L ACTE DE FOI
de la grâce, ils retrouvent une conscience plus vraie de notre insuffisance à analyser le fait divin, et d'où leur foi sort purifiée et plus forte. Mais en ce trouble qui atteignait plus particulièrement l'esprit, il leur était bien difficile de juger de la valeur des motifs de crédibilité; ils se sont sentis mieux soutenus parfois par les raisons du cœur, de là leur prédilection pour l'apologétique qui s'appuie davantage sur le fait intérieur.
134. De pareilles tentations ont cependant quelquefois une issue fatale. La peine de la contradiction présente efface à la longue le sentiment du bienfait de la foi; on reprend l'examen des motifs de crédibilité avec le désir aussi vif qu'inavoué de les trouver en défaut, et on y arrive facilement, si le seul exposé qu'on en connaisse a le tort de s'appuyer sur des données historiques ou scientifiques périmées ou douteuses. Des vices de la seule argumentation apologétique qu'on possède, on conclut au mal fondé de ses conclusions. La désaffection du croyant vis-àvis de la foi, de ses devoirs et de l'Église, va grandissant chaque jour avec l'excès de sa confiance en sa pensée personnelle, et c'est ainsi qu'il incline peu à peu vers l'instant où il sacrifiera à la satisfaction ou au prétendu devoir d'être fidèle à sa conviction, des biens qu'ils n'abandonne qu'à regret et qui lui manqueront plus encore qu'il ne le pense. Mais il a~trop vécu de la foi, pour arriver jamais à la tranquille persuasion qu'elle est erreur ou mensonge; de là, pour l'apostat, l'impérieuse nécessité de travailler sans cesse à justifier ses négations en attaquant l'Église qu'il a
Dieu, ou les éloigne de l'Église en parlant à la légère de ce qu'il ne s'est pas donné la peine d'apprendre.
trop aimée pour pouvoir s'en séparer sans devenir son ennemi. De ce besoin, sont nées les œuvres de Renan, et d'autres encore.
435. 11 y a donc des apostasies qui ont pour unique raison l'impatience de l'esprit vis-à-vis du joug de la foi; ce sont celles qui laissent le moins d'espoir de retour, mais ce sont aussi les plus rares. Beaucoup plus nombreuses sont celles qui commencent par la révolte des sens et de l'intérêt personnel contre l'abnégation qu'impose la loi catholique, avant de trouver leur justification dans la rébellion de l'esprit. Le cas est particulièrement fréquent et facile à décrire dans la crise de jeunesse où se perdent tant d'adolescents.
136. La vie intellectuelle et morale de douze à vingt-cinq ans est caractérisée par une exubérance de vie sensitive où le développement de l'imagination et des inclinations qui en relèvent s'affirme facilement par leur prédominance tyrannique sur l'idée rationnelle et les inclinations volontaires, quand il n'est pas contenu et dirigé par une forte éducation morale et religieuse. La raison prend conscience de son droit de contrôle et de direction, c'est vrai; mais le désir de l'exercer devance trop souvent l'expérience et la puissance de réflexion nécessaires à son bon usage. Rien d'inquiétant pour l'ami des jeunes gens comme l'espoir naïf de prochaines convictions métaphysiques des nouveaux étudiants en philosophie, et les grands yeux qu'ils ouvrent quand on leur dit qu'Aristote ne pensait point qu'on pût avoir d'opinions philosophiques bien personnelles avant trente ans. Hélas! s'ils ne sont pas défendus par le sentiment vrai de défiance de soi-même que met au cœur la grâce de la foi, et par une pratique fervente de leur religion, ils sont irrémédiablement condamnés, de par