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L'ÉGLISE ET LE MONDE

Cette foi élémentaire en une Bonté souveraine et juste, suprême dispensatrice de la vie et du bonheur et gardienne de la loi morale, suffit, après 1 comme avant la promulgation de l'Évangile, à tous ceux que cette promulgation n'a point atteints, c'est-à-dire qui l'ignorent de bonne foi. Et de cette bonne foi des non-chrétiens, nous ne pouvons pas juger d'après les conditions extérieures de leur vie. « Il faut tenir pour certain, nous dit Pie IX, que l'ignorance invincible n'est pas péché devant Dieu. Et qui donc oserait s'arroger le droit de déterminer les limites exactes de cette ignorance en tenant compte des influences infiniment cariées et insondables du milieu social, du caractère, et de tant d'autres circonstances d'où elle dépend 2 ? »

avait apportées, se joint bientôt le dépit des obscurités qu'elle n© peut percer, et désespérant de concevoir l'infini, elle travaille à le rabaisser à sa mesure. De là toutes les erreurs des théodicées purement philosophiques. » Cette citation est extraite de notre second article sur V Éveil du sens moral où nous avons essayé de fixer les différences entre la notion naturelle et rationnelle de Dieu, et la notion parallèle mais révélée que nous en donne la foi élémentaire. On trouvera dans ce même article toute la théorie sur la foi des non chrétiens que nous résumons ici. Revue thomiste, janvier 1906, p. 655 sq.

1 C'est l'opinion des théologiens de Salamanque. De fide, disp. VIa, dub. i, n. 77. Elle est de plus en plus acceptée aujourd'hui. Mais la foi explicite à la Trinité est requise chez tous ceux qui veulent entrer dans le corps de l'Église, où, relativement à la Trinité et à l'Incarnation, on ne peut plus faire,comme dans la Synagogue,la distinction entre minores et majores (IIa IIa, q. n, art. 7). De là vient qu'il est défendu de baptiser et d'accepter dans le corps de l'Église un néophyte avant qu'il n'ait fait un acte de foi explicite

la Trinité et à l'Incarnation.

a Allocution de Pie IX, 9 décembre 1854.Denziger, Enchiridion, editio 9», n. 1504.

90. Mais s'il en est ainsi, et si d'un autre côté il est vrai, comme l'affirme la parole si autorisée de Mgr Le Roy, que nous retrouvons dans toutes les religions, même dans celles des peuples les plus inférieurs, la croyance à un monde invisible, à un Être suprême, organisateur, maître et père du monde, à une survivance de l'homme responsable de ses actes libres moralement bons ou mauvais, et surtout à la puissance de la prière privée et sociale 1, comment ne

1 C'est surtout par le sens de la prière que la foi surnaturelle se distingue de l'idée rationnelle; la pure raison connaît la prière d'hommage, elle ne connaît guère l'humble prière d'appel au secours, parce que la raison a une très haute idée de la suffisance de l'homme, et une idée très vague et très petite de la Providence de Dieu. L'homme qui n'est pas croyant, mais seulement théiste, se met difficilement à genoux.

Mgr Le Roy, qui non seulement a étudié les livres concevant cette question, mais quia vécu lui-même de longues années avec les sauvages, résume ainsi le reliquat d'éléments communs que donne la comparaison de toutes les religions non chrétiennes, quand on en a éliminé ce par quoi elles se distinguent les unes des autres :

o 1° Distinction entre le monde visible et un monde invisible.

« 2° Sentiment de dépendance de l'homme vis-à-vis de ce monde supérieur, particulièrement dans l'usage de la nature.

«3° Croyance en un Être suprême, créateur, organisateur et maître du monde, en même temps que père des hommes.

« 4° Croyance en des esprits indépendants, les uns tutélaires, les autres hostiles.

« 5° Croyance en l'âme humaine, distincte du corps, consciente, survivant à la mort.

«6° Croyance en un monde de l'au-delà, où vivent les esprits, où les âmes survivent.

1 7° Sens moral universel, basé sur la distinction du bien et du mal: sentiment de la pudeur, de la justice, de la responsabilité, de la liberté, du devoir; reconnaissance explicite ou implicite de la conscience.

1 8° Prescriptions et proscriptions en vue d'un but moral ou repu-

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pas reconnaître que le développement parasite et corrupteur des fausses religions n'a pu nulle part effacer complètement les données de la révélation primitive? Si faux que soit le culte traditionnel de son pays, l'homme qui y est attaché par une erreur de bonne foi, mais qui, en même temps, sous l'inspiration de la grâce accordée à tous, s'attache de tout son cœur aussi aux vérités de la révélation qui lui ont été gardées, peut donc avoir encore la foi catholique en son essence, aussi bien que les saints moines du désert qui croyaient par innocente naïveté que Dieu avait bras et jambes. Elle n'est donc pas si étonnante qu'elle le paraît tout d'abord, la proposition de saint Thomas enseignant que tout homme, à l'éveil de son sens moral, peut, s'il est fidèle à la grâce, faire un acte de foi, d'espérance et de charité, qui efface le péché originel et soumet ce non baptisé à l'action de la grâce sanctifiante et à ses conséquences. Mais ce qu'il peut au moment du premier usage de sa liberté, pourquoi ne le pourrait-il plus

té tel ; notion du péché avec sanction appliquée par l'autorité du monde invisible ou de ses représentants.

o9° Organisation cultuelle: prière, offrande, sacrifice, rites, cérémonies, symboles, etc., comme expression de soumission, de reconnaissance ou de supplication.

«10° Sacerdoce, d'abord représenté par le chef de la famille, puis par des anciens ou des prêtres spécialement chargés des fonctions sacrées, puis par des corps organisés.

«11° Distinction entre le profane et lesacré, et affectant les personnes, les lieux, les objets, les paroles, etc.

«12° Établissement et organisation de la famille, comme centre religieux et social, cherchant à conserver la pureté de son sang, s'imposant des lois, se distinguant par des marques spéciales et se fortifiant par des alliances. »

La religion des primitifs, Paris, 1909, conclusions, p. 464.

tard? il ne pèche point avant que la grâce ne lui soit offerte, mais la grâce peut le poursuivre même après son premier péché. Si la grâce sanctifiante entre un jour dans cette âme. c'est pour elle la vie religieuse surnaturelle avec ses alternatives possibles de péché et de justification par la contrition, sans les sacrements ; et il faut noter que pour ce croyant non baptisé, les obligations de la loi morale seront moindres que pour un catholique, en raison de l'ignorance invincible qui souvent l'excusera.

91. A ce compte, me dira-t-on, le salut est non seulement possible, mais plus facile au non-baptisé qu'au fidèle appartenant au corps de l'Église. 0 illusion enfantine et parfois coupable de qui ne sait point apprécier le don de Dieu ! Le souffle qui fait végéter la fillette rachitique de nos faubourg miséreux exige bien moins d'alimentation que la plantureuse santé du gars des montagnes alpestres ou de la lande bretonne; et cependant, de la vie du gars ou de la fillette, quelle est la plus assurée? La facilité du salut, et ceci est souvent méconnu, n'est pas en raison inverse, mais en raison directe de la délicatesse de conscience du croyant, parce qu'elle est en raison directe de sa mesure de foi, du degré supérieur de vie surnaturelle qui lui est départi. Le nonbaptisé est incomparablement moins fort pour pratiquer sa morale diminuée et réaliser sa destinée inférieure, que le catholique pour observer sa loi de perfection et arriver au royal degré de béatitude pour lequel Dieu l'a fait. Ce n'est point le serviteur qui a cinq talents, qui est le plus tenté de les enfouir paresseusement, mais bien celui qui n'en a qu'un, s'il *aut en croire l'Évangile (Matth., xxv, 14-30). Le salut est de plus en plus difficile à mesure que dimi-

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nue le degré de vie et de foi du croyant. Très facile pour les catholiques consacrés à Dieu, facile assurément pour les catholiques du commun des fidèles, il est beaucoup moins facile pour les schismatiques, moins facile encore pour les hérétiques, moins facile surtout pour les juifs et mah omet ans et bien difficile pour les païens, peuples endormis, sinon dans la nuit complète, du moins dans les ombres épaisses, qui les mettent en grand péril de mort, et ne laissent possible qu'un minimum de vie.

92. Mais, si facile que soit le salut du catholique, encore ne faudrait-il pas qu'il s'autorisât des bontés de Dieu à son égard pour pécher. La justice de Dieu est miséricorde, mais elle reste justice. Elle demande plus à qui il a été plus donné; et si elle ne donne point à tout péché mortel la damnation qu'il mérite, elle punit irrémissiblement le péché contre le Saint-Esprit : « Tout péché et blasphème sera pardonné aux hommes, mais blasphémer l'esprit, voilà qui ne sera point pardonné » (Matth., xn, 31) K Or il semble bien que le péché contre le Saint-Esprit soit une certaine obstination à repousser sei appels, obstination qui nous vaut d'être abandonné de la grâce, sans laquelle

1 Cf. Marc, m, 28-29; Luc, xn, 10; I Ep. de saint Jean, v, 16. Notre-Seigneur a parlé du péché contre le Saint-Esprit à l'occasion des pharisiens qui attribuaient au démon ses miraculeuses guérisons de possédés. Insulter le Fils de l'Homme en le traitant de suppôt de Satan, c'est péché rémissible ; mais prendre prétexte d'un triomphe de Jésus sur le démon pour lui adresser pareille injure, c'est faire preuve d'une obstination irréductible qui n'hésite pas à se servir contre l'Esprit de Dieu des témoignages extérieurs de bonté et de puissance par lesquels il confirme ses appels intérieurs. Voilà un blasphème contre l'Esprit qui ne sera remis, ni en ce monde, ni en l'autre (Matth., xn. 22-32).

il nous devient impossible d'avoir la contrition prérequise au pardon. La gravité de cette obstination ne se mesure point seulement aux défaillances extérieure, mais encore et surtout à la qualité et au nombre des grâces méprisées. Le pécheur catholique serait bien imprudent de s'autoriser de l'exemple du bon larron, pour se promettre le pardon de toute faute apparemment moins grave que le brigandage. Le prêtre sacrilège est beaucoup plus près du péché contre le Saint-Esprit, que le kurde assassin. Pour juger du mépris qu'il Tait du don divin, chaque fidèle doit compter les grâces qu'il a reçues, et tenir compte de l'instance des appels qui le pressent de faire pénitence. La juste sentence qui peut marquer le commencement de son endurcissement, est aussi mystérieuse et ne s'annonce pas plus que l'heure de la mort.

Mais il faut qualifier aussi de péché contre le Saint - Esprit, l'obstination d'un non-catholique qui refuserait perse véramment d'étudier et d'accepter le catholicisme dont l'Esprit-Saint lui aurait montré l'obligatoire vérité. L'homme n'est pas libre de choisir parmi les différentes formes de religion celle qui lui plaît davantage, il est tenu d'aller à celle que la grâce lui manifeste être la vraie religion. La foi élémentaire, qui peut exister dans les adhérents des fausses religions, exige son complément et le cherche, aussitôt qu'il lui paraît possible de le trouver. Dès que la bonne foi cesse, les doctrines et pratiques spécifiques d'un culte faux ne sont plus seulement vaines, mais coupables, et doivent être abandonnées. Les sacrifices qui peuvent s'imposer de ce chef au non-catholique lui créent une difficulté devant laquelle il est exposé à reculer. C'est une des raisons pour lesquelles nous

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n'avons pas du salut des non-catholiques le même bon espoir que du salut des catholiques; mais nous en gardons tout de même un espoir plus ou moins fondé selon qu'ils nous apparaissent plus ou moins de bonne foi, et selon que leur religion a plus ou moins de doctrines et de pratiques catholiques 1.

93, Nous pouvons maintenant répondre à qui nous objecte qu'il est impossible que le catholicisme, en si infime minorité relativement à tout le genre humain, soit l'unique religion autorisée par le Dieu tout-puissant et souverainement bon qui a donné son Fils pour le salut des hommes.

Il y a des degrés indéfinis dans les variétés de la vie sensitive, il n'y en a pas moins dans la distribution de la vie rationnelle, il y en aura autant et peutêtre plus dans la communication de Dieu à ses saints par la vision béatifique. Est-il étonnant dès lors, qu'en préparation de cet au-delà, l'Esprit qui travaille à diviniser la boue humaine permette aux ré-

1 Ce dernier paragraphe est le commentaire des quatre condamnations portées par le Syllabus contre l'indifTérentisme en matière de religion. En réponse à ceux qui prétendent que toutes les religions sont bonnes et que chacun peut garder la sienne ou prendre celle qui convient le mieux à son caractère, Pie IX a inscrit au nombre des propositions proscrites les quatre suivantes :

15*. Libcrum cuique homini est eam amplecti ac profiteri religionem, quam rationis lumine quis ductus veram putaverit.

16*. Homines in cujusvis religionis cultu viam seternse salutis reperire, seternamque salutem assequi possunt.

17*. Saltem bene sperandum est de xterna illorum omnium s alute, qui in vera Christi Ecclesia nequaquam versantur.

18*. Protestantismus non aliud est quam dwersa verse efusdem christianee religionis forma, in qua sequc ac in Ecclesia catholica Deo placere datum est. Denzinger, op. cit., n. 1562-1565.

sistances de la nature et aux défaillances de la raison, de s'affirmer par des limitations de vie religieuse qui préparent les types les plus divers de vie bienheureuse, depuis les plus humbles jusqu'aux plus sublimes? Le monde serait moins beau, s'il n'y avait que des chérubins. Où seraient les trônes des apôtres et des saints s'ils n'avaient point en ce monde une multitude de pécheurs à sauver et, dans l'autre, une multitude de bienheureux à régir, à la façon dont les archanges régissent les anges? Mais tous ces degrés sont hiérarchisés par un influx bienfaiteur et vivifiant qui va de l'élite relativement peu nombreuse des types supérieurs à la foule des inférieurs. La civilisation a ses foyers d'où les peuples reçoivent plus ou moins de lumière, selon qu'ils subissent plus ou moins leur rayonnement. Les découvertes des princes de la science finissent toujours par avoir leur retentissement jusque dans la vie du plus humble des sauvages. La même économie règle le développement de la vie surnaturelle et en particulier le rôle de l'Église catholique dans le monde.

94. « Vous êtes le sel de la terre » (Matth., v, 13). Les grains de sel ne sont que poignée vis-à-vis de la masse de chair qui subit leur influence et qu'ils défendent contre la corruption. Les apôtres et l'élite des « vrais » catholiques formés par l'Église, ne sont et ne seront jamais qu'un petit troupeau vis-à-vis de Ja masse des hommes qu'il s'agit de conduire à la béatitude. « Ne craignez rien, petit troupeau- car il a plu à votre Père de vous donner le royaume » (Luc, xn, 32). « Angoissante est la lutte que vous soutenez contre le monde, mais ayez confiance,

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j'ai vaincu le monde » (Jean, xvi, 33). Le monde ne désigne point ici l'ensemble des pécheurs (Notre- Seigneur prie pour les pécheurs, il ne prie point pour le monde), mais l'ensemble des influences hostiles et corruptrices qui s'opposent à l'influx vivifiant de l'Esprit divin. Le sentiment de la puissance, hélas ! trop expérimentée, de ces influences hostiles de la nature, du péché et du démon jette souvent les âmes les plus saintes dans les angoisses du découragement. Les apôtres n'avaient, pour reprendre confiance, d'autre motif que la victoire du Christ sur la mort et les victoires de la foi dans le cœur des premiers fidèles. Ces triomphes visibles devaient leur être le gage du triomphe mystérieux, qu'au milieu de tant de défaites apparentes, le bien remporte sur le mal. Nous sommes mieux partagés que les apôtres. La victoire du Christ est bien plus manifeste qu'au jour de la résurrection, mais encore faut-il savoir en mesurer l'étendue et en deviner ce que couvrent encore les ombres du mystère. Elle n'est point limitée à l'œuvre merveilleuse de sanctification des âmes d'élite qui pratiquent intégralement le catholicisme. Et cependant il n'est déjà plus guère de plages lointaines ou de peuples sauvages, où l'Église n'ait formé de ces vrais catholiques, dont la vie est un puissant ferment de moralisation même pour ceux qui les persécutent. Ces saints sont le chef-d'œuvre, mais non point toute l'œuvre de la grâce de Jésus, tout aussi bien que les grands hommes sont les plus beaux fruits de la civilisation, mais non point tout son résultat. Par la parole et par l'exemple de ses pontifes, de ses apôtres et des saintes âmes qui sont intégralement fidèles, et bien au-delà du cercle de leur intimité, l'Église maintient dans le monde les droits

et le prestige de la vérité révélée et de l'idéal chrétien; elle exerce son influence bienfaitrice et vivifiante non seulement sur les pécheurs catholiques, mais encore sur toutes les Églises séparées, et par elles, en même temps que par son apostolat direct, sur le monde entier. En veut-on un exemple entre beaucoup d'autres? Luther avait condamné la chasteté religieuse trop lourde à son tempérament sensuel. Depuis, les luthériens ont dû revenir de leur erreur, et les merveilles des sœurs de charité catholiques les ont décidés à créer les instituts de diaconesses. Les Églises séparées reprochent souvent à l'Église catholique son intransigeance et le soi-disant orgueil qui ne lui permet pas de traiter d'égal à égal avec les sectes dissidentes. Elles ne se doutent pas que c'est cette intransigeance du catholicisme à maintenir intégralement le dépôt de la vérité révélée, qui les encourage et leur permet, à elles, de défendre et de garder ce qu'elles ont encore de révélation. Si le catholicisme était vaincu, si, sous couleur de fraternel libéralisme, on pouvait lui arracher la reconnaissance de la légitimité des erreurs et des révoltes du passé, s'il cessait de prêcher l'impérieuse obligation qu'a tout croyant de chercher et d'accepter, quoi qu'il en coûte, la vérité totale, si, par impossible, il concédait jamais à la raison le droit de discuter, de modifier et de transformer l'enseignement divin, ce serait la débâcle, la fin de toute foi à une révélation quelconque. La franc-maçonnerie le sait bien, et voilà pourquoi elle s'en prend surtout au catholicisme, parce qu'elle voit dans l'Église catholique, et à juste titre, la grande force qui directement ou indirectement, ne fût-ce que par émulation, soutient toutes les autres dans la lutte du bien contre le mal, de la vie religieuse et

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morale contre les corruptions de l'incrédulité et de la licence K

1 Cet influx bienfaisant de l'Église n'est d'ailleurs que le côté extérieur et sensible de l'action rédemptrice du Christ Jésus. Son action invisible est plus efficace et plus universelle, puisqu'elle a précédé l'institution et le développement de l'Église confiée à Pierre. Depuis Adam, aucun croyant ne s'est abandonné à la Providence de Dieu, et n'a accepté le mode de rédemption qu'il plairait à Dieu d'employer, sans la grâce donnée en prévision des mérites du Calvaire, a II n'est de salut qu'au nom de Jésus. »

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95. V Église n'est pas immaculée en ce monde; son influence moralisatrice atteint aussi les pécheurs. — 96. Fruits de sainteté en dehors du corps de V Église. — 97. La supériorité de sainteté de V Église catholique s'affirme par V intransigeante fermeté de son enseignement dogmatique et moral,

— 98. par les vertus héroïques de ses saints comparées à Vinjériorité morale des promoteurs de l'hérésie, — 99. par la pratique des conseils évangéliques, — 100. par la supériorité de son dévouement apostolique, — 101. par la qua' lité supérieure des conversions. — 102. V influence moralisatrice du christianisme. Ce qu'était avant lui la moralité païenne. — 103. Échec de la morale philosophique.

— 104. Succès du christianisme. Les martyrs. — 105. La charité personnelle. — 106. Ce que devient le progrès moral quand baisse l'influence chrétienne. — 107. Décadence morale de la France non chrétienne. — 108. Intense vie morale de la France catholique.

95. Ne nous sommes-nous point quelque peu flattés, en affirmant que l'influence chrétienne, qui a son foyer dans l'Église catholique, était le« sel de la terre », le meilleur soutien de la vie morale en ce monde ? Telle est la question à laquelle nous voudrions maintenant répondre.

Ce n'est point ici-bas que l'Église de Jésus peut paraître devant son Époux « glorieuse, sans tache

ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible » (Eph., vi, 26-28). Dans le filet des Apôtres, s'entassent bons et mauvais poissons (Matth., xm, 47-48), et, dans le champ du Seigneur, dans le royaume du Fils de l'homme, il y a de l'ivraie, des hommes d'iniquité (Matth., xm, 40-41). Il en était ainsi dès le temps de saint Paul, comme on le voit par les plaintes de ses épîtres, et il en sera ainsi jusqu'à la fin du monde.

Sanctifier l'homme, l'arracher à l'amour du monde terrestre d'où il sort et auquel il tient par toutes les fibres de son être, le soustraire aux impérieux instincts de l'animalité, et, ce qui est plus difficile encore, aux insatiables exigences d'un vouloir vivre avant tout égoïste, pour le diviniser, pour que chacune de ses inclinations inférieures soit absolument soumise, et jusqu'à l'effacement complet s'il le faut, à l'amour d'un Dieu non seulement invisible, mais à peine concevable, voilà certes une œuvre, disons le mot, impossible à assurer dans son intégrité, si la nature est laissée aux forces que nous lui connaissons. Nous savons bien, quand il s'agit de nous excuser, crier au Seigneur cette impossibilité, sans souci des grâces qui nous donnaient la force d'en triompher; nous oublions trop ces mêmes difficultés, quand il s'agit des autres, et cet oubli nous empêche d'apprécier à sa juste valeur ce qui reste de bien dans la vie des pécheurs, ce que l'Esprit-Saint et ses grâces actuelles leur font encore produire d'oeuvres vertueuses 1. Il s'en suit que nous méconnaissons ce qu'il

1 Ces œuvres n'ont point l'intégrité de vertu qui mérite le ciel

Jigno, mais bien loin qu'elles soient des péchés, comme l'ont

prétendu Calvin, Luther et Baius, elles sont souvent le fruit de

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y a de beauté morale dans la vie du monde, même tel qu'il est. Pour être juste et vrai, il faut estimer les hommes et les choses, non seulement en comparaison de Tidéal du maximum de vie auquel nous sommes invités, mais aussi en comparaison du péché et du néant auxquels la grâce de Dieu nous arrache. Au-dessous des multiples degrés de la sanctification intégrale de l'état de grâce, il est encore une moralité inférieure, insuffisante pour mériter la vie éternelle, mais grandement utile pour attirer sur le pécheur la miséricorde de Dieu qui le convertira, et réelle tout de même. Ses œuvres sont souvent inspirées par la grâce actuelle, et dépendent extérieurement de Tinflux direct ou indirect de renseignement de Jésus qui, après s'être livré pour assurer à son Église une effusion plus abondante de l'Esprit- Saint, continue de « la sanctifier par sa parole 1 » et la prépare ainsi peu à peu à la glorieuse sainteté dont elle n'aura tout l'éclat qu'après les épreuves du temps, du purgatoire et les séparations du jugement.

Il ne faut point oublier cette vérité quand on veut juger de l'influence de l'Eglise sur les masses syriennes, grecques, gallo-romaines et barbares, qui ont accepté son baptême et sa foi. Le ferment évangélique n'a point transformé du jour au lendemain les mœurs de ces foules. A mesure qu'elles entraient dans l'Église, la proportion des pécheurs augmentait, il y en eut bientôt, et en grand nombre parfois, jusque parmi les clercs, il y en eut quelques-uns jusque

grâces actuelles qui préparent le pécheur à la conversion, et dépassent les limites du bien possible à l'égoïsme naturel. 1 I Tint., iv, 5.

Apol. — 15

parmi les Papes. Et cependant, au milieu de ces desordres, l'éclat des vertus héroïques des saints, l'intégrité morale d'une élite de plus en plus nombreuse, la retenue et l'amélioration imposées aux pécheurs eux-mêmes ont, en tout temps, hautement témoigné du principe de sanctification qui travaille le catholicisme et en déborde plus ou moins sur toute la chrétienté.

96. Entraînés par le désir de mettre mieux en relief la supériorité de l'Église catholique dans la sanctification des peuples, les apologistes ont souvent méconnu les oeuvres saintes, qui se font en dehors de la société visible de l'Église, mais non point en dehors de l'influx de l'Esprit-Saint. Puisque l'âme et la foi catholiques se répandent bien au delà des frontières visibles du corps de l'Église, il n'est point surprenant que nous y retrouvions leurs œuvres, mais diminuées, tout autant que la vie qui les produit. Aimons et louons ces œuvres partout où nous les rencontrons, c'est un hommage strictement dû à l'Esprit divin qui les inspire, et cet hommage à la vérité ne voilera nullement l'éclat supérieur de sainteté, qui est un des caractères auquel on reconnaît l'Église de Jésus dans l'Église romaine.

97. Du seul fait qu'elle a gardé l'intégrité de son symbole, et donne à ses fidèles un enseignement ferme sur Dieu, Jésus, la prière, la grâce, les sacrements, la pénitence, les fins dernières, l'Église dispose d'une force de moraîisation supérieure à celle de toutes les sociétés dont la profession de foi est abandonnée, comme une doctrine philosophique quelconque, aux fluctuations incessantes de la réflexion individuelle ou miso en doute et discutée

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par ses docteurs officiels. Pour être fort et héroïque, s'il le faut, dans les luttes qu'impose la vie morale, l'homme a besoin de convictions religieuses assurées; nulle part il ne les trouve, comme dans l'Église catholique.

Consciente de cette force, et plus encore du secours divin qui lui est promis, l'Église n'a jamais voulu faire aucune concession aux exigences les plus instamment invoquées de la faiblesse humaine. L'inviolabilité absolue du lien matrimonial paraissait aux Apôtres un devoir bien dur à prêcher 1. Seule de toutes les sociétés chrétiennes, l'Église catholique l'a maintenue dans son intégrité, et ce n'est pas le seul point sur lequel elle se montre, quoi qu'on en dise, aussi intransigeante et aussi « malhabile aux accommodements 2 » que le christianisme primitif. Elle exclut de la communion tous les pécheurs publics que le christianisme primitif en excluait; si, pour les garder sous l'influence de son enseignement, elle ne les exclut pas de ses assemblées, et si, pour leur rendre plutôt le secours de la grâce sacramentelle, elle n'impose pas aux convertis d'aussi longues pénitences publiques, est-ce au préjudice ou au bénéfice de la morale?

La fermeté intransigeante de son enseignement moral, l'insistance avec laquelle elle prêche la doctrine de Jésus et de saint Paul sur la puissance de sanctification attachée à la pratique des conseils

1 Matth., xix, 10.

2 « Dans la société païenne sévissaient quelques vices très courants, que la profession d'un christianisme encore malhabile aux accommodements excluait radicalement de l'Église. » M. Guignebert, Mod. et tradit., p. 65.

évangéliques pour ceux qui y sont appelés, devaient, avec une grâce de Dieu plus abondante, produire dans l'Église catholique des fruits de sainteté supérieurs à tout ce que peuvent donner les Églises séparées ; c'est bien ce qui est arrivé.

98. Les Églises séparées n'ont point à se glorifier de la sainteté des initiateurs du mouvement qui les a constituées. Michel Cérulaire, Luther, Henri VIII, Cranmer ne seront jamais donnés comme modèles de la vertu la plus ordinaire. Si l'on doit reconnaître que Calvin est probablement innocent du crime d'immoralité dont l'a accusé le médecin Bolsec, personne ne saurait nier l'excès de cruauté avec lequel il maintint à Genève son despotisme théocratique et inquisitorial. La Réforme prétendait ramener l'Église à sa sainteté primitive; M. Harnack, se faisant en cela l'écho très discret des plaintes amères et réitérées des fondateurs du protestantisme, est bien obligé d'avouer que les réformés ont interprété « d'une manière pleine de commodité » le dogme luthérien de la justification par la foi et de l'inutilité des bonnes œuvres. « Dès le commencement de la réforme, on a dû se plaindre de la moralité relâchée des Églises allemandes, et du manque de sérieux dans l'œuvre de la sanctification. La parole : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements », a été reléguée au second plan. Le piétisme l, le premier, en a fait de nouveau le point central. Jusque-là, il était arrivé que, pour faire contraste avec la doctrine catholique du salut par le mérite des œuvres, la balance de la vie avait penché de l'autre côté 2. »

1 A partir de la seconde moitié du xvne siècle. * L'Essence du christianisme, p. 302.

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Tandis que le premier résultat de la Réforme protestante était un abaissement de la moralité publique en Allemagne, un renouveau de sainteté réparait dans TÉglise catholique le mal que lui avait fait l'esprit païen de la Renaissance. C'est une pléiade de saints et de grands saints que Dieu accorde à son Église pour y réaliser les réformes arrêtées et demandées par le Concile de Trente, ou pour compenser, par les Conquêtes de l'apostolat auprès des païens, les pertes causées par l'hérésie. Saint Pie V, saint Charles Borromée, saint Philippe de Néri, saint Ignace de Loyola, saint Camille de Lellis, saint Jean de Dieu, saint Joseph Calazanz, sainte Thérèse, sainte Angèle de Mérici, sainte Catherine de Ricci, puis, un peu plus tard, saint François de Sales et saint Vincent de Paul donnèrent, par l'exemple de leurs héroïques vertus et par les instituts de bienfaisance et d'éducation qu'ils fondaient, une impulsion puissante au progrès de la sainteté dans le clergé et dans le peuple, tandis que, dans les pays païens nouvellement découverts, une foule de religieux se dévouaient corps et âmes à l'apostolat qui fit la gloire de saint François-Xavier et de saint Louis Bertrand. Et nous n'avons cité que les noms les plus connus de la fin du x\ie siècle.

Cette supériorité de sainteté qui s'est affirmée si nettement au moment de la grande défection protestante, l'Église l'a encore aujourd'hui. Pour la mettre en lumière avec une parfaite évidence, il faudrait considérer une à une les différentes régions ou Von trouve les communautés catholiques, schismatiques et protestantes, soumises par ailleurs aux mêmes influences sociales et climatériques et, par une série de statistiques, établir pour chacune de ces

communautés, le coefficient des signes extérieurs, criminalité, natalité, fréquentation de l'église, auxquels on reconnaît la déchéance ou l'intensité de la vie morale et religieuse. Nous n'avons point sous la main les éléments de cette statistique ; nous voudrions bien que quelqu'un fît ce travail en toute loyauté, assuré par l'expérience des pays mi-protestants, mi-catholiques où nous avons vécu, que les résultats généraux d'une pareille enquête ne feraient que confirmer les constatations particulières faites, pour Berlin, par M. le pasteur Monod *, et l'indication bien significative des progrès du socialisme matérialiste, beaucoup plus rapides chez les protestants que chez les catholiques allemande.

A défaut de cette enquête scientifique, encore à faire, sur les divers degrés de sanctification des masses populaires protestantes ou catholiques, nous en appelons à l'intensité manifestement supérieure des dévouements que suscite le catholicisme. Les âmes d'élite sont solidaires des milieux où elles se forment, et rendent témoignage à la vie qui les façonne. Ce témoignage est tout en faveur de l'Église catholique. Si réels que soient les fruits de sainteté qu'on peut trouver dans les Églises dissidentes, ils ne sont pas comparables à ceux que suppose l'innombrable armée de religieux, de religieuses ou de missionnaires, qui ont fait au service de Dieu et au soulagement

« Les bénédictions de mariage ont été plus nombreuses chez les catholiques que chez les protestants, et les divorces beaucoup plus rares chez les premiers que chez les seconds. » Les paroisses de Berlin, dans Le Christianisme au XX9 siècle, Revue protestante, 4 octobre 1907, p. 338.

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des misères humaines sur tous les points du globe, le sacrifice total de leurs biens les plus chers, voire même de leur indépendance, qui tiennent pour la plupart fort généreusement les engagements qu'ils ont pris, et s'imposent à l'estime, quand ce n'est point à l'admiration des dissidents eux-mêmes.

M. Harnack le reconnaît encore :« Une Église a besoin que des volontés libres abandonnent toute autre vocation, renoncent au monde et se vouent au service du prochain — non parce que cette fonction est plus haute * — mais parce qu'elle est nécessaire et qu'une Église vivante doit toujours donner une pareille impulsion. Dans les Églises protestantes, cette impulsion a été arrêtée à cause de la conduite qu'on avait décidé de tenir en face du catholicisme. Nous avons payé cette attitude à un prix élevé, et qui n'est point diminué par le grand nombre de piétés humbles et simples qui se manifestent dans l'intérieur des familles. Nous devons nous réjouir que dans notre siècle, des efforts aient été faits pour compenser cette perte... Il faut même désirer que cette tendance s'accroisse et se multiplie 2. »

Nous le souhaitons aussi, et sans l'ombre de jalousie, car nous savons bien que cet accroissement ne peut se faire, sans qu'un influx meilleur de la grâce rapproche de l'idéal, et par conséquent de l'union et du catholicisme, nos frères séparés. Les instituts de

1 Pour l'Église catholique, cette fonction est plus haute; mais pour elle aussi, c'est la charité avec laquelle le chrétien remplit sa fonction et non point la fonction elle-même qui fait sa dignité. L'homme marié qui a plus de charité est meilleur que le religieux tiède et relâché.

• VEssence du christianisme, p. 303.

diaconesses, auxquels fait allusion M. Harnack, ne datent en effet que du milieu du xixe siècle. Ils rendent des services fort appréciés et fort appréciables aux hospices protestants, mais ne peuvent encore entrer en comparaison avec l'ensemble des religieuses catholiques, quant au nombre 2 et au degré d'abnégation de leurs membres. Beaucoup de jeunes filles ne font qu'y passer quelques années, et s'y préparer, très avantageusement d'ailleurs, aux devoirs de mères de famille.

100. De plus ancienne date est la reprise de l'apostolat auquel les Églises dissidentes avaient complètement renoncé jusqu'au milieu du xvine siècle. A partir du commencement du xixe siècle les missions protestantes se sont rapidement développées, le compte rendu du congrès général de leurs représentants à New-York, en 1900, accusait 6 000 missionnaires dont 4 500 étaient ordonnés, 4 000 dames et demoiselles, 700 médecins. Le budget annuel se montait à 19126120 dollars soit près de 100000 000 de francs et les convertis à 4 327 283. L'Eglise russe a, de son côté, inauguré son apostolat à l'extérieur, par une mission au Japon et une autre dans l'Amérique du Nord où elle s'appuie sur ses émigrés. Tous ces efforts réunis paralysent souvent, mais n'égalent point le travail de l'apostolat catholique avec ses 12 300 prêtres, 4 800 frères, 17 200 sœurs, un budget, il est vrai, bien inférieur aux dépenses des missione protestantes, mais dont l'infériorité est plus qus compensée par l'abnégation totale des missionnaires,

1 D'après la Realencyclopsedie de Hauck, article Diakonissen, t. iv, p. 616, il y avait 8 121 diaconesses en 1894.

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et les bénédictions de Dieu, puisque, abstraction faite des catholiques d'Europe immigrés en pays lointain, on peut évaluer à 8 000 000 le nombre des païens convertis pendant le xixe siècle K Nous ne voudrions, ni méconnaître, ni diminuer le dévouement réel et le zèle évangélique des missionnaires protestants; il en est dont l'héroïsme est comparable à celui des missionnaires catholiques. Et cependant la supériorité de l'apostolat catholique ne s'affîrme-t-elle pas avec éclat, si l'on considère non seulement le plus grand nombre de ses ouvriers, mais encore le fait du renoncement complet qui leur est imposé, tandis que les missionnaires protestants reçoivent un traitement généralement élevé, comme celui des fonctionnaires coloniaux, peuvent entretenir leur famille avec un certain confort, ont des congés périodiques, et une retraite assurée quand ils sont définitivement rapatriés 2 ?

1 Nous donnons des chiffres ronds et les empruntons, pour les catholiques à la récente statistique du P. Krose, S. J., Katholische Missionstatistick, Fribourg-en-Brisgau, 1908, p. 123. Le P. Krose a traité les comptes rendus de 1907 selon la méthode protestante, en restreignant ses totaax aux seules missions établies en pays païens. Le chiffre des convertis monterait à 21 000 000 si l'on y englobe les chrétientés fondéts au xvne et xvine siècle. De même, si on compte au bénéfice des missions protestantes les nègres des États-Unis, dont n'a point parlé le compte rendu de 1900, parce que leurs groupements, convertis de longue date, ne sont plus considérés comme missions, le chiffre total des conquêtes protestantes doit être porté à 11 525 000, le nombre de ces nègres étant de 7 225 000 d'après D. Warneck. Mission unter ien Heiden, 2, protestantische, dans Realencyclopsedie de Hauck, Stuttgard, t. xm, p. 152.

2 Cf. Pisani, Les missions protestantes au XIXe siècle, dans La quinzaine, 16 septembre et 1er octobre 1901.

Si maintenant Ton ajoute au nombre des missionnaires celui de leurs frères et de leurs sœurs en religion, et celui des prêtres, séculiers et des laiques fervents qui se donnent avec un égal dévouement aux œuvres de bienfaisance et d'apostolat intérieur; si l'on songe qu'il ne se passe guère d'années qui ne fournisse un saint ou une sainte dont la vie peut être soumise aux difficiles et longues épreuves d'un procès en canonisation, peut-on vraiment nous accuser de nous flatter nous-mêmes quand, sans nier l'action de l'Esprit-Saint chez les fidèles de bonne foi des Églises séparées, nous affirmons qu'elle apparaît beaucoup plus puissante et plus féconde en l'Église catholique1 ?

1 On objecte souvent que la puissance moralisatrice du catholicisme est inférieure à celle du protestantisme, puisque les nations catholiques latines sont aujourd'hui dans un état d'infériorité manifeste au point de vue économique et politique, vis-à-vis des nations anglo-saxonnes protestantes. Cet état d'infériorité est-il si manifeste? La France n'est-elle pas encore la plus riche des nations et n'est-elle point des premières pour l'éclat de sa civilisation? Que si. à ce moment, sa situation économique est en baisse, cela ne tient pas au catholicisme mais plutôt à l'abandon du catholicisme. Et à supposer que cette infériorité fût réelle, il faudrait pour que l'objection fût recevable, que la sainteté chrétienne d'un peuple fût le seul facteur de prospérité. Or il n'en est rien ? La sainteté est un puissant facteur de prospérité économique et politique, à raison des vertus naturelles qu'elle implique, mais, outre que ses vertus surnaturelles ne contribuent que très indirectement au développement de la richesse, elle ne fait que concourir à une évolution qui a d'autres causes également puissantes dans les conditions géographiques, climatériques, ethnographiques et historiques des différents peuples chrétiens. Est-il étonnant que l'Italie qui n'a pas de gisements miniers, ne puisse lutter avec l'Angleterre si favorisée sous ce rapport? — Si l'objection qu'on nous présente avait quelque valeur, le Mosaïsme des prophètes aurait été une fausse religion et le culte

101. Veut-on un dernier signe? En quel sens l'Esprit- Saint jiirige-t-il les conversions vraiment religieuses, celles qui sont marquées de l'indéniable sceau du sacrifice, souvent préparées par une vie fervente, et, 3n tout cas, suivies d'un développement de vie religieuse qui témoigne de la grâce dont elles sont le fruit? Nombreux sont les convertis, de supériorité intellectuelle et morale incontestée, que le protestantisme n'a pu garder et qu'il a dû rendre à la pleine vie catholique. Nous ne citons que les noms les plus connus... Stolberg, Frédéric Schlegel, Overbeck, de Haller, Hurter, Newman, Manning, Faber, Wilberforce, Gesse de Hahn-Hahn, de Schâtzler, Evers, Krogh-Tonning, Jcergensen, etc..

En face de ces noms, osera-t-on mettre ceux des chefs du mouvement Los von Rom, les pangermanistes autrichiens, G.Schœnerer, Karl Wolf et Eisenkolb, dont les revues prêchent le retour au paganisme germanique et considèrent le protestantisme comme une hôtellerie provisoire *? Si la défection de quelques milliers de mauvais catholiques bohémiens, qui, par haine des slaves, ont donné leur adhésion à la

babylonien lui eût été bien supérieur. Le Protestantisme, vraie religion au xixe siècle, aurait été fausse religion au xvie, au xvn« et au xvme. Les peuples païens mesuraient la valeur d'un culte à la prospérité matérielle et à la supériorité politique du pays qui le pratiquait; cette manière de juger n'est pas vraie, et par conséquent pas chrétienne. Nous devons insister toutefois sur ce fait que les religions fausses, quand elles portent atteinte aux vertus naturelles, et le matérialisme, qui ruine le sentiment de toute obligation morale, sont une cause très prochaine de malaise économique ou politique.

1 Georges Goyau, Vieille France. Jeuno Allemagne, IIe partie, Cû. h, p. 2G4.

ligue plus politique que religieuse du Los von Rom a été un salutaire avertissement pour l'Église catholique en Autriche, elle n'apporte guère plus de force au protestantisme que les conversions des ouvriers ou ouvrières saxonnes à l'occasion des mariages mixtes. Le conseil suprême de l'Église évangélique autrichienne n'a point confiance dans les recrues du Los von Rom, n'y trouvant point assez de conviction religieuse, ce à quoi les partisans du mouvement ont répondu qu'il n'y avait pas à s'inquiéter de la pureté « chimique » d'un mouvement religieux, que Luther et les premiers réformateurs n'avaient pas fait ainsi les dégoûtés 1. Les pasteurs d'Allemagne ne sont pas plus satisfaits des convertis que leur amènent les mariages mixtes, qui donnent généralement une famille sans religion. « Vous nous prenez ce que nous avons de meilleur et vous nous passez vos rebuts, » nous disent parfois certains pasteurs protestants. C'est vrai. On ne sort pas du catholicisme pour trouver une vie religieuse plus intense, mais par lassitude de celle qu'on n'a point su mener, et par une faute grave qui, privant de la grâce celui qui s'en rend coupable, ne lui permet d'apporter qu'un nom, et non point une âme, à la société qui le reçoit. Rien de surprenant à ce que, même extérieurement, le transfuge paraisse notoirement inférieur à ceux de ses nouveaux frères, qui, protestants de bonne foi, et appartenant, à l'âme de l'Église, peuvent avoir part à sa vie de grâce.

En France, où l'on n'a aucun intérêt à faire inscrire son nom sur la liste d'une confession réformée

1 Ibid., p. 273-275. Le dernier chapitre du livre de M. Goyau est tout entier consacré à l'étude du mouvement Los von Rom.

quelconque, on ne quitte le catholicisme que pour passer à l'incrédulité. L'esprit français est trop "logique pour s'arrêter à mi-chemin. « Si le catholicisme est mensonge ou duperie, toutes les autres formes de christianisme le sont plus sûrement encore, » ainsi raisonnons-nous, et pour cette fois, le protestant M. Guignebert ne nous contredira pas; il a trop bien compris et dit que ses coreligionnaires avaient tort d'en appeler, en dernier ressort, à l'indémontrable inspiration des Ecritures, et il nous avoue très nettement qu'étant sûr de ne pas avoir la vérité religieuse, il en est douloureusement réduit à la chercher, sans grand espoir de la trouver, et sans autre consolation que celle de souhaiter « que son nom soit béni » et qu'au dernier jour « son règne arrive » 1.

102. C'est cependant à la destruction de ce règne que tendent tous les efforts des incrédules contemporains ligués contre Dieu et contre son Christ; ingrats, qui veulent oublier ce que le christianisme a fait pour nous élever et nous maintenir au-dessus du niveau moral des sociétés païennes; aveugles qui ne veulent point voir, que la baisse de l'influence chrétienne amène inévitablement une recrudescence de la corruption et de l'égoïsme païens, causes prochaines de décrépitude pour les plus brillantes civilisations.

On a essayé, de nos jours, de réhabiliter les mœurs grecques et romaines 2; on a pu citer un certain

l 'i La vérité, dit quelque part Tertullien, est la première partout. Nous tous qui la cherchons où qu'elle se trouve, souhaitons seulement qu'elle y soit la dernière : que son nom soit béni et que son règne arrive 1 » Modem, et Tradit., conclusion.

• Havet, Le christianisme et ses origines, Paris, t. n, 1872-1884;

nombre de femmes romaines qui furent épouses fidèles et de nobles romains qui ne furent point les corrompus dépeints et flagellés parles satires de Juvénal, de Pétrone, de Martial et d'Apulée. Nous croyons qu'il y avait beaucoup de ces honnêtetés relatives, plus qu'on en peut citer, surtout en province 1. Nous savons très bien qu'il ne faut point s'en tenir aux moqueries et aux plaintes des satiriques, des moralistes et même des Pères de l'Église, mais se rappeler qu'à côté du mal qu'ils flagellent, il y a le bien toujours modeste qui ne fait point parler de lui. Mais, tout de même, nous ne pouvons pas oublier que la mentalité publique représente la moyenne des valeurs morales individuelles, et que les indulgences et les goûts de cette mentalité nous disent bien haut la déchéance morale de la civilisation païenne.

Sa scandaleuse mythologie en est le premier, mais non point le seul témoignage. L'histoire des dieux ne fait que consacrer les vices coutumiers de leurs adorateurs. La sodomie, excusée par Platon2, n'était point seulement un vice grec, mais un vice romain, affiché sans honte et mis sur les autels de toutes les villes de l'empire avec Antinous, le mignon d'Ha-

Duruy, Histoire des Romains, 12e éd. (in-8), Paris, 1885, t. v, Les mœurs, p. 304-381 ; Guignebert, Hist. anc. du christ., c. iv, p. 126-131.

** Encore ne faut-il pas exagérer la différence entre les mœurs de la province et de Rome, les théâtres, cirques et bains publics, qui furent bâtis jusque dans les petites villes les plus éloignées, portèrent partout assez vite la corruption de Rome. Au temps de Tacite, les provinces éloignées n'étaient pas encore atteintes; mais à la fin du second siècle, la différence n'était pas considérable.

a Phèdre ou de la beauté, dans les Œuvres complètes de Platon, traduction Ghauvet, t. u, Dialogues socratiques, p. 350.

drien l. A plus forte raison la fornication est -elle considérée comme la satisfaction légitime d'un besoin aussi naturel que celui du boire et du manger. Saint Paul est obligé de protester auprès des nouveaux convertis contre cette aberration 2. Le Romain n'avait qu'une épouse en titre, mais pouvait se satisfaire au dehors comme il le voulait, pourvu qu'il ne touchât pas à la femme d'un autre. Encore ne s'en privait-il guère. Les lois sévères portées à plusieurs reprises contre les adultères était en partie inappliquées et inapplicables : à son entrée au consulat Dion Cassius trouva 3 000 accusations d'adultère 8. Le divorce était cependant aussi fréquent que facile.

1 « Au temps de la République, on trouve Cicéron, Brutus et César suspects d'avoir connu ce vice dont Horace se vante et que Virgile chanta. Il faut dire que l'ayant mis au ciel et donné au maître de l'Olympe, à Apollon, même à Hercule, on le portait sans honte à la ville et à la cour. Vespasien consacre la statue de Ganymède dans un temple. Trajan rappelle les mimes, parce que Pylade lui plaît, et Hadrien fait un dieu d'Antinous, dont toutes les villes dressent dans leurs murs la statue.comme pour propager le culte de ia divinité honteuse et homicide. » Duruy, op. cit., C. lx, Les mœurs, t. v, p. 352.

2 I Cor., v, 9-11.

8 M. Duruy, dans son désir de diminuer la distance en : mœurs païennes et chrétiennes, ajoute à la mention de ce fait la note suivante : « Ce chiffre ne semblera pas très élevé pour cent millions d'hommes, si l'on se souvient que la loi permettait à tout venant de se porter accusateur, qu'elle provoquait même les accusations en assurant une récompense au « delator ». La loi française n'autorise au contraire que la plainte des parties. Aussi, sur les 8 223 demandes en séparation de corps introduites en France durant l'année 1873 n'y en a-t-ileu que 278 fondées sur l'adultère, les époux préférant, devant la justice, invoquer d'autres motifs. On voit aussi que le nombre des mariages troublés, avec scandale public, est plus considérable chez nous que dans l'empire, ce qui t'explique par l'existence à Rome du divorce. » t. v, p. 374).

Certaines femmes changeaient de maris tous les ans \ et celles qui n'en changeaient point pendant leur vie étaient si bien l'exception, qu'on inscrivait sur leur tombe la louangeuse épithète de femme d'un seul mari, univira. On avait perdu toute pudeur et parmi les obscénités auxquelles on applaudissait au théâtre ou au cirque, on vit des femmes de séna-

Cette nute injurieuse pour les femmes de France, appelle quelques correctifs : 1° Le chiffre de 3 000 ne représente ni toutes les accusations de l'année, ni celles de tout l'empire et de 100 000 000 d'hommes, mais seulement celles concernant les citoyens libres de Rome et peut-être quelques rares appels d'accusations de provinces. Or, Rome, d'après M. Duruy, t. m, p. 116, n. 3, avait une population qui oscillait autour de 1 500 000 habitants, dont plus de la moitié étaient des esclaves, chez lesquels il n'y avait pas de mariages légaux et par conséquent pas d'adultères. 2° La loi romaine qui invitait à dénoncer les adultères, punissait de la peine due à l'accusé, l'accusateur qui ne pouvait prouver devant le tribunal son accusation ; on devait y regarder à deux fois avant de risquer une dénonciation. 3° La loi française qualifie d'adultère l'infidélité du mari, la loi romaine ne qualifiait ainsi que celle de la femme. 4° Le chiffre de 8223 demandes en sép aration pour l'année 1873 nous paraît douteux, étant donné celui que M. Paul Bureau indique pour la même époque et que nous citons au n. 107. Mais, même en acceptant ce chiffre, il faut reconnaître qu'il y avait à Rome plus de mariages brisés qu'il n'y a chez nous de mariages troublés et cela ne rendait pas plus heureux ni le mari pauvre d'une femme insupportable et riche, ni l'épouse pauvre d'un mari libertin et tyran mais fortuné (Duruy, t. v, p. 34-35; Plaute, Ménechmes, vs. 767-789), quand la crainte de la misère ne leur permettaitpas de s'en aller, et les obligeait à passer par tous les caprices d'un conjoint qui menaçait de les mettre sur le pavé en les répudiant. M. Duruy savait tout cela, et il a fallu qu'il l'oubliât pour ravaler au niveau de la femme [païenne la femme française et chrétienne. Son appréciation cependant redeviendrait peut-être vraie, si la femme française cessait d'être chrétienne comme nous le dirons plus loin.

1 Duruy, op. cit., t. ni, p. 213.

teurs livrées aux comédiens sur la scène *. Il fallut faire des lois /pour obliger les citoyens au mariage, en imposant les célibataires et en limitant leurs droits aux héritages. « Les Romains qui n'avaient plus de force pour protéger leur liberté en trouvèrent pour défendre leurs vices » et Auguste dut s'y reprendre à deux fois pour imposer la loi Julia de maritandis ordinibus une première fois repoussée et introduite cinq ans après dans les dispositions de la loi Papia Poppœa 2. Il y avait telle disette d'enfants libres qu'on devait encourager la fécondité de la prostitution. « Trois enfants, nés hors mariage, donnaient à la femme latine la cité romaine et par suite le droit aux distributions 3. »

Le païen voluptueux était sans pitié pour les enfants qui l'embarrassaient, l'enfant, à peine sorti du sein maternel, était jeté aux chiens s'il déplaisait au père 4, et le père pouvait toujours vendre

1 Feminarum illustrium senaiorumque plures per arœuam fœdati sunt. Tacite, Ann., xv, 32, éd. Lallemand., Paris, 1760,

2 Duruy, op. cit., t. ni, p. 213.

8 Duruy, op. cit., t. v, p. 9;Ulpien, Lib. reg., ni, 6Î.

* « Dans les unions légitimes, la puissance du père saisit l'enfant au sortir du sein maternel et elle va jusqu'au droit de vie ou de mort. Le nouveau-né est étend a aux pieds de son juge. S'il est relevé, c'est-à-dire reconnu, il vivra; s'il est laissé à terre, c'est que le père le rejette. Alors on l'emporte, et on le dépose à quelque carrefour, où il ne tarde pas à mourir, à moins qu'un marchand d'esclaves ne recueille le pauvre délaissé pour l'élever et le vendre un jour.Le père a des motifs lorsqu'il fait ainsi violence à la nature : d'abord les inquiétudes d'une paternité douteuse, comme celle de l'empereur Claude, qui fit jeter sa fille au coin d'une borne ; parfois aussi la gêne, la pauvreté, une famille nombreuse... La faiblesse de constitution, la difformité entraînaient aussi la condamnation... » Duruy, op. cit., v, p. 7-8.

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comme esclave son fils ou sa fille l. Le vertueux Senèque lui-même trouve bon qu'on noie les enfants chétifs 2. Si durs pour leurs enfants, comment ces hommes ne l'auraient-ils pas été pour les captifs ou les esclaves qu'ils envoyaient s'égorger au cirque ? « Le meilleur des empereurs, Trajan, fit combattre 10 000 captifs en des jeux qui durèrent cent vingttrois jours; on a vu Claude en réunir deux fois autant pour sa bataille navale sur le lac Fucin, et, comme ces malheureux n'étaient pas tous résolus à bien mourir, on fit avancer pour les y contraindre les légions, les machines, les catapultes 3. » Behanzin n'a pas immolé autant de prisonniers pendant tout son règne.

Tous ces faits, dont nous empruntons à dessein la mention à un avocat de la civilisation antique, ne sont point des crimes isolés, mais des faits publics, autorisés par la loi ou l'opinion, et qu'on doit reconnaître comme l'expression et la résultante de la moralité commune. Est-ce à dire qu'il n'y avait place dans l'âme païenne pour aucun sentiment de charité et de vertu? Nullement. Jamais une société n'est tellement corrompue qu'il ne lui reste des honnêtes gens, j'oserai dire plus, des élus; et jamais l'instinct du bien ne peut totalement disparaître du cœur le plus perverti. Mais combien cette indestructible

1 Duruy, op. cit., t. v, p. 16.

2 Portentosos jœtus extmguimusjiberos troque, si débiles monstrosique editi sunt, mergimus. Sénèque, De ira, I, 15. Les filles étaient particulièrement exposées à être encore immolées ainsi a la fin du second siècle, comme en témoigne ce texte d'Apulée, (Métamorphoses, x) : Pater peregre proficiscens mandavit uxori suse, ut si sexus ecquwris edidisset fœtum,... neearetur.

* Duruy, op. cit., t. v, p. 344.

vie du bien, et ses œuvres semblent minimisées dans la société païenne, quand on la compare aux sociétés chrétiennes.

M. Duruy nous parle de la virginité des quelques Vestales groupées à Rome autour de leur déesse, des souscriptions qu'on faisait parfois en faveur des victimes des calamités publiques. Nous savons aussi comment sous l'empire, par souci de conserver un peu de sang romain, on prit soin d'aider à l'éducation des enfants de citoyens pauvres, et comment on jetait à la foule paresseuse des grandes villes, l'aumône souvent corruptrice de distributions de blé ou de vivres. Mais peut-on parler des vestales et des aumônes romaines, à côté des armées de vierges que l'Église a données à tous les pays du monde et consacrées non seulement au soulagement, mais au relèvement de toutes les misères? Dans l'antiquité, et même dans tout le monde moderne, en dehors des sociétés chrétiennes et de leur influence, on trouve l'aumône, mais nulle part le dévouement personnel au soin de l'infirmité et de la misère. Renan n'est point embarrassé pour expliquer cette absence d'instituts de bienfaisance chez les anciens, et c'est avec la sérénité d'un cynisme tout païen qu'il écrit élégamment : « Dans la haute antiquité, on peut dire que le monde n'avait pas besoin de charité. Le monde alors était jeune, vaillant ; l'hôpital était inutile... L'homme, à cette époque était encore sain et heureux; on pouvait ne pas tenir compte du mal l. » Voilà bien le dur langage de l'égoïsme repu d'un épicurien du temps d'Auguste.

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