjuel faisait allusion l'Écriture en disant : «< qui commet le péché devient esclave du péché. » Lnlin on a jeté un élément de corruption et de perluibation dans la sainte société des âmes: on déclare devant un représentant autorisé de ce groupe saint qu'on est j)rét à réintégrer l'ordre, à satisfaire aux exigences miséricordieusement dérisoires d'unf'aniourense justice... Si cela est bas, je me féli<ite de renouveler souvent celte bassesse '. »
' Lt» :vjjI Kacii'/ncnlii de iEfjliae^ p. bJ.
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.245. La confession n'est pas non plus rinlcrvenlion abusive et odieuse d'une autorité sans mandat dans le domaine intime de la conscience. L'intervention n'est pas abusive, car elle est fondée sur la volonté du Christ qui a confié à la société hiérarchisée, qui est l'Église, son œuvre de rédemption et la distribution de sa grâce par des moyens sensibles. Cette intervention n'est pas non plus odieuse. Qu'elle soit une humiliation pénible à notre orgueil, l'Église le reconnaît, mais elle nous avertit que cette peine est largement compensée par les consolations et les avantages qu'apportent au pénitent l'aveu sacramentel et l'absolution *.
M Celle façon d'arrêterle flot du mal, écrit encore le P. Serlillanges, en lui opposant une digue réelle, visible, qui invite aux réactions intérieures par des moyens appropriés au fonctionnement à moitié automatique, à moitié conscient de l'animal humain; qui utilise le social en faveur du moral; qui oblige à se retueillir et à préciser son cas, puisqu'on doit l'exposer; qui met le péché devant vous en pleine lumièri", au lieu des vagues obscurités où il aimait à se tenir, alin de vivre; qui vous fait juger le mal d'autant mieux que vous le sentez jugé par autrui; qui le dépouille de ses charmes et le rend à sa malice jugée à deux ; qui vous procure, en face de l'invisible et muette Éternité, le sentiment d'être entendu, pardonné et encouragé pour l'avenir ; qui vous donne ainsi ce réconfort, dont
* Ipsa vero hujvsmodi confessio)us difficultas, ac peccata detegendi verecundia, gravis quidem videri pussel^ nisi tut lantisque commodi<i et consolaliunihus leiaretur, qtue ofnnibus, digne ad hoc sacramentutn accedentibus, per absolulionetn cerlissime con~ fernntur. — Conc. Ti id., soss. xiv, cap. v. Luchir., n. 8yy (719).
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l'absence cause les découragenienls et les désespoirs, d'avoir devant vous une page blanche, sur laquelle vous pouvez écrire désormais un texte saint ; celte façon aussi de joindre Tamilié et la fraternité au jugement de l'Ame, le confesseur se faisant leconseiller, soutien, consolateur, pourvu seulement qu'il sache son rùle et que vous sachiez, vous, requérir son aide : tout cela est peut-être d'une humanité un peu plus profonde que la confession à Dieu des protestants ; à plus forte raison que la confession à personne, sous prétexte d'indépendance et de fierté'. »
246. On nous objecte que la fncililé avec laquelle le confesseur donne l'absolution est un encouragement au péché. Nous savons bien que malheureusement nombre de pénitents viennent à la confession sans s'y être sérieusement préparés et que certains confesseurs sont trop peu soucieux de réclamer des pécheurs et de provoquer dans leurs ûmes les sentiments exigés pourla bonne réception du sacrement. Les absolutions données en pareilles conditions sont certainement plus nuisibles qu'utiles à la moralité chrétienne, nous en convenons. Mais ce n'est pas la faute du sacrement, c'est celle des hommes (juien abiisenl. Croi(-on qu'on obtiendrait davantage <lc ces pénitents peu sérieux, en rétablissant les rigueurs de l'ancienne pénitence? Ce serait bien mal connaîtrel'humaniléetson histoire : ceux qui aujourd'hui se confessent sans disposilions sullisaides auraient élé, au iv' siècle, au nombre des pécheurs dont saint Ambroise écrivait : « La plupart de ceux rpii, conscients de leurs péchés par cnnute du châtiment futur, demandent la pénitence,
• Op. Cit., p. 88.
sont retenus par la lionle d'une prière publique, dès que la pénitence leur est déterminée '. » Sous quehjuc forme que se présente la pénitence, elle n'arrivera jamais à triompher de toutes les faiblesses des cœurs partagés qu'on trouvera dans tous les temps essayant d'allier le service de Dieu et du monde.
Onnousditontlnque l'usage actuel de la confession auriculaire prèle à de graves abus: conseils maladroits, gros de consécjuences dommageables, interventions indiscrètes, liaisons dangereuses. Nous ne nions pas la possibilité de ces abus ; c'est cette possibilité (jui rend l'Eglise si soucieuse de l'instruction, delà vertu, de la pi(''lé de ses |)rélres, si prudente dans la distribution limitée des pouvoirs de confesser, si sévère dans la répression des écarts qu'on peut lui signaler et dont elle prescrit rigoureusement la dénonciation. Mais si la simple possibilité d'abus devait suffire pour qu'on supprimât une institution, il ne faudrait tolérer ni les nn-decins. ni les avocats, (jui peuvent abuser de la môme façon des relations très intimes qu'ils ont avec leurs clients. Il ne s'agit pas de savoir si les abus sont possibles, mais s'ils sont si fréquents qu'ils ne soient pas largement couverts par la grandeur et la multiplicité des services que rend aux âmes le confessionnal catholique. Or les abus sont en fait si rares fpie nombre de catholiques passent leur vie entière sans se heurtera un seul et que nous en ap|)clons en toute confiance à l'expérience de ceux-là mêmes de nos lecteurs qui, un jour ou 1 autre, auraient eu à soulVrir de la maladresse d'un confesseur, certains <\\\"]\s ne nous démentiront pas, quand nous affirmons
' [>e pa'uilent'a, l. M, c. ix, /'. L., t. \\i, cul. 517.
312 CRlTigUE ET CATliOLU^UË
que le mal, dont la confession peut ôlre l'occasion, n'est rien en face des trt^sors de consolation, de ri'*conforl, de paix cl de lumière qu'elle apporte aux âmes. Nous oserions presque en appeler ii l'expérience de nos frères dissidents cux-nu^mes. Les chefs de la Rt'forme ont gémi publiquement sur le fléchissemeiit des mœurs tjui a suivi, en Allemagne, l'établissement du proteslanlisme ; la suppression du confessionnal ne serait-elle pas une des causes de cette augmentation d'immoralité? Par contre, ne voyons-nous pas les ritualisles anglicans se louer des bienfaits tle l'usage delà confession rétabli dans leur Église ? Ils en retireraient encore plus de profit spirituel s'ils avaient toutes les grâces promises aux ministres autorisés du Jésus qui le premier a dit : « Allez en paix, vos péchés vous sont rerais »,
CIIAPITP.R VI
247. Venseignemenl de V Église. — I. Ln jugement particulier. 248. Vagonie. — 2l9. Le jugemenl.— \\. Le ciel, 250. Les objeclions. — 251. Pas d'éqoisme dans V espoir du ciel. — 252. Accord de Vespérance el de la charité. — 253. Pas d'ennui dans la jouissance du ciel. — 25 1. Ce qu'esl la joie. — 255. La joie de la connaissance de Dieu. — 25C. La joie de r amour de Dieu. — 257. Li. joie de la fraternilé des saints. — 258. La joie du repos en Dieu. — III. L'enfer. 259. Les objections. — 260. La raison profonde de l'tlernité de l'enfer e^l dans Vétal d' immobilité où Vorienlation de notre vouloir, toujours variable en cette vie, se fixe à r heure de la mort. — 2GL L'éternité de l'enfer n'est pas une injustice. — 202. La peine du sens : le feu de l'enfer n'est pas un feu métaphorique; le témoignage de l' Écriture. — 203. Le témoignage des Pérrs. — 204. L'enseignement de la théologie : le feu réel de l'enfer n'a, avec notre feu, qu'une similitude d'analogie. — 265, Ce que valent les images sous lesquelles on représente l'enfer. — 200. La peine du dam; xa vraie mesure. — 267. L'ignorance dans l'esprit des damnés. — 208. La haine dans le cœur des damnés. — 200. La miséricorde de Dieu vis-à-vis des dimnés. — IV. Le purgat(>ihi: et le nombre des élus. 270. Sans le dogme du purgalo'ire, l'opinion du tout petit nombre des élus serait seule défendable. — 271. Comment l'expiation temporaire du purgatoire concilie les exigences de la miséricorde et de la justi,. .. — 272. Le mystère du péché contre le Saint-Esprit source de c, tinte rt de confiance. — 273. Les convenances de la prière f-.ur les morts. — V. La fin du mondh. 274. i\otre monde finira par le feu. — 275, l\'ous ne pouvons pas prévoir celle catastrophe. — VI. La Rf.si'nnrcTiON. 270. Les objections.
— 277. La réponse. — 278. Explicalion Ihomisle. Comment^ iVaprès saint Thomas, r individualité du composé humain se constitue, — 279. se développe pendant la vie, — 280. refait son intégrité à la résurrection. — 281. Les qualités des corps ressuscites. L'incorruptibilité et rimpassibilité. — 282. La clarté.
— 283. Vagilité. — 284. La subtilité. — VU. Le jugement DERNIER. 285. Où se fera ce jugement ? — 286. Le mode et la sentence du jugement.
247. « C'est inéluclable loi que les hommes meureni une fois, après quoi vient le jugement * » ; jugement d'autant plus redoutable qu'il peut nous condamner pour toujours et qu'il est sans appel. De l'instant de la mort dépend notre éternité. « L'arbre, qui tombeau midi ou au nord, reste à la place où il est tombé-. »
Si, à cette heure décisive, nous n'avons pas au cœur la charité, nous entrons dans un enfer éternel où il n'y a plus de repentir et où nous soutVrirons à la fois de la privation do Dieu, peine morale du dam, et du tourment du feu, peine du sens.
Si, au contraire, nous mourons en étal de grâce, nous sommes assurés de jouir éternellement delà vision de Dieu, dans la mesure déterminée par le degré de charité (pie nous avons à notre entrée dans la vie de rau-del;\. Celte jouissance ne commencera pas cependant avant que nous soyons tout à fait purs, c'est-.'i-dire dégagés de toute affection désordonnée au bien créé et libérés do toute dette vis-ù-vis de la justice de Dieu. Ces! au [)urgaloire que les élus, qui n'auraient point oetlei)ureté parfaite, devront achever
» Mebr., IX, 27.
» Eccl.. XI. •].
LES FINS DERMKRi:S 315
leur purification dans des soulTraMces temporaires plus dures à supporter que celles de la vie présente.
La récompense des bons et la punition des inérlianlsne seront cependant complètes qu'après la résurrection et le jugement général (pii dura l'histoire du monde et les vicissitudes de la lui le du bien et du mal. Ce sera la mîuiifeslalion ('datante du triomphe délinilif des bons gloriliés dans leurs corps aussi bien que dans leurs ûmes et de la ruine non moins définitive des méchants dont les corps ne reprendront vie que pour recevoir leur part du châtiment des péchés dont ils auront été 1 inslrument.
Tel est, dans l'Église calhulique, l'enseignement du magistère ordinaire sur les questions si angoissantes de noire vie d'outre-lombe. Nous disons : magistère onlinaire, car, sur ces questions, il va relativement peu de définitions solennelles ou même de décrets pontificaux. Les Symboles de foi parlent de la fin du monde, du jugement général, de l'existence du ciel et de l'enfer. L'éternité des peines de l'enfer est solennellement enseignée au IV''concilede Latran(1215*). Une constitution dogmatique de Benoît XII définit (pie les Ames recevront leur lécompense ou leur châtiment dès l'instant qui suit la mort, sans qu'elles doivent attendre jus(prà la résurrection et au jugement •général-. Le concile de Trente ** rappelle que nous
» Cap. I, De fille cntholica, Enchir., n. 429 (356). Déjà îe pape Vigile, au vi* siècle, avait condamné l'opinion origéniste dt l'enfer temporaire et de la conversion finale des damnés. Enchir., n. 211.
■ Constitution Henedictua [>eus- (2'» janvier I33r.), Enchir., n. D30 43»;-.
' Sess. x\v, Decreluin de purgatorio, Enchir. ,n.^i2{Htt9).
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devons croire à rexislcnce du piirgaloire et à liUiliti^ de nos prières et bonnes œuvres pour le soulagement des trépassés, mais ne dit rien de la nature de leurs soutVrances. lùifm, un décret de la Sacrée Pénitencerie (30 avril 1890} prescrit de refuser l'absolution aux pénilents qui s'obstineraient à déclarer (pie les paroles de 1 Ecriture mentionnant le feu de l'enler « ne sont cpiime mélaphore pour exprimer les peines intenses des damnés' ». Ce sont les seuls points delà doctrine catholique des lins dernières au sujet desquels l'autorité ecclésiastique ait eu à intervenir. Mais, pour n'avoir pas toutes été l'objet de définitions et de décrets, les (juehpies propositions dogmatiques, que nous avons énoncées plus haut, ne s'en imposent pas moins toutes à la croyance catholique. C'est pour les défendre contre les objections des incroyants et contre les erreurs d'interprétation qu'y mêlent certains croyants, que nous allons dire brièvement ce
' Viiiii et qnt'crit, au sujet de ce décret, M. l'abbé Michel, professeur de dogme à l'Institut catholique de Lille : « Tout à fait à dessein, nous avons laissé de côté la décision de la Sacrée Pé nilencerie dn 3U avril 1890, parce qu'une telle décision est d'ordre disciplinaire et non doctrinal. Le cas proposé par un curé dn diocèse de Mantoue était celui-ci : « Ln pénilent déclare « à son confessa" ur que selon lui ces termes : feu de l'enfer, ne € sont qu'une métaphore pour exprimer les peines intenses des 4 démons. l*eut-on laisser les pénitents persister dans cette opi- < nion et les absoudre?)/ Et la Sucrée Pénitencerie a répondu qu' a il faut les instruire avec soin et ne pas absoudre ceux qui « s'obstinent» [liujusmodi pœnitenles diliç/enler inslruendos esse et pertinaces non esse absoliendos). La décision étant disciplinaire ne propose authentiqucment aucune doctrine ; on ne peut pas cepr-ndant ne pas reconnaître qu'elle «oit d'un ^'nnid poids pour continuer la thèse traditionnelle.» Ihc/innnaire de théologie hocatlicjue, art. Feu de l'enfer, t. v. col. 2218.
<{ue la thOologie nous enseigne sur le jugement particulier, le ciel, l'enfer, le purgatoire, la fin du monde, la résurrection, le jugement général et le règne final du Christ et de ses fidèles.