‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 8 sur 66 · I.'ÉCHlTLIii: SAINTE · texte numérisé non relu

I.'ÉCHlTLIii: SAINTE

47. En diroiià-nous autant des propositions historiques? Non, car si la Bible n'est jamais un livre de science, elle est souvent un livre d'histoire, et elle contient beaucoup de propositions historiques garanties par le jugement de l'hagiographe qui les fait siennes et veut qu'elles deviennent nôtres. 11 ne faudrait cependant pas en conclure que toutes les propositions d'apparence historique qu'on rencontrera dans la Bible sont prises à compte par le rédacteur, dans toute l'extension et la compréhension que peut leur donner leur énoncé grammatical, indépendamment des procédés littéraires et des intentions de l'auteur.

Tacite est un historien. Il ne s'ensuit pas qu'il nous garantisse l'objectivité de toutes les propositions de ses Annales. Il ne nous donne point les discours qu'il compose lui-même comme la sténographie de ceux qui ont été prononcés, mais comme l'expression fidèle des se ''inents du personnage mis en scène. Il n'entend pas nous laisser un raj>port de j)olice, mais il use quant aux détails de la liberté d'exposition qu'a encore aujourd'hui l'histoire et dont l'histoire ancienne usait plus largement. On ne pourra accuser Tacite d'erreur que là où il se trompera et nous trouipera quant à la substance des faits et au caractère des personnages dont il entend laisser le souvenir à la postérité.

Mais si, dans l'interprétation des livres profanes, il faut tenir compte de leur génie littéraire pour déterminer la valeur historique que l'aulcur enten»! donner à ses assertions, la même règle s'impose pour les écrits bibliques. C'est déjà saint Augustin qui le remarque : « Dieu, se servant d'hommes pour nous parler dans les écritures, y parle avec les allures du

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langage humain ». In acripturis per liomines, more homimwi loquitur Deus '.

48. Celle loi d'interprélation scripluraire est acceptée aujourdliui par les exés^èles les plus conservaleurs. Pour élre sûr de no rien dire d'excessif, c'esl au H. P. Bruckor que nous en em})runlerons l'exposé.

« La détermination du genre littéraire est de grande importance dans l'exégèse.

« Tout le monde sait que le genre de composition est un des éléments essentiels à considérer dans l'interprétation. La si^^niification naturelle des termes, le contexte ne suffisent pas toujours à nous éclairer sur le contenu précis des affirmations d'un écrivain : tout autre, par exemple, sera la portée d'un récit et le poids à donnera ses détails, suivant qu'on le trouvera dans un document de caractère strictement historique ou dans un écrit d'intention purement morale ou édifiante. Ici donc c'est le genre adopté, tel qu'il résultera de l'ensemble delà composition, (jui décidera s'il faut prendre toutes les circonstances rapportées comme des faits réels, ainsi que le demande une histoire proprement dite, ou si l'on doit passer légèrement sur la n'alité des faits, du moins (|uant à leurs détails, pour n'en retenir que la leçon morale et religieu.se.

«... Non .seulement ces livres (de la Bibh^) ont leur genre de composition, comme il est manifeste; mais on peut supposer (|ue leurs auteurs se sont conformés, dans ces genres, aux usages reçus parmi les écrivains profanes, et qu'ils veulent être compris en conséquence.

* De civiiale Dei, xvii, (J, /'. A., t. xr.i, col. ..:i7.

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«... Ainsi l'inspiration ne modifie pas les conditions du genre : elle les suit ol s'y adapte. Elle ne confère à aucune affirmation de l'auteur inspiré plus de portée que le genre de composition ne conduit à lui en attribuer. De même, donc, qu'elle ne rend pas certaines et précises des affirmations que les écrivains sacrés énoncent sous forme dubitative et vague, elle n'apporte pas non plus la rigueur historique à des récits (jui, par leur genre bien reconnu, n'y prétendraient point.

« Ce qui vient d'être dit du genre doil s'entendre aussi du procéda littéraire, qui est, dans une partie plus ou moins grande du livre, ce que le genre est pour l'ensemble. Chaque genre a ses procédés propres : la poésie a les siens, qui ne sont pas ceux de la prose; dans la prose même, le récit moral ou édifiant a des procédés que n'admet pas la narration strictement historique. Mais il y a aussi des procédés particuliers aux écrivains orientaux, et spécialement à nos écrivains bibliques ; enfin, un écrivawi a souvent des procédés à lui.

« Il faut savoir discerner et comprendre ces procédés pour interpréter exactement la Bible.

M C'est parfois un problème très délicat de définir le genre auquel appartient un livre ou un morceau bibhque. Il est en effet malaisé à un esprit occidental et moderne d'entrer, comme il faudrait, dans le goût et la manière de concevoir et de s'exprimer des vieux écrivains hébreux ^ »

Avant donc de citer telle ou telle phrase biblique comme témoignage historique garantissant l'objecti-

* L'Église et ta critique biblique, p. 50-58.

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vite «lu \\\\i qu'elle meiitioiine, il faut se demander au préîdalde ce que celle phrase représente en fonction des inlenlionsde l'auteur et de son procédé littéraire. Cette question préalable est souvent aussi nécessaire que difficile à résoudre.

49. Klle est nécessaire. Voici comment le P. Gornely, S. J. ', après avoir admonesté ceuxciui acceptent sans contrôle tous les dires des historiens greca, égyptiens ou babyloniens, rappelle à la prudence les exégèles simplistes qui font état sans discernement de toutes les propositions bibli(iues, prises dans la matérialité de leur sens obvie.

« Fne grande prudence est pareillement nécessaire à l'interprète dans l'appréciation des renseignements historiques des Écritures. Combien il doit prendre garde de vouloir trouver dans ces livres sacrés des choses que ceux-ci n'ont pas voulu nous apprendre! C'est qu'en cITet ils ne nous ont pas été donnés pour nous enseigner l'histoire et la chronologie, mais pour nous être sources de salut. Ce que saint Augustin nous enseigne au sujet des vérités de science naturelle est pareillement vrai des choses d'histoire profane. L'esprit de Dieu qui parhiit par les écrivains sacrés n'a j)a^ voulu enseigner aux hommes des choses qui ne leur soient d'aucune utilité. Les Livres saints ne racontent pas mAme dans .son intégrité toute l'histoire du peuple élu, mais seulement ces faits de la vie des patriarches, de l'hisloire des Israélites et des nations

• Le IV Corn^-ly fi été l'iniliatfiir et le directeur du grand Cwrsu.9 Scriplurm des Pères Jr.snites; il en a rédigé plusieur.s volumes. (Test à lui que Léon XIII a confie la préparation de l'encyclique frovidentiMsimut.

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voisines que TEsprit-Saint a jugés nécessaires ou utiles à notre intelligence de l'économie du salut. Ce n'a pas été et ce n'est pas encore une petite faute que celle des interprètes qui, insuffisamment attentifs à ce but et à ce caractère des Écritures, les traitent comme si elles constituaient un résumé de chronologie d'histoire sacrée et profane qui nous aurait été divinement donné. Si Dieu avait voulu nous enseigner dans les livres sacrés la chronologie et l'histoire, il aurait certainement veillé avec une providence spéciale à ce que les nombres d'années, les noms de personnes, de nations, de pays et autres données de même genre qui ont quelque importance en histoire nous soient conservés sans corruption. Car personne n'ignore quelle incertitude règne principalement sur ces renseignements, combien nombreuses et combien grandes sont en cette matière les dilTérences entre les textes originaux et les principales versions. Que l'interprète soit donc sobre et très prudent dans la construction de ses systèmes chronologiques et historiques et qu'il ne donne jamais ses conclusions pour certaines et indubitables avant de les avoir démontrées par des argimients éprouvés et très solides.

« Un autre point (|ui doit solliciter l'attention de l'interprète, c'est la manière dont les faits historiques sont lapportés par les écrivains sacrés. Car, au témoignage de saint Jérôme, il est assez habituel aux Kcritures, consuetudinis scripturarum est^ que l'histol'ien rapporte une opinion très répandue, opinioncin iimltùi'uin, à la façon dont elle était acceptée par tous en ce même temps et « beaucoup de choses sont dites « dans les Écritures selon l'opinion du temps où les faits <t suut racontés et non pas selon ce que contenait la

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vérité du réel '. >' De très grande importance est cette observation du saint docteur, qui par elle nous avertit de ne pas presser la signillcation des paroles des Écritures selon l'état actuel des sciences, mais de les expliquer d'après l'esprit et l'intention des auteurs sacrés. — Noie : Celui-là s'exposerait lui-même et la sainte Écriture au ridicule, qui, du texte des Actes, 11, 5 : il y avait à Jérusalem des hommes religieux de toute nation qui est sous le ciel, ou de l'épître aux Romains, I, 8 : votre foi est prêchée da?isle monde entier ,

Saint Thomas connaissait et appliquait ce principe d'interprétation scripturaire formulé par saint Jérôme. En voici deux exemples :

Après avoir établi que Moïse, au Sinaï, n'avait pas eu la vision de l'essence divine, le saint docteur écrit : quod evgo dicitur, quoil loquebalur ei facie ad faciem secundum opinionem populi loquitur Scriptura, qui putabal Moysem oread us loqui cum Deu, cum per subjeclam crealuram, id est per angelum, et nubem, ei loquei'eltir, et apparerel : vel per visionern faciei intelligiiur quœdam eminens conlemplatio et familiaris infra esstentiae divinse visionem. V II», q. xcviii, art. 3, ad 2"".

On trouve une réponse de même genre dans lalh, lI^^q.cLxxiv, art. 5, ad 4"". 11 s'agit de savoir si Samuel, évoqué par la pythonisse d'Endor, n'a pas prophétisé après sa mort, comme semble le dire un texte du sage qui a écrit lEcclésiastique et y a parlé ainsi de Samuel : Exaltant vocem ejus de terra in prophetia delere impietatem yentls XLvi, 23). Saint Thomas répond d'abord que l'âme de Samuel a pu être chargée par Dieu de porter un message à SaQl, puis il ajoute en parlant du texte précité : quamvis etiam dici posait, quod 7iou f'uerit anima Samiielis, sed dwmon ex persona ejus loquens ; queni Snpieu.s Samuelem nominat, et ejus prfenuntiationem propheticam, secundum opinionem Saulis et adstantium qui ita opinabantur.

On peut abuser de cette doctrine; ce n'c^l pas une raison d'en nier la vérité, mais seulement d'en surveillerlapplication. L'Église D'y manquera pas.

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voudrait conclure qu'il y avait des Américains à Jérusalem le jour de la Penlecôle ou que déjà, au temps de Paul, la foi des Romains était prôchée en Amérique ou en Australie... Si dans Genèse, vu, 19, on nous dit que les eauo: ont inondé toute la terre et couvert toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel, ne faut-il pas Tentendre, selon l'opinion du temps, de la terre alors habitée et connue ? On pourrait citer une foule d'autres exemples. — Combien de difficultés n'auraient jamais été proposées, si tous les interprètes avaient toujours eu devant les yeux l'avertissement de saint Jérôme.

« Que l'interprète soit donc prudent dans l'acceptation des assertions des historiens profanes ; qu'il soit également prudent dans l'appréciation des témoignages historiques des Écritures, et il ne lui sera pas difficile démontrer que toutes les données historiques certaines et indubitables que la science profane a pu tirer jusqu'ici, ou pourra tirer soit des monuments dits préhistoriques, soit des documents hiéroglyphiques et cunéiformes, soit des livresou inscriptions des Hindous, Chinois ou autres peuples, sont d'accord avec les renseignements certains et indubitables des Écritures '. »

' « Magna (|uo<|ue caulio inlcrpreli necessaria est in Scripturaruni liistoricis relaUunibus dijudicandib. Quain maxime enini cavere débet ne illa in libris sacris invenire vclit, quœ Iradere nolueiunt. Etenim eum in linem nobis non >unt dali, ut historiam chrouologiaiuque nos docerent, sed ut nobis salulis essent fontes. Quod de rébus naturalibus docet sanctus Auguslinus, id eodem modo de historicis voruni est : « Spiritus Dii, qui pcr « scriptores sacros ioquebalur, noluit isla doccre bomines nulli « saiuli profutura. » Ne ipsam quidcm popuii electi historiam

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50. Mais si le discerru^monl des propositions enseignées et garanties par riiai^iographe est une loi néces-

jnte.eram narrant libii sacri, scJ illi sola facla sivc vil;p Pa- Iriarchanini i^ivc hisloria) Israelitai-unidniliniaruniquc gentiuni, quae, ut salulis œconomiam intelligeremus, Spiritus Sanclus necessaria vcl utilia indicavit. Ilaud parum hac in re peccatuni est et peccalur ab inlerpretibus, qui isto Scriptnrarum fine et cliaractere non salis altentis illas fere tractant, ac si chronologiiE et historié' sarric et profanic ronipendium quoddani divinitus nobis dalnui constituèrent. Profeclo Deus, si librisi sacris clironologiam et historiam nos docerc voluisset, providentia speciali invigilasset, ut annornm numeri, personarnm, gentium, tcrrarum nomina aliaquc id genus. qucB in historia alicuius monicnti sunt, incorrupla conservarentur. At quanta in illis prœcipue rébus editionum noslrarum biblicaruni sit incerliludo, quot quanluique in illis intcr textus primigenios et inter prœcipuas versioncs difTcrentia-, nenio ignorât. Sobrius igitur sit interpres caiitissinïusque in syslematis cbronologicis historicisque staluendis; neve unquaui ea, quœ slatuit, pro certis et indubitalis vendilet, quin invictis et solidissimis argumentis ea deraonstrel.

« Alterum ad quod allendat interpres oporlet, niodus est, ([uo facta hislorica a sacris scriptoribus referuntur. Teste enim sancto llieronimo consuctudinis Scriptnrarum est, ut opinionem inuitoruMi sic « narret bistoricus, quomodo eo tenipore ab «omnibus credebatur, » et multa in Scripluris sacris dicunlur ixLxla opinionem illius (emporis, qno gesta referuntur^ et non iuxia quod rei verilas continehnl. Maximi momenti est Ii.ec S. Doctoris observalio, qua nos monet, ne Scriptnrarum verba secundurn bodiernum scientiarum statum preniaïuus, sed ex sacrorum srriptorum monte et intcntione explicemus.

Nota. — « Hisui se ipsum et S. Scriplnram exponeret, qui ex Act., Il, r» (« «Tant autcm in Icrusalem... viri rcligiosi e.r omni « natione, qu:r snb ciclo est ») aut ex Hom., i, H, (« iidcs vestra € prœdicatur m xmivrrsn ynundn ») deducere vellet, Aniericanaruin gentium quosdani lerosolymis in die Pentecoslcs fuisse, aut fidem Ilomanorum iam l'auli tempore in America et Australia celcbratam ebsc. Kt li Gen., vu, 19, « a({ua> prauvaluissc super

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saire de toute bonne exégèse, elle est aussi, comme nous l'avons dit, d'application difficile et d'emploi délicat. On en abuserait, comme le noie le P. Brùcker, si on l'appliquait à tort et à travers, en vertu de ce ]>rincipe faux que, toujours et dans tous les cas, « en histoire comme dans les choses de la nature, l'écrivain biblique reste au niveau de son temps, parle suivant les idées et les connaissances de ses contemporains^ ». Ce serait revenir à la doctrine condamnée de l'inspiration limitée aux enseignements dogmatique set moraux. Il faut donc rechercher, pour chaque cas particulier, quelles sont les intentions de Tauleur; et nous ne devons pas être surpris que, dans des fiuestions aussi délicates de psychologie littéraire, où la preuve n'est pas facile à faire, il y ait discussions entre les exégètes catholiques. La brièveté de notre étude ne nous permet pas d'entrer dans ces discus-

« terram et operti esse omnes montes excelsi sub universo i.L'Io, » dicuntur, nonne id etiam « iuxta opinionem illius teni- « itoris y? de terra eo tempore habitata hominibusque cognita intelligendum est? Innumera alla eiusmodi exempla afferri possunt.

« Quot diflicultates nunquain essent propositae, si omnes interprètes semper sanrti Hieronymi monitum pra» oculis tiabuissent!

Cautus igitur sit interpres in recipiendis profanorum histoncorum assertionibus, r.iutus quoque in Scripturarum teslimoniis historicis dijudicandis, et oinnia ea, quae profana scientia sive ex monunientis quaî dicuntur prœhistoricis, sive ex docuuienlis hierogiypliiciset cuneiFormis. siveexindorum, Sinensinm aliorunique populoruni lihris vel inscriplionibus cerla et Indnbilala hucusque protulit aut future tempore proferet, cum Scriplurarum certis et indubilatis relationibus conspirare haud difficili negotio demonstrabit. »

» Op. cit., p. 62.

\\2 CniTIQUE ET CATHOLICITE

siens, encore moins d'y prendre parti. Nos lecteurs feront même bien d'imiter celte réserve à moins qu'ils n'aient beaucoup de loisirs à donner à l'exégèse et la facilité de pousser ces études à fond. Nous nous contenterons donc d'éclairer les principes que nous avons exposés par les exemples que nous fournira la réponse aux objections citées plus haut.

51. La comparaison des premiers chapitres delà ficnèsc avec les vieilles légendes babyloniennes*, bien loin de donner lieu à objection sérieuse contre l'inspiration, nous fait pour ainsi dire toucherdu doigtl'œuvre de TEsprit-Saint. Son intervention nous explique en effet comment les mêmes anciennes traditions, qui se sont développées en légendes mythologiijues chez les Chaldéens, sont devenues, sous la plume de l'écrivain sacré, des récits purs de toute idolâtrie et dont la simplicité naïve a rendu familiers à tous les Juifs les grands enseign<Mnents historico-religieux de la création, du souverain domaine de Dieu sur toutes choses, du double élément corporel et spirituel dont l'homme est constitué, de la fraternité oe tous les hommes dans l'unité d'un même sang, de la déchéance originelle et des divins espoirs de relèvement de l'humanité.

.Mai>, pour ineltre à la portée des petits ces grande*^ vérités, l'Ksprit-Saiiit et Moïse ont choisi le g(Mirc littéraire de l'histoire populaire. L'cxégète doit en

• A qui vuu'IraH faire fie près relie comparaison, nous recomniamlons vivenient le livre du P. Dliorme, 0. P., Choix de loxles reii'/i^ux ay^tjnt-tiiihijlouir.nfi. Tons les lexle» cunéiformes «pii ont «pielqu* analogie avec les récit» bibii(pje8 y sont traduits et comment'!-».

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tenir compte et, en conséquence, ne pas prendre à la lettre les métaphores et les anthropomorphismes que comporte un tel genre littéraire et ne pas considérer comme enseignement scienlitique les propositions impliquées dans une description du monde faite en lonction des idées du temps. C'est la Commission biblique elle-même qui le rappelle aux catholiques tentés de l'oublier '.

Si maintenant des premières pages delà Bible nous passons aux dernières, nous y trouvons au contraire de l'histoire beaucoup plus stricte.

52. Après les récents décrets de la Commission biblique du 26 juin 1912, sur saint Marc et saintLuc^,on ne peut plus discuter sur le genre littéraire des récits évangéliques. Les évangélistes ont piétendu écrire

* N*' V el vi lia décret du 30 juin 1909 sur le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse. Enchir., n. 212o, 2126.

« Utrum dicta et gesta, quas a Marco juxta Pétri praedicationem accurate et quasi graphice enarrantur, et a Luca, asseciito omnia a jtrincipio diligenter per testes fide plane dignos, quippe qui ab inilio ipsi viderunt et ministri fueruntsermonis (Luc, i,2-3), sincerissime exponuntur, plénum sibi eam fidem hisloricam jure vindiceut quain eisdem semper prseslitit Ecclesia ; an e contrario eadem facta el gesta censenda sint hi.itorica veritate, saltem ex parte, destituta, sive quod scriptores non fuerint testes oculures, sive quod apud utrumque evangelislam defectus ordinis ac discrepantia in successione factorum haud raro deprehendantur, sive quod, cum tardius venerint et scripserint, necessario conceptiones menti Chrisli et apostolorum extraneas aut facta plus minusve jam imaginatione populi inquinata referre debuerint, sive dei/ium quod dogmalicis ideis prœconceptis, quisque pro suo scopo indulserint ?

R. Affirmative ad primam partem, négative ad alteram. — Nous empruntons ce texte ù la Revue des sciences phil. et tliéol.^ 1912, p 629.

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tic l'histoire en nous rapportant les paroles et les actes, dicta et ycsta, du C.iirisl et des apôtres. Ils ont pris soin de n'y rien mêler de ce que l'imaginalion populaire aurait pu y ajouter d'embellissement et, dans les enseignements qu'ils nous disent être de Jt^us, ils n'ont introduit aucune pensée étrangère à la pensée du Maître, aucune modification inspirée par leurs propres conceptions dogmatiques. Voilà ce que riiglise a toujours pensé de la valeur historique de ses Évangiles.

Mais il ne faudrait pas abuser de ce mot histoire pour demander aux évangélistes plus que de l'histoire et leur reprocher, comme des erreurs, des divergences d'expressions et de détails qui sont une garantie de leur humaine véracité et qui ne sortent pas des limites de la liberté d'allure qu'a toujours eue l'histoire et qu'elle garde encore de nos jours. Si récent que soit le l'ait raconté et si net qu'en soit le souvenir, jamais celui qui nous le rai)porte n'aura la prétention de nous peindre les gestes des acteurs et de nous rapporter leurs paroles avec la précision d'un cinématographe et d'un phonographe. A l'impertinrnt qui l'interrompra pour rectifier un petit détail d'hrure, de localisation, d(^ couleur, une légère modification des paroles rapportées, le conteur aura vile l'ail de répondre, non sans (pielque impatience, que, si on exige de lui cette acribie, il n'a plus qu'à se taire. Cett»* impatience est justifiée. Tout récit serait inq)Ossib]c s'il fallait que le narrateur nous garantit non pas seulement la réalité des faits, pensée» et sentiments dont il est h; rapporteur, mais l'objectivité intégrale de tout ce que peuvent signifier 1rs paroles dont il se sert pour exprimer .ses souve-

l'hcriturh sainte 115

nirs. C'est ainsi que M. Brassac a pu écrire à propos des antilogies des évangélisles : « Si la contradiction paraît établie, on opposera à l'objection une fin de non-recevoir, à cau.>c de l'insuffisance de nos informations, ou bien l'on reconnaîtra que l'histoire demande simplement à l'auteur de reproduire exactement la substance des paroles et des faits sans les nuances et les minutieux détails, et que l'inspiration ne change pas le genre de l'histoire. Ces divergences in\ sont pas des erreurs au point de vue de l'inspiration. Pour qu'il y eût des erreurs, il faudrait que l'auteur eût voulu affirmer ces petits détails. Or on peut en douter, car ils importaient peu à son but essentiellement religieux ' ».

53. Personne ne soutiendra que les évangélistes nous garantissent absolument comme prononcées toutes les paroles qu'ils mettent sur les lèvres de Jean- Haptiste ou de Jésus. Jean-Baptiste, voulant exprimer son étal d'infériorité vis-à-vis de Jésus, a-t-il dit : Je ne suis pas digne de porter ses chaussures^ comme l'écrit saint Matthieu (m, H), ou : « Je ne suis pas di[j7ie de délier la courroie de ses chaussures^ comme le note saint Marc (i, 7)? Peu importe. Les deux

* Manuel biblique ou Cours d'Ecriture sainte à l'usage desséminaires, de M.M. Vigoureux, liacuez et Brassac, 111' part., Nouveau Testament, 13' édit., p. Ii2; Chauvin, I.' inspiration des divines Écritures, Paris, 1896, p. 156; Le Camus, Vie de N.-S. J.-C.y 6' éd., Paris, 1907, t. m, p. 63, 208. Il importe de noter que cette doctrine se distingue de la thèse des ohiter dicta condamnée par l'encyclique Providentissimus. Dire que l'inspiration, s'éteiid.inl à tout le récit, laisse à l'écrivain son mode humain de parler, en l'empAchant de se tromper dnns ses affirmations, ce n'est pas limiter l'inspiration aux propositions dogmatiques ou morales.

1 h) CRITIQUE ET CATHOLIQUE

phrases boni vraies, si saint Jean-Baptiste, parlant des chaussures du Seigneur, ne voulait qu'exprimer les senlimenls d'humilité que déclarent également l'une et 1 aulre formule. C'est saint Augustin qui fait celte remarque et il ajoute (ju'il ne faut pas oublier que les évangélistes ne citent pas toujours exactement les paroles des discours ou des conversations qu ils rapportent, « afin que nous apprenions pour notre bien à ne pas chercher dans ces discours autre chose que l'intention de celui qui parle'. » Et cependant, si Ton voulait urger la signification du (lixit ou des autres formules analogues qui introduisent ces citations sous forme de discours direct, il faudrait accuser d'erreur les évangélistes au cas où leurs personnages n'eussent pas dit chacune des paroles qu'ils leur prêtent. On aurait grand tort, et les évangélistes, s'ils le pouvaient, se hâteraient de protester qu'ils entendaient jouir des mêmes libertés que les historiens ordinaires et mettre à l'occasion sous la forme de discours direct des résumés où entraient

* ... Si ... nihil inlendit Joannes, cuin de calceamenlis Domini diceref, nisi excellentiam ejus et humililatem suam ; (fuodlihel lioruin dixerit, site de solvenda corrigia calceainenlorum, tive de portandis calceamentis, eamdem lamen senlenliam lenuit, '^uisquis etiatn verbis suia, per calceamenioruin coinmemoralioneni eamdem siynificationeni humilitalis expresait, unde ab eadem voluntale non aberravit. Ulilis igitur modus et mfinorix maxime commendandus, cum de convenientia dicimus evangelislaruni, non esse mendacium, cum quisque etiam dicens aliquid aliud quod etiatn ille non dixit de quo aliquid narrât, toliinlalem lumen eju.s hanc e.ipUcal, quam etiam ille qui ejus veiba commemurat. lia enim salubriter diximus, nihil aliud tête quaerendum, quam quid velit ille qui loquitur. — De consensu •tanrjelittarum, I II, c xii, P. L., t. xxxiv, col. 1092.

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les paroles les plus marquantes de celui qui avait tenu ce discours, sans prétendre garantir Taulhenticité de tous les mots.

54. Mais cette liberté qu'on reconnaît aux évangélistes dans l'arrangement et la reproduction des discours, t'aut-il la leur refuser dans l'arrangement et le narré des petites circonstances de détail qui sont le vêtement des faits, ou bien faut-il dire que TEsprit- Saint, non content de les empêcher d'errer dans ce qu'un historien de leur condition aurait donné comme assuré, leur a inspiré l'intention exceptionnelle d'affirmer l'objectivité adéquate de toutes leurs paroles?

Il faut au moins reconnaître que les circonstances de temps ne sont pas garanties, toutes les fois que les évangélisles n'y insistent pas, puisqu'ils sont en fréquent désaccord pour le groupement et l'ordonnance des faits. C'est ainsi que saint Marc et saint Luc, poui' n'en donner qu'un exemple, placent la guérison de la belle-mère de saint Pierre, au soir de la vocation des disciples, au début du premier séjour de Jésus à Capharnaiim (Marc, i, 29 à 31 ; Luc, iv, 3H,39j, tandis que saint Matthieu la raconte beaucoup plus tard, à l'occasion d'un retour du Maître dans la même ville (Matth., viii, 14, 15). Mais ne faut-il pas reconnaître aussi qu'on ne nous garantit pas des circonstances de moindre importance que celles de temps?

55. Nous avons un exemple typique de la liberté qu'entendent garder les auteurs du Nouveau Testament dans les variations dont saint Luc nuance ses trois récits de la conversion de saint Paul, au livre des Actes. Celui qu'il donne en son propre nom, eliapitre neuvième, ressemble de très près à celui que saint

118 CRITIOUE ET CATHOLIQUE

Paul fait au peuple Je Jérusalem et qui nous est rapporté au chapitre vingt-deuxièine. Les deux recils nous disent cependant d'une manière toute différente comment les compagnons de Tapôtre sur le chemin de Damas furent témoins d'une partie du merveilleux phénnuK'^ne de l'apparition, sans è Ire entrés cependant dans l'intimité du colloque qui en a donné la conclusion pratique. Pour exprimer cette même idée, saint Luc écrit tout d'al)ord : Les hommes qui raccompagnaient {saint Paul) étaient stupéfaits, ils entendaient bien la voix, mais ih ne voyaient personne (ix, 7) ; puis il fait dire à saint Paul : Ceux qui étaient avec moi virent bien la lumière, mais ils n'entendaient pas la voix de celui qui parlait (xxii, 9).

yu'on applique à ces récits les règles d'interprétation large (jui sont d'usage courant dans la pratique de la vie, et l'on ne sera pas surpris que saint Paul lui-même soit responsable de ces variantes. Il était bien certain que ses compagnons n'avaient point compris les paroles du mystérieux colloque ; mais ces mêmes compagnons avaient-ils (lu moins entendu le son de sa voix? sur ce point, sur lequel leurs dires n'étaient peut-être pas d'accord, Paul n'était pas fixé et a lui-même varié dans la façon dont il signalait cette circonstance, affirmant parfois, avec plus de précision, que ses «ompngnons, sans suivre le dialogue, avaient entendu le son de sa voix, disant [)lus sim|)lem«'nt, d'autres fois, (ju'ils n'avaient rien entendu. Saint Luc a jugé à propos de nous transmettre les deux leçons, .sans même songer qu'on pourrait le chicaner à ce sujet. 11 n'y aurait lieu à chicane, mais i\ chicane vraiment grave dans ses consé(|uences, que fti on voulait «-(jiilciiir (juc le sens précis de chacune

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des moindres propositions du livre inspiré est affirmé et enseigné sous la garantie de la véracité divine. En ce cas, la vérité de la doctrine de l'inspiration, et par conséquent celle de notre foi, dépendrait de la valeur de l'exégèse, qui, pour lever la contradiction des deux formules, note une dilTérence de sens entre la signification du verbe àxoÔ£'.v avec le complément Tf^(; cp(ovT,ç au génitif, et celle du même verbe, avec le même complément ttjv ©o)V7iv à l'accusatif. On dit en effet que dans le premier cas (ch. ix) il signifierait « entendre matériellement », tandis que, dans le second, il voudrait dire « comprendre ». Il est bien vrai que la formule du chapitre neuvième décrit l'audition confuse d'une voix et non pas l'intelligence distincte des paroles prononcées, mais cela tient à l'emploi du mot :p(ovT, joint à l'indication de cette circonstance que les auditeurs sont stupéfaits et ne voient personne et non pas à l'emploi du génitif pour le complément. Le génitif du complément est si peu la caractéristique du sens d'audition matérielle, qu'on l'emploie toujours quand le complément d'àxoJ£'.v, est une personne dont on doit comprendre le langage, et il paraît bien douteux que l'accusatif soit la caractéristi(jue du sens d'audition distincte et intelligente, puisque nous trouvons dans saint Jean (m, 8) le môme verbe àxoôs'.v avec le même accusatif tï,v y()VY,v pour signifier l'audition toute matérielle du souffle du vent'. Mieux vaudrait dire que saint Pauls'est trompé dans son discours aux Juifs, et que saint Luc, par

* On trouvera la môme locution avec le même sens d'audition matérielle de la voix dans la citation des Septanle rapportée par saint Matfhieu, xii, l'J.

420 r.niTiouE rt catholique

sorupulo de lidélilé. nous a rapporté sou erreur sans la corriger, mais il nous paraît encore plus sage, parce que plus vrai, de reconnaître ici un cas typique de la liberlé que l'auteur sacré entendait garder dans l'expression des petits détails de sa narration.

56. Ce lait une fois reconnu, nous en avons Uni avec les multiples chicanes qu'on peut soulever en regardant il la loupe le texte évangélique, et nous pouvons le lire dans la simplicité avec laquelle il a été composé. On voit dès lors comment nous allons résoudre les antilogies que nous avons prises pour exemples.

Est-ce la mère des fils de Zébédée qui a demandé à Jésus pour ses enfants la première place dans le royaume, ou bien la demande a-t-elle été faite par Jacques et Jean? Mère et fils étaient d'accord ; et si la mère a demandé au nom de ses fils, comme en témoigne le récit de saint Matthieu, on ne peut accuser d'erreur le récit de saint Marc qui ne mentionne pas l'intervention maternelle, à moins qu'on ne veuille attacher aux formules de la narration une signification rigoureuse et précise, à laquelle ne prétendent point les évangélistes. La solution est de saint Augustin K

Combien de fois saint l^ierre a-t-il renié Notre- Seigneur? Trois fois et pas plus. L'insistance des évangélistes est trop ferme pour qu'on puisse douter de leur volonté de donner ce nombre comme assuré, ce qui ne veut pas dire que saint Pierre n'ait prononcé qu'une formule de dénégation à chaque fois. Tous sont d'accord pour attribuer à une servante, à la portière, nous dit saint Jean, témoin oculaire, l'inteiTO-

' De eomensu ei augeHsiarum, I. III, c. lxiv, I'. L., t. xxxiv,

col ii3-;.

l/ÉCRITURE SAINTE 121

gation qui a molivé le premier reniement. La réponse de l'apôtre, bien que faite à haute voix, ne provoqua cette fois aucun incident '. Pour la seconde scène, les interrogateurs sont divers selon chaque évangéliste : saint Marc dit « la même servante »; saint Matthieu, « une aulre »; saint Luc, « un autre »; saint Jean désigne ceux qui se chauiYaient avec Pierre. Qu'on se représente cette scène au naturel, et l'on ne sera pas surpris (|u'une nouvelle interpellation de la portière au milieu du groupe ait provoqué les questions des compagnons de Pierre. Les dires de saint Marc et de saint Jean, qui sont toujours les deux plus précis des évangélistes dans leur narration, sont donc rigoureusement objectifs; et nous n'avons pas souci de chercher la vérification précise des appellations vagues « une autre, un aulre, ^> par lesquelles saint Matthieu et saint Luc nous laissent assez entendre leur incertitude sur la personnalité de « cet autre ». Après les dénégations solennelles de Pierre en cette seconde scène, il ne fallait rien moins que Tintervention d'un parent de ce Malchus à qui Pierre avait coupé l'oreille, pour provoquer à nouveau les questions plus pressantes des assistants auxquelles l'apôtre ne sait répondre que par ses coupables imprécations. Les minimes divergences, que ne concilie point cet exposé du fait, ne paraîtront des erreurs qu'à ceux qui prétendent donner aux moindres incidentes et

* On peut grouper ainsi les textes relatifs aux trois reniements de saint Pierre.

1" »e>ne 2» tcène 3* «cène

MaUh, XXVI 69-70 71-72 73-75

Marc, XIV (,(;-G8 69-70a 70a-72

Luc, XXII 55-57 58 59 -G2

Jean, xvui 17 25 26-27

122 CRllIQUE ET CATHOLICITE

aux nioindri'S mois des narrations évan^ôliques, une précision rigoureuse et une assurance qui n'étaient nullement dans l'intention d'écrivains racontant des scènes aussi complexes.

A quelle heure Nolre-Seii^neur a-t-il été crucilié? A tierce, nous dit saint Marc, mais saint Jean nous affirme d'autre part qu'on approchait de sexte quand Pilate livra Jésus aux Juifs. Nous en concluons que Notre-Seignour a été crucifié entre neuf heures et raidi, plus près de midi que de neuf, et nous ne voyons pas pourquoi on accuserait d'erreur saint Marc, parce qu'il a gardé la dénomination d'heure de tierce, à tout le temps qu'on ne pouvait pas encore dénommer heure de sexte. Encore ici, on ne peut lui reprocher celte formule qu'en lui demandant une précision qui n'est pas dans ses intentions ^

' Nous devons loyalement noter que cette imprécision de langage est telle, parfois, qu'elle ne nous permet pas de deviner ce que les évangélistes n'ont pas dit. C'est le cas de l'apparente contradiction de saint Jean et des synoptiques au sujet M de la nature et du jour de la Cène. Sur la question de jour, il parait, à y regarder de près, que les synoptiques sont, dans leur récit, d'accord avec saint Jean pour mettre le jugement et la mort <lc Notre-Seigneur à la veille de la solennité pascale, au vendredi 14 nisan. Lcxpression fjixépa r.ptôxr^ de saint Marc et de saint Matthieu serait un aramaïsme qui signifierait, non pas le premier jour des azymes, mais le jour avant les azymes. La question de la nature du repas est plus difficile. Noire-Seigneur a-l-il fait dans ce repas la pâque juive en anticipant sur le jour où Iamajorit«''de ses compatriotes la célébraient, ou bien lapâ(|iic dont prirlent les synoptiques n'est-clle qu'une pàque chrétienne? Les deux hypothèses sont possibles, nous ne pouvons le*- ■ ' ' ici. Il nous suffit do constater (|ue l'anlilogic des M é\' ' , s n'est pas irréductible. Pour l'étude de celte qucs- ni

tiont voir le P. Lagrange, Évangile selon saint Marc, p. 331 sq.; M»» Le CtmuB, Vie de Jésus-Christ, 21* mille, t. m, p. 173 sq.

l'écritire saint?: 12'^

57. Multiplier les exemples deviendrait fastidieux ; nous en avons assez cité pour qu'on comprenne le principe dont nous nous réclamons et qu'on en lasse l'application à d'autres cas. Est-ce à dire que nous n'allons plus donner aux récits évangéliques qu'une autorité humaine y Nullement. Nous disons, il est vrai, que les auteurs sacrés n'alïirment avec assrrance que ce qu'un historien dans leur condition eût semblablement affirmé; mais tandis que l'historien humain peut se tromper et se trompe même dans les affirmations qu'il croit pouvoirdonner en toute confiance, l'auleur sacré, grâce à l'inspiration, est alors préservé de toute erreur. Si les évangiles n'étaient pas livres inspirés, les conditions dans lesquelles ils ont été écrits nous garantiraient, comme nous l'avons dit, les principaux faits de la vie de Jésus et les principaux enseignemonts du Maître, ralïlrmation de sa transcendance, sa volonté de fonder l'Église, ses principaux miracles, l'histoire de sa Passion, le fait de sa résurrection, mais nous ne serions pas sûrs que l'imagination des témoins etla tradition n'onlpasajouté çàetlà quelques traits merveilleux au fond déjà merveilleux de la doctrine et de la vie du Sauveur. Avec l'inspiration, au contraire, nous sommes certains que tous les traits évangéliques, môme les moindres faits, qui nous disent quelque chose du Christ, de son enseignement, de ses actions, nous donnent l'idée vraie, et de la réalité historique de la vie du Sauveui-, et de la réalité intérieure de son l'être humano-divin.

Nous sommes tentés de désirer davantage, nous Voudrions que toute parole de l'Écriture fût un enseignement formel en termes si précis que leur incontestable v«''rité objective fît éclater aux yeux de tous

rniTioi^r.. — ii. — ">

i'2i CRITIQUE ET CATHOLIQUE

le caractère divin du livre. Dieu, dans sa sagesse, en a aulremonl disposé. Ce n'est pas seulement sous le voile des faiblesses de la nature humaine, c'est encore sous le voile tles humaines imperfections de l'Écriture (|ue le Verbe est à la fois révélé et caché, caché aux superbes, révélé aux humbles, aux Ames de bonne volonté qui savent l'y trouver. Et certes il ne faut rien moins (jue sa divine autorité garantissant les onseigneinenls historiques et religieux des livres inspirés, et l'interprétation qu'en donne la Tradition et le Magistère de l'Église, pour assurer notre foi aux grandes et mystérieuses vérités dont nous allons maintenant parler.

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