‹ Critique et catholiqueChapitre 19 sur 44 · XI · texte numérisé non relu

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3 « L'l6lam n'a pas d'apostat,» écrit le P. Palmieri à la fin d'une longue et excellente étude sur le Coran, dans le Dictionnaire de théologie catholique, t. n, col. 1844. Si l'on entend par apostats, les incrédules qui ne croient pas plus à Mahomet qu'à Dieu, l'Islam en a autant que toute autre religion. Il n'est pas exact non plus qu'il n'y ait pas de musulmans, qui se convertissent au christianisme. Nous en connaissons. Les Pères Blancs d'Alger ont, en Kabylie, des villages entiers de fervents chrétiens convertis de

Il en va tout autrement du catholicisme. Avec ses mystères qui déconcertent la raison, avec ses lois morales qui défient les passions, avec son idéal de charité et d'abnégation qui crucifie l'égoïsme, le catholicisme se pose résolument en impitoyable adversaire de l'orgueil de l'esprit et du désir de la chair. Les colères et les haines que sa discipline a soulevées et qui parfois se sont traduites en sanglantes persécutions ou en lamentables apostasies, ne lui ont fait retrancher ni une ligne de son credo, ni une seule de ses lois morales. On lui reproche même d'y avoir ajouté. Parlant au nom de Dieu, et confiant dans les signes de sa mission divine, il fait s'incliner le front du savant et du penseur, tout aussi bien qu'il relève l'esprit et le cœur du sauvage. S'il interdit au commun de ses fidèles la fréquentation des sophistes, il défend contre les fidéistes les droits de la raison. Il veut que ses sages philosophent, tout en respec-

l'Islam. Il est bien vrai cependant qu'en général les conversions sont peu nombreuses. Mais il faut dire aussi qu'en Turquie les missionnaires catholiques ne font pas d'apostolat auprès des musulmans, tant à cause du péril des convertis, qu'à cause des difficultés que cet apostolat attirerait sur les missions et leurs chrétiens. Dans les colonies françaises, l'hostilité et souvent l'impiété des préposés de l'administration interdisent ou stérilisent tout apostolat. En Russie, les Tatars restent musulmans, parce qu'ils veulent rester Tatars. L'Islam a en effet ceci de particulier que son code religieux est en même temps code familial et civil ; une fois qu'il a été associé et adapté aux mœurs d'une race et d'une nation, le musulman peut être incrédule, mais non point professer une autre religion sans briser avec sa race et son peuple. Son aversion pour toute controverse religieuse, l'orgue;l de sa foi monothéiste, l'affaiblissement d'énergie morale qui est la conséquence de son fatalisme et de sa vie sensuelle le préparent aussi peu que possible à une conversion qui demande un tel sacrifice.

tant les dogmes intangibles qu'il fait professer d'un bout du monde à l'autre. La lutte que lui livre en ce moment la franc-maçonnerie matérialiste met bien en relief et en valeur toutes les oppositions de la nature aux lois du catholicisme. Si le catholicisme n'est point divin, il doit succomber à bref délai; mais ces oppositions sont vieilles, aussi vieilles que le catholicisme lui-même, elles lui ont enlevé beaucoup d'âmes et lui en enlèveront encore, mais elles ne l'ont point empêché de grandir et ne sauraient le faire mourir. S'il pouvait mourir, il y a longtemps qu'il serait mort, et tout au moins ne serait-il plus la société religieuse qui,pour le nombre et la discipline dogmatique et morale de ses adhérents, défie toute comparaison avec n'importe quelle secte hérétique ou infidèle.

Mais si la vie du catholicisme est divine, pourquoi n'est-elle pas plus envahissante? Pourquoi après vingt siècles d'évangélisation et de grâce, le monde n'est-il pas encore conquis? C'est à cette question qu'il nous faut maintenant répondre. v

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