‹ Critique et catholiqueChapitre 27 sur 44 · LACTE DE FOI · texte numérisé non relu

LACTE DE FOI

les qualités de leur âge aussi bien que par ses défauts, à goûter de l'épicuréisme pratique et à se laisser séduire par les théories imaginatives du matérialisme, surtout s'ils ont quelque loisir et quelque aisance.

Inutile d'insister sur les multiples causes de séduction qui peuvent corrompre le jeune homme, lui faire paraître inhumaine la morale catholique, et de peu de prix le bonheur qu'elle promet en comparaison de;; joies du monde. Le dogme n'a guère plus d'attraits pour un esprit qui conçoit difficilement les réalités dont il ne peut se faire des images. Quels motifs de croire à ce dogme? l'habitude, l'éducation, l'exemple de la famille? Mais si la religion est vieille chose et pratique d'autorité, raison de plus pour s'en défier. Voilà de bien mauvaises dispositions pour la revision des motifs de crédibilité, qu'imposent un jour ou l'autre au jeune homme le moins réfléchi, les sarcasmes de l'impiété ou l'inquiétude d'une tentation. Quand on est fort désireux d'être incrédule, on ne se rend guère qu'à l'évidence sensible ou à la preuve mathématique et on récuse les meilleurs témoignages. C'est ainsi que le désir de satisfaire une passion rend l'homme parfaitement sourd aux avertissements les mieux motivés qui lui dénoncent la ruine physique ou morale à laquelle il court. C'est ainsi encore qu'une mère, aveuglée par l'orgueilleuse idée qu'elle a de son unique, ne croira point à sa corruption avant d'en avoir la preuve physique. Or, la démonstration de l'autorité divine de l'enseignement catholique est un ensemble de preuves morales. Il est toujours possible à un esprit mal disposé de trouver quelque prétexte pour récuser chacune de ces preuves prises en particulier , Les rejeter est encore plus facile, quand on les connaît mal, quand un jeune homme n'a eu à faire

qu'à des prêtres d'instruction insuffisante qui n'ont su lui imposer qu'une pratique routinière, sans le faire entrer dans l'esprit de la religion, et sans lui en fournir une apologie sérieuse. Inévitable enfin, sauf un miracle de grâce, est l'irréligion chez l'enfant, qui, après sa première communion, n'entend plus que l'appel flatteur des passions et les objections perfides de l'incrédulité, sans rencontrer autour de lui une voix autorisée et affectueuse qui l'éclairé et le soutienne.

On s'étonne parfois du grand nombre de jeunes gens qui deviennent infidèles à leur première éducation catholique; nous ne partageons point cet étonnement et ne pouvons attribuer qu'au merveilleux influx de la grâce de Dieu, le fait que tant de jeunes gens encore gardent leurs convictions dans des conditions de vie qui naturellement devraient leur être fatales. Pour aider cette oeuvre de la grâce, le meilleur moyen de défendre le jeune homme est sans contredit de lui assurer, avec une instruction religieuse solide, une pratique raisonnée de la religion, et une initiation progressive, par l'apostolat et la charité, aux misères de la vie réelle, au secours qu'y apporte la foi, aux joies de la vie chrétienne intensive et de ses dévouements. L'apologétique intégrale de l'Action est nécessaire pour retenir les jeunes, mais l'apologétique purement intellectuelle ne saurait suffire non plus à ramener les égarés.

437. L'homme dévoyé, grisé par l'ivresse de la volupté, des succès de fortune ou d'ambition, ou par le sentiment de sa supériorité intellectuelle, est réfractaire à toute apologétique, tant qu'il n'a pas reçu la leçon de la vie; c'est-à-dire tant qu'il n'a pas expérimenté l'insuffisance des biens qu'elle peut lui donner.

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A un incrédule satisfait, ne parlez pas de religion, vous n'obtiendrez que de nouveaux blasphèmes. A cette heure, il n'a que violente répugnance pour une religion qui menace de lui arracher la proie de son plaisir mondain, ou de lui en empoisonner la jouissance par la perspective de châtiments éternels, et pour un dogme qui lui rappelle impertinemment l'insuffisance d'une pensée dont il est si fier. Ce n'est point qu'il ait déjà toute la joie que son cœur désire, toutes les certitudes dont son esprit a soif, mais demain les lui donnera ; en attendant, il ne veut écouter et comprendre que les objections avec lesquelles il pourra étouffer, pour un temps, la voix qui lui crie parfois au cœur : Es-tu sûr que Dieu n'existe pas ? Est- il vrai que tu n'aies pas à t'en préoccuper?

138. Mais il n'est point de vie si étourdiment prospère où n'arrivent assez vite les jours d'épreuve et de réflexion. Chaque année qui passe laisse au cœur des blessures et y met des craintes qui dissipent bien des illusions de jeunesse. Aux premières ivresses du plaisir, ont succédé, non pas des joies meilleures, mais fatigue et dégoût, souvent même douleurs physiques et peines morales. La pensée, qui se promettait des certitudes grandissantes, constate avec regret combien sont fragiles quelques-unes de celles qu'elle tenait pour les mieuxassurées, et combien elle est impuissante à résoudre les problèmes qui l'intéressent le plus. A ce compte la vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Il n'est point d'incroyant qui, un jour ou l'autre, ne se soit posé cette question découragée.

C'est l'heure propice à l'appel de la grâce. A l'incroyant plus ou moins dégoûté du monde et souvent de lui-même, l'ange du bon conseil offre la perspective d'une vie de l'au-delà où se trouverait le bonheur ici-

bas vainement poursuivi, d'une vie présente plus digne, plus féconde en bonnes actions, en joies pacifiantes, plus pleine de certitudes, d'espoirs et d'amours réconfortants, que la vie décevante dont il sent à cet instant tout le vide. C'est la première touche de la grâce; la proposition du bien divin, du bonheur à chercher dans la religieuse soumission de l'homme à Dieu.

Mais ce bien divin, ce bonheur éthéré d'une vie d'icibas tout entière livrée à une généreuse pratique du bien et d'une vie éternelle qui ne dit rien, absolument rien aux sens et à l'imagination, quel attrait peut-il avoir pour un homme livré complètement et peut-être depuis longtemps à la jouissance ou à la poursuite de biens qui se palpent, se sentent, !se voient ou s'imaginent? Sans doute il est de foi, et aussi d'expérience, que le péché ne détruit jamais radicalement en ce monde les aspirations foncières de l'âme humaine vers l'idéal, mais combien faible est l'étincelle du feu sacré, quand des années de vie mondaine l'ont étouffé sous l'entassement d'impressions mauvaises tant de fois répétées. Il ne suffit plus alors que le vent de l'épreuve secoue un instant toute cette cendre, il ne faut rien moins que le souffle ardent de l'Esprit pour que l'étincelle devienne petite flamme, et pour que la volonté du mondain incroyant se prenne à avoir quelque goût et quelque désir du bien tout spirituel et tout divin qu'offre la foi à ceux qui l'acceptent. Sous l'impulsion de cette grâce nouvelle, l'incroyant se prend à envier le bonheur des croyants et à regarder du côté de ce ciel qu'il a si longtemps dédaigné et où pourrait bien se trouver tout de même, avec la clef du problème de la vie, cette satisfaction totale et reposante, qu'il désespère cette fois de rencontrer en ce monde. Si c'était vrai, se dit-il, et il commence à souhaiter timi-

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dément que ce soit vrai. Mais si c'était vrai, il faudrait alors aimer ce bien divin, et aimer de fait, non de paroles, accepter tous les sacrifices que cet amour impose.—- Eh bien oui, j'aimerais. — Mais, pour aimer ainsi, il faut que l'homme espère, qu'il avoue sa faiblesse et son insuffisance, qu'il mette sa confiance en Dieu, qu'il plie les genoux, qu'il courbe son front, et qu'il crie au Seigneur : De moi-même je ne puis rien, sauvez-moi. — Eh bien oui, si c'était vrai, j'espérerais, cet espoir me serait doux, et le sentiment d'humilité qu'il implique ne me coûterait pas tant après tout. Estce que je n'ai pas cent fois constaté mon impuissance? Mais est-ce vrai? Pour espérer, il faut croire, adhérer à des propositions mystérieuses, à l'énoncé de faits divins, féconds en conséquences pratiques, mais que l'intelligence ne comprend pas, qu'elle doit accepter sans discussion sur la foi d'un enseignement donné au nom d'une révélation surnaturelle, qui est déjà mystère. Sans doute le mystère m'entoure, mais quand je le heurte, j'aime à dire « je ne sais plus » et voici qu'il me faut dire «je crois »àdes réalités invraisemblables, il me faut affirmer ce que mon esprit est naturellement tenté de nier. C'est dur. Et cependant, dans Tordre expérimental, le vrai peut quelquefois n'être point vraisemblable. Je ne suis pas la mesure de la vérité. Est-il si surprenant qu'il y ait des réalités régies par d'autres lois que celles du monde phénoménal auquel j'emprunte mes façons ordinaires de penser? Rien qu'en la considération de ce monde inférieur, je rencontre d'apparentes antinomies, qui me font parfois douter de ma raison. Est-ce que, sceptique en toute autre matière, je n'aurais d'assurance que pour repousser à priori le message de salut qu'on m'offre au nom de Dieu? Pareille proposition vaut au moins qu'on

l'examine avec loyale sympathie. Est-il donc vrai crue le témoignage de l'Église offre à l'assentiment du croyant des garanties proportionnées à la confiance qu'elle lui demande? Oh ! si c'était vrai 1 !

L'incroyant qui pense et parle ainsi entre dans les dispositions prérequises à l'examen des raisons de croire. Ce n'est pas encore la confiance qui ne demande qu'à s'offrir, mais s'est déjà l'esprit qui s'ouvre avec la volonté sincère d'accorder au moins la même attention à la défense qu'à l'attaque du catholicisme. Que ce désir demeure, contrebalançant les amours inférieurs, y compris celui d'une excessive indépendance, etl'esprit affranchi de ses violentes inclinations à l'incrédulité résistera difficilement, nous dit saint Augustin, au fait extérieur, aux signes éclatants qui marquent la divine origine de l'enseignement catholique : « Quelle âme avide d'éternité, et touchée de la brièveté de la vie présente pourrait encore discuter contre la luml« re et la souveraine puissance de cette divine autorité 2 ? »

139. La reconnaissance de cette autorité divine, ne présuppose pas nécessairement la démons-

Nous empruntons à un texte de saint Thomas l'analyse de ces premiers mouvements de retour à la foi : Cum alicui proponuntur œterna bona, primo vult ea, secundo vult eis inkserere per amorem et tertio iu.lt sperare ea, et quarto vult credere ea, ut credens possit jam sperare et amare et habere. L.III, Sent., dist. XXIII, q. n, a. 5, ad 4u:n. Ce désir des biens éternels et ce vouloir initial de se confier à Dieu pour les obtenir, nous paraissent être les premiers éléments du pius affectus. *

2 Quse tandem mens avida œternitatis,vitceqve pressentis brevitate permota, contra hujus divinœ auctoritatis lumen culmenque contendatl Lettre cxxxvn, à Volusien, c. iv, n. 16, P. L., t. xxxiii, col.

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tration rigoureuse et métaphysique de l'existence de Dieu. ^Gette démonstration existe, mais son exposé rigoureux et complet entraîne aujourd'hui une critique de la connaissance qui n'est point à sa place dans une courte brochure d'apologétique et n'est accessible qu'aux philosophes de profession. Est-ce à dire que nous allons en être réduit à postuler gratuitement l'affirmation de Dieu? Nullement. Aussi bien serait-il surprenant que la réponse à une question si capitale pour tous fût le privilège d'un petit nombre d'initiés. Les hautes spéculations de la raison critique ne sont point la seule voie par laquelle nous puissions arriver à l'affirmation certaine d'une vérité si pratique. L'existence de Dieu ! mais tout la crie à qui le cherche, le monde extérieur aussi bien que le monde intérieur de l'esprit et du cœur.

Les grands mouvements des astres non moins que les inimaginables harmonies des organismes microscopiques et^l'étonnant et convergent équilibre des milliards de forces contraires qui agitent le Cosmos nous imposent la croyance à une intelligente directrice, distincte de la nôtre, puisque ses pensées ne sont point nos pensées, et d'une insondable puissance, puisqu'elle peut embrasser dans un seul et même dessein l'indéfinie variété des éléments du monde.

Ce n'est point seulement à son commencement dans le temps, c'est à tout instant de sa durée que le monde et ses phénomènes ont besoin d'une Cause première qui entretienne leur mouvement. Un monde éternel n'en aurait pas eu moins besoin qu'un monde commençant. Toutes les activités qui se dépensent autour de nous ne font rien sans le secours continu de cette cause supérieure. Pas de vie animale sans soleil; pas de soleil réchauffant et vivifiant sans ma-

tière incandescente ; pas de matière incandescente sans forces cosmiques entretenant cette 'incandescence. Mais que sont ces forces cosmiques? Sont-elles de même nature que toutes les autres énergies mondiales; alors, elles aussi n'agissent que sous l'influx d'une force présupposée qui les actionne. On ne peut cependant remonter à l'indéfini et il nous faut bien arriver à une cause qui donne sans rien recevoir, qui meut sans être mue, de laquelle dépend toute activité et qui ne dépend de rien. Mais il ne faut pas grand effort d'analyse rationnelle pour reconnaître dans cette cause qui a, en soi et de par soi, son être et son activité, la seule réalité qui puisse être absolument indépendante, l'Infini que nous appelons Dieu.

Cette activité intelligente, de tout autre ordre que les activités contingentes d'où nous prenons nos idées, nous est encore dénoncée, par l'expérience de notre pensée, comme l'Absolu, dont l'immuable idéal peut seul rendre raison de ce que notre intelligence découvre de permanent et de fixe dans le total devenir et le flux continu du mcnde phénoménal.

Aux indications de la raison spéculative, que nous n'avons pas toutes signalées, vient s'ajouter le témoignage de la conscience dont l'impératif obligatoire et le besoin de justice nous pressent de confesser le souverain Maître qui seul peut imposer des lois à la liberté humaine et les sanctionner efficacement.

Toutes ces raisons sont si pressantes que personne ne révoquerait en doute l'existence de Dieu, si les attributs que réclament sa qualité de Cause Première n'en faisaient l'être incompréhensible, le premier mystère, en face duquel notre raison hésite étonnée, sentant le besoin de vérifier sa démonstration ; tout aussi bien que l'algébriste peut hésiter sur la

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valeur des calculs les plus assurés, quand il arrive à des résultats qui le surprennent 1.

Plutôt que de confesser l'Infini qui les écrase, nombre de philosophes ont essayé d'attaquer la valeur des conclusions rationnelles qui l'affirment, et de la raison elle-même. Ils ont pu jeter certaines intelligences dans le scepticisme métaphysique; ils n'ont jamais pu remplacer, dans l'explication du monde, la notion de Dieu qu'ils voulaient supprimer, et n'ont pas empêché qu'à côté d'une minorité de sceptiques qui peuvent bien douter, mais non point nier avec assurance, l'immense majorité de l'humanité n'ait cru sous une forme ou sous une autre à une autorité suprême qui domine et régit l'homme et les éléments.

L'existence de cette autorité suprême est vérité si obvie qu'il est difficile à l'esprit humain de résister à l'inclination puissante qui le pousse à l'affirmer, et de ne point la considérer au moins comme probable. Mais cette probabilité ne va-t-elle pas devenir certitude, aussi bien que l'intervention surnaturelle de l'action divine dans l'histoire du monde, après l'examen des faits que nous avons signalés au cours de cette étude?

140. Plus éloquent que toutes les voix de la nature est l'appel de Jésus, porté au monde entier par l'Église catholique, et nous invitant tous à revenir au Père que nous avons dans les cieux et à accepter le titre d'enfants adoptifs que nous ont valu l'incarnation,

1 A qui désirerait une étude plus complète sur les preuves de l'existence de Dieu, nous recommandons l'un ou l'autre des ouvrages suivants : A. D. Sertillanges, Les sources de la croyance en Dieu, Paris; Cl. Piat, De la croyance en Dieu, Paris, 1907 ; R. P. Garrigou-Lagrange, O. P., Le sens commun, la philosophie de Vêtre et les formules dogmatiques, Paris, 1909.

la vie et la mort du Fils unique de ce Père céleste.

Est-il possible de nier que cet appel ne vienne d'une puissance qui commande en souveraine aux énergies morales et physiques du monde, quand on voit les hérauts de ce message, se réclamant de cette puissance, obtenir en son nom, dans Tordre moral aussi bien que dans Tordre physique, des résultats que n'ont jamais pu obtenir les forces humaines et matérielles et qui déconcertent toutes les lois de Thistoire et de la nature?

N'est-ce point la puissance de Dieu, dont se réclamait Jésus, qui seule a pu lui permettre de triompher par le scandale de la croix, de se fane reconnaître comme Messie et adorer comme Fils de Dieu ressuscité ?

N'est-ce point la puissance de Dieu qui seule a pu réaliser, dans ce triomphe de Jésus, les prophéties des vieux livres juifs, comme elle seule peut expliquer Thistoire religieuse de ce peuple?

N'est-ce point la puissance de Dieu, qui seule a pu donner aux timides apôtres laissés par Jésus, l'audace et la force de concevoir et d'entreprendre victorieusement la conquête du monde?

N'est-ce point la puissance de Dieu qui a fait du persécuteur Saul, le grand apôtre Paul et qui seule pouvait, par les armes de la patience, triompher de la triple opposition du peuple, des lettrés et du pouvoir dans l'empire romain ?

N'est-ce pas la seule puissance de Dieu qui pouvait permettre à l'Église primitive de réaliser ses prétentions au catholicisme et de développer sa hiérarchio unitaire, gardienne du credo imposé à tous, au milieu de? multiples causes de division que suscitent en tout temps lus ambitions humaines, et qu'aggravait alors la

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