IV. — Le pURGATomE et le nombre dp.s élus
270. Nous ne savons rien non plus du nombre des élus. L'opinion presque unanime des Pères et des anciens théologiens est pour le petit nombre des élus, comparativement au nombre des réprouvés. Il faut bien avouer que plusieurs textes évangéliques favorisent celte opinion et que le spectacle de la vie
» lu <linniniliùtie re/jiubuiiii/i (ijiparet misericordia, non qiiifle/nlulaliter allecians, dumpunit ritracondif/num. — Sum. theol.,
!•, q. XXI, a. 4, ad 1"".
• Dilifjis omnia quif sunt, et nthil udisli eorum qu:r fecisli (Sap., XI, 2.".,. Cf. Sum. iUeol., 1; 11-', q. xx a. 2, ad 4'"", et q. XXIII, a. 3 ad !"■.
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semble tout d'abord liniposer. Cependant les théologiens modernes, soucieux de reconnaître dans l'histoire du monde uno manifestation plus éclatante de la miséricorde de Dieu et du triomphe de la Rédemption, opinent généralement pour le grand nombre des élus. C'est le dogme du purgatoire, avec son expiation temporaire d'oulre-tombe, qui seul peut nous permettre de défendre cette seconde opinion contre la redoutable objection que lui oppose l'état manifeste de péché haljiluel de la grande majorité des hommes, même des baptisés.
Il esl trop vrai que l'expérience justifie douloureusement la parole de Notre-Seigneur : « Large est la porte et spacieuse la voie qui conduisent à la ruine et nombreux sont ceux qui y entrent; étroite est la porte et resserrée la voie qui conduisent à la vie, bien peu savent les trouver. » (Malth., vn, 14.) La pratique habituelle de la morale catholique, dans son intégrité substantielle, n'a jamais été et, semble-t-il, ne sera jamais que le fait d'une élite dans l'humanité. Que deviendront les autres?...
271. Parmi les autres, beaucoup seront sauvés. Le bon grain croît souvent en ce monde avec les apparences de l'ivraie, car ce ne sont pas les apôtres, ni leurs successeurs, mais seulement les anges, au dernier jour, qui pourront séparer sans erreur les enfants de Dieu et de Bélial '. Il y a des ouvriers delà onzième heure ^, non seulement des Madeleine et des Augustin qui ne con>ucrcntà Dieu que la seconde partie de hnir vie, mais de bons larrons que la grâce et la soulVrance
« Matth.. Mil, 24-31, 36-43.
• MaUli., XX, 1-16.
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convcrlissenlaux dernières miiiuLcs tic leur existence. Dieu seul connaît bien rinflrmité et les ressources de cette étrange nature humaine, composée d'esprit et de chair, d'un esprit aussi prompt à accepter les inspirations d'en haut que la chair est lente à les exécuter et faihle dans sa défense contre les séductions d'en bas *.
Ne nous scandalisons donc pas des merveilles de la miséricorde de Dieu; elle est toujours justice. Pour ne point mériter, au sens strict du mol, la vie éternelle, les bonnes actions et les bons sentiments, qui, sous l'inllux de la grâce actuelle, se répètent plus nombreux encore que les péchés dans la vie de beaucoup de pécheurs, n'en restent pas moins un titre de convenance aux grâces dernières de conversion. Voilà pourquoi Notrc-Seigneur a pu prononcer des paroles aussi rassurantes (jue celles-ci : « Tout péché et l)]asplième sera remis aux hommes, il n'y a cpie le blasphème conlre l'Esprit qui ne sera pas remis. Si <|uelqu'un dit une parole conlre le Fils de l'homme, elle lui sera pardonnée,mais s'il parle contre l'Esprit- Saint, il ne lui sera pardonné ni dans ce monde, ni dans le monde t'ulur. » (Matth., xii, 31, 32.) Il y aura donc un pardon dans l'autre monde pour tous les péchés qui ne seront pas péchés contre le Saint- Esprit. Cela veut dire que beaucoup de pécheurs de faiblesse, qui n'auront pas abusé des grâces d'en haut k ce degré qui constitue le péché conlre le Saint-Esprit, recevront à leurs derniers instants, en récompense de ce qu'il y a eu de bien au cours de leur vie, les grâces de conversion qui, eu leur don-
» .Mallli., XXVI. 41.
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nanl la conlrilion el la charilé, leur évileronl Tenfer éternel au prix de Texpialion temporaire du purgatoire.
272. Quand y a-t-il dans une vie tel abus de grâce qu'il puisse (^tre qualill<'' de péché contre le Saint- Esprit ? Quels sont ceux qui bénéficient de ces dernières grâces de conversion? Voilà ce que nous ne pouvons pas savoir. Nous savons seulement qu'il ne faut pas juger de cet abus de grâce par le nombre et la gravité des péchés extérieurs. Beaucoup de damnés ont peut-élre moins d'assassinats sur la conscience <|ue le bon larron n'en avait quand il reçut son pariUm. La gravité de l'abus des grâces s'estime, au Iribunal de Dieu, non pas seulement en fonclion des fautes commises, mais encore en raison des grâces intérieures et extérieures qui ont été inutilisées. A qui a plus re<;u, il sera plus demandé '. Ne l'oublions pas et, sous |)rétexte que beaucoup d'autres sont encore plus coupables que nous, ne croyons pas que notre impénitence actuelle ne pourra pas devenir, en se prolongeant, péché contre le Saint-Ksprit, impénitence finale t^t damnation.
Ayons plutôt à cœur d'entrer au plus vile par li» voie étroite et de mériter les trônes promis par Notre- Seigneur à l'élite des chrétiens, à ceux qui l'auront fidèlement suivi-. Cette promesse de royaume est encore un signe de la miséricorde avec laquelle sera traitée l'humanité pécheresse. Si les fidèles d'élite ont des trônes, c'est qu'il y aura au-dessous il'eux une foule d'élus à gouverner, ]>euple de pécheurs con-
» Luc. XII, 48.
« LiK, XII. 30.
vertis, sauvés par la prière du Christ et des saints que sont ses disciples. La pensée qu'il y a un purgatoire où tous ces pécheurs de faiblesse, convertis de la dernicre heure, peuvent expier leurs fautes avant d'èlre admis au ciel, nous met au large pour comprendre comment, en pareilles conditions, les exigences de la justice peuvent se concilier avec celles de la miséricorde.
273. Ce même dogme du purgatoire, en tant qu'il nous enseigne que les vivants peuvent venir au secours de leurs morts par la prière et les bonnes œuvres, est également en pleine harmonie avec les inclinations les plus profondément enracinées et les plus universelles de notre nature. La prière pour les morts est de tous les temps et de tous les peuples. Pour quiconque admet rexislcnce d'un Dieu juste et bon et d'une autre vie, il ne saurait y avoir difficulté à reconnaître la convenance de la loi d'aimable solidarité qui nous permet do payer notre dette de reconnaissance ti nos rhers disparus en les aidant dans l'œuvre d'expiation qu'il leur reste à fournir.