‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 7 sur 66 · L'ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

L'ÉCRITURE SAINTE

36. Documents conciliaires el pontificaux relatifs à VEcritur sainte. — 37. Le réquisitoire de rincrédulilé. — 38. Exposé de la doctrine catholique. IS'alure de Vinspiralion. — 39. Rôle de l'écrivain inspiré, Vinspiralion inconsciente. — 40. Dans le livre inspiré, tout est voulu de Dieu, mais non point au même litre objet de foi. — 41. Réponse aux objections. A quoi r Église reconnaît le livre inspiré. — 42. Intégrité substantielle de r Ancien el du Nouveau Testament. — 43. La Vulgate et le décret du concile de Trente qui l'a authentiquée. — 44, Les lois de Vinterprétation catholique des Écritures. — 45. L' inerrance de l'Écriture. — 46. Les propositions scripturaires en matière scientifique, — 47. en matière historique. — 48. L'interprétation d'après le genre et les procédés littéraires. — 49. Nécessité de cette interprétation. — 50. Ses dangers. — 51. Solution des objections proposées. Les récils de la Genèse et les mythes babyloniens. — 52. Le caractère historique des Évangiles. — 53. Les discours. — 54. Les faits. • — 55. Exemple typique de la liberté du narrateur dans le récit de la conversion de saint Paul. — 56. Application de ce principe à la solution de quel'^ues anlilogies évangéliques. — 57. Histoire humaine el histoire inspirée.

36. La Tradition n'est point la seule source où nous devions puiser renseignement révélé, cet enseignement est en grande partie consigné dans l'Écriture sainte, dans cette collection d'écrits sacrés qui est, au témoignage de l'Église, le livre par excellence ©^

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qu'on appelle pour celle raison la Bible. Que doit penser un eatholifpie de sa Bible? Voici la réponse dos conciles el des papes :

u Si quelqu'un ne reçoit pas pour sacrés el canoniques les livres entiers de la sainte Écriture, avec toutes leurs parties, tels qu'ils ont été énumérés par le saint concile de Trente, ou s'il nie qu'ils aient été divinement inspirés, qu'il soit anatliènie '. »

Ce canon du concile du Vatican s'en réfère donc pour la liste des Livres saints à celle que le concile de Trente a définitivement authentiquée dans les termes suivants :

.( La sainle assemblée a pensé (ju'il fallait joindre au décret sur les Écritures et la Tradition un index des Livres saints, de peur qu'il ne puisse s'élever qiielques doutes sur ceux qu'elle reçoit pour tels. Ce sont les suivants : pour l'Ancien Testament, les cinq livres de Moïse, c'est-à-dire la Genèse, TExode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, Josué, les Juives, Ruth, les quatre livres des Rois, les deux des Paralipomènes, le premier d'Esdras et le second qui est dit de Néhémie, Tobie, Judith, Esther, Job, le psautier davidique de cent cinquante psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, lEcclésiastique, Isaïe, Jérémie avecBaruch, Ézéchiel, Daniel, les douze petits prophètes, c'est-àdire Osée, Joël, Amos,Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sojdionias, Aggée, Zacharie, Malachie, les deux livres des Machabées, le premier et le second; — pour le Nouveau Testament, les quatre évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean; les Actes des

» Sess. 11. cap. m, tan. 4. Enrhir., n 1809 (1656).

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apôtres écrits par l'évangélisle Luc, les quatorzeépîtres de l'apôtre Paul, une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galales, une aux Éphésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens,deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon, une aux Hébreux ; deux épîtres de l'apôtie Pierre, trois de l'apôtre Jean, une de l'apôtre Jude et l'Apocalypse de l'apôtre Jean. Si quelqu'un ne reçoit pas pour sacrés et canoniques les susdits livres dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, comme on les lit habituellement dans l'Église catholique et comme ils se trouvent dans l'antique édition latine Vulgate '... qu'il soit anathème -. »

En énumérant les Livres saints d'après l'ordre, les divisions et les titres de la Vulgate, le concile disait déjà clairement (jnelle autorité il reconnaissait à cette version; il voulut la consacrer encore plus expresst'ment.

« Le même saint synode, considérant de plus qu'il peut être grandement utile à l'Église de Dieu qu'on sache quelle est l'édition latine des saints Livres qui, parmi toutes celles en circulation, doit être tenue pour authentique, décide et déclare que cette même anli(|ue et Vulgate édition, approuvée dans la même Kglisepar le long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique dans les leçons publiques, les discussions et les prédications et défend que personne

' Nous traduisons par « Vulgate » le terme latin vulgata, qui signifie connu partout, d'usage public, parce que le mot <^ vulgate > est devenu le nom propre de la susdite version.

' ?pss. IV. Enchir., n, 883 (666). La liste des livres y est omise, on la trouvera dans n'importe quelle édition du texte intégral du concile.

ait l'niuiaceou la présoiiiplion do la récuser sousaucun prélexle *. »

Mais un texte, si autorisé qu'il soit, se prête à bien des interprétations. Le concile récrie aussi cette interprétation et décrète :

« Personne ne doit, appuyé sur son propre j'ii^einenl et détournant en faveur de sa pensée personnelle le sens de l'Écriture sainte, oser interpréter cette même Écriture sainte, en ce qui regarde la foi, les mœurs et tout ce qui touche à Tédification de la doctrine chrétienne, contrairement au sens qu'a tenu et que tient notre sainte mère TÉglise à qui il appartient déjuger du vrai sens et de l'interprétation des Écritures, et contre leconsentementunanimedes Pères -. »

Mais de ce que l'Église limite son interprétation authentique de l'Écriture aux matières intéressant la foi et les mœurs, ne peut-on pas conclure que la garantie de l'inspiration contre l'erreur ne s'étend qu'aux enseignements dogmatiques et moraux, et non point aux affirmations historiques? Non. L'auteur sacré, qui n'est pas seulement l'hagiographe, mais Dieu lui-même, ne se trompe pas plus en nous racontant l'histoire, qu'en nous enseignant le dogme. Voici en quels termes Léon XIII, dans l'encyclique Providentissimiis ^, rappelle, sur ce point, la doctrine de l'Église catholique:

« Il serait absolument funeste, soit de limiter l'ins-

» Ses». -V, Decrelum de edilione et usu sac. lib. Enchir., n. "Î84 ff,hl).

• rncliir., n. 185 (668).

• Encyclir|iio Provùlenlissimus, 18 novembre 1893. Lettres aposlolif/ues de S. S. Léon XIII, édition de la Bonne Presse, vol. iv, p. 36-39 ; Enchir., n. 1950, 1952.

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piralion à quelques parties de rÉcriture, soit d'accorder c|ue l'auteur sacré lui-même s'est trompé.

'< On ne peut non plus tolérer la méthode de ceux qui se délivrent de ces difficultés (des objections scientifiques ou historiques en n'hésitant pas à accorder que l'inspiration divine ne s'étend qu'aux vérités concernant la foi et les mœurs et à rien de plus...

« En effet, tous les livres entiers que l'Église a reçus comme sacrés et canoniques dans toutes leurs parties, ont été écrits sous la dictée de TEsprit-Saint, Tant s'en faut qu'aucune erreur puisse s'attacher à l'inspiration divine, que non seulement celle-ci par ellemême exclut toute erreur, mais encore l'exclut et y répugne aussi nécessairement que nécessairement Dieu, souveraine vérité, ne peut être l'auteur d'aucune erreur.

M Telle est la croyance antique et constante de l'Église définie sol'^nnelloment par les conciles de Florence et de Trente \ confirmée enfin et plus expressément exposée dans le concile du Vatican qui a porté ce décret absolu : « Les livres e>2/t'er5 de l'Ancien M et du Nouveau T eslameni, d a ns tout t^ s leurs parties.., n doivent être regardés comme sacrés et canoniques. « L'Église les tient pour sacrés et canoniques non « parce que, rédigés par la seule science humaine, « ils ont été ensuite approuvés par lautorité de ladite « Eglise; non parce que seulement ils renferment la

* Implicitement définie quand ces conciles ont déclaré que Dieu était l'auteur de tous les livres de l'un et l'autre Testament. — Cf. cuncile de Florence, décret pour les Arméniens, Encfiir., u. 706 ^609^; concile de Trente sess. iv, décret sur les saintes Écritures, Enchir., n. '83 (666).

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« V(5rilé sans erreur, mais parce que, écrits sous

Tinspiralion du Saint-Esprit, ils ont Dieu pour au- .' leur*. »

Tels sont les enseignements de TEf^lisc relativement aux Livres saints. Les difficullés que soulève cet enseignement ne sont-elles pas de nature à rendre la foi impossible au crilique exégète ou historien?

37. L'inspiration païaît bien n'être qu'un mythe. (^)uel(jues écrivains sacrés ont pris la peine de nous raconter comment ils composaient leurs livres, en consultant, en citant, en abrégeant d'autres ouvrages qu'ils avaient à leur disposition ; ils nous disent leur labeur, s'excusent des imperfections de leur œuvre. D'une dictée de l'Ksprit-Saint, ils ne savent et ne disent rien *•*.

De cette inspiration inconnue des auteurs mêmes qu'on dit en avoir bénéficié, il n'y a d'ailleurs aucun >igne caractéristique. Aussi l'Kgiisea-t-elle longtemps hésité sur la détermination du canon des Écritures. Les discussions sur les deutero-canoniques ont duré jusqu'au concile de Trente. C'est en 1540, plus de quinze siècles après Jésus -Christ, qu'on déclare inspirés des livres juifs écrits bien avant l'ère chrétienne. Qu'en pouvait-on savoir à pareille date? On ne connaissait même pas les auteurs de plusieurs des

* Concile du Vatican, sess. m, c. ii. Enchir., n. llS" (IGUG). Le décret Lumcntolnli du 3 juiUrt 1<J07 a de nouveau aflirmé la doctrine de linspiralion couvinnl de sa garantie toutes le.s assertions de ifccrilure, en condamnant la proposition suivante : .\7. Inspiralio diiinu non ila ad totum Scripturani sacrayn extenditur, ut omnes et sirif/ul(i.'< ejus parûtes ab omni errore praemunial. — Kncfiir., n. 2011.

- a. 11 Maccb., Il, 21-33; xv, 38-40; Luc, i, 1-3.

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livres dont on proclamait ainsi la composition miraculeuse. Celle question d'aulhenticilé est cependant moins mystérieuse que celle de l'inspiration.

Et puis, à quoi bon l'inspiration de livres qui nous sont arrivés en état lamentable de mutilation? Où donc est aujourd'hui le texte inspiré ? ou seulement le sens du texte inspiré.' On nous renvoie à la Vul gâte : cliacun sait que la Vulgate est semée de nonsens et de contre sens. Une interprétation critique saura-l-elle du moins restituer le sens original des passages interpolés? Mais l'Église ne veut pas d'interprétation critique, elle impose à ses exégètes l'obligation de ne point sortir des limites étroites de Tinlerprétation trailitionnelle donnée par des Pères, dont beaucoup ignoraient le grec, dont très peu savaient riiébreu, tous étrangers à la pratique de la plus élémentaire critique, fort peu soucieux d'histoire, et complètement dépourvus des moyens d information que nous ontdonnés, sur l'antiquité, les progrè.s aussi merveilleux que récents de l'archéologie. Cette loi ecclésiastique de l'interprétation des Écritures n'estelle pas le maillot qui empêchera à jamais l'exégèse catholique de sortir de l'enfance?

(Juant à l'inerrance absolue des Livres saints, peuton vraiment en parler? La légende s'élnle dès les premières pages de la Cenèse, qui ne paraissent ni plus vraies ni plus vraisemblables que les mythes babyloniens dont elles sont la transcription. Non seulement il serait facile de relever dans l'Ancien Testament des propositions scientifiques insoutenables et des affirmations historiques contradictoires entre elles et opposées aux plus sûres données de l'histoire ancienne, mais les récits du Nouveau Testament qui pa-

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raissent tout d'abord devoir olTrii- plus de garantie ne saccordoiit pas sur les l'ails qu'ils nous signalent.

Saint Marc (x, 35) met sur les lèvres des iils de Zébédée la demande que saint Matthieu (xx, 2U) nous dit avoir été faite par leur mère. Tous les évangélistes s'accordent à dire que Pierre a renié trois fois Jésus; mais, à comparer leurs récits, on trouve sept ou huit reniements dilVérents. Tandis que saint Marc fait crucifier Jésus à riieure de tierce (neuf heures du matin) (xv, 25), saint Jean le fait condamner vers l'heure de scxle ^vers midi) ; l'un ou l'autre se trompe. Et ce ne sont là que des exemples des multiples divergences qu'on rencontre dans les récits évangéliques.

Comment, en ces conditions, un esprit tant soit peu critique peut-d croire à Tinerrance de la Bible dont il palpe les nudtiples erreurs, se laisser imposer une interprétation patristique dont il sait les inévitables ignorances, accepter sur l'authenticité et la canonicité des Livres saints un témoignage ecclésiastique en partie contredit par les faits connus, et que rien ne motive, et enfin admettre la réalité d'une inspiration, aussi gratuitement affirmée qu'elle est difficilement concevable?

38. Tel est le réquisitoire de l'incrédulité moderne contre la doctrine catholique relative aux saintes Écritures. On ne nous accusera pas de l'avoir édulcoré. Quelques-uns des nôtres pourront peut-être trouver que nous l'avons trop mis en lumière. Nous avons cependant la confiance que, pour y répondre victorieusement, il nous sufiira de donner, sous forme de commentaire des documents ecclésiastiques j)récités, le bref et simple exposé d'une des formes autorisées de l'enseignement théologique sur ces questions aujourd'hui

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SI débattues de rins{)iration, de la canonicité, de l'aulhenticité. de Tinlégrité, de la version officielle, de TinterpréLation et de l'inerrance des saintes Écritures.

Il ne faudrait point abuser du terme dictante Spiritu Sancto pour se faire une idée fausse de Tinspiration des Livres saints. Voici comment en parle TencycViqne Providentissimua : « L'Esprit-Saint lui-môme a, par sa vertu, excité les écrivains inspirés à écrire, lui-même les a assistés, tandis qu'ils écrivaient, de telle sorte qu'ils concevaient exactement, qu'ils voulaient rapporter fidèlement, et qu'ils exprimaient avec une vérité infaillible tout ce qu'il leur ordonnait et seulement ce qu'il leur ordonnait d'écrire' ». L'inspiration ainsi décrite nous semble pouvoir se définir : l influe surnaturel par lequel Dieu illuiuine et meut de telle sorte V écrivain sacrc\ que celui-ci n écrit rien qui nait été divinement voulu pour l'enseignement des élusK

L'inspiration est un influx surnaturel, c'est-à-dire que rinilux général par lequel Dieu provoque et soutient dans toutes les causes secondes une activité proportionnée à leurs forces natives, devient, chez l'écrivain, sacré un influx spécialisé par la surélévation des

* Supernalurali ipse virtute ita eos ad scribendum excitavit et movil, ita scribe/itlbus adalilil, ut ea omnia eaque sola quae ipse Juberet, et recte mente conciperent, et fideliter conscribere vellent, et apte infalUbili verilate exprimèrent. — Lettres apostoliques de S- S. Léon .Mil. t. iv, p. 3»; Enchir., n. 195J.

' Les principes de cette doctrine sont empruntés à S. Thomas, II* II*, q. CLXXi, art. 1-4, et art. li; q. clxxiii, art. 2, 4; Quiesl. disp., Lfe veritate, q. xu, art. 12, et à Zigliara, Propmdeutica ad sacram theoloi/iam, I. Il, c. i.

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facuilés devenues capables de produire, sous col influx, des elTets supérieurs à leur puissance normale.

Cet influx est à la fois illununaleur et moteur, car il atteint toutes les facultés ipji eidrent en jeu dans la rédaction du livre inspii'é, les facultés co^noscitives ' , iniai^^ination el inlellii^ence, qui fournissent les idées, les images elles mots, tout comme la faculté motrice, la volonté, qui décide de leur emploi. Mais sous Tinflux surnaturel, tout aussi bien que sous Tinllux naturel, la volonté garde son pouvoir et ses actes délibératifs, sa liberté. De même l'illumination, à quelque degré qu'elle soit donnée, ne dispense pas de toute activité Tintelligence et limaginalion. S'il y a révélation, ce qui airive souvent chez les prophètes, et cha([ue fois qu'un écrivain inspiré doit enseigner une vérité surnaturelle qui lui était jusque-là inconnue, cette révélation provoque l'activité intellectuelle indispensable au concept vivant de la vérité révélée. Mais l'inspiration n'est pas toujours révélation. Le plus souvent 1 illumination (lu'elle apporte ne fait que raviver les souvenirs amassés dans la mémoire d«^ linspiré, éclairer son choix, et diriger son jugement dans le discernement et l'usage des renseignements, des traditions, des documents, fju'il peut recueillir et faire entrer dans la composition de son livre.

39. De ce que lactivité de la volonté, de l'intelligence et des autres facultés qui concourent à la composition d'un livre ordinaire n'est pas suppiimée,

* Nous appelons illmnination la surélf^vution des faculté.* cognoHcitives, i)ar coiMparaison avec la connaissance sensible d'autant plus distincte fju'ii y a meilleure lumière. Toute motion il< > facult^'-s rorrnosrilives csl illumination, puisqu'elle .ibouUt ut" '•- 'tiK'MKMil et ituiiiOdi'ilfiiirnt ;i un acte de connaissance.

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rn.iis bien plulôt provoquée, stimulée par l'iiitlux de r'nspiralion, suivejil deux conséquences fort importantes à noter.

l'' Le rôle de l'écrivain sacré n'est point celui d'un .>cribe qui ne ferait qu'écrire à la dictée, ni celui d un s<M.rétaire auquel le maître conlie le développement (l'un canevas de pensées déterminées, mais c'est celui d'un instrument inlelliî^amt et libre manié par la Cause [)romière, dont la motion, ici comme dans tous les cas .'UKdo^ues, s'étend à toute l'action de l'instrument, en la i)erfeclionnanl, sans jamais la supprimer, et marque de son empreinte tout l'eflet obtenu, sans y elîacer nulle part les caractéristiques qu'y laisse aussi la cause instrumentale humaine. Les livres sacrés, qui sont toutenliers de Dieu, .^ont donc tout entiers aussi de l'hagiographe. Non seulement leur lani^age est son langage, leurs images, ses images, mais aussi leur plan est son plan, leurs idées sont ses idées, car celleslà même (pji lui ont été révélées n'ont point été consignées avant (juil ne les ait pensées. Rien d étonnant dès lors à ce que chaciue livre porte profondément la marque originale de son auteur particulier, tout comme une page d'écriture porte en toutes ses lettres, non seulement le cachet de la main qui l'a tracée, mais encore celui do la plume et de l'encre dont cette main s'est servir.

2" Si la comp(.;.->ili()u d'im li\re saint impli([ue le même jeu des fa<ullés naturelles que celle d'un livre ordinaire, il n'est pas surprenant non plus que les écrivains sacrés n'aient pas toujours eu conscience de rin>piration. Ils l'ont eue certainement toutes les fois qu'ils nous rafliiMUMil. Kn dehors de ces cas, nous ne pouvons juger sûrement de l'état de conscience de

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l'écrivain sacro «jui, au tômoiguage de saint Thomas, « est parfois en telle disposition quil ne peut pf^s pleinement discerner s'il doit ses pensées à (juehjue instinct divin, ou à l'activité purement naturelle de son esprit '. >•

40. Mais si suave et discrète que soit l'inspiration, elle n'en est pas moins souveraint'ui nt dominatrice. Rien ne lui échappe dans l'œuvre qu'elle fait exécuter, et l'auteur sacré viecrit rien qui ne soit voulu de Dieu pour Veyiseignement des e'his. Quand nous disons voulu de Dieu, il ne s'agit point de cette volonté générale dont dépendent les livres impies aussi bien que les livres saints, mais d'une ordonnance positive et spéciale, qui coordonne et proportionne infailliblement tous les éléments du livre sacré au but spécial de ce livre, à Téditication et à l'instruction des ûmes de bonne volonté.

Et cependant, si tous les éléments du livre sacré sont ordonnés à l'instruction des fidèles, ils ne le sont pas tous au même degré. Saint Thomas distingue avec raison dans les Livres saints les propositions qui sont par elles-mêmes objet de foi, credibilia pcr se et celles qui ne le sont qu'à raison de leur contenance dans l'Écriture, credibilia per accidens. Les premières sont les vérités dogmatiques et morales qui donnent à la vie chrétienne son orientation vers la vie éternelle, comnio les assertions relatives à la Trinité, à l'Incarnation et autres de môme genre. C'est leur en-

• Mens prophelx ... ad ea quœ cognoscit jjer instinclian, aliquanilo sic se hafief, ut non jilene discnrnere pmtsit, ulnnn liœc cofjilaveril nlirpu) divino inslinclu, vel per spirilum proprium. II' II', i{. CLXXi. art. 3.

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seignement qui est la fin de toutes les autres proi)ositions de TÉcrilure. Leur inlerprôlalion relève immédiatement du magistère de TEglise et n'est point abandonnée à la libre discussion des docteurs. Les secondes sont toutes les propositions de science ou d'iiistoiro purement profane, qui par elles-mêmes importent peu à la foi. Elles sont, dans l'Écriture, le vêtement choisi par l'Esprit-Saint pour la présentation humaine et agréable des vérités religieuses à rhuniMiiité ; elles ne s'imposent à notre assentiment qu'à raison de leur rédaction inspirée, et les docteurs peuvent librement les interpréter, pourvu que leur interprétation sauvegarde l'inerrance attachée à l'inspiration. « C'est ainsi, nous dit saint Thomas, que, relativement à l'origine du monde, il est une assertion qui appartient à la substance de la foi, à savoir le commencement du monde par création, et sur ce point tous les saints sont d'accord. Quant au mode et à Tordre de cette création, cela n'appartient à la foi que par accident, en tant que récit scripluraire. dont les saints, tout en en sauvegardant la vérité, nous donnent diverses interprétations*. »

* Sic ergo civca mundi principium, aliquid est quod ad substanliam fidei pertinet, scilicet ynundum incœpisse crenliim, et hoc ot/ïfws srincti coucordiler dicunt. Quo aulein modo et ordine faclus sil, non prli/iet ad fidetn nisi per accidens, inquantum in Scriptura traditur, cujus veritatem divinam erpositione sancli saluantes diversa tradiderunt. — // Sentent., dist. \1I, art. 2. Tout cet article est à lire ; la doctrine en est répétée dans le passage suivant de la Somme : Aliqua sunt credibilia de (juibus est /ides secundum se : tiliqua vero sunt credibilia de quibus non est fides secundum se, sed solum in ordine ad alia : sicul eliam in aliis scienliis quiedam propouuntav ut per se intenta et qusedam ad manifeslationem aiiorum. Quia vero fides est pii"cipaliler de fiis

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41. Nous reviendrons sur celle dislinclion en parlant de rinerrance des livres inspirés; mais dès mainlenanl, avec ce que nous avons dil de l'inspiration, nous pouvons répondre à loules les aulres objections opjKisées à la doctrine catholique sur les Kcriturcs.

L'inspiration, telle que nous l'avons décrite, esl une opération mystérieuse, nous en convenons, mais pas plus mystérieuse que la coopération d'ordre naturel que Dieu doit donner i\ tous les actes des causes secondes. Nous ne la comprenons pas, mais elle n'inclut aucune contradiction qui nous permette de la nier a priori. De ce que certains auteurs inspirés nous parlent de leur travail sans rien dire de l'inspiration, nous pouvons conclure qu'elle est alors inconsciente, mais non point qu'elle n'est pas.

i^wQ si l'on nous demande à quel critérium on pourra reconnaître au bout de quelques siècles une inspiration inconsciente chez l'écrivain sacré, nous répondrons .sans hésiter que le seul critérium sûr esl racceptalion du livre par ri'^glise.La suffisance de c(î critérium n'est point difficile à justifier. Si sa valeur n'est démonstrative que pour celui qui croit à l'ii^glise,

quae videndn sperainua in patria, secundum illud ^Ilebr., xi : H Fides est suhstantta sperandaruni rerum », ideo per se ad fideni pertinent illa fjuœ directe nos ordinaul ad vitam seternam: sicut très personœ omnipolenlis Dei, mysterium Incarnationis CUristi, et alia /iitju.tmodl : et secundum isla distinr/iiuntur articuli fidei: quadam vero proponuntur in sacra Scriptura ut credenda non quasi principaUter intenta sed ad prsedictorum mani/'estationem, iicut (jiiofl Ahraharn habuit duos filioi, quod ad tact uni ossium EtistBÏ suscitalus est mortuns^ et alia ftujusmodi, quœ narrantur in sacra Scriptura in ordine ad manifestationem divinse viajestatin vel Incarnationis Christ! : et secundum talia non opurtet arliculos distinyuere. — 11" II', q. i, art. Ù, ad i""».

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personne ne pourra du moins objecter qu'il est absurde de penser que Dieu, tenant en sa main les esprits et les cœurs, n'ait pu assurer dans son Église, aux livres inspirés, do préférence aux écrits profanes, l'accueil favorable qui devait consacrer leur autorité. Aux historiens du canon des Livres saints de nous dire, autant qu'ils le peuvent, quand, comment, pour quels motifs, et aprè< quelles controverses, tel ou tel livre a été reçu comme inspiré. Laissons-leur toute liberté pour écrire cette histoire fort intéressante, aussi exactement, aussi objertivement que possible; mais rappelons-nous qu'ils ne peuvent saisir qu'une partie des manifestations extérieures de l'ineiTable action de Dieu faisant accoj)ter dans toute son Église les livres dont il avait révélé le caractère inspiré à tt'lle ou telle communauté apostolique et rejeter ceux (jui n'avaient point droit à pareille vénération K II nous suffit de savoir que l'accord s'est fait depuis longtemps sur les livres que nous lisons aujourd'hui comme inspirés, pour croire à cette inspiration. Dieu n'ayant pu permettre que toiite son Kglise accordât à dt's écrits non inspirés une vénération et une confiance qui seraient une espèce d'idolâtrie et qui n'auraient pas été sans danger pour la foi. Le concile de Trente n'en appelle point à un autre signe d'inspiration,

* Si ({wentur, quomodo revelatio de inspiratione sinf/ulorum lihi'orum sacrorum primitus a Deo facta sit, respondendum est : tain factam esse par tim pev Christmn, parlim per apostulos a Spiritu Sancto revelatione illuminatos, in concreto tamen ignotinn esse, cui et quomodo haec revelatio quoad singulos libres sacras primum facta sit, sed nobis suf'ficere, ut Ecclesia testetur ne ha ne vevUatem revelatamtradendam accepisse. — R. P. Pesch, S. J., De inspiratione Scripturœ, l. II, c. vu, p. 594.

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«jii à la croyance ri à l'usage antiques de l'Église; il a bien raison '.

Mais si Dieu devait assurer par une providence spiV^iale le disroriK'nioiit des livres inspirés, devait-il pareillenienl garantir ;\ son Kglise la connaissance exacte des auteurs humains, dont il s'élail servi })our lui donner ces livres? Il ne paraît pas. Nombre de Livres saints sont sans nom d'auteur. D'autres, comme on l'écrivait déjà dans l'Église de Rome au n' siècle 2, portent en titre le nom J'un homme célèbre dont ils ne sont point l'ouvrage, et

* Pour l'Ancien Testament, l'Église a accepté la bible en usage dans les communautés juives hellénicjiies de la diaapora. Celte bible conlonail quelques livres qui n'avnient pointélé incorporés dans la bible héljraïque palestinienne. Ce sont les deutérocanoniquesde l'Ancien Testament : Tobie, Juditb, la Sagesse, lEcclésiastique, Baruch, les deux livres des Machabées, les sept derniers chapitres d'Estber, et dans Daniel, la prière d'Azarias, le cantique des trois enfants dans la fournaise, 1 histoire de Suzanne, celle de Bel et du dragon.

On appelle deutérocanoniquesdu xNouveau Testament ceux dont le caractère inspiré n'a pas été reconnu dès l'abord par toutes les Églises. Cesontl'épitre aux Hébreux, l'épitrede saint Jacques, la seconde épitre de saint Pierre, la seconde épîtrede saint Jean, l'épitre de saint Jude, l'Apocalypse; puis quelques fragments évangéliques, la conclusion de saint Marc, xvi, 9-20, la mention de la sueur de sang dans saint Luc, xxii, 43-44, l'épisode de la femme adultère dans saint Jean, viii, 2-12.

Le plus ancien catalogue des Livres saints qui soit identicjue au canon (ixé par le concile de Trente est cebii de l'figlise romaine accepté par les conciles d'Hippono (3'J3), de Cartlinge (397), dans toute l'Kglise occidentale et ofiiciellement reconnu par l'i'^glise orientale au concile in Trullo en 692.

• Dans le fragment de Muratori. partie d'une notice sur les Livres baints, trouv»';o en 1740 par .Muratori à la Idbliotlièqup Ambroàienne de Milan, dans un manuscrit du ix* siècle, couipoié

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dont cependant ils se réclament, comme étant l'expression fidèle de renseignement que cet illustre personnage aurait donné, dans les circonstances où s'écrivait le livre mis ainsi sous son patronage. Tel est le cas du livre de la Sagesse de Salomon. Il serait bien surprenant que ce cas fût isolé, alors que nous savons ce procédé habituellement employé dans la littérature profane de ces temps anciens. Du seul fait que nous trouverons des livres intitulés, de Moïse, de David, de Salomon, d'Isaïe, de Daniel, nous n'en pourrons donc pas conclure immédiatement que ces illustres personnages les ont rédigés en entier et n'en sont point simi)lemcnt les patrons, du moins pour certaines parties. Ces litres appellent une interprétation. Que vaudra, sur ce point d'histoire de littérature religieuse, rupinion commune ? L'autorité que lui a reconnue le concile de Trente, en se servant de ces appellations pour désigner les Livres saints, en a-t-elle fait un enseignemeni de foi? Quelques catholiques le prétendaient de nos jours. La Commission biblique, dans ses récentes décisions au sujet de Moïse, saint Jean et Isaïe ', a réduit à leur juste valeur ces pré-

par un prêtre de Home vers 200. On y lit la phrase suivante, incorrecte traduction de ioriginal grec : ejAslula sane Jude et superscriplio (suprascripli) Jofianni.'i duas Ulux) in cathoUca habenlur. Et [ut) Sapienlia ab amicis Salo7yioms in honorem ipsius sci-ipta. En voici la traduction la plus généralement admise : « L'épilre de Jude et deux de Jean déjà nommé sont reçues parmi les écrits catholiques, mais comme la Sagesse de Salomon composée par ses amis et ainsi intitulée en son honneur. » Cf. Corn«''ly, Introdurtio in U. T. libros sacros, vol. i du Cursus Scripturas, p. 1~1.

* Décrets du 21 juin 1906 pour le Penlateuque.du 29 mai 1907pou:* le IV* évangile de saint Jean, du 29 juin 1908 pour le livre d'Isaie.

82 CRITIOl i: ET CATHOMOUE

leiitions en traitant rallribution du Pentateuque à Moïse, du l\' évangile à saint Jean, et du livre entier d'I:?aïc à ce prophète, non point comme des vérités de foi, mais comme des opinions communes, qu'on doit garder tant ipron n'a pas de raisons démonstrativesde les abandonner, selon la règle (pie nous avons donnée précédemmonl en parlant de la Tradition. L'authenticité de certains li^res est garantie par le magistère de l'Kglise comme vérité connexe aux vérités de foi, mais elle ne s'impose pas à noire croyance du seul fait que le livre est tenu pour inspiré. L'opinion courante à certains temps peut donc s'être trompée sur l'atlribulion d'un livre à tel ou tel auteur, sans qu'on puisse en conclure à une possibilité d'erreur universelle dans le discernement de l'inspiration, car, s'il était nécessaire que Dieu empécliAt l'introduction dans son Eglise de faux livresinspirés, il n'y avait pas la même nécessité qu'il nous gardât la connaissance e\a<"te des auteurs humains de ces livres.

42. Llail-il du moins nécessaire qu'il assurât la transmission intégrale du li vn; saint ? et les mutilations subies parle texte sacré au cours des temps sont-elles si considér.ddes, qu'elles aient rendu inutile l'iuspiralion du texte primitif? A l'une et l'autre question nous |»ouvoiis répondre « non ", avec une entière assurance.

Il ne faudrait pas croire que les Juifs ont toujours «u pour leur texte sacré le respect scrupuleux avec lecpiel ils lui ont conservé la forme qu'ont délinilivement fixée les travaux des Massorètes vers le ix" siècle de noire èr<'. La comparaison du texte niashoréliipie actuel avec le iVnlateuque samaritain. icb Septante et la Vulgale, l'étude des Targum ou

l'écriture sainte 83

commentaires des clifTérenles écoles juives du commencement de l'ère chrétienne, nous pcnnelicnt de constater dans le texte de l'Ancien Testament une foule de variantes, qui ne tiennent pas seulement à des négligences de copistes, à des erreurs de traduction, mais qui sont des corrections intentionnelles ou fies gloses explicatives mêlées au texte primitif.

C'est un fait admis aujourd'hui par tous les exégètes. Encore ne faudrait-il pas l'exagérer. Nous ne pouvons en quelques lignes indiquer exactement la portée de ces interpolations et mutilations. On ne peut s'en faire une idée précise qu'en parcourant un des commentaires modernes, qui s'occupent de critique textuelle. Mais sans craindre le démenti de cette expérience facile à laquelle nous renvoyons le lecteur, nous pouvons assurerque, malgré l'importance de certaines modifications de détail, nous avons encore le plan, les idées principales, les récits, et, le plus souvent, les paroles mômes du texte primitif, c'est-à-dire la .«substance des livres inspirés de l'Ancien Testament.

Le Nouveau Testament a, lui aussi, ses variantes textuelles. On sera tout d'abord surpris de lire dans l'ouvrage récent de Jaccjuier sur le texte du Nouveau Testament* qu'en rollationnant les citations scripturaires des Pères, le texte des dilVérenles versions anciennes, les 466 manuscrits onciaux (en lettres majuscules) et les 2 iU i cursifs qui nous restent du texte grec du Nouveau Testament, ainsi (|ue 1 ruîl lectionnaires manuscrits, qui en contiennent dos extraits pour l'usage liturgique, on a déjA relevé plus de

* Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, t. ii, l.e te < l» du Nouveau Testament, 2* ftd.. Paris. 1913, [). fii o\ p 4 s.].

:>:'»0(K)0 varianles. Mais, iiu'on ouvre après cela n'importe quelle édition critique du Nouveau Testament, l'édition proleslnnte de Nestlé * par exemple, qui est très répandue et donne toutes les divergences qui ont quelque importance, et on sera non moins surpris de constater <pie, sur ce nombre de '2r>0 000 variantes tout d'al)ord alarmant, la plupart ne sont que des différences orthographiques, des transpositions de mots, des équivalences d'expi>ession, des additions ou suppressions de détails et de réîlexions qui irentraînent aucune modification importante de la pensée ou du récit.

Voici les conclusions auxquelles est arrivé un critique proteslanl. spécialiste de l'étude du texte du Nouveau Teslament : c< Sept luiitirmes des mots du Nouveau Testament sont hors de contestation. Le huitième restant est formé en grande partie par des <hangements d'ordre des mots ou des différences insignilianles. En fait, les variantes suhslantielles sont en 1res petit nombre et peuvent être estimées {"i moins

* Sovum Testamentuin yriece ciiin apparatu cridco, Neslle (Wiirlecnbergisclie Bibelan.slalt). Celle édition manuelle peut, d'après l'cnryclique l'iuiidenfissiniu.'!, cire mise entre les mains des étudiants d'Écriture sainte. Noua avons maintenant une b<>nnc édition catholif|ue du texte grec du Nouveau Teslament, celle qu'ont publiée le.s l'fTos Lazaristes. Klle ne rapporte, il est vrai, que les principales variantes, mais, d'un prix plus modeste que l'édition de Nestlé, elle a l'avantage de nous donner, au lieu d'un texte éclectique, celui du codex Vullcanus, manuscrit du IV* siècle, conservé à la bibliotbf'.Miue Vuticane, un des plus anciens et des meilleurs témoins du texte original. Voici le titre de cette édition : Sovum Tentamenfuin I). ,V. Jesn C/n-i.^ti, grœce e coflice yalicnno. Inlhie e Vnhjnlii^ iti-32 d'.iivirnu 600 p., Paris, «911

L'ÉCRlTfRE SAINTE 85

de la millième paiiie du texte'. » La critique textuelle n a obtenu ce résultat pour aucun ouvrage de prose de lanliquité classique-.

Nous avons donc encore le^ livres inspirés dans leur intégrité suLslanlielle, et il est dès lors évident que l'inspiration verbale, au sens où nous lavons expliquée, na pas été merveille inutile. Non seulement elle a assuré aux Livres saints une action i)Ius puissante et meilleure sur les générations contemporaines

^ Hori, The New Testamenl in the original Greek, London, 18S-2, vol. II, p. 2.— Citation empruntée à l'ouvrage précité de Jacquier, p. 6.

• " Les variantes qui présentent quelque gravité ont pour objet les fragments deutérocanoniques (la finale de saint Marc, la sueur de sang de Nolre-Seigncur. et lapparition de l'ange pendant l'agonie, 1 épisode de la femme adultère); la recommandation de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Ksprit (Matlh., xxviii, 19'; l'auteur du Maf/nificat ; la doxologie : Chrislua qui est super omnia Deus (Rom., ix, 5) ; le fameux verset des trois témoins (I Joan, v, 7). » Brassac, Manuel biblique, t. m, Souveau Testament, p. 18. On peut y ajouter les dilTerentes finales desgénéalogics, dont pas une, comme nous le montrerons plus loin, n'implique autre chose qu'une filiation putative et légale de Jc.sus vis-à-vis de Joseph, et quelques paroles de l'institution de l'eucharistie dans saint Luc, xxii. 19-20. Les variantes de phrase et d'expression dans le narré des faits, et les additions de détail sont, par une particularité dont on n'a pas encore donné d'explication plausible, surtout nombreuses dans les deux ouvrages de saint Luc, le troisième évangile et les Actes. En raison des variantes qui atteignent parfois les textes dogmatiques euxmêmes, on ne peut pas donner une preuve stricteuunt scripturaire avant d'avoir contrôlé la valeur de la leçon textuelle qu'on cite. La critique textuelle, qui a déclaré douteux ou inauthontiques certains versets do;:ma'iques, n'a d'ailleurs ••branb' le fondement scripturaire d'aucun de nos dogmes suffisamment enseignés par des textes dont la critique n'a fait que confirmer la valeur originelle.

aii.\<iuclles ils élaient iminédialemenl destinés, mais après des siècles écoulés, le texte de ces livres n'est pas tellement mutilé qu'il n'ait gardé en grande partie sa divine valeur. Dira-l-on que le génie de Platon et d'Aristoteel rincomparable langage dont ils ont revêtu K'urs pensées n'ont eu aucune raison d'être, parce que leurs ouvrages à eux aussi, surtout ceux d'Arislote, nous sont arrivés criblés de fautes et d'interpolations*?

43. Mais si déjà les textes originaux de la Bible ne nous ont pas été conservés en état de parfaite intégrité, coinnienl le concile de Trente peut-il nous obliger à tenir [)our parole authentiquement divine une version qui n'a pas été faite sur un texte meilleur que les autres, et dont on ne peut nier un certain nombre de contre-sens en matière importante?

11 suffit d'entendre le sens et la portée du décret du concile de Trente pour en reconnaître le bien- fondé et la sage opportunité.

La Vulgale, qu'a authentiquée le concile et dont IKglise romaine se sert encore aujourd'hui, est en grande partie l'ccuvre de saint Jérôme. Son texte des livres protocanoniques de l'Ancien Testament est une

* Le plus ancien des manuscrits que nous ayons des œuvres de IMaloii date de treize cents ans après Platon. C'est pour \'irgilc que l'espace de temps écoulé entre l'autographe et la plus ancienne copie que nous po<S(^dions est le plus court, quatre cents ans, « Pour le Nouveau Testament, nous sommes mieux partagés. puis({ue, tous les livres du Nouveau Testament étant écrits vers la fin du i" siècle, nous en possédons des manuscrits complets du IV siècle, soit un écart de deux cent cinquante fi trois cents ans. » E. Jocquier, Le Nouveau Testajnenl dans rÉfjlise chrétienne, c. ii, Le tejle du Nouveau Testamcnt,2'éii Paris, 1913, p. 2.

l'écritltre sainte 87

traduction de l'original hébreu faite tout entière par le saint docteur. Le texte des Psaumes n'est qu'une revision de la version primitive, la O^hs Latina. Celui des deulérocanoniques, à l'exception pourtant de Tobie, Judith, et des chapitres additionnels de Daniel et d'Esther, traduits aussi par saint Jérôme, est l'ancien texte de cette môme Velus Latina, gardé sans modification.

La version du Nouveau Testament n'est, elle aussi, que l'ancienne latine revisée. On n'osa pas trop bouleverser le texte de livres d'usage aussi courant que ceux des Psaumes etdes Evangiles. Ainsi composée, et se recommandant de la célébrité de saint Jérôme, de l'autorité du pape saint Damase qui l'avait demandée et approuvée, de l'usage de l'Eglise romaine (jui l'avait acceptée, la Vulgate se répandit peu à peu dans toute ri:]glise occidentale et l'ut à peu près sonseul texte biblique pendant tout le moyen âge. Mais, pas plus que le texte original, elle ne put échapper aux multiples modifications de détail qu'y introduisirent la négligence des copistes ou les corrections inlcnlionncllcs de critiques maladroits, qui prétendaient l'améliorer ou supprimer les divergences introduites par la faute des scribes.

Au temps du concile de Trente, la dilTusion et l'échange plus facile des livres, grAce à l'imprimerie, avait rendu plus sensibles toutes ces divergences des diflérents manuscrits de la Vulgate. De plus, les imperfections de la version hiéronymienne apparurent au grand jour, dès que les humanistes de la Renaissance la comparèrent au texte grec. Tout bon grécisant crut alors de son devoir de donui'r au public une meilleure traduction de la parole de Dieu, sans

se douter que, pas plus que saint Jérôme, 1 humaniste n'était assuré de ne point faire de contre-sens, et sans soupçonner que le manuscrit grec sur lequel il travaillait pouvait ôlre, en maints endroits, plus éloigné que la \'ulgatedu vrai texte original. Les versions se mulliplièrenl, non sans multiplier aussi les occasions de discussion et les tentations de corruption du texte sacré, à une époque où tous les dogmes étaient remis en question, et où chacun cherchait à prouver par rÉcrilurc ses opinions personnelles.

Il fallait remédier au plus vite à cette anarchie et, pour travailler ù défendre l'unité doctrinale, prendre une mesure, qui, tout en assurant l'uniformité des citations scripturaires, sauvegardât autant que possible la fidélité de ces citations au texte primitif. Les Pères «lu concile n'ignoraient pas les fautes elles divergences des éditions de la Vulgate alors en usage. Les humanistes et les théologiens de la cour romaine connaissaient encore mieux les imperfections de la version hiéronymienne et ne maïujuèrent pas de les signaler aux légats qui présidaient le concile '. Fallait-il donc,

* Voici ce que répondaient les cardinaux-légats présidents du concile aux plaintes de la cour romaine relatives au décret : « ... Les Pércs sont tombés d'accord... que l'édition dont s'est servie l'Église romaine est la plus sûre, n'ayant jamais été accusée d'hérésie, bien qu'elle paraisse en certains en-hoils divergente du texte hébreu et grec, qu'elle soit de basse latinité, et non «ian« quelque barbarisme ou solécisme. Comme il est clair que les Juifs et les Iw-rctiques ont corrompu les textes de la sainte Ecrilure en beaucoup d'endioits, on ne voit pas à (pielle source on peut recourir plus sùmment qu'au texte gardé par l'Église, qui, oulre qu'clb* est la tête de la chrétienté par spécial privilège et gràrc d.' Dieu, s'j'sl maintenue toujours sans tache d'bérésif et sans inlerruption dans la succeMsion perpétuelle de

l'écriture sainte 89

à cause des imperfections de la Vulgate et de ses diverses éditions, renoncer au bénétice d'une version officielle, abandonner aux périls de l'initiative individuelle la traduction des Écritures, et laisser entendre que, pendant des siècles, l'Kglise avait été exposée à toutes sortes d'erreurs en faisant usage d'une version mauvaise ? Mais d'un autre côté pouvait-on imposer un texte dont on reconnaissait les fautes? Pour répondre à ces exigences opposées, le concile, en au-

ses pontifes. Voilà pour ce qui est de la réception de léJilion Vulgate latine...

« Et maintenant, quant à son incorrection, on la bien reconnue ici pour des passages qui n'entraînent aucun changement dans les choses essentielles de la foi, mais le synode n'a pas voulu approuver l'avis des députés, et confesser par un décret public que 1 édition soit formelle ment corrompue, bien que ses exemplaires soient plus ou moins corrects. En cet embarras, il a jugé plus expédient de procurer tacitement la correction efTeclive de ces livres, puis de les publier avec l'autorité de Xotre- Seigneur, et l'approbation du synode, plutôt que de proclamer solennellement l'édition crrunée, en un temps où on ne peut pas y porter remède... Ees raisons qui ont décidé le concile et nousmêmes à ne pas vouloir dillamer la Vulgate sont entre autres les suivantes... » En voici le résumé :

!• La Vulgate n'est pas responsable de toutes les incorrections de ses divers exemplaires. 2° Proclamer fausse notre édition des Écritures serait faire le jeu de nos adversaires qui en proiileriient pour crier plus haut encore que notre loi est erronée. 3" Ce serait déshonorer l'I^glise romaine qui a donné ces Écritures à l'Occident. 4' Ou bien la Vulgate a des erreurs notables, ou elle n'en a pas; si elle n'en a pas, ce serait un grand mal de l'accuser à tort; si elle en a. Sa Sainteté et le concile pourront aussi bien les corriger autant qu'il sera besoin, sans faire de scandale, et publier ensuite l'édition corrigée.

On trouvera le texte italien de la lettre précitée dans Bonaccorsi, Queslione bibliche. La Volgataal concilio di Trento.

ilO CRITIOT'E ET CATHOLIQUE

Ihenliijuant la \'uli^ale, par le décret que nous avons cité j^his liaul, domantla à l'aulorilé ecclésiasli(|ue d'en faire une édition pure de toule faute: decernit et statuit ut posthac sacra Script ara , potissimum vero hœc îpsa vctits et vulgata editio, quavi emendatissime imprimât ur.

De re que nous venons de dire et du texte nicMUo du ilécret aussi bien que <le son litre : Décret de Vêdition et de Vifsaf/e des Livi'cs saints^ \\ suit que ce décret est principalement disciplinaire, choisissant d'autorité, parmi toutes les versions en cours, celle qui lui paraît le mieux convenir pour être le fondement ii l'écusable de toutes les discussions théologiques. Celte mesure autoritaire est motivée, non point par ce fait que la Vulgale est, de toutes les versions existjintes ou possibles, la plus fidèle, mais par l'utilité qu'il y a pour l'Kglise à avoir une version officielle. D'où la possibilité pourTHi^dise de uiodifiei' cette discipline et de se donner une autre version le jour où, les circonstances étant changées, elle le trouverait utile. Et cej^endant ce décret principalement disciplinaire n'est pas purement disciplinaire et ne donne pas seulement à la Vulgate la (jualité et l'autorité extrinsèrpie de version officielle, comme l'ont dit certains auteurs modernes. En autlienti<pianl le recueil des décret^ pontiticaux réunis par les soins de saint Haymond de Fennafort, le pape (irégoire I\ pouvait leurdonner force de loi, sanss'inquiéter de l'exactitude historique <le leur attribution ii tel ou tel pape. Maison n'authentique pas une version des Livres saints, comme on auUienlique un document juridique. Le concile ne pouvait déclarer ofticielle la Vulgate, et imposer l'autorité de ses leçons à renseignement théologique, sans déclarer implicitement

l'écbitlre saime 91

que celle version pouvait Icnir lieu de bible, qu'on pouvail s'en servir comme du texte inspiré lui-mémp, parce qu'elle élail substantiellement conforme à l'original et que, dans les divergences de détail, qui n'empêchent point cette conformité substantielle, il n'y ;»vail pas d'enseignement contraire à la doctrine et à la morale catholiques '. La mesure disciplinaire relnlive à l'usage de la Vulgate implique donc la reconnaissance d'un fait dogmatique, sur lequel d'ailleurs le jugement du concile est parfaitement justifié.

Non seulement la Vulgate, malgré ses imperfections et de nombreuses erreurs de détail, reste substanliellemenl conforme àForiginaP; mais, bien loin

* < La Vulgate est bien déclarée officielle, mais on dit en même temps expressément qu'elle a valeur d'authentique, et implicitement qu'elle est conforme aux originaux, comme cela résulte de sa nature de version. Pourtant comme cette conformité n'est pas ce qui est déclaré explicitement, ce n'est pas ce sur quoi il faut urger. La Vulgate est une vraie Bible, elle est la parole de Dieu garantie par l'Église ; on peut sans hésiter en tirer des arguments dogmatiques, et on ne peut jamais rejeter son texte, quoiqu'il en soit, dans Ici cas particulier et mi'ine à propos d'un texte dogmatique, de son exactitude à reproduire un texte original, qui peut-être échappe à la critique, et dont les termes précis ne sauraient être déduits par voie de conclusion théologique. » P. Lagrange, 0. P., La revision de la l'ulgate, dans la Revue ô/ft/içi/c, janvier 1908, p. 104.

• Cette conformité substantielle n'exige nullement, comme le prétend Franzelin {De Sdcra Scriptura et Tradilione, S. 111', c. XVIII, p. 535), que les moindres propositions dogmatiques de la Vulgate aient eu leur assertion équivalente dans le passage correspondant du texte original. Certaines affirmations dogmatiques peuvent ctre, tout comme certaines affirmations historiques, des insertions de détail vis-à-vis de l'ensemble d un livre. Si leur présence ou leur absence ne modifie point la trame des idées principales ou des faits du livre, la version

CRlTIQUJi. 11 — 1

92 CRlTIQUi: ET CATHOLIQUE

iju'ollo n'ail « aucune valeur scienlificiue », comme le proclame M. Guic^nebert ', elle est la meilleure île toutes les traductions qui existaient au temps du concile de Trente, et il n'est pas rare qu'on se serve de ses lei^ons [>our corriger le texte massorétiqueou celui de lel ou tel manuscrit grec, parce qu'elle traduit un texte hébreu ou grec plus ancien et parfois plus tidèle à l'original, ('.e ne sont pas seulement les catholiques, mais encore les savants piotestants qui reconnaissent aujourd'hui cette supériorité de la Vulgate. « L'œuvre de saint Jérôme est un monument unique et sans rival parmi les traductions anciennes ^, » écrit le protestant anglais Westcott, si connu pour ses travaux sur les textes l)ibli({ues, et son témoignage n'est pas isolé ^.

qui les ajoute on los omrl reste substantiellement fidèle. La distinction de Franzelin n'a pas de fondement dans le texte conciliaire et dans son histoire, et elle est démentie par les faits. Là ou la Vulgatf* met dans Isaïe, xvi, 1. le texte prophétique suivant : Emitte agnum dominatorem lerra\ on lit dans le texte hébreu : Envoyez des agneaux aux maîtres du pays, sans aucune allusion an Messie. Tandis que dans l'Apocalypse, v, 12, la Vulgate écrit : Dignus est agnus accipere divinitatem, le grec porte richesse au lieu de divinité. Et les contextes ne permettent pas de supposer que les textes hébreu et grec de ces passages •oient fautifs. On trt)uvera d'autres exemples cités dans Bonaccorsi, La Volgatn al concilio di Trento.

* Modernisme et Tradition catholique en France, Paris, 1908, p. 31.

» W. Sraith's, Diriionnary of the Bible, t. m, p. 1700.

• « Ivi traduction de saint Jérôme surpasse toutes les autres ▼erhions en précision et en fidélité. >; Reil, Einleintung, p. 414. On pourra lire d autres citations d'auteurs protestants dans Cornély, In/rod. in V. T. lAhros sacras, t. i, p. 429, n. 10 : c'est à cette note que nous avons «-mpruntc l.i citation précédente. On trouvera aussi des témoignages analogues dans Vigoureux, Ma-

l/t':CRITURE SAINTE 03

Dès lors que la Vulgate se recommandait par sa valeur intrinsèque autant que par le long usage qu'en avait fait l'Église, le concile de Trente, désireux à juste titre de donner à tous les catholiques un texte biblique uniforme, ne pouvait mieux faire que de choisir cette version traditionnelle, tout en demandant à l'autorité pontificale d'en publier une édition type, expurgée des nombreuses fautes des éditions courantes, et même ramenée, dans les passages où cela paraîtrait nécessaire, à une plus stricte conformité avec les textes originaux. L'édition que nous en avons actuellement est la revision publiée par les soins du pape Clément VIII. Ce n'est point une œuvre définitive. La Commission biblique, en confiant aux Bénédictins le soin de colliger toutes les variantes de la version hiéronymienne, déclare par l'organe de son président, le cardinal Rampolla, qu'elle entend, par ce travail pré- Hminaire, préparer l'édition très correcte de la Vulgate, que souhaitait le concile de Trente '.

nuel biblique, Ancien Testament, t. i, c ni. art. 2 ; et en tête de la traduction de Gloire, La sainte Bible selon la Vulyate, 3' éd., 4889, t. I, p. XI, XII.

* € Déjà les Pères du concile de Trente, tout en reconnaissant la Vulgate comme édition authentique pour l'usage public de l'Église, n'en dissiiault'rent pa.s les imperfections. C'est pourquoi ils exprimèrent le vœu qu'elle fût en toute diligence soumise à un examen très minutieux et ramenée à une forme plus définitivement conforme aux textes originaux. » Lettre du cardinal Rampolla au H. /*. abbé primat des Bénédictins, 30 awril 1907. On en trouvera le texte original italien dans la Bévue biblique, juillet 1907, p. 476.

Pour qu'une correction du texte hiéronymien soit opportune et nécessaire, il faut qu'on soit bien sûr d'avoir la vraie leçon originale dans le texte hébreu ou grec, les divergences de la Vuljzate n'étant 'souvent que la traduction du texte primitif,

94 cnniQUB et catholique

La loi qui fait de la Vulgale le seul texte officiel et autorisé pour toutes les discussions théoloyiques dans l'Kglise catholique, sans interdire pour autant le recours aux textes originaux *, est donc une mesure sage et justiliée,(iui n'impose à l'esprit aucun assentiment déraisonnable, aucune obligation incompatible avec la critique.

44. Nous sera-t-il aussi facile de justifier la loi pi)rlée par le même concile de Trente pour limiter la liberté des exégètes dans Tinterprétation des Ecritures?

Pourquoi river délinilivemenl Texégèse à une herméneuti(|ueplus que vieillie, que les Pèies eux-mêmes se fussent hâtés de modifier, s'ils avaient connu tout ce que nous révèlent les récents et merveilleux progrès de l'archéologie orientale?

L'accusation serait grave, si elle ne portait pas à faux et ne tombait d'elle-même devant un exposé (pu'lque peu précis des exigences de l'intcrprélation callinlique.

modifié depuis duus les copies grecques ou hébraïques. De là vient que dans la revision Cléinenline on n'usait du texte hébreu ou grec que pour retrouver phis facilement la vrnio leçon hiéronyniienne parmi les variantes de ses ditférenls manuscrits. Pour plus de détails sur les conditions d'une bonne revision de In \'ul^;ate, voir l'étude du II. 1*. hagran^'e, La révision de la VitU/ale, dans lixHev. 6/7>/., janvier 1908, p. 102. * Ce qui est seulement interdit, c'est d'arguer d'un texte hébreu rec pour nier la vérité dogrnati(|uft afdrmée par un texte Il Vulgatc. Les enseignements dogmatiques de la Vulgate font toujours autorité, parce qu'ils représentent une vérité enseif-'ii- «•. ?oit par le passage correspondant du texte original pri inilif aujourdlnii perdu, soit par d'autres passages de la llihie et par la tradition catholique.

î/kcriture sainte 95

Les conciles de Trente et du Vatican ' sont d'accord pour limiter aux propositions dogmatiques et morales et aux affirmations de laits dogmatiques intéressant

* Un des Pères du concile du Vatican avait demandé, qu'en renouvelant la loi du concile de Trente sur l'interprétation des Écritures, on en supprimât laclausiile déterminative inrebus fulei et morum, ad asdificaiionem doctrinae christianae pertinenlixirn. Cet évêque trouvait que les exégètes abusaient de la liberté que cette détermination de la loi leur laissait, et il objectait que < TEglise interprète infailliblement toute la révélation, et par conséquent toutes les parties de l'Écriture, aussi bien celles qui sont historiques que celles qui sont dogmatiques ». L'évêqiie de Brixen, Mgr Casser, rapporteur de la commission qui avait préparé le décret en question, répondit dans la dernière congrégation générale : « Je concède que l'Église a le droit de juger du vrai sens de l'Écriture, non seulement en matière de dogmes, de vérités spéiiilatives ou d'assertions intéressant la morale, mais encore dans les propositions qui appartiennent à la vérité de l'histoire. Mais on n'en peut conclure ce que voudrait le très révérend auteur de l'objection qui vient de nous être faite. Quant à ce qui regarde l'interprétation des propositions scripturaires en matière de vérité historique, je dis que de pareilles interprétations sont ou ne sont pas contraires au dogme de l'inspiration de la sainte Écriture et de chacune de ses parties. Dans le premier cas, on peut les discuter librement. Dans le second cas, si l'interprétation proposée pour la vérité historique était en désaccord avec le dogme de l'inspiration, itff'enderel dofpna inspiratlonift, i\ y aurait là assurément une question intéressant la foi, et dont lÉglisc aurait certainement le droit de juger ». Acta et décréta concilii Viiticani. Fribourg-en-Rrisgau, 1892, p. 240. Nous emprunton-^ l'indiration de la référence au Dictionnaire de la Bible de Vigoureux, article Herméneutique, t. m, col. 624, et la citation complète à l'article du P. Nisius, KircliUcke Lehrgewalt untl Schriftauntigiing, dans Zeitsriirift fur katliolisclie Theulu[/ie, 1890 t. II, p. 289. Voir sur cette question l'étude sur L'interprétation de lit sainte Koriture par ri-'f/lise, donnée sous forme de compte rendu des articles du P. Nisius, parle P. Lagrange, dans la Ueo. bibl., bulletin de janvier 1000, p. 135-142.

90 CRITIQUi: ET CATHOI.IOUE

la lioclrine chrétieniic, les inlorprélalioiis (jui peuvent élre imposées, soit par le magistère solennel ou ordinaire lie l'Église, soit par le consentement unanime des Pi res. Il s'agit \h de vérités qui sont par ellesmêmes ol»jel de foi, de ce cpie saint Thomas appelle les credibilia per se. (Juant aux propositions en matière de science et d'histoire profane, aux credibilia per accidens, aux développements scripturaires inspirés pour la présentation liumaine des vérités révélées, l'exégèle catholique peut les interpréter librement, pourvu que son interprétation ne suppose pas dans l'Écriture une erreur inconciliable avec le dogme de rinspi ration, et qu'elle ne contredise aucune des vérités enseignées par d'autres passages de l'Kcrilure, par l'Église, ou par les conclusions rationnelles certaines de l'histoire, des sciences et de la philosophie.

Se peut-il règle plus sage, et la liberté qu'elle laisse aux exégètes n'est-elle pas suffisante ? Pour ce qui est de l'interprétation en matière de vérité religieuse, dogmatiijue ou murale, le concile ne tient nul compte des progrès possibles de l'archéologie orientale, c'est vrai. Mais qu'a donc à voir l'archéologie avec l'enseignement de la vérité religieuse? La connaissance de celte vérité ne dépend point des sciences historiques dont le développement peut ruiner aujourd'hui des hypothèses scientifiques, qui, hier encore, paraissaient plausibles; mais elle nous vientde l'influx de TEsprit- Sainl, qui ne peut jamais nier ce qu'il a fait enseigner comme vérité de foi par son Kglise et le consentement unanime de ses docleurs autorisés.

Les inlerprélalionsainsi imposées ne .sont d'îiilleurs pas nombreuses. « Eu toni petit nombre sont les textes <|r»iil le sens a été défini |)ar l'Église, écrit le P. (^or-

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nély, et moins nombreux encore, si je ne me trompe, sont ceux dont l'explication est garantie par un consentement unanime des Pères '. »

Quant à l'interprétation des propositions scripturaires en matière historique et scientifique, non seulement l'exégèle a le droit, mais il a le devoir de tenir comy»te des progrès de la géologie et de l'archéologie, car il est strictement obligé de ne pas mettre l'enseignement des Écritures en opposition avec les données certaines de la science et dej'histoire. C'est ce que le cardinal Bellarmin affirmait déjà, quand, dans la lettre citée plus haut (p. 35, note 1 ) sur Tafï'aire de Galilée, il écrivait: « Je dis (jue s'il y avait une vraie démonstration prouvant que le soleil est au centre du monde et la terre dans le troisième ciel, que le soleil ne tourne pas autour de la terre, mais la terre autour du soleil, alors il faudrait apporter beaucoup de circonspection dans l'explication des passages de l'Kcriture qui paraissent contraires, et dire <jue nous ne les entendons pas plutôt que de déclarer faux ce qui est démontré ».

Cette nécessité de respecter l'accord de la vérité naturelle avec la vérité surnaturelle, de la raison et de la foi, est une des lois fondamentales de l'enseignement catholique; aucun exégète orthodoxe ne saurait s'y soustraire, mais il peut y avoir dissentiment sur la façon de l'appliquer. C'est même autour de cette question que gravitent aujourd'hui toutes les discussions des catholiques en matière d'Écriture sainte.

* Paucorum admodum textuum sensum ab Ecclesia definitum esse diximus et pauciorum, ni fallimur, exjilicatio habetur ex unanimi Patrum consensu. — Inlrotl. in U. T. Libtos sacras, vol. i, p. 593.

Les Pères iiilorprélaienl les propositions scienlitiques et historiques de l'Écriture sainte avec les idées de leur temps; ces idées ayant été bouleversées par les prot,n-ès tout récents et considérables de la j^^éologie et de rhi>loire ancienne, il n'est pas étonnant que l'cxégète contoniporainaitànous donner des interprétations nouvelles. Mais que valent les données de la science sur lesquelles il les motive? sont-elles assez certaines pour qu'on doive abandonner des intei[)rélations si communément admises dans l'Éi^lise et toucliant de si près aux vérités religieuses, qu'on peut se demander si elles ne sont pas vraiment vérités de tradition? La nouvelle interprétation pro|)osée sauvegarde-t-elle suflisamment l'inerrance du livre inspiré? Tels sont les doutes, parfois délicats, qu'ont à discuter les exéi»ètes catholiques et (ju'ils peuvent et doivent discuter en toute liberté et charité, pourvu qu'ils soient disposés à ne pas soutenir une solution que l'Eglise aurait écartée el condamnée comme contraire à son enseignement, ou incompalilde av(.'c l'inerrance.

45. Celte obligation de soutenir l'inerrance biblique est, nous dit-on, l'obstacle insurmontable qui interdit absolument à l'exégète catholique d'être à la fois l'interprète loyal du texte sacré et le disciple sincère des le<;ons les mieux garanties de la science moderne. Les propositions scripturaires paraissant souvent en contradiction entre elles ou avcîc les données les plus certaines de la science, comment l'exégète peut-il, en leur laissant leur vrai sens, soutenir encore qu'il n'y a pas d'erreur dans la Bible? Telh; est la dernière difficulté que nous ayons à résoudre au sujet de l'Lcriture sainte ♦?l(|ue nous résoudrons comme l(îs autres en expliquant la notion catholique à laquelle on l'oppose et que

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l'on trouve absurde parce qu'on s'en fait une idée fausse.

Quand nous parlons d'inerrance biblique, beaucoup s'imaginent que nous revendiquons pour le texte inspiré une perfection si divine qu'il doive exprimer adéquatement la vérité qu'il enseigne, sans rien laisser filtrer des erreurs qui, sur d'autres questions, peuvent se trouver dans l'esprit de Thagiographe et sans éveiller aucune idée fausse dans l'esprit de tout lecteur capable de saisir le sens grammatical le plus obvie de la phrase inspirée. Non, le langage de la Bible n'a pas cette perfection. L'Église le sait si bien qu'elle a toujours mis les fidèles en garde contre une lecture de la Bible faite sans commentaire et interprétation. Prenons comme exemple le verset 5 du psaume cm :

Il (Jahvé) a fondé la terre sur ses bases, VA](t ne sera jamais ébranlée.

A prendre ce verset au sens oinie, nous y trouvons: 1'' deux contradictions avec la science moderne qui nous affirme que la terre n'est pas construite sur des bases solides et qu'elle est toujours en mouvement; 2° une contradiction avec l'expérience largement faite en tout temps des tremblements de terre; 3"* une contradiction avec les textes bibliques qui nous parlent de ces tremblements de terre et des bouleversements de la fin du inonde. Et cependant, pour ce verset comme pour le reste de la Bible, l'Église revendique le privilège de l'inerrance, mais d'une inerrance qui, tout en éloignant l'erreur, ne soustrait pas le langage biblique aux conditions et imperfections du langage humain.

Or le laiierasre humain n'exprime pas toujours uniquenu'iil et en termes précis le jugement (|ue veut communicjuer celui cpii parle ; il exprime souvent en môme temps plusieurs autres choses sur lesquelles l'auteur ne prononce aucun jugement. Soit la phrase suivante: M Au coucher du soleil, je lève les yeux au ciel et crie ma misère au Dieu vers qui jamais ne monte inutilement la prière. » A cpii m'objecterait : «Oue d'erreurs dans ce langage; le soleil ne se couche pas, Dieu n'est pas plus en haut qu'en bas, vous ne criez pas en faisant votre prière, et la prière n'est pas toujours exaucée, » je répondrais: « Je n'ai rienaflirméde tout cela; rendez-vous compte de ce que je veux dire et garantir comme vrai; ne me chicanez sur le coucher du soleil et la situation de Dieu que lorsque je parlerai cosmologie et théologie. Ce mot ci'ier est une image ; enfin ne m'obligez pas à vous exposer toutes les conditions d'elTicacilé de la prière à chaque l'ois que je la dirai toujours bienfaisante ». Le psalmisle que nous avons cité nous dirait de môme: « Rendez-vous compte de ce que je veux dire et garantir comme vrai, je ne fais pas de cosmologie et, quoi qu'il en soit des bases de la terre, que je ne connais pas mieux que mes contemporains, je veux simplement vous assurer, en me serv.int du langage courant, que .lahvé est le créateur (le la terre, que la terre m'offre un appui toujours ferme, et qu'il en sera ainsi tant que Jahvé le voudra »> .

En langap^e inspiré comme en langage profane, il ne peut y avoir erreur que là où l'auteur prend k son compte une affirmation ou une négation et dans la mesure ou il prétend nous la donner comme vérité. L'inerrance biblique ne garantit pas toutes les propo-

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sitions qu'on peut extraire de la Bible, mais celles-là seulement dont l'auteur prend la responsabilité.

46. L'application de ce principe va nous permettre d'écarter toutes les objections qu'on fait à la Bible au nom des sciences naturelles. Il y a lonj^ lemps que saint Augustin nous avait dit que dans l'Écriture sainte Dieu n'entend pas nous enseigner des vérités profanes, qui n'ont rien à faire avec le salut ' ; cl, bien avant Léon XIII -, saint Thomas en concluait déjà qu'en matière de science naturelle l'auteur sacré, n'ayant pas à corriger les opinions populaires, pouvait, sans les garantir, les reproduire, parler selon les apparences et en prendre occasion pour donnerson enseignement religieux. C'est ainsi que, dans la Genèse, l'écrivain sacré, voulant enseigner que la pluie et le lirmament sont œuvre de Dieu aussi bien que l'océan, nous dit simplement: Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux séparant les eaucc d'avec les eaux (Gen., i, 6). Une telle manière d'exprimer la création de l'atmosphère et de la pluie suppose évidemment l'opinion populaire qui se représentait le ciel ronime une voûte solide, entourée d'eaux supérieures tombant de temps en lemps sur la terre, par les ouvertures qu'ouvrait ou fermait, dans la voûte, l'action divine. A ne considé-

* De Gen. ad litteratn, 1. I, c. ix, n. 20, P. L., t. xxxiv, cul. 270, cité par \'Qï\c'^'Q\\i\UG Providentissunus Ueus, p. 34.

• Léon XIII, dans son encyclique, loc. cil. (p. 34), insiste sur cet emploi des façons vulgaires de parler employées dans le langage biblique et s'en réfère à la rétlexion de saint Thomas : Moyses, rudi populo condescendens, seculus e.<il quœ seiisibililer apparent. I*, q. lxx, art. i, ad 3"". La doctrine que suppose cette pensée est plus développée encore dans l'art. 3 de la q. i.xviii, où nous avons pris la citation donnée dans la note suivante.

102 CRITIQUE ET CATIlOLIQlJi:

rer que superliciclloineiit le texte de la (leiièse, on pourrait croire (ju'il nous enseigne eclle opinion populaire. *< Mais, ajoute saint Thomas, parce que des raisons vraies nous montrent que cette opinion est fausse, il ne faut pas dire que telle est la pensée de l'Écriture, et considérer que Moïse parlant à un peuple ignorant et condescendant à sa faiblesse d'esprit, ne lui a représenlé les choses que sous la forme que leur dt)nnait ra[)parence sensible *. » C'est encore ainsi qu'une mère apprend à son enfant que Dieu a fait la voûte bleue du ciel, le tonnerre et les étoiles, avant de lui donner aucune explication astronomique ou météorologique, en se servant des imaginations de l'enfant, sans lui en i^^aranlir la parfaite objectivité.

•< En fait, écrit M. Merkelbach, professeur de dogme au grand séminaire de Liège, il n'y a très probablement pas d'assertions scientifiques ex professa^ ni par conséquent de vérités scientifiques dans les Livres sainis : et dès lors le conflit entre la science expérimenlali; et la Bible devient radicalement impossible, devient une cpieslion oiseuse. C'est la meilleure réponse à donner en apologétique à ceux qui objectent le désaccord de la science et de la foi 2.»

* Aliffuis considernndo superficie tenus litleram Gevesis, posset talem imaginnlionem coticijiere secunduin quorunidam (uiliquorum pliilosofjfiorum posilionem... Sed quia isla positio per veras rationes faba dejnelirriditur, non est dicendum hune esse inlelleclum Scripturie ; srd considernndum e.v/ quod Moyses rudi populo loquebatur quorum imhecilli/aticojidescendens, illa solum eii proposuit, tfua» manifeste senaui apparent. 1*, q. Lxviii, art. 3.

• L'inspiration des divines écritures, Liège, 1911, p. 43.

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