‹ Critique et catholiqueChapitre 25 sur 44 · L ACTE DE FOI · texte numérisé non relu

L ACTE DE FOI

paroles d'éternelle vie. Est-ce à dire qu'ils n'ont point de valeur objective? Nullement. Ils peuvent convaincre l'incrédule que l'acte de foi est pour lui un devoir. S'ils n'engendrent pas cette conviction, c'est que des préjugés contraires nous empêchent de percevoir leur vraie valeur. Si d'ailleurs ils ne valaient rien, ils ne prouveraient rien non plus pour celui qui a soif de vérité surnaturelle ; car si vif que soit le désir de l'homme et si impérieux que soit son besoin de doctrine révélée, non moins vive est son exigence de garanties rationnelles, et non moins impérieux son désir de vérifier la divine authenticité de la révélation qu'on lui offre.

126. Mais est-il possible que des motifs de crédibilité ol? jectivement valables, valent ou ne valent pas au gré d is désirs de celui auquel on les propose? subordonner leur efficacité à des dispositions morales, n'est-ce point faire suspecter leur valeur? La crainte d'éveillé/? ou de fortifier ces suspicions a été certainement la raison principale pour laquelle les apologistes classiques du siècle dernier n'ont que discrètement psirlé du fait intérieur et en ont abandonné l'utilisation aux entretiens privés; et c'est là, timidité mal placée. Par contre, les apologistes, qui relèvent plus ou moins de l'école d'immanence, n'ont-ils pas mis parfois une confiance exagérée et même quelque peu dédaigneuse du fait extérieur, dans la conscience de cette soif intérieure, qui, entendue au sens précis d'un besoin de catholicisme ou même d'un désir positif de révélation, n'est, hélas ! ni si universelle, ni si vivante qu'on a bien voulu l'écrire ?

Qu'on n'accentue pas notre critique; nous tenons

plus encore à remercier qu'à juger les tenants des deux écoles d'apologétique, ayant grandement profité ^ suivre leurs discussions. Ce merci cordial exprimé1, nous avons hâte d'entrer au vif du problème.

127. Il nous faut d'abord esquisser le fait intérieur tel que l'expérience nous le livre, puis nous dirons à quelles conditions il va rejoindre dans l'acte de foi le fait extérieur de la révélation catholique et comment il rend efficaces les motifs de crédibilité, non point en grossissant leur valeur, mais en permettant à l'esprit de la bien percevoir et d'en accepter les conclusions.

C'est à dessein que nous disons vouloir' décrire le fait intérieur « tel que l'expérience nous le livre » et non point tel que l'enseignement catholique pourrait nous le donner. La théologie nous apprend que tout homme est actuellement créé pour la vision béatifique, et qu'en conséquence, nul ne peut trouver en dehors de la foi le repos que donne l'orientation normale 2 de la vie, et, en dehors de la vision promise, le bonheur total. Le désir de béatitude qui, dans l'état hypothétique de nature pure, aurait été limité comme désir absolu au bien naturellement possible 3, est devenu, par notre élévation à l'ordre

1 Ce merci ne s'adresse pas aux immanentistes à outrance dont les excès justement condamnés par l'encyclique Pascendi ont fait plus de mal que de bien.

2 L'orientation absolument normale est l'adhésion pleine et entière à la vérité religieuse totale, au catholicisme. Mais la paix peut se trouver dans l'orientation relativement normale d'une âme qui, vivant de bonne foi en dehors du catholicisme, adhère de tout son cœur à la part de vérité révélée que lui offre la religion à laquelle elle appartient; cette paix ne sera troublée qu'au jour où la Providence appelant cette âme à la vérité totale, la lui manifestera, et ne la laissera plus en repos qu'elle n'ait obéi à cette vocation,

8 On peut être heureux même si le désir conditionné, la pure

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surnaturel, désir de béatitude parfaite, désir efficace, intention ferme là où il y a grâce sanctifiante, et désir inefficace,* dans les âmes des pécheurs que la grâce sollicite, mais qu'elle n'amène pas encore à la conversion. Il restera tel tant que la possibilité gratuite et surnaturelle, qui nous est maintenant offerte, d'obtenir la jouissance immédiate de Dieu, n'aura pas été comblée. Ce désir fera notre tourment, si par notre faute, il doit rester éternellement inassouvi. Mais ce sont là vérités de foi, sur lesquelles on ne peut fonder un argument apologétique.

Le fait intérieur, tel que nous le livre l'expérience de la vie, est beaucoup plus complexe. Nous y relevons de puissantes et indéniables aspirations du cœur humain vers le catholicisme, mais aussi de vives répugnances, qu'il est bien rare de voir totalement disparaître. Attraits aussi bien que répugnances se combattent et se diversifient à l'indéfini selon l'indéfinie variété des dispositions natives ou acquises, de l'éducation, du milieu social de chaque individu et des grâces qui lui sont faites. Et cependant, au milieu de cette diversité que l'apologiste doit reconnaître, il est des traits communs qu'il doit signaler

velléité d'un bien qu'on sait impossible n'est pas satisfait : c'est ainsi que les enfants morts sans baptême ne souffriront point de ne pas jouir de la vision de Dieu, dont ils peuvent rêver, mais qu'ils savent ne leur avoir jamais été possible. Il en va tout autrement du damné qui, pendant sa vie, aura pu obtenu* cette béatitude parfaite et aura négligé de la poursuivre. Cf. sur le désir de la béatitude d'après saint Thomas, notre article de la Revue thomiste, mars-avril 1905, A quel bonheur sommes-nous destinés? 2° article. Voir anssi l'étude de M: Ligeard, Le rapport de la nature et du surnatureC d' après les théologiens scolastiques du XIII6 au* XVIII* siècle, dans la Revue pratique d'apologétique, 1er et 15 mars 1908.

et dont il doit se servir pour déterminer l'état psychologique, le fait intérieur normal et en montrer le chemin à ceux qui en seraient éloignés l. Là se borne son rôle; l'homme ne convertit pas l'homme, mais peut seulement l'aider à se laisser faire par la vérité, par la touche mystérieuse qui seule est capable de diviniser l'humain, et d'entraîner l'incroyant dans la voie qu'on lui a indiquée comme aboutissant à la foi.

128. Multiples sont les besoins de l'âme humaine qui trouvent leur satisfaction dans la pratique de la religion, et dans celle du c atholicisme en particulier.

Il n'est aucun homme qui ne reconnaisse bien vite son impuissance à s'arsurer la tranquille possession des biens du monde les plus nécessaires à son bonheur, et à défendre contre des forces rivales, parfois brutalement enneiaies, sa fortune, sa santé, ses ambitions, ses amours,, sa vie. Ce sentiment de sa faiblesse lui met au cour le vif désir de rencontrer une puissunce supérieure qu'il puisse appeler à son secours en cas d'extrême détresse.

L'homme réfléchi s'aperçoit bientôt aussi de l'insuffisance des demi-bonheurs terrestres dont l'espérance a le charme trompeur d'un mirage du désert et dont la réalité laisse chaque fois au cœur, sinon la fatigue et le dégoût, du moins le même espoir d'une joie meilleure et pleine que demain promet toujours et qu'il ne donne jamais. A cette angoisse que fait à l'homme l'amplitude de sa pensée débordant de partout l'étroite limite de son action, il n'est d'autre

1 Sur la valeur de Vapologétique interne, consulter l'étude du P. de Poulpiquet, 0. P., dans la Revue des sciences philosophiques et tliéologiques, t. i, p. 449.

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remède que l'espoir de trouver, dans une autre vie, le bien supérieur pour lequel notre cœur est fait, et qu'il cherche en vain dans ce monde. C'est ce qu'exprimait saint Augustin dans cette phrase si connue et si vraie: « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, jusqu'à ce qu'il se repose en toi. »

L'homme juste et bon, si désintéressé qu'il soit, souffre et souffre vivement, non seulement des injustices du sort dont il se croit victime^ mais tout autant et plus encore, du succès scandaleux de tant d'entreprises iniques, où, grâce aux erreurs de l'opinion, à l'indifférence ou aux mauvaises passions des foules, à la fourberie et aux violences des méchants, les droits les plus sacrés sont foulés aux pieds et l'iniquité glorifiée par le succès du fait accompli. Ce spectacle lui met au cœur une soif de justice qui ne peut trouver sa consolation qu'en l'espérance d'une revision des jugements humains et des arrêts du sort, par un être souverainement juste et puissant, capable d'assurer le triomphe définitif du bien sur le mal, de l'homme bon sur le mauvais.

Les fautes de faiblesse, qui peuvent échapper au juste, ne font point sitôt disparaître cette soif de justice. Tant qu'elles n'ont point corrompu le fond de l'âme, le remords y éveille un désir de renouveau, de pénitence, qui fait chercher à cette âme, non seulement le moyen d'apaiser le juge qu'elle craint, mais plus encore celui de retrouver la justice qu'elle aime et qu'elle a tant regret d'avoir perdue.

C'est à ces besoins de purification l, de justice,

*Ce besoin de purification n'est point particulier aux chrétiens,

de bonheur et de secours, que la religion offre satisfaction, par les rapports intimes qu'elle prétend "établir entre l'homme et le pouvoir divin considéré comme la grande force de l'univers, la source de tout bien et de toute sainteté. L'universalité et la pérennité du sentiment religieux, sous les multiples formes qu'il revêt chez les peuples des contrées et des époques les plus diverses, nous dit assez combien puissantes et universelles sont les inclinations qui le provoquent et l'entretiennent. Mais bien puissantes aussi sont les affinités du cœur humain avec cette ferme spéciale de religion qu'est le catholicisme.

129. Au milieu des soucis, des peines et des faiblesses de la vie quotidienne, l'homme a soif de vérités hautement garanties sur les questions aussi capitales que difficiles de son origine et de sa fin. Il veut un Dieu qui s'intéresse à lui. Il demande une consolation à ses douleurs, une force qui le soutienne, le relève s'il en est besoin, un espoir et un amour capables de remplir son cœur, un culte qui soit en rapport avec sa condition d'esprit incarné et d'être social Le catholicisme répond à toutes ces exigences.

Ses articles de foi donnent à toutes les grandes questions qui préoccupent l'esprit humain des solutions qui se réclament d'une infaillibilité divinement garantie et assurent au penseur catholique le repos dont il a besoin pour en étudier les conséquences et en tirer de fécondes applications. Le Jésus crucifié et ressuscité qu'il prêche est Dieu lui-même, devenu Tun de nous, pour nous sauver, pour manifester sa bonté et nous donner sur la vie, la douleur et la mort,

mais se retrouve très explicitement manifesté dans nombre d'autres religions.

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des leçons si pratiques et si vivantes, que les âmes totalement pénétrées de l'esprit du catholicisme trouvent maintenant leur joie à souffrir et à mourir 1. L'amour qu'il inspire est si fort qu'il soutient les sensibilités en apparence les plus impressionnables, les garde avec succès contre les séductions les plus dangereuses, leur permet d'affronter le martyre le plus affreux. Et cependant cet amour est en même temps si doux qu'il obtient souvent un héroïque oubli des injures reçues et un admirable dévouement au soulagement des misères d'autrui. La grâce de sa pénitence est si puissante qu'elle peut transformer et, de fait, a transformé maintes fois de misérables pécheurs en admirables saints. Le bien qu'il nous promet est plus grand que tout ce que nous pouvons espérer. Le culte qu'il nous offre prend tout l'homme, ses sens aussi bien que son esprit,et reste ainsi le culte en esprit, sans cesser d'être le culte en vérité, la vraie prière qui convient à l'homme. Enfin son unité hiérarchique embrasse l'humanité entière dans une fraternité universelle que n'osaient plus rêver les peuples dispersés, et qui adoucit, sans les supprimer, les divisions naturelles, légitimes et nécessaires des nationalités.

130. Voilà ce qui fait l'attrait du catholicisme, mais nous ne devons pas taire les répugnances et les révoltes que soulèvent ses exigences. Sa morale est très belle, mais elle paraît très dure, d'aucuns disent impossible, et cela est vrai dans la mesure où le catholique ne s'est point donné à son Seigneur Jésus, avec cette générosité du renoncement qui seule

1 Sans tomber dans l'excès des pratiques folles et cruelles de certaines formes de l'ascétisme indien ou musulman.

rend le joug du Maître doux et léger, par les grâces qu'elle assure.

Si encore le catholicisme ne prétendait régenter que les sens et l'égoïsme du cœur, il n'aurait que des attraits pour les âmes nobles et généreuses; mais il entend imposer aussi des lois à la pensée, et c'est, pour nombre d'esprits supérieurs, un joug insupportable. Nul doute que théoriquement cette loi ne se justifie assez facilement. A moins d'en être encore à la mentalité des « primaires », nous avons tous la conviction que nous ne savons le tout de rien, que le mystère limite étroitement de tous côtés n'importe quel système scientifique et philosophique. Il semble dès lors que nous devrions accepter avec joie toutes les révélations suffisamment garanties, qui peuvent nous dire quelque chose, si peu que ce soit, de ce monde supérieur dont la connaissance n'est pas simple affaire de curiosité, mais principe d'orientation pratique, quand nous sommes invités à nous en préparer l'entrée. Mais il faut compter avec le double besoin de pensée harmonique et de recherche indépendante qui nous est inné et régit légitimement notre connaissance naturelle. Les réalités surnaturelles ne peuvent être que très imparfaitement exprimées en des mots et des concepts empruntés à l'ordre naturel. Si harmonieusement fécondes que soient, pour notre action vitale, les conséquences pratiques de dogmes comme ceux de l'Incarnation et de l'Eucharistie, leur énoncé en des propositions qui ne sont point contradictoires, mais dont la pleine intelligence nous échappe, brise l'harmonie d'une pensée que nous voudrions organisée sans hiatus, aussi bien que sans heurts, autour des premiers principes. De plus, là où l'évidence ne le contraint point, l'esprit aime à construire

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comme il l'entend ses hypothèses ou à choisir comme il lui 'plaît ses maîtres, sinon toujours à raison de leur valeur, du moins au gré de ses caprices, ce qui n'est pas moindre plaisir. Cette liberté ne lui est point laissée entière vis-à-vis des dogmes. Leurs définitions jalonnent heureusement, mais non point toujours agréablement, les voies dont l'esprit ne doit point s'écarter, dans ses essais de pénétration du fait surnaturel. Habitués à parler en maîtres de l'ordre naturel auquel nous arrachons chaque jour de nouveaux secrets, nous devons nous résigner à balbutier et à être dociles comme des enfants, quand il s'agit des vérités surnaturelles. Cette résignation nous coûte d'autant plus qu'un travail plus intense et plus habituel de l'esprit développe davantage les besoins qu'elle contrarie. Pas un théologien qui n'en ait souffert, et M. Le Roy 1 n'a fait qu'exprimer en termes nouveaux et pas toujours très justes une plainte déjà ancienne, quand il a décrit plus éloquemment qu'exactement les oppositions du dogme catholique, avec la pensée moderne. La pensée antique connaissait, elle aussi, ces oppositions et saint Paul, qui les avait expérimentées chez lui et chez les autres, n'essayait pas de les atténuer quand il écrivait : « Les armes de notre lutte (apostolique) ne sont pas purement humaines, mais puissantes de par Dieu pour renverser les remparts (de l'incrédulité); elles renversent les raisonnements et toute prétention orgueilleuse qui s'élève contre la science de Dieu; elles captivent toute pensée supérieure dans la docilité au Christ, et préparent la vengeance de toute

1 Dogme et Oritique. Qu'est-ce qu'un dogmel p. 1-13. Apop — 80

insubordination pour le jour où seront accomplies les œuvres de votre obéissance *. »

Dieu, en confiant la terre à l'homme, en a abandonné les phénomènes naturels à sa libre investigation que la foi ne saurait contrarier; mais user de la même liberté vis-à-vis des vérités révélées, des réalités mystérieuses du monde surnaturel serait profanation sacrilège. « Les cieux sont les cieux de Iahvé, c'est la terre seulement qu'il a donnée aux fils de l'homme2. » Ces exigences absolues du dogme, qui ne sont en aucune religion aussi fermes que dans l'Église catholique, s'ajoutant à celles d'une morale, qui n'est nulle part aussi rigoureuse, contrebalancent lourdement, victorieusement peut-on dire au point de vue purement naturel, les attraits du catholicisme, et font qu'il est la plus odieuse aussi bien que la plus aimable des formes de religion, tout comme Jésus son fondateur a été et reste encore le plus haï et le plus aimé des enfants d'Israël.

131. Jamais indifférent à quiconque le connaît, le catholicisme est, à des degrés divers, aimable ou odieux, selon les différentes dispositions de ceux qui le professent ou l'attaquent, s'en rapprochent ou s'en éloignent. Impossible de signaler tous ces degrés, nous voudrions seulement décrire quelques-uns des états d'âme qui paraissent être les principaux types auxquels peuvent se ramener des individualités indéfiniment diverses.

Tout aimable est le catholicisme aux âmes privilégiées qu'une naissance en famille catholique, un heureux naturel et des grâces meilleures encore ont

1 II Cor., x, 4-6.

* Ps. cxv, 16, texte hébreu.

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habituées dès Fenfance à porter le joug du Seigneur Ce n'est point qu'à certaines heures elles ne puissent connaître quelque révolte de la chair, ou quelque trouble de l'esprit, selon qu'elles sont plus ou moins exposées aux séductions de la sensualité, ou aux contrariétés qu'apporte toujours à un esprit chercheur le mystère codifié des dogmes. Mais ces troubles ne sont habituellement que nuages passagers en ces atmosphères d'âmes sereines, qu'une pratique intégrale et fervente de la vie surnaturelle maintient sous Finflux du plein soleil de Dieu. Cette pratique, d'autant plus puissante qu'elle est plus ancienne et a été plus continue, minimise les résistances de la volonté et de l'esprit aux vertus et aux croyances catholiques, et donne, sinon la conscience intellectuelle très explicite, du moins le sentiment très vivant et très profond de leur bienfaisante vérité. Ces âmes ne sauraient peut-être exprimer en propositions logiques leurs raisons de croire, elles en ont mieux que Fexposé analytique, elles en ont l'intuition directe et vécue. Nos exposés d'apologétique eussent beaucoup ennuyé saint Jean et Marie de Béthanie, s'ils ne les eussent fait sourire. Au xxe siècle, il y a dans l'Église de Jésus autant et plus de Jean et de Marie qu'au premier. Y a-t-il beaucoup plus de Didyme ? Je ne sais.

132. Nous avons noté qu'un travail intellectuel intense et Fhabitude de la réflexion développaient, en même temps que la puissance de la pensée, ses instincts d'indépendance et de synthèse unifiante. Il peut arriver et il arrive que les âpres luttes du progrès intellectuel, et la joie légitime, mais quelque peu enivrante, qu'apporte sa conscience, fassent oublier au penseur ou au critique croyant, que le génie

le plus puissant n'est qu'esprit d'enfant vis-à-vis des vérités surnaturelles. Il trouve alors trop étroites !es limites dans lesquelles peut se mouvoir l'exposé des dogmes, et par trop insuffisantes les formules qu'en a données l'Église. Il veut plus de liberté, pensant y trouver plus de lumière. Mais quand une longue et sérieuse pratique de la vie catholique lui a donné le sens expérimental du bien divin qu'on trouve dans l'Église, il ne tient pas moins à son catholicisme qu'à son indépendance, car il sait que le sarment séparé ne peut que végéter pour mourir assez vite, et c'est alors qu'on l'entend s'écrier : Église de Jésus, humanisez vos mystères, élargissez leurs formules, ou du moins donnez-nous la liberté de les entendre comme il nous plaira.

133. Il n'est pas rare que de bons catholiques, même des prêtres sérieux, qui font leur carrière de la vie d'étude, puissent, à certains moments, connaître plus ou moins ces anxiétés. Le sentiment des faiblesses de l'esprit humain auxquelles ils participent, quel que soit leur talent, s'étant affaibli, ils sont fortement tentés d'identifier leur cause avec celle de la raison impersonnelle et d'estimer erreur, contradiction ou absurdité, ce qui dans l'enseignement catholique contrarie leur pensée individuelle 1. La tentation, n'est le plus souvent qu'une épreuve, où, avec l'aide

1 Le conflit peut naître aussi d'une méprise qui fait confondre avec renseignement catholique obligatoire, une opinion commune qui est parfois erreur commune. Le remède est alors dans l'étude et dans la consultation de théologiens sérieux et non point de ces pourfendeurs de mécréants qui prennent plaisir à mettre au compte de la foi des absurdités scientifiques, sans se douter que la sottise n'excuse pas toujours du péché de présomption, l'écrivain ignorant qui trouble les âmes, leur ferme la porte du royaume de

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