CHAPITRE IV JÉSUS ET L'ÉGLISE
38. L'objection : Jésus n'a pas voulu fonder l'Église. — 39» La réponse : les multiples affirmations de V Évangile. Jésus appelle tous les hommes au salut. — 40. Le royaume de Dieu, et ses différentes réalisations. — 41. Nouvelle économie de salut, — 42. séparée de la Synagogue. — 43. Jésus s'en constitue le chef et la confie à de nouveaux ouvriers.
— 44. Tant de paroles font bloc, impossible qu'elles soient toutes inventées. — 45. Pourquoi les apôtres ne sont pas allés de suite aux Gentils. — 46. L'attente de la parousie.
— kl. La venue du Fils de l'homme.
38. « Jésus n'a pas fondé l'Église, il n'a pas voulu la fonder... Jésus n'entendait pas, on ne saurait trop le répéter, fonder une nouvelle religion 1. » Serait-ce pour suppléer au défaut de preuves, qu'il est tant besoin de répéter pareilles négations? Les hommes, qui ont fondé l'Église, ont affirmé qu'ils prêchaient au nom de Jésus, envoyés et assistés par Jésus. On ne suspecte pas leur sincérité. Mais alors, pour les accuser d'erreur, vingt siècles après l'événement, sur le sens de la mission qui leur a été confiée par le Maître qui les a groupés et formés, il faut de bien fortes raisons.
Sur quoi s'appuie-t-on pour dénier à Jésus la volonté de fonder l'Église? Sur des textes et des faits. Jésus a explicitement affirmé qu'il n'était envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël (Matth., xv, 24). Il a défendu à ses
* M. Guignebert, Hist. ane. du chr., c. vi, p. 232, 239,
Apôtres de s'égarer sur les chemins des Samaritains et des Gentils (Matth., x, 5). Il a annoncé comme prochains son retour glorieux sur les nuées du ciel et l'établissement du royaume où ses élus devaient trouver le bonheur. Il ne songeait donc pas à la fondation d'une Église mondiale, œuvre qui eût demandé quelque délai. Ses apôtres n'y songèrent pas non plus tout d'abord. Ils demeurèrent plus de douze ans à Jérusalem et n'allèrent aux Gentils que chassés de la ville sainte par la persécution juive. Ce sont les Gentils qui ont voulu l'Église. Elle est née du succès de la prédication apostolique autant que du retard de la parousie. Les fidèles se faisaient nombreux; il fallut les gouverner. On attendait le royaume; c'est l'Église qui est venue. Sous l'impression du fait accompli, les évangélistes, par une erreur aussi profonde qu'inconsciente, ont prêté au maître des paroles qu'il n'a point dites.
39. Ils lui en ont prêté beaucoup, beaucoup trop, pour qu'on puisse s'arrêter à l'hypothèse d'une erreur inconsciente, et qu'on n'ait pas à accuser les évangélistes de falsification délibérée, si on ne veut pas reconnaître la réalité des intentions d'apostolat mondial, qu'ils attribuent à Notre- Seigneur.
Les textes que nous avons cités plus haut relativement à la primauté et à la mission des Apôtres ne sont pas des témoignages isolés de l'intention qu'a eue Jésus de réunir Juifs et Gentils dans l'unité d'une même foi, d'un même espoir, d'un même culte en esprit et en vérité, de les appeler tous à prendre leur part du salut qu'il apportait. Bien d'autres paroles évangéliques nous attestent que Jésus n'était pas plus juif que les prophètes, qu'il avait, autant qu'eux et plus qu'eux, pitié des multitude assises à l'ombre de la mort, et