‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 62 sur 66 · VII. — Le jugement dernier · texte numérisé non relu

VII. — Le jugement dernier

285. Les témoignages de ri'^criture et de la Tradition ne nous pernieLlenl aucun doute sur le fait qu'il y aura un jugemenl dernier, une coniparulion puhiiipie (le lous les hommes bons et méchants devant le Clhrisl redescendu sur terredansune manileslalion de gloire apparente au regard de tous comme l'humilialion de la croix qui Ta méritée. 11 n'est [)as difficile à noire l'aison de percevoir la convenance de ces assises solennelles où les méchanls seront pour un inslanl les témoins terriliés du triomphe du Christ cl de ses fldèles qu'ils auront si souvent et si insolemiiiciil méprisés en ce monde. Mais où et comment se fera ce jugemenl?

Où riiumanilé se réunira-l-ellc |)our êlre jugée? Nous n'en savons rien. (Juaiul Joël écrivait : « Je réimirai toutes les nations et je les conduirai dans la vallée de Josaphat ; c'est lii(|ue je siégerai pour juger loules les nalions d'alentour », il se servait du mot Josaphat, Jahvé juge, eomme d'un nom symholicpie qui, se v(*rilianl parUtul où Jalivé jugera, n'a aucune signilieation géographique précise, (^e n'est (pie plus tard qu'on a appliqué le nom de vallée de Josaphat au ravin du Cédron, tpii sépare le mont des Oliviers de Jérusalem, et où, dî's laplu-^ haute antiquité, il y a eu

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beaucoup de sépultures. Cette localisalionne s'impose dune nullement à notre croyance, et on n'a pas à expliquer comment toute Thumanité peut se rassembler dans les limites étroites de ce ravin du Cédron, qui sépare Jérusalem du mont des Oliviers.

A ceux qui désirent savoir où se fera le jugement dernier, nous n'avons pas de meilleure réponse à faire que celle de Noire-Seigneur dans le discours sur la fin (lu monde rapporté par saint Luc, xvii, 37 : « Ei quelque endroit que soit le corps, les aigles auronv vite fait de s'y réunir ». Ce qui veut dire : « Soyez tranquilles, sans rien savoir j^i l'avance du lieu du jugement, vous en serez avertis quand llieure sera venue, et le trouverez aussi sûrement et aussi vile que les vautours de Palestine trouvent le cadavre du chameau tombé très loin de leur repaire ».

286. Comment se fera le jugement ? \ou> savons que Noire-Seigneur apparaîtra dans tout Téclat de» sa njajeslé, entouré des anges, dos apcMres et de ceux qui, l'ayant imité déplus près par un renoncement plus absolu, auront mérité d'être comptés, comme il l'a promis, parmi les juges des tribus d'Israr*l. Nous savons aussi qu'élus el réprouv«''s seront séparés dès avant le prononcé de la sentence. 11 va de soi que celtesenlence ne sera pas portée pour chaque individu en particulier. Voici comme saint Augustin se représente le jugement : « Il faut pensera une illumination divine grâce ù lacpirlle toutes les (cuvres bonufset mauvaises de chacun lui seront remises en mémoire et tomberont avec une merveilleuse rapidité sous le regard de l'esprit, en sorte (pie la science qui sera le fruit de cette illumination i aci use ou excuse la conscience. C'est ainsi qu«.- tou< et chacun seront jugea

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siiniiltancinent '. » .\olre-Seigneur prononcera-l-il oralenienl la sentence générale de bénédiction ou de malédiction dont il nous a parlé en annonçant lejugenient, ou bien justes et mérlianls la liront-ils simplement dans son regard et dans leur conscience? Nous ne savons pas. Nous ne savons pas non plus où sont actuellement et où seront alors lo ciel et l'enfer. One d'autres choses encore nous ignorons et désirerions connaître sur celle vie de l'au-delà! Respectons les mystères que Dieu n'a pas voulu nous révéler et n'essayons pas de suppléer à son silence par les constructions enfantines de notre imagination. D'ailleurs il nous a dit l'essentiel, le bonheur total qu'il nous réservait et la condition de son obtention. L'important pour nous n'est pas d'essayer de nous représenter d'avance les modalités de détail de la vie bienheureuse, c'est de la mériter et Notre-Seigneur nous a dit comment nous la mériterions : en aimant pour l'amour de lui nos frères qui sont ses frères et en venant au secours de tous leurs besoins de corps et d'âme. « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais nu et vous m'avez vêtu; malade et vous m'avez visité ; |)risonnier et vous ôtes venu me consoler... car en vérité, j(» vous le dis, chaque fois que vous avez rendu (|uelqu'un de ces services au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait... Venez donc, les bénis de mon l*ère, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ^. »

» De civitate Dei, I. XX, c. xiv, /'. L., t. vu, col. C80. » Mallh., XXV, 3i-ii.

épilogul:

Les pages de celle seeoiide élude se sonl nuillipliées plus que nous n'aurions voulu, el cependanl, si nous avons eu soucide répondre aux oljjeetions principales, nous avons eonscience qu'on pourrait nous en présenter bien d'iiulres encore. Il y en a bien davanlago dans les deux mille six cent soixante-dix neuf articles de la So/nme ihéolof/itjnc inachevée de saint Thomas, el le saint docteur n'avait pas à résoudre les objections qu'on nous fait au nom des récents prop^rès des sciences naturelles el historiques.

On raconte que Sully-Prudhomme, en ses dernièies années, lisait avec acharnement celle Somme thcolo- (jique pour s'elïbrcer d'y retrouver la foi de ses jeunes années. Efforts inuliles. Il dut fermer le livre avec celte amère réllexion : « Que tout cela est compliqué I Comment tout cela a-t-il pu sortir de l'Évangile qui est si simple ' ? »

Eh oui ! nous en convenons. Tout cela estcompliipié el nous ne serions pas surpris que le lecteur, faligué

* Ifiscours de M. Henn Poincaré à $a réception à i Académie française (28 janvier 1909;, dans les Questions actuelles, I. C, p. 119.

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lies olTorls qu'il aura dû Taire pour suivre l'exposé cependaul bien uiodeslc et bieu sommaire que nous lui avons otîerl , ne répèle, en linissanl, la parole de Sully- Prudhomme : « Oue loul cela est compliqué î »

Mais, de cette complicalion, ni le Ihcologien, ni l'apologiste ne sont responsables; elle lient inévilablementà la constitution môme de notre esprit, à son mode de connaissance, à son infirmité, et en partie aussi, il faut bien le dire, à sa révolte plus ou moins sourde ou plus ou moins avouée contre la soumission que lui demande la loi. L'esprit, dans lequel tombent, comme un ferment, les simples et vivantes formules de l'Évangile, n'arrive à prendre possession de la vérité qu'on lui propose, qu'en l'analysant, en la comparant à toutes les vérités partielles qu'il puise ou croit puiser dans la multitude indéfinie des diverses impressions (jue lui apporte et renouvelle sans cosse la vie quotidienne. Son analyse de la vérité révélée est difficile et pas toujours très sûre, ses connaissances naturelles sont mêlées d'une foule d'erreurs et de jugements précipités, il n'est pas étonnant ([u'en ces conditions la synthèse, que beaucoup ont besoin de faire entre leur croyance et les données de leur perception naturelle, occasionne des heurts et ne puisse 60 réaliser sans la complication des exposés tliéolo- ^n<nies qui mettent en garde contre toutes les fausses voies où l'esprit peut s'égarer.

Celle complication, tout aussi bien ([uc la simplicilé de l'Kvangile, est signe de contradiction, source de vie et occasion de mort. Elle est source de vie et d'amour pour les enfants de Dieu. Le mystère (pj'on l(;ur propose ne peut les laisser indilVérents. L'ellort de leur

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inlelligcnco, qui cherche à le pénétrer, le leur rend plus aimable, les y attache davantage et développe interne leur faculté naturelle de compréhension. Le besoin qu'ils ont de le défendre les oblige à se mieux informer des vérités naturelles qu'on prétend leur opposer et à deniîtnder au Pèro de toutes lumières plus de clartés encore. Les complications de la théologie et de l'apologétique leur sont donc un [)uissant moyen de progrès naturel et surnaturel.

Mais elles sont fatales aux jeunes gens qui, impatients <lu joug de la morale chrétienne ouséduils par les appels et les promesses trompeuses de la prétendue pensée libre, cherchent un prétexte pour s'évader de la maison du Père de famille. Une fois partis, il leur arrive souvent, comme à ce pauvre Sully, au bout d'un certain temps de libre vagabondage à la icihenhe d'une vérité tpiils désespèrent d'atteindre, de regretter le temps où le divin Maître donnait, avec sa paix, la vérité et l'amour à leur àme confiante et pure. Ils voudraient sincèrement revenir au beicail : mais ils se condamnent à d'inutiles elTorts, s'ils veulentcommencer [tar l'apologétique défensive, par la discussion des diflicultés qu'on peut opposer à la foi, et chercher dans cette disc^ussion des raisons de croire ipTelle ne saurait leur donner.

C'e-st folie de ne vt)uluii' aller à .Jésus (ju"aj»rès av«»ir discuté et résolu toutes les objections qui peuvent nous venir ù l'esprit. Ces objections sont aussi nombreuses que peuvent l'étie nos ignorances et nos erreurs dans l'ini et l'autre ordre de connaissance.? naturelles et surnatuielles. Elles peuvent nous pa»altie poui- I instant insolubles, non poiid j)arce quelles le sont, mais paicc ijuc ikhis n'avou^ pas le< élément- de

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solution. Dans l'impossibilité où nous sommes d'avoir présente à l'esprit la science universelle qui seule nous donnerait la synthèse parfaitement unifiante dans laquelle disparaîliaienl toutes les objections; c'est au plus aimant, au plus puissant, au plus sur Maîlre de vérité, au Crucifié ressuscité qu'il nous faut aller d'abord et tout droit. Il faut y aller avec toute notre Ame, avec notre raison sans doute, qui trouvera, dans quelques lectures sérieuses d'apologétique positive, ses raisons de croire, maisaussi avec notre cœur, avec le besoin et le désir du don divin, avec le souci de nous on rendre de moins en moins indignes par la pratique de la morale évangélicjue. Plus l'enfant prodigue mettra de simplicité à son retour, plus vite il retrouvera la douce lumière du pa^s natal, la réconfortante chaleur du foyer paternel.

Ou'on nous permette de citer encore un épisode de la vie de Sully-Prudhomme. C'est M. Frédéric Masson qui le raconte dans le discours prononcé h la réception d'Henri Poincaré, le 28 janvier 1909 :

u II y a (jualre ans, un jour de printemps, nous allumes avec Cnppée au travers des jardins embaumés, sous la verdure nouvelle, dire ^i Sully, qui ne pouvait plus bouger de ChiMenay, un alï'ectueux bonjoui-. Ouelle était l'horreur de ses souffrances physiques, ou ne se pouvait tromper aux angoisses (|ui passaient sur son noble visage, à l'agitation continuelle de son corps infirme, aux contractions lamentables de ses pieds, aux temps que prenaient sa parole haletante; mais, f)lus (pie le corps, l'âme semblait misérable. (juel(|ue efl'ort (pie nous fissions (»our attirer la causerie ii des sujets qui jadis l'intére.ssaienl, il revenait constamment ù la oiorl et au

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